« Less is bore »,   R. Venturi

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2010-11 NORMAL

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2008-09 LE GENRE

2007-08 LA VILLE

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0. PRESENTATION|A lire sur le thème - Dans la presse

Genres & Générations

Lu dans la presse ou ailleurs

 

 

60. Transsexualité : une décision historique, Samuel Kuhn, Mediapart.fr, mai 2009.

59. Les institutions ne doivent plus victimiser les trans, Marie-Hélène Bourcier, sur Têtue.com, mai 2009.

58. Les transsexuels français ne sont plus des malades mentaux, sur Slate.fr, mai 2009.

57. Les trans, entretien avec Louis-Georges Tin, Libération, mai 2009.

56. Les femmes et le journalisme, C. Pudlowski, C. Dehesdin, sur Slate.fr, mai 2009.

55. Genre masculin ou féminin, Irène Théry, Télérama, mars 2008

54. Sixt, pub sexiste, Pascal Riché, Rue89, 05/05/2009

53. Jeunes et pauvreté, Le Monde, 07/05/2009

52. Derrière le rire de Rachida Dati..., par Marc Abélès, Le Monde, 05/05/2009

51. Religions et droits des femmes, Geneviève Fraisse, L’Humanité, 14 mars 2009

50. Peggy Sastre, entretien avec Jef Tombeur sur Come4news.com, 28/04/2009

49. Les perdants de Durban II : les homosexuels et les femmes, Les Quotidiennes, 27/04/2009

48. Hubertine Auclert la suffragette, agoravox.fr, Fergus, 25/04/2009

47. La grossesse pour autrui, un nouvel esclavage, Sylviane Agacinski, Les Quotidiennes, 20/04/2009

46. La filiation, état social, par Françoise Héritier, Le Monde, 18.04.09

45. Religion et égalité entre les hommes et les femmes, Taslima Nasreen, L’Humanité, 9 avril 2009

44. Garçons-filles, mode d’emploi, Télérama, 20 mars 2009.

43. Les 16-25 ans, génération qui a perdu foi en l’avenir, Le Monde, 09/03/2009

42. Charlotte Roche, Zones humides : pornographie ou manifeste féministe ?

41. Le feu, première cause de décès des femmes en Inde, Rue89, 09/03/2009

40. Le féminisme aujourd’hui ? Liliane Kandel, Le Monde, 07/03/2009

39. Allaiter, c’est féministe ou pas ?, Rue89, 05/03/2009

38. Hommes-femmes, mode d’emploi inchangé, Libé, 05/03/2009

37. Le débat sur l’homoparentalité, Anne Chemin, Le Monde, 04/03/2009

36. Autorité parentale et droits des tiers, réaction d’Inter-LGBT, 3 mars 2009

35. Mexico. La dépénalisation de l’avortement fait chuter le nombre d’abandons de bébés, Le Monde, 24/02/09

34. Bangladesh. La lutte des femmes n’est pas terminée, Courrier International, 23 février 2009

33. Maroc. L’Association « Ni putes ni soumises » indésirable, Jeune Afrique, 20 février 2009

32. Ni putes ni soumises ouvre une antenne au Maroc, Le Monde, 19.02.09

31. Acquis féministes menacées, Michèle Ferrand, L’Humanité, 7/02/09

30. Benoît XVI et la notion de genre, sur le site eucharistie miséricordieuse, 11 février 2009

29. L’État et le Planning familial, Le Monde diplomatique, 3/02/09

28. Grisélidis Réal, une « catin révolutionnaire », Le Monde, 22/01/09

27. Entreprendre, une affaire d’hommes, sur le site La Barbe, 4 février 2009

26. Prostitution : le client n’est plus roi, Les quotidiennes, 2 février 2009

25. Franc-maçonnerie féminine : les sœurs sortent de l’ombre, Rue 89, 1er février 2009

24. Irak. Les femmes s’engagent en politique, Courrier International, 30 janvier 2009

23. L’inceste au pénal, rapport de la députée UMP Marie-Louise Fort, AgoraVox, 29 janvier 2009

22. Le pape contre les études de genre, J.-F. Staszak, Le Temps, 7 janvier 2009

21. Violence faite aux femmes et technologies, sur NetFemmes, 21 janvier 2009.

20. Un homme sur deux est une femme ?, Le Devoir, 13 janvier 2009

19. Concilier travail et paternité, une question de générations, Rue89, 13/01/2009,

18. Étudiantes et prostitution au Maroc, 12 janvier 2009, Courrier international

17. Le Prix Simone de Beauvoir 2009

16. Rachida Dati et le congé maternité, Libération, 10 janvier 2009

15. L’Église, la pilule et l’environnement, Rue89, janvier 2009.

14. L’Europe entre les mains d’un homophobe, sur le site tetu.com, janvier 2009.

13. Liban. La nationalité, combat des femmes, Courrier international, janvier 2009.

12. Le fossé des générations, sur le blog L’apprentie alchimiste, le 29 décembre 2008

11. La sexualité des femmes en prison, sur Rue69.com, 1/12/2008

10. Le bonheur des vieux, Le Monde, 29 novembre 2008

9. Mariages forcés : les garçons aussi, Courrier international, 28 novembre 2008

8. Liberté d’expression et homophobie de parti, Le Monde, 18/11/2008

7. Une décision en faveur de l’homoparentalité, Le Monde, 18/11/2008

6. Violences sexuelles et domestique en Arménie, Amnesty international, 13/11/08

5. Les disparités entre hommes et femmes s’atténuent, Le Monde, 13/11/08

4. Améliorer la condition féminine en utilisant les traditions, Le Monde, 13/11/08

3. Le pouvoir gris et les papy-boomers, Le Monde, 09/10/08

2. Droits des femmes au Mexique, Amnesty international, 20/10/08

1. Droits des femmes au Pakistan ; les crimes d’honneur, FIDH,

 

60. « Transsexualité : une décision historique », Samuel Kuhn, Mediapart.fr, 17 mai 2009.

Une « décision historique ». C’est ainsi que le comité IDAHO (International Day Against Homophobia and transphobia) et les associations de lutte contre l’homophobie et la transphobie ont salué, à juste titre, la décision prise par Roselyne Bachelot de saisir la Haute Autorité de santé afin de déclassifier la transsexualité des affections psychiatriques. Lire la suite…/…

 

59. « Les institutions ne doivent plus victimiser les trans », Marie-Hélène Bourcier, entretien avec Ursula Del Aguila, sur Têtue.com, 19 mai 2009.

Le 1er colloque sur les transidentités organisé à l'EHESS aura lieu les 22 et 23 mai. À cette occasion, nous avons interviewé Marie-Hélène Bourcier, une des organisatrices, qui préconise la sortie du victimisme et prône l'«empowerment».

TÊTUE: Vous avez organisé le premier colloque international sur les identités et les visibilités trans qui va avoir lieu à l'EHESS les 22 et 23 mai prochains, avez-vous rencontré des obstacles ?

Marie-Hélène Bourcier: Pas à l'EHESS. Mais nous sommes trois organisateurs (les deux autres étant Chantal Zabus de Paris III et de l'Institut Universitaire de France ainsi que David Coad de l'université de Valenciennes). Il est clair que le projet a dérangé mais vous savez ce que c'est. On ne va vous le dire en face. Chantal Zabus en a bavé et cela explique nos difficultés à obtenir des subventions. Le problème est profond et il tient aussi à la politique publique de lutte contre les discriminations telle qu'elle s'est imposée par le haut en France. Lire la suite …/…

 

58. « Les transsexuels français ne sont plus des malades mentaux », Jean-Yves Nau, sur Slate.fr, 16 mai 2009.

Le gouvernement va mettre un terme à une forme de discrimination dont ils/elles étaient victimes. Lire la suite…/…

 

57. « Les trans sont des cibles aisées », entretien avec Louis-Georges Tin, Libération, Rotman Charlotte, 15 mai 2009.

Intellectuel, agitateur d’idées et militant associatif, Louis-Georges Tin est à l’origine de la Journée mondiale de lutte contre l’homophobie qui se déroulera le 17 mai sur le thème de la transphobie.

Pour quelles raisons parle-t-on aujourd’hui de transphobie ?

Il y a dix ans, on avait le plus grand mal à utiliser le terme d’homophobie. Les gays eux-mêmes disaient que cela induisait que l’homosexualité conduisait au malheur, alors qu’ils voulaient être gays dans tous les sens du terme. En fait, cela montrait juste que c’est l’homophobie (la discrimination, le rejet) qui rend malheureux. Lire la suite…/…

 

56. Les femmes et le journalisme, Charlotte Pudlowski et Cécile Dehesdin, sur Slate.fr, 15, 17 et 18 mai 2009.

Mercredi 20 mai, l'école de journalisme de Sciences-Po organise un colloque  sur « La profession de journaliste et les médias d'information vus par les femmes », en partenariat avec Slate.fr, Terrafemina.com, France Info, et The Wall Street Journal. Deux jeunes journalistes de Slate.fr ont enquêté sur la présence - ou plutôt la relative absence - des femmes dans la haute hiérarchie des médias d'information.

« Les femmes des “évêques” »,

« Mars, Vénus, et les journalistes »

« Si ça continue, on arrête les bébés ! »

 

55. « Le genre masculin ou féminin n’est pas une identité, mais une manière d’agir », Irène Théry, propos recueillis par Catherine Portevin, Télérama, mars 2008, n° 3034

Depuis de nombreuses années, la sociologue Irène Théry trace un chemin « à part » sur l'égalité des sexes, les transformations du couple, de la filiation, de la parenté. Ses prises de position, naguère, contre la parité, aujourd'hui contre toutes revendications identitaires, l'ont classée dans le camp des républicains, traduisez « réacs ». Mais son attention aux mutations du temps interdit de la voir en traditionaliste. Une des premières, elle s'est intéressée au « démariage » (Le Démariage, Justice et vie privée, éd. Odile Jacob, 1993), c'est-à-dire à la fin du mariage comme socle de notre système de parenté, plaidant entre autres pour la reconnaissance juridique des familles recomposées. Aujourd'hui, elle explique pourquoi il faudrait traiter les parents homosexuels comme « des pères et des mères comme les autres » et non une catégorie « à part ». Son dernier livre, La Distinction de sexe, ne se réduit pas à cette question. Il est une longue traversée de l'histoire de la pensée, une fresque anthropologique foisonnante, qui éclaire les préjugés avec lesquels nous pensons les relations entre les sexes.

Lire la suite.

 

54. « Le loueur Sixt invente la fausse vraie fausse pub sexiste », Pascal Riché, Rue89, 05/05/2009

En matière de publicité, les bonnes vieilles recettes fonctionnent toujours assez bien. Roland Barthes, qui aimait écouter et décortiquer le bruit publicitaire, avait repéré une technique assez efficace, qu'il avait baptisée la « vaccine » (dans le chapitre « Opération Astra » de Mythologies).

A l'époque, Barthes analysait une réclame pour Astra qui commençait par : « Une mousse à la margarine, c'est impensable ! », et se terminait par : « Vous voilà débarrassé d'un préjugé qui vous coûtait cher ! » Il constatait que ce procédé (formuler la critique pour mieux la contrer) était également utilisé pour justifier l'ordre, l'armée ou l'Église. La suite …/…

 

53. « Un jeune adulte sur cinq est pauvre en France », Le Monde, 07/05/2009

L'Insee publie, mercredi 6 mai, son édition 2009 du rapport "Les revenus et le patrimoine des ménages". Cette étude, qui s'appuie sur les résultats d'une enquête sur les revenus de 2006, fait apparaître que le niveau de vie médian en France se situe à 17 600 euros, soit 1 470 euros mensuels, en hausse de 1,7 % par rapport à 2005 (en euros constants). Le niveau de vie correspond, selon l'Insee, au revenu disponible du ménage, divisé par le nombre d'unités de consommation dans ce ménage (une unité de consommation pour le premier adulte du ménage, 0,5 unité pour les autres personnes de plus de 14 ans, et 0,3 unité au-dessous de 14 ans). Avec 17 760 euros annuels, ce sont les 18-24 ans qui ont le niveau de vie le plus faible, alors que ce niveau de vie est à son maximum dans la tranche d'âge 55-59 ans (plus de 24 000 euros), selon l'étude. Elle relève également que, pour les plus de 75 ans, ce niveau de vie (plus de 20 000 euros) "est proche de celui des quadragénaires et supérieur à celui des trentenaires".

EN 2006, 21 % DES 18-24 ANS VIVAIENT AVEC MOINS DE 880 EUROS PAR MOIS

Les 10 % de personnes les plus aisées disposent d'un niveau de vie de 33 190 euros. Les 10 % de personnes les plus modestes disposent pour leur part d'un niveau de vie de 9 720 euros, soit 3,4 fois moins. La progression de la valeur du niveau de vie est plus rapide pour les plus riches : + 2,9 %, contre + 1,7 % pour les plus modestes. Le rapport de l'Insee détaille par ailleurs l'évolution de la pauvreté. En ce qui concerne la pauvreté monétaire, l'étude estime le "seuil de pauvreté" à 880 euros en 2006 (contre 865 euros en 2005). Elle considère que, selon ce critère, près de 7,9 millions de personnes peuvent être considérées comme "pauvres" (contre 7,7 millions en 2005). "Parmi elles, la moitié a un niveau de vie inférieur à 720 euros par mois", précise-t-elle. Les 18-24 ans sont ceux dont le taux de pauvreté est le plus élevé : 21 % d'entre eux vivaient avec moins de 880 euros par mois en 2006. Les 25-29 ans sont mieux lotis : leur taux de pauvreté est inférieur de 9,2 points à celui de la classe d'âge précédente et proche de la moyenne (11,9 %). L'Insee évoque par ailleurs la "pauvreté en conditions de vie", dont elle estime qu'elle concerne "12,7 % des ménages" en 2006, taux qui est "en recul depuis 10 ans". La pauvreté en conditions de vie est définie par le "nombre de privations auxquelles le ménage déclare être confronté". "Par convention, précise l'Insee, c'est à partir de huit carences ou difficultés qu'un ménage est qualifié de pauvre en conditions de vie."

 

52. « Derrière le rire de Rachida Dati... », par Marc Abélès, Le Monde, 05/05/2009.

Rachida Dati a fait des siennes : intervenant dans une réunion des jeunes de l'UMP, elle répondait à des questions sur l'énergie et sur le rôle de l'Europe dans les affaires nationales. Ce n'est pas tant le caractère hésitant des réponses, mais leur ponctuation par des fous rires et des commentaires tels "ça, on avait répété un peu" ou "c'est ça ?", qui ont semé la consternation, surtout chez ses propres amis. Tel haut dignitaire de son parti se demandait si elle était bourrée ou si elle avait fumé la moquette.

Je reprends à dessein ces expressions peu élégantes. C'est qu'elles sont symptomatiques de l'agacement croissant d'une grande part de la classe politique traditionnelle à l'égard de "ces femmes ingérables" que Sarkozy a promues au plus haut niveau. Il ne s'agit pas ici d'évaluer la compétence ou la qualité du travail accompli par la garde des sceaux et ses collègues. Ce qu'on voit émerger à travers les figures de ces ministres qui, pour beaucoup de politiciens classiques, sont simplement des créatures du président, c'est peut-être une représentation de rupture, qui casse les codes établis en matière de rapports entre les genres dans l'activité politique.

Depuis les débuts de la Ve République, la résistance masculine à l'accès des femmes aux mandats électifs ne s'est guère démentie. Malgré la loi sur la parité, force est de constater que la proportion des femmes élues au Parlement est l'une des plus faibles en Europe.

Si les femmes ont désormais une part non négligeable des charges ministérielles, c'est d'abord le fait du prince. On ne s'étonnera pas qu'ensuite les professionnels de la politique qui voient des portefeuilles leur échapper au profit de ces "créatures du président" soient à l'affût de leurs moindres faux pas. Pourquoi pas s'en payer une de temps à autre ?

Ce genre de jeu de massacre a commencé avec Simone Veil : que n'a-t-on entendu au moment où elle défendait courageusement un texte qui a durablement marqué notre société. A l'égard des femmes politiques, on voit régulièrement resurgir tout un arsenal de stéréotypes qui en disent long sur la maturité des appareils, et qui trahissent une sourde angoisse contre laquelle on se rassure comme on peut. Il y a les jolies, celles qui cultivent l'image et les plans médias. C'est parce qu'elles savent y faire, qu'elles réussissent et nous piquent les postes. Ou sinon, il y a les moches, celles-là sont ambitieuses, autoritaires et dangereuses : bref, des "chieuses" ! Qui séjourne un certain temps dans les temples de la République est vite immergé dans cette ontologie spontanée qui oriente les comportements de nos politiques. Et pas seulement eux, puisque les journalistes ne sont pas les derniers à répercuter ces stéréotypes.

La dernière campagne présidentielle et les commentaires qui ont accompagné, voire soutenu, la montée en puissance de Ségolène Royal, traduisent bien toutes les ambivalences des milieux politiques. Il s'agissait de mettre en relief l'incompétence, la non-fiabilité de la candidate. Cette dernière, de son côté, s'est emparée de l'argument pour le retourner à son avantage en dénonçant le préjugé machiste. Toute critique, selon elle, n'est qu'une illustration supplémentaire de la propension des politiciens et des commentateurs à la traiter de gourde parce qu'elle est une femme.

En même temps, Ségolène Royal reste tributaire des représentations dominantes. Elle met en spectacle une image axée sur l'esthétique de la féminité diffusée par les médias spécialisés (la femme épanouie et séduisante). En outre elle assume pleinement le rôle de la madone qui pratique le pardon des offenses, qui parle au cœur et à la sensibilité, qui prône une éthique du respect.

On peut cependant se demander si l'ex (et future ?) candidate ne s'enferme pas dans un rôle quelque peu limité, et surtout si elle ne contribue pas à renforcer un stéréotype où féminité rime avec intuition, sensibilité, instinct maternel. D'où le danger d'apparaître comme incapable de proposer des réponses rationnelles à la crise que traversent nos sociétés. Sur ce point, le contraste entre les personnages campés par Ségolène Royal et par sa rivale Martine Aubry est saisissant, la seconde se définissant avant tout par la fonction qu'elle occupe, sans se préoccuper des sexes et sans faire du féminin un enjeu spécifique.

Au fond, les deux dirigeantes socialistes incarnent chacune à sa manière les deux pôles d'une même représentation de la femme en politique. Représentation pour le moins figée, tant en ce qui concerne la "féminité", qu'au regard d'une idée du "contenu" ou du sérieux en politique.

Or c'est peut-être cette représentation qui est en train de bouger depuis l'entrée en scène de personnages comme Rachida Dati ou Rama Yade. Affirmer comme la première que "la politique c'est aussi rire, c'est la vie", ne pas se plier, telle la seconde, aux injonctions du président, mais imposer ses propres priorités, c'est une manière nouvelle d'apprécier son propre poids politique sans se soucier outre mesure des hiérarchies du microcosme. "J'incarne tout ce que les hommes politiques ne sont pas, déclarait Rama Yade : une femme, jeune, noire et musulmane." Bien sûr il y a le fait qu'elles représentent ce qu'on appelle officiellement la diversité. Mais dans leur pratique, il y a aussi une certaine jubilation à transgresser les codes.

Il est vrai qu'à force d'occulter la réalité de leur action politique au profit de leur apparence, de leur rôle dans le spectacle, les médias les aident à préserver une marge de popularité. Et même une certaine marge d'indétermination entre gauche et droite. Rama serait issue de la mouvance socialiste ; lors d'une précédente élection européenne, Rachida aurait même pu se trouver sur la liste de ce parti. Et même - pourquoi pas ? - on peut imaginer pour l'une comme pour l'autre un autre avenir que le sarkozysme.

Militantes ? Elles n'en ont cure. Inféodées ? Très peu pour elles. Transgressives à leur manière : ainsi s'affirment ces nouvelles protagonistes. Et pas seulement dans les rangs de la droite, même si la rivalité Royal-Aubry tend à masquer l'émergence bien réelle de représentantes d'une jeunesse qui ne tient plus trop à s'en laisser conter. Ce qui est sûr, c'est qu'elles ne se définissent plus en référence aux pesanteurs des appareils politiques, et qu'elles n'hésitent pas à bousculer les traditionnels jeux de rôles, quitte à reléguer dans l'anachronisme la génération antérieure.

Marc Abélès est directeur d'études à l'EHESS.

 

51. « Les religions n’aiment pas les droits des femmes », Geneviève Fraisse, L’Humanité, 14 mars 2009

Comment le Vatican peut-il condamner l’IVG d’une fillette violée ?

Le Vatican a du mal avec l’Holocauste : du mal parce qu’il n’a pas brillé, au XXe siècle, pour le dénoncer ; du mal parce qu’il est capable de soupeser avec légèreté, au XXIe siècle, le négationnisme d’un de ses prélats. Or depuis longtemps, nous le savons, les militants anti-avortement dénoncent l’IVG comme un acte similaire à l’Holocauste …/… La suite

 

50. Peggy Sastre, « Il y aura une suite à l’Ex utero » entretien avec Jef Tombeur sur Come4news.com, 28/04/2009

Peggy Sastre est une auteure que l’on peut facilement cataloguer dans le camp des « féministes hédonistes », soit, pour résumer, de celles qui se disent pro-sexe, qui se sont opposé•e•s, d’abord en Amérique, aux projets de loi visant à contingenter la pornographie et les industries du sexe. Mais son propos ne se limite pas à la défense et illustration du jouir, mode féministe hédoniste. Journaliste scientifique, elle s’oppose résolument à la conception dite « essentialiste » de certaines féministes, et plaide pour une autre interprétation du fameux slogan (et livre) « Notre corps, nous-mêmes ». Pour elle, la conception totalement assistée, hors utérus, si elle n’est pas encore d’actualité courante, n’est pas un tabou. Elle a tracé les contours d’un féminisme en progression, qu’elle nomme « évoféminisme », et pour la France et la Francophonie, son premier ouvrage sur le sujet, Ex Utero, pour en finir avec le féminisme, prend valeur de manifeste. La suite…/…

 

49. « Les perdants de Durban II: les homosexuels, les femmes et plusieurs minorités », Marie-Claude Martin, Les Quotidiennes, 27/04/2009

L’Europe mettait deux conditions : qu’Israël cesse d’être stigmatisé et que le terme « diffamation des religions » soit retiré du texte. En échange, elle a cédé sur la discrimination liée à l’orientation sexuelle, inacceptable pour les pays musulmans. La suite…/…

 

48. Hubertine Auclert la suffragette, agoravox.fr, Fergus, 25/04/2009

Marie Anne Hubertine Auclert est née le 10 avril 1848 dans l’Allier à Saint-Priest-en-Murat (canton de Montmarault) dans un milieu relativement aisé. Placée dans un couvent à l’âge de 13 ans suite au décès de son père, pourtant républicain convaincu, la route de la jeune fille est toute tracée : elle sera nonne. C’était compter sans l’ouverture d’esprit d’Hubertine et son goût pour l’action et la liberté. À 21 ans, elle quitte définitivement la vie religieuse. Peu après Napoléon III déclare la guerre à la Prusse, un conflit qu’Hubertine traverse en s’engageant comme bénévole dans les rangs de la Croix-Rouge. La guerre finie, la 3e République est instaurée, et avec elle l’espoir de changer la société. La suite…/…

 

47. La grossesse pour autrui, un nouvel esclavage, Sylviane Agacinski, Les Quotidiennes, 20/04/2009

La gauche est divisée et le féminisme aussi. Les mères porteuses sont-elles une nouvelle aliénation ou une avancée sociale? Pour la philosophe essentialiste de gauche, c'est une "barbarie soft."

Alors que s'ouvrent en France les premiers États généraux de bioéthique, Sylviane Agacinski publie Corps en miettes, violent réquisitoire contre les mères porteuses. Philosophe, professeur à l'École des hautes études en sciences sociales, la femme de Lionel Jospin monte en première ligne, faisant exploser les clivages droite/gauche mais brisant aussi l'harmonie féministe. On se souvient en effet qu'Elisabeth Roudinesco et Elisabeth Badinter ont signé de leur côté une pétition permettant la légalisation de cette pratique. Lire la suite …/…

 

46. « La filiation, état social », par Françoise Héritier, Le Monde, 18.04.09

Je lisais dans Le Monde une interview de Dominique Versini, défenseure des enfants, sur l'intérêt pour eux de la reconnaissance de tiers pour les actes de la vie quotidienne dans un cadre familial recomposé, lorsqu'une phrase a attiré mon attention. Elle faisait état d'une idée répandue selon laquelle "on va de plus en plus vers une sorte de filiation sociale qui se substituerait à la filiation biologique" (Le Monde, 21 mars 2009). Or c'est exactement l'inverse qui se passe.

Je constate dans la presse, dans les débats, même dans des travaux académiques, des confusions terminologiques entre filiation, engendrement, procréation, parenté, parentalité, etc. Une confusion très grande existe entre ce qui relève du biologique et ce qui relève du social. Compte tenu des percées scientifiques et techniques, dans le domaine de la procréation, il est normal que des brouillages se constituent. Au moins peut-on essayer d'y voir plus clair à l'occasion des débats sur la révision des lois de bioéthique.

Rappelons deux faits. C'est aux confins des XVIIIe et XIXe siècles qu'ont été identifiés les gamètes - ovule et spermatozoïde -, et plus tardivement qu'a été reconnu leur rôle égal dans la procréation. Auparavant, le biologique était confiné au coït et à l'accouchement. Deuxièmement, dans toutes les sociétés, le rôle institutionnel du mariage qui engage les époux pour la reproduction dans la fidélité requise pour l'épouse fait qu'une zone de recouvrement associe engendrement, enfantement et filiation. Mais, et c'est là le point essentiel, la filiation partout et toujours ne peut être qu'un acte social : la reconnaissance volontaire et dûment enregistrée qu'un enfant est rattaché à une ou à des lignées nettement désignées, ce qui lui confère son identité, des droits et des devoirs.

Mais ce recouvrement de fait ne signifie pas pour autant le recouvrement cognitif des notions de filiation, acte juridico-social, et d'engendrement par l'homme, voire d'enfantement par la femme, actes qui relèvent du biologique. L'esprit social de la filiation se lit de façon exemplaire dans l'adoption plénière où les liens de filiation ne peuvent absolument pas être rompus et où la prohibition de l'inceste joue à plein, malgré l'absence de consanguinité, entre frères et sœurs ou entre cousins.

La confusion dans les mots et surtout dans les esprits entrelace, conjoint ou oppose, selon les besoins du moment, le biologique au social. Elle est apparue avec la révision de chapitres du code civil dans les années 1980. Compte tenu des percées scientifiques et surtout techniques et d'une "demande sociale" supposée, le législateur a ajouté un quatrième critère à ceux qui prévalaient pour établir la filiation : la naissance légitime (dans le cadre du mariage) ou naturelle, la volonté (la "reconnaissance en paternité") et la possession d'état, soit la réputation d'être l'enfant d'un couple ou d'une personne. A ces trois critères, le législateur a ajouté celui de vérité biologique - c'est-à-dire de l'engendrement certifié par des méthodes ad hoc - et a rendu, c'est là le point capital, ce critère opposable aux trois autres, y compris à la naissance dans le cadre du mariage. Il se peut qu'il ait été impossible de faire autrement. Comment utiliser en effet ce critère, en totale rupture avec l'idée même de filiation, sinon par opposition à ceux qui dictaient la filiation ?

Ce caractère opposable permettait de régler des situations insolubles, comme le cas de filiation dans le cadre du mariage alors que le mari est absent ou indisponible. Le plus souvent, malheureusement, le critère de vérité biologique est utilisé non pour construire mais pour détruire, dans des conflits d'intérêts majoritairement financiers et successoraux, ou en fonction de volte-face des sentiments éprouvés, c'est-à-dire en fonction de l'intérêt privé des adultes.

Le grand oublié du législateur, c'est l'enfant. Le déni de paternité est un tort majeur porté à un enfant, qui voit changer non seulement sa relation familiale, mais aussi au sens propre son identité, et dont les actes d'état civil porteront la mention de ce reniement. A la suite de plusieurs procès où des maris, qui avaient accepté l'insémination artificielle avec donneur, ont par la suite demandé le divorce et la récusation de la filiation de l'enfant, et ont obtenu cette récusation en justice, le législateur a mis des limites temporelles à l'exercice de ce droit d'opposition.

Qu'en est-il du droit des enfants à connaître leur origine ? Cette curiosité-là est légitime, même si elle remet en question la confidentialité sur le don de gamètes ou le secret de l'accouchement sous X... (avec les ménagements nécessaires pour ne pas briser la vie d'autrui). Mais il me semble qu'en dehors de cas d'espèces, où la vie familiale se passe vraiment mal, cette curiosité ne met en cause ni les sentiments ressentis dans la famille d'accueil, ni la filiation. La curiosité satisfaite, des liens peuvent se créer ou non, mais il y a peu d'exemples de substitution d'une famille, d'une parenté, d'une filiation à d'autres, selon les psychologues. Penser que cette substitution se produirait de par le poids du biologique, c'est nier l'importance du symbolique, des sentiments, des apprentissages.

La revendication de la vérité génétique vise à satisfaire des intérêts individuels et variables, qu'il s'agisse du désir d'enfant, sur lequel il y aurait une analyse très profonde à conduire ou d'autres motivations, dans une totale indifférence à la contradiction et en référence à la modernité technique. Regardons le cas de la gestation pour autrui, prêt ou location d'utérus dont la légalisation est à l'étude. Elle peut être faite avec les gamètes des deux parents d'intention, ou avec ceux d'un seul, ou avec des gamètes autres que celles des parents d'intention, qui seront les parents par la filiation et le cœur. Elle peut être faite aussi avec un ovocyte de la gestatrice. La vérité génétique n'a que peu à voir avec cette fabrication d'un enfant, et la technique, par Fivete, n'est pas nouvelle.

Si loi il devait y avoir, l'encadrement devrait être extrêmement strict, ne serait-ce que pour éviter l'accumulation de problèmes impossibles à résoudre. La filiation devrait revenir au (x) parent (s) de volonté, non à la donneuse d'ovocytes ni à la prêteuse d'utérus, même si un droit de réflexion devrait être laissé à celle-ci. Il ne devrait pas être possible aux parents d'intention de récuser un enfant qui ne leur conviendrait pas.

En dehors de la filiation, cet usage dont on parle tant suscite bien des interrogations. Il semble en effet malvenu, en des temps d'efforts pour parvenir à l'égalité des sexes dans les faits et dans les esprits, de faire de certaines femmes, plus souvent nécessiteuses qu'altruistes, des individus dont la fonction et l'intérêt sont situés dans la reproduction. Cette façon de voir rejaillit sur le sexe féminin en son entier. Autre chose : il ne faudrait pas que soient autorisées par ce biais des pratiques interdites par la loi. Par exemple, la commercialisation clandestine des cellules et des utérus, même si la gratuité ou la simple indemnisation des frais est requise par la loi.

Il ne faudrait pas non plus que, contrairement à ce que proposait Nadine Morano, secrétaire d'Etat à la famille, la gestation pour autrui se fasse en famille, une mère portant par exemple l'enfant de sa fille et de son gendre. Rappelons qu'en droit civil, l'union est interdite entre alliés dans la ligne directe : une femme ne saurait épouser le mari de sa fille. Aurait-elle alors la possibilité légale de porter son fruit ? Indépendamment de l'inceste du deuxième type, que constituerait à mes yeux le rapprochement intime de sa substance corporelle avec celle de sa fille.

Que penser enfin de la volonté d'égalité exprimée dans cette demande ? Si l'on s'en tient à la notion d'égalité, et pas seulement à l'égalité entre femmes stériles et fécondes ou entre femmes différemment stériles, il faut reconnaître que les hommes ont aussi le droit à la gestation pour autrui (ou à l'utérus artificiel s'il voit le jour) : le droit de tout homme à faire des enfants "tout seul".

Un Américain riche et misogyne s'est ainsi fait une famille de cinq enfants. L'histoire ne dit pas s'il a eu recours au diagnostic préimplantatoire pour n'avoir que des fils ! Ce qui se profile là est un danger contre lequel l'espèce humaine s'est toujours prémunie : une société sans recours à l'altérité pour créer du lien social. Car il n'y a pas d'altérité dans l'exploitation de "ressources", ni d'égalité.

Il nous faut réfléchir aux mots et aux situations que nous croyons nouvelles pour vérifier s'ils portent ou non en germe des inégalités accrues ou des conséquences contraires à la règle. Non pas que les règles soient intangibles. Inventer des formes nouvelles de vie en société est une des prérogatives saisissantes de l'espèce humaine, à condition que la liberté des uns ne soit pas contraire à celle des autres ni à leur dignité.

Le primat du biologique est un leurre qui recouvre des contradictions et des intérêts multiformes ; et il convient de sauvegarder le caractère social de la filiation. Posons-nous la question à partir de la gestation pour autrui : si la mère n'est pas reconnue tout entière dans l'ovocyte ni même dans la parturition, pourquoi le père le serait-il dans le spermatozoïde ? Pourrait-on supprimer le caractère opposable du critère de vérité biologique pour ne garder que son aspect constructif qui permet de donner une filiation à des enfants dont le géniteur s'est esquivé ?

Professeur honoraire au Collège de France, Françoise Héritier (1933), a succédé à Claude Lévi-Strauss au Collège de France où elle a développé ses recherches sur la parenté au sein du laboratoire d'anthropologie sociale. Elle a notamment publié L'Exercice de la parenté (Seuil, 1982), Deux sœurs et leur mère (Odile Jacob, 1995), et une autobiographie intellectuelle sous forme d'entretiens, Une pensée en mouvement, (O. Jacob, 450 p., 27,90 €).

 

45. « Aucune religion ne prône l’égalité entre les hommes et les femmes », Taslima Nasreen, L’Humanité, 9 avril 2009

Taslima Nasreen, réfugiée en France, appelle les forces de gauche, partout dans le monde, à réinvestir les combats laïque et féministe pour élever une digue face aux fondamentalismes.

Contrainte de quitter son pays, puis l’Inde où elle avait trouvé refuge, sous la pression des fondamentalistes, l’écrivaine bangladaise Taslima Nasreen, figure du combat contre l’intégrisme, participait, samedi dernier, aux Rencontres laïques internationales, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). …/… la suite.

Entretien réalisé par Dominique Bari et Rosa Moussaoui

 

44. « Garçons-filles, mode d’emploi », Sophie Bourdais et Samuel Douhaire, Télérama, n° 3087, 20 mars 2009.

Dans La Journée de la jupe, un téléfilm de Jean-Paul Lilienfeld diffusé vendredi 20 mars sur Arte, Isabelle Adjani incarne Sonia Bergerac, une professeure de français qui enseigne dans un collège difficile. L’agressivité des élèves, les insultes sexistes, la violence font partie de son quotidien. Jusqu’à l’humiliation de trop, la peur de trop. Après avoir trouvé un revolver dans le sac du caïd de la classe, Sonia Bergerac prend en otages une quinzaine de collégiens. Sa revendication ? L’instauration par le ministre de l’Education nationale d’une Journée de la jupe, autrement dit « un jour où l’Etat affirme : on peut mettre une jupe sans être une pute »... Il s’agit d’une fiction. Mais est-elle si éloignée de la réalité ? « C’est dur d’être une fille aujourd’hui », avoue Sarah Douali, l’une des jeunes comédiennes. Depuis quelques années, de nombreux enseignants, directeurs d’établissements scolaires, conseillers principaux d’éducation, militants associatifs et chercheurs constatent le même phénomène : les relations entre les garçons et les filles, jamais faciles à l’adolescence, se sont dégradées. Après des décennies de combat féministe et trente-quatre ans de mixité scolaire, il faudrait donc encore s’interroger sur la possibilité de vivre en bonne intelligence, sans rapports de force systématiques. Lire la suite …/…

 

43. Les 16-25 ans, génération qui a perdu foi en l’avenir, Benoît Floc’h, Le Monde, 09/03/2009

Chômage, pauvreté, perte de confiance en l’avenir : la situation des 16-25 ans interpelle. Le haut-commissaire à la jeunesse, Martin Hirsch, lance lundi 9 mars la concertation qui doit aboutir à une nouvelle politique de la jeunesse, favorisant l’autonomie : insertion professionnelle, logement, santé, participation à la vie sociale seront les thèmes abordés.

"Il est urgent d’agir", prévient l’un des participants, le sociologue de la jeunesse Olivier Galland, dont les travaux nourrissent largement le diagnostic gouvernemental. Directeur de recherches au CNRS et président du comité scientifique de l’Observatoire de la vie étudiante, ce dernier met en évidence, dans un livre à paraître en avril, Les jeunes Français ont-ils raison d’avoir peur ? (Armand Colin), la cause majeure du malaise : le modèle d’"élitisme républicain" sur lequel se fonde le système éducatif est "en crise" profonde.

"Toutes les enquêtes montrent que la jeunesse française va mal, dit-il. Les jeunes Français sont les plus pessimistes de tous les Européens. Ils n’ont confiance ni dans les autres, ni dans la société. Ils apparaissent repliés sur leur classe d’âge et fatalistes. Pour une société, surtout en période de crise, c’est un handicap énorme."

Certes, reconnaît le sociologue, l’école n’est pas seule en cause. Le marché de l’emploi fait peu de place aux jeunes, et leurs problèmes sont par ailleurs mal pris en compte dans les politiques publiques.

Mais surtout, regrette M. Galland, les causes du malaise liées à la manière dont la nation forme ses jeunes sont trop négligées. Le modèle méritocratique de l’école de la République était efficace quand nombre d’élèves n’avaient pas accès à l’enseignement secondaire. "Il ne fonctionne plus dans une école de masse qui doit gérer des talents et des aspirations scolaires de plus en plus diverses, constate-t-il. Ainsi, "l’obsession du classement scolaire, qui est à la base de l’élitisme républicain, la vision dichotomique de la réussite qui sépare les vainqueurs et les vaincus de la sélection scolaire, mais également la faillite de l’orientation, aboutissent à un système qui élimine plutôt que de promouvoir le plus grand nombre", explique le chercheur.

Les vaincus, parfois écartés sans ménagement, sont découragés et atteints dans leur estime de soi. Une étude du ministère de l’éducation nationale, reprise dans l’ouvrage, montre que le découragement s’amplifie au fur et à mesure que les élèves avancent dans leur scolarité. Fondée sur le suivi d’une cohorte de 8 000 jeunes pendant leurs années de collège, elle révèle une chute de la motivation scolaire, une montée du stress et un accroissement des attitudes de fatalisme. "Beaucoup, rappelle M. Galland, adoptent des attitudes de repli ou d’abandon ("je cesse d’écouter", "je ne fais pas l’exercice")". Les formes radicales d’abandon sont préoccupantes : les "décrocheurs", sortant du secondaire sans diplôme, sont estimés à 120 000 tous les ans.

C’est un des points que Martin Hirsch entend traiter. Des propositions sont attendues pour prendre en charge les jeunes qui sortent sans qualification du système scolaire, aujourd’hui trop peu suivis et souvent "perdus" par les institutions.

Olivier Galland souligne le manque de courage de responsables politiques "qui ont peur de la jeunesse". En témoignent les multiples reculades du pouvoir, de 1986, lors du mouvement contre la réforme Devaquet instaurant la sélection à l’entrée de l’université, à 2006, lors de la contestation du contrat première embauche. Cette peur provoque selon lui un "jeu pervers" : "Les responsables politiques font leurs réformes à la sauvette, sans tout dire de leurs intentions ni convaincre de la nécessité d’agir, ce qui provoque défiance et échec. La dernière réforme du lycée en est un bon exemple", assure le chercheur.

Les enseignants - et "le conservatisme des syndicats" - ont leur part de responsabilité, mais le sociologue se défend de les stigmatiser. Car "c’est un modèle que tout le monde partage dans la société". Les jeunes eux-mêmes défendent paradoxalement cette "égalité formelle", bien qu’ils en soient les premières victimes.

Le chercheur estime qu’il faut établir un nouveau pacte républicain entre l’école et la nation. Le haut-commissariat n’a pas la main sur les contenus et l’organisation de l’enseignement. "C’est un risque d’échec, reconnaît M. Galland. Si M. Hirsch conçoit sa mission comme l’instauration d’une politique transversale de la jeunesse, c’est intéressant, à condition qu’il ait les moyens de la mettre en œuvre."

L’un des sujets les plus sensibles est la réorganisation annoncée du système d’information et d’orientation des élèves, réforme que plusieurs gouvernements ont tentée en vain. "C’est un enjeu absolument central, poursuit le chercheur. Dans un système éducatif aussi complexe que le nôtre, l’information est une ressource fondamentale. Les inégalités entre les jeunes sont ici énormes, et elles s’accroissent."

 

42. Charlotte Roche, Zones humides [Feuchtgebiete], Anabet, 2009, 226 pages. Pornographie ou manifeste féministe, les avis divergent ?

Hélène a 18 ans. À l’issue d’un rasage intime malencontreux, la jeune femme se retrouve à l’hôpital. Livrée à elle-même, elle s’invente toutes sortes de jeux avec son corps. Enfant du divorce, héroïne d’une société désorientée, Hélène est transgressive à souhait. L’auteure déclare : « Je savais que je voulais écrire quelque chose sur les thèmes suivants : femmes, hygiène, odeurs, sur toute cette hystérie hygiéniste qui nous entoure et qui m’agace depuis des années ».

S’assumer simplement et exposer son quotidien comme si les hygiénistes n’existaient pas, c’est la ligne de conduite qu’adopte Charlotte Roche dans Zones humides. Le premier roman de l’auteure d’origine allemande est qualifié parfois de pamphlet féministe, parfois de pied de nez aux codes connus. C’est vrai, mais ça n’est pas tout Zones humides est une invitation à dédramatiser sa relation au corps, à l’écouter, à l’aimer surtout. …/…

CR sur mademoiZelle, 13 mars 2009

 

41. « Le feu, première cause de décès pour les jeunes femmes en Inde », Antoine Corta, Rue89, 09/03/2009

Le nombre de décès par immolation chez les femmes indiennes serait six fois supérieur à ce qu’indiquent les statistiques officielles, révèle une étude publiée dans la revue médicale de référence The Lancet. Un constat révélateur de la condition alarmante de la femme en Inde.

Douze femmes indiennes sont brûlées toutes les heures contre seulement la moitié d’hommes, indique The Lancet dans son rapport. L’étude, qui s’intitule "Les décès liés au feu en Inde en 2001: une analyse rétrospective des statistiques", dévoile que le nombre de femmes qui meurent dans les flammes sur le sous-continent est largement sous estimé.

Les chercheurs du Lancet estiment que 163 000 décès étaient causés par le feu en 2001, ce qui représente 2% de tous les décès en Inde cette année-là. A titre de comparaison, les statistiques nationales font mention de 8978 suicides par immolation et 19 093 morts accidentelles par immolation en 2005.

Ces chiffres, qui reposent en grande partie sur des rapports de police, sont jugés peu fiables par les trois auteurs de l’étude. La suite …/…

 

40. « Dans un monde qui a changé, de nouvelles résistances à inventer », Liliane Kandel, Le Monde, 07/03/2009

Le féminisme aujourd’hui ? Non seulement il n’est pas mort mais on peut dire que, d’une certaine manière, il a gagné. Exactement comme Mai 68. Et, exactement comme Mai 68, il a induit des changements profonds, peut-être irréversibles de la société, des institutions, des façons de vivre et d’être au monde - en même temps que des dérives, des détournements et des perversions. Reste qu’aujourd’hui, plus personne n’oserait se revendiquer « sexiste » ou « misogyne ».

Dire « on a gagné » − et il faut mesurer l’immense chemin parcouru depuis les années 1960 − ne signifie pas évidemment pas que l’on a tout gagné (sur ce "tout", du reste, les conceptions divergent). Des femmes meurent sous les coups de leur compagnon, la pauvreté, le chômage sont majoritairement féminins, les salaires restent inégaux, le temps consacré au travail domestique encore plus, et les femmes députées ou PDG trop rares : tout cela est connu, dénoncé, combattu par les groupes féministes, parfois en vain, parfois victorieusement, et justifie que nombre d’entre les militantes se définissent comme « toujours féministes ».

Est-ce suffisant ? Est-on sûr que cela constitue ou continue ce que fut le Mouvement de libération des femmes ? Je vais me mettre beaucoup de monde à dos, mais il me semble que, s’il y a aujourd’hui du féminisme (ou du pseudo-féminisme) partout, on peut se demander s’il y a encore un mouvement - au sens du mouvement des années 1970. On oublie trop souvent que celui-ci n’a pas été seulement un mouvement social : de colère, de révolte, de solidarité retrouvée des femmes entre elles, mais aussi, et indissociablement, un mouvement de découverte permanente, de dévoilement, c’est-à-dire de subversion et de renversement des paradigmes de pensée dominants. Et cela se joua sur tous les terrains, tous les modes d’expression, d’intervention, toutes les formes de discours, des plus savants aux plus (apparemment) farfelus.

Prenons trois des slogans de l’époque.

"Travailleurs de tous les pays... qui lave vos chaussettes ?" C’était drôle. Des sociologues explorent, aujourd’hui encore, les modes complexes d’articulation du travail salarié et du travail domestique, "invisible".

"Une femme sans homme, c’est comme un poisson sans bicyclette." Une féroce mise en charpie de la fameuse "contrainte à l’hétérosexualité", sur laquelle tant d’encre a coulé depuis.

Et "je suis une femme, pourquoi pas vous ?", qui fut une des facettes de la déconstruction du discours, millénaire, de la différence des sexes, de sa naturalité.

Telle fut l’extraordinaire efficacité symbolique du Mouvement. Les slogans avaient, alors, exactement la fonction du mot d’esprit selon Freud : et le rire des femmes fut sans doute un des rires les plus politiques, les plus philosophiques - et les plus libérateurs - qui soient.

Mais voilà. On ne rit plus beaucoup aujourd’hui. D’abord, parce que l’effet de découverte, de connaissance, de subversion des paradigmes, la surprise joyeuse (et/ou le scandale) qui l’accompagnait, a eu lieu : le travail est fait - et bien fait. Ensuite et surtout parce que le moment historique du rire est, sans doute, derrière nous. Pour le dire autrement : Mai 68, le "MLF", furent des mouvements offensifs, de mise en question de nos sociétés, de leurs incohérences, de leurs hypocrisies, de leurs vices cachés. Et ces sociétés, d’une certaine manière, étaient prêtes à les entendre. Mais l’offensive aujourd’hui n’est plus de notre fait. Les enjeux, les dangers mortels pour les femmes (et pas seulement pour elles) se sont déplacés ailleurs, sur de nouvelles scènes, avec une tout autre violence, inimaginable autrefois. Par exemple, dans nos cités, où il est recommandé encore souvent de sortir voilée ou en jogging pour éviter harcèlements, insultes - ou agressions (ce fut la force de Ni putes ni soumises de dévoiler, justement, le lourd silence sur ces situations). Mais aussi au niveau le plus élevé de la gouvernance internationale, à l’ONU, où sous prétexte de lutte contre la "diffamation des religions", contre le blasphème, et au nom d’une incertaine "alliance des civilisations", l’on est en train d’imposer peu à peu les motions les plus obscurantistes, les plus rétrogrades, les plus attentatoires aux libertés (et d’abord, à celles des femmes).

La violence machiste se transforme. Le monde est autre. De nouvelles stratégies apparaissent, d’autres résistances s’inventent, d’autres analyses se font jour. Daniel Cohn-Bendit intitulait son livre Forget 68. La fidélité ne serait-elle pas finalement de dire, nous aussi : "Forget MLF" ?

 

39. « Allaiter, c’est féministe ou pas ? », sur Rue89, 05/03/2009

C’était mardi dernier. L’Académie de médecine préconisait dans un rapport l’allaitement maternel et des congés postnatals plus longs. Je me suis demandé ce qu’en pensaient les féministes. Furax contre une nouvelle pression sur les femmes ? Pas vraiment. Elles sont plutôt divisées sur la question.

Premier réflexe: appeler Héloïse, ma copine féministe, militante depuis peu aux Tumultueuses. Au bout du fil, elle s’offusque contre la tentation de prendre les femmes pour des « vaches à lait ». …/… la suite.

 

38. « Hommes-femmes, mode d’emploi inchangé », Sonya Faure, Libé, 05/03/2009

Exit la proposition de loi imposant 40 % de femmes dans les conseils d’administration. Trop « en avance » sur son temps, selon Hortefeux.

C’est ce qui s’appelle une fin de non-recevoir. « Marie-Jo est une combattante de la cause, Marie-Jo est une pionnière et comme toute pionnière, elle est en avance », a lâché Brice Hortefeux à Libération, hier, à propos de la députée UMP, Marie-Jo Zimmermann. Mardi, celle-ci a déposé une proposition de loi imposant aux conseils d’administration de compter « un nombre de représentants de chacun des deux sexes ne pouvant être inférieur à 40 % ». Les entreprises auraient trois ans pour s’y conformer. Les organisations syndicales, elle, devraient faire alterner des candidats de chaque sexe sur leur liste - pour les comités d’entreprise, les prud’hommes (lire Libération d’hier) …/… la suite.

 

37. « Le débat sur l’homoparentalité est relancé », Anne Chemin, Le Monde, 04/03/2009

Christine Boutin, qui avait bataillé avec ferveur contre le pacte civil de solidarité il y a dix ans, vient de lancer une offensive contre le projet de statut des beaux-parents, qui doit être présenté courant mars en conseil des ministres par la secrétaire d’État à la famille, Nadine Morano. "Je n’accepterai pas que l’on reconnaisse l’homoparentalité et l’adoption par les couples homosexuels de façon détournée", a déclaré, mardi 3 mars, la ministre du logement.

Boutin fait allusion au projet de loi sur l’autorité parentale et les droits des tiers, en cours d’examen au Conseil d’État, qui met en musique l’une des promesses de campagne de Nicolas Sarkozy. Ce texte ne modifie en rien les règles de la filiation, mais il offre des droits aux "tiers qui ont résidé avec l’enfant et l’un de ses parents, et avec lesquels il a noué des liens affectifs étroits". Les beaux-parents des familles recomposées et les parents "sociaux" des familles homoparentales pourront ainsi faire homologuer par le juge une convention de partage de l’autorité parentale.

Pour Mme Morano, ce texte adapte le droit à une société qui a profondément changé : sur 17 millions d’enfants, 1,6 million (9,4 %) vivent dans une famille recomposée et 2,4 millions (14 %) dans un foyer monoparental. L’INED estime que l’homoparentalité concerne 30 000 enfants ; l’Association des parents gays et lesbiens les évalue à plus de 300 000.

Aujourd’hui, beaucoup de couples homosexuels souhaitent avoir des enfants. Les couples de femmes ont recours à des inséminations artificielles réalisées en Belgique ou aux Pays-Bas et les couples d’hommes - plus rarement - à la gestation pour autrui à l’étranger. D’autres inventent des "coparentalités" à quatre - un couple d’hommes, un couple de femmes -, ou adoptent à l’étranger en tant que célibataires.

« Premiers pas » 

Quelle que soit la configuration, l’un des parents bénéficie pleinement des droits attachés à la filiation alors qu’aux yeux de la loi l’autre reste un étranger pour l’enfant. Ce parent "social" ne peut adopter l’enfant : en 2007, la Cour de cassation a estimé qu’une adoption simple au sein d’un couple d’homosexuels serait "contraire à l’intérêt de l’enfant".

Les couples se tournent donc vers la délégation d’autorité parentale. Créée en 2002 par Ségolène Royal, cette mesure ne crée pas de lien de filiation, mais elle autorise un "tiers, membre de la famille, proche digne de confiance", à accomplir les actes de la vie quotidienne. La Cour de cassation a précisé en 2006 que l’homosexualité n’interdisait en rien cette pratique, mais les juges continuent à se montrer réticents.

Le projet de loi devrait faciliter cette procédure en remplaçant les requêtes soumises à l’appréciation des juges par de simples homologations. L’Inter-LGBT (lesbienne, gay, bi et trans) salue ce "premier pas" mais regrette que le texte n’autorise pas l’adoption. "Seule l’inscription dans la loi de l’égalité pleine et entière entre les couples homosexuels et hétérosexuels mettrait fin aux difficultés juridiques vécues par les familles homoparentales", souligne-t-elle.

 

36. Mexico. La dépénalisation de l’avortement fait chuter le nombre d’abandons de bébés, Le Monde, 24/02/09, Joëlle Stolz

Moins de complications médicales et moins d’abandons de nouveau-nés : les autorités sanitaires de Mexico tirent un bilan positif de la loi qui a dépénalisé l’avortement jusqu’à douze semaines de grossesse - une expérience pionnière en Amérique latine. La loi a été approuvée le 24 avril 2007 par l’Assemblée législative du District fédéral, gouverné depuis douze ans par la gauche, malgré l’opposition du Parti d’action nationale (droite), la formation du président Felipe Calderon. L’archevêque de Mexico, le cardinal Norberto Rivera, avait menacé d’excommunier les législateurs.

Le secrétariat à la santé de Mexico a annoncé que ses services avaient procédé à plus de 20 000 interruptions volontaires de grossesse (IVG) dans le cadre de la nouvelle réglementation ; 68 % des femmes qui ont eu recours à l’IVG dépénalisée avaient entre 18 et 29 ans et 56 % étaient célibataires, a révélé le responsable de la santé de la capitale, Armando Ahued.

L’information du public a permis de réduire les risques et de privilégier les méthodes médicamenteuses : 76 % des femmes qui ont avorté avaient accédé aux services de santé avant la neuvième semaine d’aménorrhée et, dans 87 % des cas, l’IVG a pu être réalisée sans qu’il soit nécessaire de procéder à un curetage, a précisé le docteur Ahued.

La loi a bénéficié aux plus démunies. On ne voit plus de patientes arriver à l’hôpital avec un utérus perforé à la suite de manœuvres abortives hasardeuses. Le seul décès enregistré, celui d’une adolescente de 15 ans qui avait dissimulé l’ancienneté de sa grossesse, est dû au fait que le médecin a omis de pratiquer l’échographie exigée par le protocole.

Celles qui sont confrontées à une grossesse non désirée peuvent appeler vingt-quatre heures sur vingt-quatre un numéro de téléphone où elles reçoivent une aide psychologique. Lors de l’entretien obligatoire avant l’IVG, les femmes sont informées des autres options possibles : garder l’enfant ou le donner à la naissance afin qu’il soit adopté. Environ la moitié d’entre elles ont renoncé à avorter.

"Ce bilan est bien meilleur que ce que nous imaginions lors du vote de la loi", se félicite la féministe Marta Lamas, qui l’a défendue avec succès lorsque la droite catholique s’est efforcée, en 2008, de la faire invalider par la Cour suprême. Ayant perdu cette bataille, les courants conservateurs ont tenté de modifier la circulaire administrative qui oblige les hôpitaux à donner la "pilule du lendemain" à toutes les femmes qui le demandent, en cas de viol.

Traite de mineurs

La gauche mexicaine espère que cette législation servira d’exemple en Amérique latine, où - hormis Cuba - nombre de pays limitent l’accès à l’avortement, voire le criminalisent, comme au Chili, au Salvador, au Nicaragua et en République dominicaine.

L’un des effets de la loi a été de diminuer de moitié les cas de nouveau-nés abandonnés par des mères en situation de grande fragilité : de 2,2 par mois en moyenne en 2006 et 2007, on est passé à 1,2 en août 2008. Cette baisse est d’autant plus souhaitable que les établissements chargés d’accueillir les enfants abandonnés, orphelins ou retirés à leur famille, sont très mal surveillés par les autorités de tutelle. En témoigne le scandale qui a éclaté autour des centres d’accueil Casitas del Sur (Petites maisons du Sud), à Mexico et à Monterrey (nord-est).

Un groupe d’hommes pénétrait de nuit dans un centre situé près de l’autoroute Mexico-Cuernavaca. Une dizaine d’enfants ont disparu. Ils auraient été enlevés par des réseaux de traite de mineurs. Des disparitions similaires s’étaient produites, en 2005, dans un établissement de Cancun.

 

35. « Avant-projet de loi relatif à l’autorité parentale et aux droits des tiers. Des progrès ! A quand l’égalité ? », communiqué de presse, 3 mars 2009, Inter-LGBT.org.

L’avant-projet de loi rédigé par la Ministre de la justice et Garde des sceaux, Rachida DATI, et, la Secrétaire d’Etat chargée de la Famille, Nadine MORANO, a été à nouveau envoyé aux associations déjà consultées. Suite aux précédentes versions, cette dernière prend en compte certaines de leurs revendications en reconnaissant des droits nouveaux visant à la préservation des liens entre l’enfant et le tiers « ayant résidé avec lui et l’un de ses parents, et avec lequel il a noué des liens affectifs étroits ». …/… la suite.

 

34. Bangladesh. La lutte des femmes n’est pas terminée, Courrier International, 23 février 2009

Au Bangladesh, en dépit de lois édictées depuis 2002, les femmes sont toujours victimes d’agressions violentes et d’une discrimination contre leur sexe, explique The Daily Star, à Dacca.

Un rapport publié récemment par les réseaux d’information régionaux attire à nouveau l’attention sur un problème que les médias négligent depuis quelque temps : les vitriolages et l’incapacité des autorités à les enrayer. Si le nombre de violences de ce type a considérablement baissé depuis quelques années, ce fléau est loin d’avoir disparu. …/… la suite.

 

33. Maroc. L’Association « Ni putes ni soumises » indésirable, Jeune Afrique, 20 février 2009

Le Maroc a annoncé qu’il n’autorisera pas l’ouverture d’une antenne de l’ONG française « Ni putes ni soumises » dont l’annonce officielle était prévue jeudi.

« En conformité avec la loi, les autorités ne donneront pas suite à la création d’un tel bureau si la demande venait à être faite », a martelé un communiqué du ministère marocain de l’Intérieur qui a mis fin à une polémique de plusieurs mois sur l’éventualité d’une telle ouverture. Les milieux islamistes, au premier chef, se sont dits « indignés » par l’ouverture d’un Bureau de l’association française qui défend, depuis 2003, « l’égalité des sexes » et lutte contre « la violence contre les femmes ». Le nom de l’association, qui voulait ainsi ouvrir son premier bureau dans le monde arabo-musulman, est jugé « provocateur et extrêmement choquant » au regard de la nature conservatrice de la société marocaine. « La démarche de cette association qui accomplit par ailleurs un travail respectable en France, ne correspond pas à l’approche adoptée au Maroc pour le traitement des questions en relation avec le statut de la femme », précise le texte. « Aucune déclaration n’a été déposée à ce jour auprès des autorités locales compétentes par ladite association pour l’exercice de ses activités au Maroc » souligne le communiqué.

 

32. Ni putes ni soumises ouvre une antenne au Maroc, Le Monde, Florence Beaugé, 19.02.09

C’est une première au Maghreb et dans le monde arabo-musulman : l’association féministe Ni putes ni soumises (NPNS) va ouvrir une antenne à Rabat, au Maroc. La nouvelle devait être annoncée jeudi 19 février, par deux jeunes polytechniciennes marocaines à l’occasion du rallye automobile 4L Trophy, auquel elles participent, et qui se déroule cette année dans le royaume.

Pour l’instant, l’initiative de NPNS ne soulève pas d’enthousiasme. Elle est vue avec circonspection, parfois même hostilité, dans un pays où 62 % des femmes sont analphabètes.

Traduite mot à mot en arabe classique par "La Baghiya La Khaniaâ", l’appellation Ni putes ni Soumises est considérée comme provocante et vulgaire. "Si la raison d’être et les objectifs de NPNS au Maroc sont fondés, le nom, lui, doit être changé. Il est trop choquant", estime Bouthayna Iraqui Houssaini, députée et présidente de l’Association des femmes chefs d’entreprise du Maroc.

"On exporte de France des choses qui sont admises dans leur contexte mais qui, ici, deviennent abjectes", dénonce de son côté Lahcen Daoudi, vice-secrétaire général du Parti de la justice et du développement (PJD), parti islamiste modéré. Pour cet universitaire, économiste de formation, "cette terminologie est violente", et il aurait fallu "l’adapter au contexte marocain".

A Paris, Siham Habchi, qui a succédé, il y a deux ans, à Fadela Amara à la présidence de NPNS, ne s’émeut pas de toutes ces critiques. "Le nom de Ni putes ni soumises est dur à dire, je le sais. Mais il correspond à une réalité qui est elle-même dure, violente. On ne doit pas gommer la réalité sociale de NPNS, ni ce qu’il y a dessous", explique-t-elle, avant de rappeler le cas de son adjointe à la tête du mouvement, Chahrazad Belayni.

Gravement brûlée en novembre 2005, à Neuilly-sur-Marne (Seine-Saint-Denis), par son ancien petit ami qu’elle refusait d’épouser, Chahrazad Belayni, 21 ans, aujourd’hui vice-présidente de NPNS, est un symbole en France de la lutte contre la violence faite aux femmes, en particulier celles qui sont issues de l’immigration.

"Les mariages forcés, ce problème euro-méditerranéen, et la scolarisation des filles font partie de nos objectifs prioritaires au Maroc", indique Siham Habchi, qui entend lancer, avec NPNS, un "combat féministe populaire" un peu partout dans le monde, au nom de "l’universalité des droits des femmes". Ce combat sera mené "avec les femmes elles-mêmes", et constituera "la meilleure réponse au relativisme culturel en Europe", qui continue, déplore-t-elle, de trouver "des justifications à l’inacceptable".

Créée à Paris en mars 2003 pour dénoncer les violences machistes infligées aux filles dans les banlieues françaises, NPNS compte à présent une quarantaine de comités en France et à l’étranger, notamment en Belgique, en Espagne, aux Pays-Bas et en Suède. Des contacts sont en cours avec l’Algérie, l’Arabie saoudite et l’Afghanistan, via des ONG locales de défense des droits des femmes.

 

31. « Tous les acquis féministes sont menacées », Michèle Ferrand, L’Humanité, 7/02/09

Le gouvernement vient de décider une baisse importante des subventions aux associations s’occupant de « conseil conjugal et familial ». Est-ce que les problèmes d’information sur la sexualité, la contraception et l’IVG se posent de façon moins aiguë aujourd’hui ?

Michèle Ferrand. L’augmentation de la scolarisation des filles a amélioré leurs connaissances et on a maintenant Internet. Mais les cours d’éducation sexuelle sont encore très insuffisants, et même si l’on peut souligner la nouveauté du recours à Internet, ce qu’on y trouve est très inégal et souvent favorise les rumeurs. …/… la suite

 

30. « Benoît XVI et le langage de la création, une compréhension de la personne humaine qui dérange », Bertrand Ouellet Secrétaire général de l’AECQ,Eucharistie Sacrement de la Miséricorde

« Il est tout aussi important de préserver l’humanité des comportements homosexuels que de sauver la forêt tropicale », aurait déclaré le pape Benoît XVI quelques jours avant Noël. C’est du moins ce qu’ont affirmé plusieurs de nos médias, reprenant un texte d’une agence de presse internationale. La nouvelle a vite pris de l’ampleur et plusieurs commentateurs ont emboîté le pas, s’en prenant souvent durement au Pape et à l’Église catholique, …/… la suite

 

29. « Le gouvernement s’assoit sur les droits des femmes », Le Monde diplomatique, 3 février 2009.

« Pourquoi faire dans la demi-mesure ? L’État français vient de diminuer de 42 % le montant de sa subvention au Mouvement français pour le Planning familial – pourtant reconnu d’utilité publique –, la faisant passer de 2,5 millions d’euros en 2008 à 1,5 million en 2009 » …/… la suite

 

28. Grisélidis Réal, une « catin révolutionnaire » dans le cimetière des grands hommes, Agathe Duparc, Le Monde, 22/01/09

Le cimetière des Rois, havre de paix au cœur de Genève, est réservé depuis plusieurs siècles aux grandes familles bourgeoises et à toute "personnalité marquante, ayant contribué par sa vie et son activité au rayonnement" de la ville. Or, le 9 mars prochain, la scandaleuse Grisélidis Réal, morte en mai 2005 à l’âge 76 ans, après une longue carrière de prostituée militante et d’écrivain, y fera une entrée fracassante, comme vient de le décider le Conseil administratif (exécutif) de Genève. Auteur de plusieurs romans - dont Le noir est une couleur (Balland, 1974) -, poèmes, lettres et essais, celle qui considérait la prostitution comme "un Art, un Humanisme et une Science", pourvu qu’elle soit librement consentie, était jusqu’ici inhumée avec le commun des mortels aux alentours de Genève. Elle reposera bientôt aux côtés de Jean Calvin, de Jorge Luis Borges, de l’épistémologue Jean Piaget et de la philosophe Jeanne Hersch, pour ne citer qu’eux. Un souhait que Grisélidis Réal, rongée par un cancer, avait elle-même exprimé, "pour l’honneur des prostituées".

Après avoir refusé en 2005, la municipalité majoritairement de gauche a fait volte-face sur l’instance d’un des magistrats de la ville, l’écologiste Patrice Mugny, responsable de la culture. "Elle a redonné une dignité aux femmes prostituées, si souvent méprisées. Même si le combat n’est de loin pas encore gagné, la fondatrice d’Aspasie (une association d’aide aux prostituées créée en 1982) mérite bien les Rois", a-t-il expliqué, rappelant que Grisélidis Réal était aussi un écrivain de talent. A l’association Aspasie, qui tient toujours permanence dans le quartier des Pâquis, près de la rue de Berne, où la "catin révolutionnaire" s’est prostituée jusqu’à l’âge de 66 ans, cette audace est saluée. "Du rayonnement, elle n’en manquait pas. Aujourd’hui, les nouvelles générations de féministes ont la même approche pragmatique", constate la sociologue Marie-Jo Glardon, la coordinatrice des lieux, rappelant que si Grisélidis Réal s’était battue contre les aspects sordides de la prostitution, elle avait toujours haï le camp des "abolitionnistes".

Autant dire que son entrée prochaine au "Panthéon genevois" n’est pas du goût de tout le monde. Une avocate et une ancienne élue socialiste genevoise ont crié leur indignation. Des lettres de lecteurs affluent dans les rédactions. Et ce sont maintenant d’anciennes consoeurs qui s’y mettent.

Croisée dans les locaux d’Aspasie, Marie-Gertrude Vonlanthem, dite Marie-France, prostituée indépendante depuis 1976, s’étouffe presque de colère à l’idée que son ancienne "copine" soit enterrée au cimetière des Rois : "Paix à son âme, mais elle ne le mérite pas ! Point barre ! Elle a violé les règles de la profession !" Dans le milieu, on ne lui a pas pardonné d’avoir publié en 1979 le petit carnet noir dans lequel elle consignait, par ordre alphabétique, le prénom de ses clients, leurs goûts et les tarifs pratiqués, permettant de reconnaître certains habitués. Dans ce Carnet de bal d’une courtisane, petit chef-d’œuvre de cruauté et de tendresse réédité en 2005 (Verticales), on lit des annotations comme "CHARLIE - Gros barbu à toute petite barbe rousse, grande voiture jaune foncé, doigt dans le cul - gentil, affaires à Francfort. 80 FRS"... "J’attaque l’homme, je le morcelle, je mets à nu son mécanisme, je polis ses voies secrètes et ses rouages clandestins", écrivait celle qui ne s’est jamais considérée comme la victime de mâles dominateurs.

Née en 1929 à Lausanne dans une famille de professeurs, Grisélidis Réal n’était pas socialement prédestinée à passer près de trente ans sur le trottoir. Après une enfance en Égypte et en Grèce, des études d’art à Zurich, un mariage bourgeois raté et déjà deux enfants, la belle brune s’enfuit en Allemagne avec son amant, un Noir américain échappé d’un hôpital psychiatrique. Plongée dans la misère, elle découvre la prostitution dès 1961 à Munich. Le reste ne sera que sublimation de sa condition et rage de vivre. En 1963, elle fait quelques mois de prison en Allemagne. Une expérience qu’elle a racontée dans un beau livre, Suis-je encore vivante ?, paru après sa mort, en octobre 2008. Puis, une fois libérée, devenue militante, elle atterrit en 1975 à Paris, en pleine "révolution des prostitutions". Deux ans après, elle sera de retour à Genève, adressant ce petit mot à la police des mœurs : "Messieurs, veuillez avoir l’obligeance de bien vouloir me réinscrire parmi les Courtisanes le 15 mars 1977, et ceci pour toujours."

« Grisélidis Réal s’en est allée », Là-bas si j’y suis, 1er juin 2005.

 

27. Entreprendre, une affaire d’hommes, sur le site La Barbe, 4 février 2009

Palais des Congrès - Salon des Entrepreneurs. Corentine, cheveux auburn ondulés, barbe rousse, tient ferme son micro devant un parterre de cinq mille personnes médusées :

« Entreprendre ? une affaire d’hommes! » clame-t-elle dans sa barbe.

Elles étaient dix femmes du groupe féministe La Barbe à s’être emparées du podium ce matin, pour y déployer leur éloquente bannière : « LA BARBE» en lettres blanches sur fond gris, couleur «  costumes trois pièces ». Dix femmes portant postiche – encadrant autant d’hommes encravatés - qui reçurent une véritable ovation ce matin, lors de la séance d’ouverture du « Salon de l’Entrepreneur ». …/… la suite.

 

 

26. « Prostitution : le client n’est plus roi », Marie-Claude Martin, Les quotidiennes, 2 février 2009

Depuis le 1er janvier, la Norvège punit le client mais pas la prostituée. Le pays s’aligne ainsi sur le modèle suédois, en train de se propager en Europe.

Une partie des féministes l’approuvent. D’autres y voient la mainmise de l’État, la perte du libre choix et une infantilisation des femmes. C’était le point de vue de Grisélidis Réal, dont les cendres seront ramenées en mars au cimetière des Rois, de Genève. La suite …/…

 

25. « Franc-maçonnerie féminine : les sœurs sortent de l’ombre », Rue 89, 1er février 2009, David Servenay

Alors que les maçons tergiversent sur la mixité, les 12 000 membres de la Grande loge féminine de France veulent se faire connaître. La suite …/…

 

24. « Irak. Les femmes s’engagent en politique », Courrier International, 30 janvier 2009

Malgré les espoirs d’amélioration, la situation des femmes n’a guère évolué depuis l’occupation américaine en 2003. Leur participation au scrutin du 31 janvier va cependant leur permettre d’obtenir des sièges dans les conseils locaux, pour enfin défendre leurs droits. La suite …/…

 

23. L’inceste au pénal, rapport de la députée UMP Marie-Louise Fort, AgoraVox, 29 janvier 2009

La députée UMP Marie-Louise Fort présente un rapport devant le Parlement pour la mise en place d’un cadre pénal plus précis concernant le crime d’inceste... Dans le même temps un sondage IPSOS énumère le nombre de victimes, une première en France. La suite …/…

 

22. « Le pape contre les études de genre », Jean-François Staszak, Le Temps, 7 janvier 2009

Jean-François Staszak est professeur ordinaire et directeur du département de géographie à l’Université de Genève, il dénonce la position rétrograde du souverain pontife.

Le pape Benoît XVI, à l’occasion de ses vœux à la Curie romaine le 22 décembre, rappelle que « l’Eglise parle de la nature de l’être humain comme homme et femme et demande que cet ordre de la création soit respecté ». Ce propos n’est pas seulement une condamnation des travestis ou des transsexuels, dont on se doutait qu’ils n’avaient pas la sympathie du Saint-Siège. Il s’agit pour l’héritier de Saint Pierre de mettre à  l’index un courant majeur des sciences sociales, qui s’est développé dans le monde anglo-saxon durant les années 1980: les gender studies ou études de genre, que son texte mentionne explicitement.

Le terme de genre permet depuis plus de trente ans de différencier la part des identités masculines et féminines relevant du sexe biologique, qui est naturelle, innée et universelle de celle qui est sociale, acquise et culturelle. Ainsi, les organes reproducteurs ou la pilosité dépendent du sexe, alors que c’est le genre qui fait qu’on apprend aux petits garçons à  ne pas pleurer et que le Père Noël apporte des poupées aux petites filles. Pour reprendre la formule bien connue de Simone de Beauvoir, on naît femme en termes de sexe, mais on le devient en termes de genre.

Les nombreuses recherches sur ces questions montrent qu’une part très importante de ce qu’on a longtemps pris pour des caractéristiques ou des pratiques naturellement féminines ou masculines étaient en fait des constructions sociales. Ces conclusions, qui réduisent la dimension proprement biologique du masculin et du féminin à la portion congrue, n’ont pas qu’un intérêt sociologique : elles ont aussi une vertu émancipatoire. En effet, les attributs ou les fonctions que les sociétés affectent spécifiquement au masculin et au féminin prennent presque toujours place dans des systèmes de signes et de pouvoir qui dévalorisent les femmes et les subordonnent aux hommes. Le mettre en lumière, c’est non seulement un enjeu scientifique car on comprend alors mieux le fonctionnement des sociétés, mais aussi un enjeu politique car la prise de conscience des situations d’oppression constitue la première et nécessaire étape de leur dénonciation et ultimement de leur disparition.

Le pape condamne d’ailleurs précisément les études de genre pour leur potentiel libératoire : « Ce qu’on exprime souvent et ce qu’on entend par le terme gender, se résout en définitive dans l’auto-émancipation de l’homme par rapport à la création et au Créateur ». L’argument appelle quatre remarques.

Premièrement, il n’est (heureusement ?) pas si fréquent que l’Église intervienne dans le débat scientifique pour mettre à l’index ce qui est moins une théorie qu’un champ des sciences sociales. On peut mettre en cause sa légitimité en la matière. Par ailleurs, ayant à l’esprit d’une part le temps qu’il a fallu au Vatican pour prendre position sur le fascisme, d’autre part la nature et la gravité des problèmes auxquels l’Humanité fait aujourd’hui face, on peut s’interroger sur l’urgence et l’opportunité de cette prise de position.

Deuxièmement, la science dans son principe constitue bien une entreprise d’auto-émancipation par rapport à la création, ou, pour reprendre un mot plus familier aux scientifiques, à la Nature. Marcher sur la Lune, éradiquer le virus du sida, c’est bien tenter d’échapper à certaines lois « naturelles » de la physique ou de la biologie. Ce n’est pas la première fois que l’Église s’érige contre une science dont les avancées sont dénoncées comme autant de sacrilèges, les théories comme autant de blasphèmes mais ce ne sont pas les pages les plus glorieuses de l’histoire de la religion. Elles comptent en revanche parmi les plus mémorables de celle de l’obscurantisme.

Troisièmement, l’argument du pape consiste très précisément à affirmer que ce que les sciences définissent comme une construction sociale du masculin et du féminin est en fait une création divine (pour reprendre ses mots) ou un fait naturel (pour adopter ceux des scientifiques). Bref, qu’il y a du sexe, mais pas de genre. Que c’est Dieu ou la Nature qui définissent la femme comme un être faible et soumis. Qui habillent les filles en rose et les garçons en bleu. Qui fabriquent le plafond de verre empêchant aujourd’hui les femmes d’accéder aux postes les plus élevés dans les entreprises ou les administrations. La société, les hommes n’y seraient pour rien. Cette proposition, ne serait-ce que dans sa radicalité, est-elle vraisemblable ? Et veut-on aussi croire que l’excision procède de la volonté divine ou de l’ordre naturel ?

Quatrièmement, naturaliser l’ordre social ou le considérer comme une création divine revient à le légitimer et à le considérer comme intangible. C’est une stratégie ancienne et bien connue, pour le meilleur et le plus souvent pour le pire. C’est ainsi au nom de la Nature et des sciences naturelles comme au nom de l’Église et la prétendue parole divine qu’on a hiérarchisé des « races » humaines, permettant à certaines d’en réduire d’autres en esclavage, quand cela n’a pas été de les exterminer. Se révolter contre ces pratiques serait à la fois sacrilège (contre l’ordre divin) et inutile (contre l’ordre naturel). Il y a quelques jours, le conseiller Ueli Maurer enjoignait aux femmes de rester à la maison pour y materner leur progéniture ainsi : « C’est aussi comme cela dans la nature. Le chevreuil ne s’occupe pas de ses faons. » C’est la même logique ou plutôt la même rhétorique et la même idéologie qu’on voit à l’œuvre.

Il ne faut pas attendre des miracles de Sa Sainteté. Le Vatican n’est pas l’étendard du progressisme mais plutôt le garant d’un certain ordre moral. On peut se scandaliser qu’il le conduise notamment à condamner l’avortement ou l’homosexualité, mais (hélas ?) guère s’en étonner. Il était moins attendu que, parmi les péchés et les pratiques contre nature, il compte les gender studies, nous enjoignant d’abandonner la lutte pour la libération de la femme (et de l’homme) et de cesser de prétendre réfléchir à l’éventuelle dimension sociale des identités et des pratiques liées au sexe.

Il est difficile de définir la prise de position du pape autrement que comme réactionnaire. Difficile aussi d’y trouver le message de paix et d’amour qui serait celui de Noël.

Considérer l’ordre social comme une création divine revient à le légitimer.

© Le Temps, 2009. Droits de reproduction et de diffusion réservés.

 

 

21. Violence faite aux femmes et technologies

Témoignages vidéo sur la violence faite aux femmes et les technologies, sur le site Net Femmes.

Dans le cadre de la campagne «Tech sans violence», des intervenant-es se rassemblaient le 2 décembre dernier pour discuter des liens entre la violence faite aux femmes et les technologies de l’information et de la communication (TIC). Les témoignages vidéo de quatre participantes sont maintenant accessibles en ligne.

Les vidéos.

 

20. « Un homme sur deux est une femme ? »

Céline Labrosse, Le Devoir, 13 janvier 2009

Que l’on s’intéresse aux problèmes de grossesse chez l’homme, aux découvertes des grands hommes, à la carrière des gentilshommes et des prud’hommes, ou encore aux droits de l’homme, la même interrogation surgit inéluctablement: le mot « homme » inclut-il les femmes ?

Cette question, abordée de la perspective linguistique, fut largement débattue au Québec il y a une bonne trentaine d’années et réglée dans les années qui s’ensuivirent. Voilà que la France s’y met à son tour, apprend-on à la lecture de la chronique de Christian Rioux du 19 décembre dernier, puisque la secrétaire d’État aux Droits de l’homme, Rama Yade, envisage de changer le nom de son secrétariat afin qu’il représente mieux les uns... et les unes. La suite …/…

 

19. « Concilier travail et paternité, une question de générations »

Augustin Scalbert, Rue89, 13/01/2009

Jeune père et jeune "cadre dynamique". Heureux papa tout neuf et commerçant débordé. Les hommes aussi cherchent à mieux concilier leurs vies professionnelle et familiale. Avec l’arrivée des "nouveaux pères", un clivage se creuse, autour de 45 ans, entre eux et les pères "à l’ancienne". Pour l’instant, ce sont encore ces derniers qui ont le dessus, puisque la structure des entreprises les avantage.

Quasiment aucune étude n’existe sur la paternité au travail. La société de conseil spécialisée dans l’articulation des temps personnel et professionnel Équilibres en a réalisé une en 2008, intitulée "Pères managers". Lire la suite …/…

 

18. « Eaux troubles en milieu étudiant »

12 janvier 2009, Courrier international

Lycéennes ou étudiantes, de jeunes Marocaines se livrent, contre des cadeaux ou de l’argent, à un commerce du sexe qu’elles refusent toutefois d’appeler prostitution. Une enquête du magazine Tel quel.

Fatine, 19 ans, et Ilham, 22 ans, étudiantes, font toutes deux le commerce de la chair. Durant le trajet vers un resto-bar de Témara [près de Rabat], qu’elles font à bord de la voiture de leur client potentiel, elles parlent musique, expériences, de la pluie et du beau temps. Une discussion banale. Au bar, Fatine et Ilham sirotent leur bière et picorent quelques olives. Elles ont la lèvre "englossée" et les paupières fardées de paillettes bleues. Elles ont 20 ans et vivent leur bohème. Fatine affirme que l’argent qu’elles se font n’est pas sale, puisqu’elles ne le touchent pas. La suite …/…

 

17. Le Prix Simone de Beauvoir 2009

Il a été décerné au collectif de femmes iraniennes « One million signatures » (Iran)

C’est avec beaucoup de joie que nous vous informons que la campagne "Un million de signatures" a reçu le prix Simone de Beauvoir 2009. Cette campagne a réussi à mobiliser un nombre important de féministes iraniennes autour de l’égalité des droits.

À lire sur le site Solidarité avec les féministes en Iran

 

16. Rachida Dati et le congé maternité, Libération, 10 janvier 2009

« Entre modèle et contre-exemple. Six personnalités commentent le choix de Rachida Dati. »

Maya Surduts, Collectif pour le droit des femmes ; Nathalie Kosciusko-Morizet, Secrétaire d’État chargée de l’Écologie ; Yvonne Knibiehler, Historienne de la maternité ; Sophie Marinopoulos, Psychanalyste au CHU de Nantes ; Jean-Michel Apathie, interviewer politique de RTL. La suite …/…

 

15. « Pour l’Église, la pilule pollue l’esprit, la nature et les hommes »,

Rue89 et l’INA, janvier 2009.

Des médecins catholiques avancent que les hormones rejetées dans la nature par les femmes sous pilule stérilisent les hommes. Nouvel assaut contre la pilule du côté du Vatican. Samedi, l’Osservatore Romano, le journal du Saint-Siège, a publié un article signé de Pedro José Maria Simon Castellvi, président de la Fédération internationale des associations de médecins catholiques. Son argument peut étonner. Il n’est pas d’ordre moral mais d’ordre écologique : la pilule contraceptive aurait « des effets dévastateurs sur l’environnement ». L’article va même plus loin puisque cet « effet anti-écologique clair » serait en partie à l’origine de l’infertilité masculine. Cause de cette stérilité induite: les hormones rejetées dans la nature par les femmes sous pilule. La suite avec documents d’archives INA…/…

 

14. « L’Europe entre les mains d’un homophobe »,

Sur le site tetu.com, 5 janvier 2009.

On savait déjà Vaclav Klaus, le président de la République tchèque, souverainiste, conservateur farouche et europhobe, on sait désormais également que le chef de l’État qui préside pour six mois l’Union européenne est par ailleurs homophobe. Dans un verbiage aux relents d’extrême-droite, le successeur des français à la tête de l’Union s’en prenait en 2006 au «féminisme», à «l’écologisme», à «l’homosexualisme» (sic) ou encore à «l’ONGisme» (re-sic). La suite …/…

 

13. « Liban. La nationalité, nouveau combat des femmes »,

Courrier international, janvier 2009.

Comme nombre de femmes arabes, les Libanaises ne peuvent transmettre leur nationalité ni à leur mari ni à leurs enfants étrangers. Une situation qui pourrait bientôt changer, espère L’Orient-Le Jour. La suite …/...

 

12. « Le fossé des générations ».

« Le fossé des générations », sur le blog L’apprentie alchimiste, le 29 décembre 2008

« Drôle d’époque... Le conflit inter-générationnel a encore frappé. Jeunes cons versus vieux cons, on connaît la chanson. Sauf que cette fois, la pisseuse contemplative et hésitante que je suis qui communément s’impose comme une grande gueule libertaire aux yeux de ses aînés est devenue une pucelle réactionnaire et moraliste aux yeux d’autres aînés. » …/…

 

11. « Les femmes ont une sexualité, même en prison »

Camille, Mauvais genre, sur Rue69.com, 1/12/2008

Lors d’un entretien récent avec la sociologue Myriam Lauf-Joël sur Rue69 concernant l’accouchement de Véronique Le Gall en prison, nous avions évoqué la sexualité des femmes détenues. Nous revenons aujourd’hui plus précisément sur cette sexualité, "d’autant plus occultée" selon la chercheuse, qu’elle est vue comme "moins pulsionnelle que celle des hommes". La suite…/…

 

10. « Le crépuscule des vieux aisés est pour l’horizon 2015 »,

Entretien avec le sociologue Louis Chauvel, Le Monde, édition du 30 novembre 2008.

Louis Chauvel, vous êtes sociologue, professeur à Sciences Po Paris et auteur du Destin des générations (PUF, 2002) et des Classes moyennes à la dérive (Le Seuil, 2006). Selon vous, peut-on parler, en France, d’"inéquités" entre générations ?

Dans le consensus des années 1990, il était normal que les jeunes actifs cotisent pour leurs anciens, car ceux-ci avaient naguère soutenu leurs aînés en formant ainsi une chaîne de solidarité infinie. Depuis, s’accumulent des preuves de déséquilibres intergénérationnels - chômage des jeunes, déclassement social et scolaire, baisse durable du salaire net, dette, réformes dissymétriques des retraites - qui portent le soupçon sur l’équité du système de redistribution entre générations.

Si les jeunes générations en difficulté doivent cotiser pour des anciens nombreux et mieux portants, si elles doivent accepter sans mot dire une dette qui ne sert en rien à l’investissement mais à la consommation des anciens, s’il leur faut payer sans prendre part à la décision tout en recevant moins au moment de la retraite, on pourra parler d’injustice entre générations.

Cette "inéquité" a-t-elle été renforcée par d’autres phénomènes que les politiques publiques ?

Le jeu des politiques publiques est clair, comme dans l’exemple des régimes complémentaires de retraite : les jeunes salariés achètent aujourd’hui des points bien plus chers qu’en 1980, dont la valeur finale en 2030 vaudra moins. Les retraités d’aujourd’hui, et ceux qui le seront prochainement, sont plus vigilants et mieux structurés politiquement que les jeunes actifs, qui deviennent alors une variable d’ajustement de déséquilibres manifestes.

Mais, à la source, la logique des marchés est allée dans le même sens. Sur le marché du travail, tout comme sur le marché du logement, la gestion des carrières, l’ensemble des droits assis sur l’ancienneté et les pratiques au quotidien font apparaître une génération intermédiaire : avec de moindres salaires et des trajectoires plus précaires, la génération née entre 1955 et 1975 a dû s’endetter lourdement pour acheter des logements dont le prix était au sommet. Elle risque fort de devoir revendre à perte des biens dont la valeur est maintenant aléatoire. Les politiques publiques n’ont pas contrecarré les déséquilibres ancrés dans l’économie privée : elles les ont renforcés, et les dénégations générales qui ont accompagné cette dynamique sont la source d’une profonde injustice entre générations.

Les autres pays européens sont-ils confrontés à ce problème ?

Si les pays latins - c’est le cas de l’Italie et de l’Espagne, avec ses "mileuristas", ces trentenaires diplômés qui vivent avec 1 000 euros mensuels - ont fait au moins aussi mal que nous, les pays nordiques ont favorisé l’équilibre de long terme entre générations : entrée précoce dans le monde du travail et retour ultérieur à l’université, plein emploi des jeunes, stabilité de la valeur des titres scolaires, participation forte de toutes les générations à la vie syndicale et politique, meilleure articulation entre sphères publiques et privées, notamment autour de l’avenir de l’enfance et de l’éducation.

L’investissement pour les générations de demain fait l’objet d’une réflexion constante, et non d’une rhétorique creuse. Les pays anglo-saxons ont été aussi plus vertueux quant aux conditions d’entrée dans la vie faites aux jeunes, mais l’éclatement de la bulle immobilière y fera des dégâts : de nombreux jeunes ont acheté, des centaines de milliers de livres sterling, des biens qui pourraient ne plus valoir que le quart de leur prix d’acquisition.

Que vont devenir ces "inéquités" dans les années à venir ?

Aujourd’hui, nous vivons le point culminant d’une période marquée par la figure du jeune retraité riche, propriétaire d’un logement devenu inaccessible aux salariés actuels, et dont le niveau de vie est comparable à celui des actifs de son temps. Mais, dans notre pays, nous prenons conscience trop tard de difficultés qu’il aurait fallu traiter quinze ans plus tôt et nous ratons à chaque fois la cible.

Les générations nées après 1955 seront les "serial victims" des ajustements en cours : après le chômage et les bas salaires, leurs carrières ébréchées et leurs salaires en déclin leur vaudront de maigres droits. Le destin des générations nées à partir de 1955 laisse entrevoir le crépuscule des vieux aisés à l’horizon de 2015.

Propos recueillis par Anne Chemin

 

9. « Mariages forcés : les garçons aussi »

Courrier international, 28 novembre 2008

Dans la communauté turque d’Allemagne, les mariages sous la contrainte ne visent pas seulement les jeunes filles. Le magazine Der Spiegel publie le témoignage d’Azad, un garçon marié contre son gré à sa cousine.

Azad ne peut oublier ce jour de septembre 2005, où il a célébré son mariage à Stuttgart et enduré les heures les plus humiliantes de sa vie : "C’est vraiment horrible de devoir se forcer à avoir des rapports sexuels avec quelqu’un de sa famille", explique le jeune Kurde de 20 ans. "Vous imaginez ? Avec ma cousine germaine. La suite …/…

 

8. « Liberté d’expression et homophobie de parti »

Selon la Cour de cassation, Christian Vanneste a le droit de déclarer dans la presse que l’homosexualité est "inférieure à l’hétérosexualité" car, "si on la poussait à l’universel, ce serait dangereux pour l’humanité" ; il a même le droit d’ajouter que les "comportements" homosexuels "sont inférieurs moralement". Il dit toutefois davantage. "S’ils étaient représentants d’un syndicat, je les recevrais volontiers."

Mais les homosexuels "ne représentent rien, aucun intérêt social", et "leur comportement est un comportement sectaire". Pour la Cour, cela aussi, il a le droit de le dire. C’est une question de liberté d’expression. Cette décision du 12 novembre annule ainsi la condamnation du député UMP par le tribunal correctionnel de Lille, en janvier 2006, pourtant confirmée par la cour d’appel de Douai en janvier 2007.

Ce jugement n’a guère provoqué de réactions, en particulier chez les politiques - ce qui trahit sans doute leur manque d’intérêt pour la lutte contre l’homophobie. Or il ne s’agit pas seulement d’homophobie. Rappelons que Christian Vanneste entendait par ses propos protester contre la loi du 30 décembre 2004, qui met sur le même plan que l’injure raciste, l’injure "envers une personne ou un groupe de personnes à raison de leur sexe, de leur orientation sexuelle ou de leur handicap". La décision de la Cour a donc des implications considérables.

De deux choses l’une en effet. Soit la Cour considère que l’expression homophobe doit être plus libre que l’expression raciste - et dans ce cas, c’est la loi du 30 décembre 2004 qu’elle refuse de reconnaître. Il conviendrait dans ce cas de se demander si la Cour fait une exception pour la seule orientation sexuelle, selon la logique revendiquée par Christian Vanneste ("Mes propos ne sont pas discriminatoires, car je ne m’en prends pas à une ethnie ou à une race mais à un comportement"), ou si elle récuse pareillement les critères de sexe ou de handicap : par exemple, est-il tout aussi légal de soutenir "l’infériorité morale" des femmes, ou de proclamer l’infériorité des handicapés ? Reste le point essentiel : selon cette première interprétation, la Cour de cassation donnerait raison à un député contre le vote de la majorité parlementaire.

Soit, deuxième lecture plus compatible avec la séparation des pouvoirs garantie par notre Constitution, la Cour de cassation a entendu la Cour européenne des droits de l’homme, qui condamnait encore la France en septembre pour violation de la liberté d’expression. Il ne s’agit alors plus seulement de la loi du 30 décembre 2004, mais de l’ensemble des critères prévus par la loi de 1881 - y compris de l’origine ethnique ou de l’appartenance religieuse. Il devient dès lors possible de déclarer, par exemple, non pas seulement que les musulmans, mais que les juifs sont moralement inférieurs aux chrétiens, ou que les Noirs sont inférieurs aux Blancs.

On s’en souvient, Dieudonné avait été reconnu coupable d’"injure raciale" pour avoir déclaré : "Les juifs, c’est une secte, une escroquerie." La Cour de cassation jugeait en 2007 que ces propos ne relèvent "pas de la libre critique du fait religieux, mais constituent une injure visant un groupe de personnes à raison de son origine". Or Christian Vanneste, qui dénonce "un comportement sectaire", vise bien un groupe de personnes à raison de leur orientation sexuelle. Si cette seconde interprétation prévaut, Dieudonné sera donc désormais dans son bon droit, ni plus ni moins que M. Vanneste.

Certains s’inquiéteront de la licence désormais accordée aux préjugés haineux, tandis que d’autres se féliciteront de ce progrès de la liberté d’expression - pour le principe et non par homophobie. Mais la liberté d’expression se découvre d’inattendus alliés de circonstance. Christian Vanneste, défenseur des valeurs chrétiennes traditionnelles, se veut désormais, en même temps, le champion des Lumières : "Voltaire disait : "Je ne partage pas votre point de vue mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous puissiez l’exprimer". Eh bien, par cette décision de la Cour, c’est Voltaire qui a gagné." Pour échapper au reproche d’hypocrisie, Christian Vanneste devra donc désormais mener la bataille pour la liberté d’expression de ceux dont il ne partage pas le point de vue.

Ce faisant, il risque de surprendre ses adversaires, mais aussi de heurter son camp politique. Il lui faudra en effet s’engager pour la liberté des hommes et des femmes poursuivis pour outrage, lorsqu’ils comparent la politique d’immigration actuelle à celle de Vichy ; il s’insurgera publiquement contre la condamnation, fût-elle symbolique, d’un manifestant dont la pancarte proclamait, au passage du chef de l’État, dont il reprenait l’expression bien connue : "Casse-toi, pauv’ con !"

Sinon, la liberté d’expression ne serait que le privilège de la classe politique, et elle signifierait seulement le droit de crier, pour reprendre le titre amer du communiqué de GayLib, mouvement homosexuel associé à l’UMP : "Casse-toi, pauv’ pédé !" De fait, il ne s’agit pas seulement de droit, mais aussi de politique. La liberté d’expression est sans doute garantie par la loi ; rien n’oblige pourtant les partis politiques à accueillir en leur sein toutes les opinions, même légales. C’est ainsi que le Parti socialiste a exclu Georges Frêche pour ses propos controversés sur les Noirs dans l’équipe de France sans attendre une condamnation par la justice. Or l’UMP n’a pas un mot pour désavouer Christian Vanneste.

Au contraire, son investiture a été renouvelée en janvier - et tandis que Dominique Paillé, secrétaire général adjoint de l’UMP, lui a accordé "son soutien plein et entier", François Fillon s’est contenté de déclarer : "Il ne faut pas qu’à une intolérance réponde une autre intolérance." Quant à Nicolas Sarkozy, il réservait ses sarcasmes ("Ça fait des années qu’ils protestent et ça ne sert à rien") pour les militants d’Act-Up qui n’acceptaient pas cet encouragement à l’homophobie. Cette complaisance a des effets : c’est ainsi que Gérard Longuet, sénateur UMP, ironisait le 3 juillet sur l’introduction à l’école de campagnes contre l’homophobie : "On promeut des formes nouvelles de sexualité", alors "qu’on combat en même temps la pédophilie !". Sur le même sujet, c’est encore Christian Vanneste qui lance une pétition sur son blog le 16 novembre : "Non à la propagande homosexuelle à l’école !" La bienveillance de l’UMP vient donc redoubler les effets de la décision de la Cour de cassation : l’impunité est une incitation.

Ce même 3 juillet, Rama Yade, secrétaire d’État aux droits de l’homme, affirmait dans Le Monde : "La France peut être fière de sa place dans le peloton des pays en tête de la lutte contre l’homophobie.". On aimerait donc qu’après ces belles paroles, elle trouvât "honteux" ceux qui revendiquent l’homophobie. Il faut se mobiliser contre l’homophobie non seulement à l’étranger, mais aussi en France. Car si, avec Rama Yade, l’UMP devait rester silencieuse, après avoir dénoncé hier l’homophobie d’État, il nous faudrait parler cette fois d’homophobie de parti : qui ne dit mot consent. La liberté d’expression, c’est aussi le devoir de s’exprimer pour réagir aux opinions homophobes, sexistes ou racistes.

Daniel Borrillo est juriste à Paris-X ;

Éric Fassin est sociologue, École normale supérieure ;

Noël Mamère est député (Verts) de Gironde et maire de Bègles ;

Caroline Mécary est avocate des parties civiles.

 

7. « Une décision en faveur de l’homoparentalité »

Dans la vie, Camille, 3 ans, a deux "mamans" : Sylvia, qui l’a portée et mise au monde, et Hélène, qui partage la vie de Sylvia depuis plus de dix ans. "Nous rêvions d’un enfant mais nous hésitions à avoir recours à une insémination artificielle, en raison de l’anonymat du donneur, raconte Hélène. Nous nous disions que notre enfant voudrait, peut-être, un jour mettre un visage sur ce don. Nous avons alors rencontré un homme qui proposait d’aider un couple de femmes."

Cet homme, Christophe, a donné son sperme, il a promis qu’il rencontrerait l’enfant s’il le souhaitait et il l’a reconnu peu après sa naissance. Il est cependant toujours resté dans l’ombre : il n’a jamais rencontré Camille et il ne verse aucune pension alimentaire. Parce qu’il est, aux yeux de la justice, le père de la petite fille, il exerce pourtant l’autorité parentale. Hélène, qui élève Camille depuis sa naissance, n’a en revanche aucun lien juridique avec l’enfant.

Pour pallier cette difficulté, Sylvia et Christophe, les deux "parents" officiels de Camille, se sont adressés à la justice : assistés par l’avocate Caroline Mécary, ils ont demandé en 2006 au tribunal de Versailles de partager leur autorité parentale avec Hélène. Le parquet s’y est fermement opposé mais la juge aux affaires familiales l’a accepté : il est "incontestablement de l’intérêt supérieur de l’enfant" d’accéder à cette demande, note-t-elle.

Enfant épanouie

Inventée en 2002, cette mesure permet aux parents de "déléguer tout ou partie de l’exercice de leur autorité parentale à un tiers, membre de la famille, proche digne de confiance". Elle ne crée pas de lien de filiation avec l’enfant, elle n’autorise ni la transmission du nom, ni celle des biens, mais elle facilite la vie des familles en autorisant le "tiers" à accompagner l’enfant à l’école ou à l’hôpital jusqu’à ses 18 ans.

La juge souligne que la naissance de Camille "s’est inscrite dans un projet de couple pour fonder une famille" et qu’Hélène "s’est investie pleinement dans l’éducation et le développement de l’enfant depuis sa naissance". L’enfant "apparaît épanouie et équilibrée dans cette vie qu’elle partage entre sa mère et la compagne de celle-ci, qui entretiennent une relation stable et harmonieuse". Le partage de l’autorité parentale consacre donc "les rapports de fait qu’(Hélène) entretient déjà avec la mineure" et facilitera "la prise en charge quotidienne de l’enfant et son éducation".

Les deux femmes n’en doutent pas : Sylvia, ingénieur, a des horaires très lourds tandis qu’Hélène, cadre dans la fonction publique, s’occupe souvent de Camille en fin de journée. A la crèche, les deux femmes ont toujours été bien acceptées mais l’absence de statut d’Hélène pose parfois problème : un jour, Sylvia a dû autoriser en urgence, par fax, une amie à aller chercher Camille à la crèche car le feu vert d’Hélène ne suffisait pas.

Pour les deux femmes, la décision du tribunal a le mérite de reconnaître symboliquement la place d’Hélène. "Je la considère comme ma fille mais il arrive que certains me regardent comme une étrangère parce que je ne l’ai pas portée et que je n’ai pas de lien juridique avec elle, ce qui est difficile à vivre. Ce jugement devrait faciliter les choses : lorsque vous dites que vous avez l’autorité parentale, les gens savent d’emblée comment se positionner."

Anne Chemin, Article paru dans l’édition du 19.11.08

 

6. « Les violences sexuelles et la violence domestique contre les femmes en Arménie »

Amnesty international, 13/11/08

Des études nationales tendent à prouver que plus d’un quart des femmes vivant en Arménie ont subi des violences physiques de la part de leur époux ou d’autres membres de la famille. Nombre de ces femmes n’ont pas d’autre choix que de rester dans cet environnement violent, car porter plainte est fortement réprouvé dans la société arménienne. La violence dans la famille est multiforme. Elle va de l’isolement et de la privation des moyens économiques aux violences physiques et sexuelles, voire au meurtre. Les femmes peuvent toutefois difficilement échapper aux situations à risques. …/…

 

5. « Les disparités entre hommes et femmes s’atténuent »

Le Monde, Annie Kahn, édition du 13.11.08

La Norvège est le pays le moins sexiste au monde ; le Yémen, celui qui l’est le plus. En cette période qui voit de nombreux indicateurs passer au rouge, qu’il s’agisse de la croissance économique, des indices boursiers ou de l’emploi, il en est un qui - globalement - s’améliore : celui mesurant l’écart de traitement entre hommes et femmes dans le monde. Le rapport annuel sur la discrimination hommes-femmes ("The Global Gender Gap Report"), publié mercredi 12 novembre par le Forum économique mondial (FEM), organisateur du Forum de Davos, en fait le constat. Plus de 80 % des pays étudiés ont réduit cet écart entre 2006 et 2008.

Les auteurs, Richard Hausmann, professeur à l’université américaine Harvard (Massachusetts), Laura Tyson, professeur à celle de Berkeley (Californie) et conseillère de Barack Obama, et Saadia Zahidi, du FEM, ont compilé une batterie de données et d’enquêtes d’opinion pour mesurer l’écart séparant les hommes des femmes dans quatre domaines : l’économie, la politique, l’éducation et la santé.

Ils ont cherché à savoir quelle était la situation dans les 130 pays disposant des données nécessaires, pour en apprécier les performances sur au moins 12 des 14 critères retenus. Qu’il s’agisse du pourcentage de femmes dans la main-d’œuvre locale, du taux de femmes dans des postes d’encadrement ou au sein des gouvernements, des différences de salaire, de niveau scolaire, d’espérance de vie, etc.

Leurs conclusions sont encourageantes, même si de fortes disparités persistent. Ces 130 pays, qui représentent 90 % de la population mondiale, traitent les hommes et les femmes presque à égalité dans les domaines de la santé et de l’éducation. Mais il en va tout autrement dans les domaines économique et, surtout, politique.

Les auteurs ont cherché à savoir quelles étaient les régions du monde - et plus précisément les pays - où l’égalité hommes-femmes était la mieux respectée. Seuls les écarts de traitement entre les genres (comme l’écart entre le nombre d’hommes et de femmes ministres) et non les performances en valeur absolue (comme le nombre total de femmes au gouvernement) ont été retenus pour le classement. La méthode a pour avantage de ne pas pénaliser les pays de petite taille ou ayant un faible niveau de développement. C’est ainsi que le Mozambique se classe premier du sous-classement relatif à la présence des femmes dans l’économie. Les femmes y sont plus nombreuses à travailler que les hommes, et leur salaire n’est globalement inférieur que... de 25 % !

Tous critères confondus, les pays scandinaves arrivent en tête du classement, la Norvège décrochant la première place. La France fait un spectaculaire bond en avant, passant de la 70e place en 2006 à la 51e en 2007, et à la 15e en 2008. Comme pour la plupart des pays développés, elle obtient le score maximum dans les domaines de la santé et de l’éducation : les femmes ont une espérance de vie supérieure à celle des hommes et sont plus nombreuses à suivre des études supérieures.

Le pays a nettement amélioré sa position en politique. Le pourcentage - encore faible - de femmes députées est passé de 12 % à 18 %, et le taux de femmes ministres de 18 % à 47 %, ce qui place le pays en 4e position relativement à ce critère. En revanche, de gros progrès restent à faire dans la sphère économique : la France arrive en 116e position en matière d’équité salariale.

Compétitivité économique

Ses voisins, l’Allemagne et le Royaume-Uni font globalement mieux, se classant respectivement à la onzième et la treizième place. Mais ils ont tous deux reculé par rapport aux années précédentes. L’Allemagne, qui n’a pourtant pas la réputation d’un pays où le monde du travail est particulièrement ouvert aux femmes (en raison de l’organisation de la vie scolaire sur une demi-journée et de la rareté des crèches), affiche néanmoins un meilleur score que la France quant à la participation des femmes à la vie économique. Il en est de même du Royaume-Uni.

Les pays émergents, tels le Brésil, l’Inde ou la Chine, sont encore loin d’atteindre les scores de la plupart des pays développés. En Chine (57e) et en Inde (113e), les politiques ou les pratiques culturelles qui amènent à préférer la naissance d’un garçon à celle d’une fille sont sanctionnées. Les Etats-Unis (27e) réalisent un score global très moyen par rapport aux autres Etats à revenus élevés. Ils n’ont finalement pas porté de femme à leur tête, ce qui aurait amélioré leur performance dans la sphère politique.

Les pays affichant les meilleurs scores en matière d’égalité hommes-femmes, sont aussi généralement ceux qui sont les plus compétitifs économiquement, insistent les auteurs du rapport. Ce qui n’empêche cependant pas les pays scandinaves d’être autant frappés - sinon plus, si l’on considère le cas de l’Islande - que les autres par la crise.

 

4. « L’ONU conseille d’améliorer la condition féminine en utilisant les traditions »

Le Monde, Anne Chemin, ‘édition du 13.11.08

Malgré les améliorations relevées par le Forum économique mondial, le sort des femmes dans le monde reste peu enviable : 70 % des enfants non scolarisés de la planète sont des filles, 60 % des habitants pauvres sont des femmes, et celles-ci ne représentent que 16 % des parlementaires de par le monde. "Dans toutes les régions du monde, les femmes gagnent moins que les hommes", ajoute le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) dans son rapport annuel, publié mercredi 12 novembre.

Depuis la première conférence internationale de la femme, qui s’est tenue à Mexico en 1975, les textes internationaux contre les discriminations se succèdent, mais ils se heurtent souvent à des traditions culturelles tenaces. Les rapports des réunions "Beijing + 5" et "Beijing + 10", qui tirent un bilan du programme de lutte contre les inégalités de la conférence mondiale de Pékin (1995), soulignent le fait que "les stéréotypes culturels des femmes se maintiennent malgré les changements intervenus au sein des institutions et dans les politiques".

Les droits de la personne sont évidemment universels, rappelle l’UNFPA, mais les programmes qui les déclinent se doivent de prendre en compte "les valeurs, les pratiques et les croyances" des sociétés humaines. "Une telle compréhension n’est nulle part plus importante que dans le domaine des rapports de puissance entre les hommes et les femmes et de leur incidence sur la santé et les droits en matière de reproduction", insiste le rapport.

Pour l’UNFPA, cette idée est loin d’être appliquée par les organismes de développement internationaux, qui persistent, selon lui, à ignorer les coutumes locales. Au nom de l’efficacité, le rapport les invite donc à prêter une attention plus grande aux réalités culturelles : plutôt que d’appliquer aveuglément les droits de la personne, il faut, affirme le document, identifier les "agents de changements" locaux afin de travailler main dans la main avec eux.

Pour lutter contre l’excision au Kenya, l’UNFPA a ainsi élaboré un projet communautaire baptisé Tasaru Ntomonok Initiative. Les mutilations subies par les filles de moins de 14 ans ont été supprimées, mais le rite de passage que représentait auparavant l’excision a été maintenu : les jeunes filles qui atteignent l’âge fixé par la coutume restent recluses quelque temps afin qu’on leur parle de la sexualité et de la reproduction, des cérémonies sont organisées par les anciennes exciseuses et des femmes âgées continuent à jouer le rôle de marraines. Selon l’UNFPA, cette politique a permis de défendre les droits des femmes tout en respectant les traditions locales.

 

3. « Les papy-boomers veulent peser sur la vie publique »

Le Monde, 09.10.08, Catherine Vincent, (édition du 10.10.08)

A la gare d’Hanovre (Allemagne), deux mondes se superposent. Au rez-de-chaussée, un World Cafe empli de trentenaires affairés. Au premier, les vastes salons de thé du Collosseum, où la moyenne d’âge dépasse la soixantaine. Un tableau bien différent de celui qu’offre Saragosse (Espagne), où de vieilles dames en goguette côtoient sur les trottoirs de jeunes garçons en skate, et où les cafés, à l’heure du tapeo, sont envahis par les familles. Et de ce qu’on voit à Toulouse (France), où les personnes âgées semblent absentes des rues animées du centre historique, préférant le calme des quartiers plus périphériques.

Ce qui réunit les "seniors" d’Hanovre, les "aînés" de Saragosse et les "vieux" de Toulouse ? Leur âge, qui leur confère une place spécifique dans l’espace public. Ce qui les sépare ? Des visions différentes de la solidarité intergénérationnelle, l’existence - ou non - de lieux de vie adaptés à leurs besoins. Et, surtout, "des degrés très divers de représentation et de participation locale à la vie politique", conclut Alice Rouyer, de l’université de Toulouse-II - Le Mirail. Au laboratoire interdisciplinaire Solidarités, sociétés, territoires, son équipe a mené pendant deux ans, dans ces trois villes de taille similaire, une étude comparative afin de déterminer dans quelle mesure les acteurs locaux parviennent à y accorder un "droit de cité" aux personnes vieillissantes. Une démarche s’inscrivant dans le droit-fil du colloque international "Vieillir et décider dans la cité", organisé à Rouen, les 8 et 9 octobre, sous l’égide de la Caisse régionale

"Le vieillissement de la population que connaissent les pays développés est un phénomène sans précédent, dont la conséquence sera logiquement le déplacement du centre de gravité du pouvoir", prédit le sociologue Jean-Philippe Viriot Durandal (université de Franche-Comté), organisateur du colloque. Au-delà de ses problématiques socio-économiques (retraites, travail des seniors), cette évolution démographique soulève des questions d’ordre politique. Car les baby-boomers devenus papy-boomers ne sont pas seulement de plus en plus nombreux. Ces "jeunes vieux", qui ont entre 55 et 75 ans, sont en général en bonne santé. Souvent dotés de diplômes et de revenus corrects, parfois familiers des nouvelles technologies, ils entendent bien profiter de leur espérance de vie, estimée à 90 ans en 2050. Et donc intervenir dans la définition des politiques locales. Notamment celles qui, demain, les concerneront au premier chef : habitat, transports, aménagements urbains et vie collective.

Le pouvoir aux retraités ? Nos sociétés n’en sont pas là, loin s’en faut. "L’omnipotence d’un "pouvoir gris" relève largement du mythe", affirme M. Viriot Durandal, pour qui "les retraités" forment une catégorie sociale "extrêmement peu consciente d’elle-même, mal organisée et très divisée". Il n’empêche : en Amérique du Nord comme en Europe, les baby-boomers se mobilisent. Un peu partout, leur intégration au niveau territorial et politique s’accentue. Parfois sous une forme émergente, proche du militantisme : ainsi à Montréal, où le réseau Espaces 50 +, créé en 2003 par le sociologue Jean Carette, entend "signifier activement que les aînés doivent être reconnus comme des acteurs sociaux majeurs et comme un plus pour la société".

Des conseils de seniors

Et, souvent, sous une forme plus aboutie de démocratie participative. Comme en Espagne, où les processus de participation des personnes âgées sont désormais bien rodés, en particulier dans les villes à forte population. Comme en Flandre (Belgique) aussi, où le Conseil flamand des seniors est officiellement chargé, depuis 2005, de rendre des avis sur toute question concernant les plus de 60 ans, avec le concours actif des intéressés.

Un Conseil de seniors existe également en Allemagne, qui fait l’objet d’une élection tous les quatre ans. "Même consultatif, ce conseil participe pleinement à la vie des instances municipales aux côtés des parlementaires", précise Alice Rouyer. Au cours de leur étude comparative à Hanovre, Saragosse et Toulouse, les chercheurs ont pu vérifier que "l’auto-organisation et la pratique des groupes d’entraide ne sont pas le propre de la culture politique française". Les mentalités devront évoluer pour que la vieillesse cesse d’être perçue, en France, comme une expérience individuelle confinée à l’espace privée. D’autant que les baby-boomers, toutes les enquêtes le confirment, ne veulent pas assumer les mêmes fonctions que leurs parents vis-à-vis de leurs aînés. Et qu’il leur faudra sans doute, s’ils veulent contribuer à ce que la prise en charge du "grand âge" s’améliore, intervenir collectivement dans les processus de décision.

Repères

Seniors. En Europe, on estime la progression des plus de 65 ans dans la population à 22 % entre 2000 et 2015, et à 27 % entre 2015 et 2030 (chiffres UE 2004). Aux Etats-Unis, ils étaient 33 millions à dépasser les 65 ans au début des années 1990 ; ils devraient être 70 millions en 2030.

Suffrages. Pour limiter la "surreprésentation" prévisible des seniors dans le corps électoral des pays développés, plusieurs chercheurs ont proposé de minorer le vote des plus âgés. Le politologue Silvano Möckli (Université de Saint-Gall, Suisse) est allé jusqu’à suggérer d’attribuer un coefficient à chaque classe d’âge : à 18 ans, le multiplicateur serait de 2, puis déclinerait de 0,01 par année. Le bulletin d’une personne de 70 ans ne compterait plus ainsi que pour 1,48. Le système a le mérite de prévoir largement l’allongement de la durée de vie, puisque l’être humain y atteindrait l’âge limite de son existence politique... à 218 ans.

 

2. Agissez pour que les droits des femmes au Mexique soient protégés !

20 octobre 2008, sur le site d’Amnesty international

Une femme sur quatre au Mexique subit des violences physiques, notamment des violences sexuelles, imputables à son compagnon. Des milliers d’autres risquent de subir à nouveau ces violences parce qu’il n’existe pas de dispositif adéquat pour les protéger.

La violence domestique peut avoir des répercussions physiques, psychologiques et émotionnelles. Elle a également une influence économique et sociale sur les femmes et leurs familles. Beaucoup de femmes se heurtent à des difficultés lorsqu’elles tentent de porter plainte – des agents qui refusent leur déposition, des enquêtes superficielles et des mesures de protection inadéquates, pour ne citer que ces exemples.

Il existe également un certain nombre de facteurs qui les empêchent de porter plainte : la crainte des représailles, entre autres, mais aussi des schémas sociaux qui excusent la violence contre les femmes, et rabaissent leur rôle dans la famille et la société. Même lorsque des mesures de restriction sont émises, il n’existe pas de forces de polices spécialisées pour les faire respecter.

Après son divorce en 1993, Marcela Blumenkron avait appelé la police à maintes reprises et avait signalé les menaces et le harcèlement dont elle était victime de la part de son ancien époux. Les procureurs lui ont conseillé de résoudre ce problème directement avec ce dernier. « On fera quelque chose quand tu auras un bleu », lui a-t-on dit une fois. En 2005, l’ex-mari de Marcela est entré par effraction dans sa maison et l’a poignardée. Elle a été immobilisée pendant quatre mois et souffre maintenant de lésions nerveuses durables ; sa mobilité est réduite.

Le Mexique a récemment promulgué une loi pour lutter contre la violence envers les femmes, et beaucoup de pays ont suivi son exemple, mais il reste encore beaucoup à faire pour que ces quelques avancées changent réellement la situation des femmes en danger. Agissez pour que les droits des femmes au Mexique soient protégés !

 

1. Droits des femmes / Pakistan

Une étape importante contre les crimes d’honneur

Sur le site de la FIDH

Le 1er septembre 2008, le gouvernement pakistanais a entamé une enquête sur l’assassinat de cinq femmes dans la province du Balouchistan (Sud-ouest du Pakistan). Ces femmes avaient décidé d’épouser l’homme de leur choix, allant à l’encontre de l’opinion des chefs de leur tribu. Pour avoir transgressé les traditions coutumières, elles ont été brutalisées, puis enterrées vivantes.

Ce crime odieux a été révélé à la presse internationale le 21 août par la FIDH, en collaboration avec son organisation membre au Pakistan, la Commission des droits de l’Homme au Pakistan (HRCP) qui avait enquêté et obtenu des informations sur ce cas. En donnant un écho international à cette affaire, la FIDH a contribué à faire pression sur le gouvernement pakistanais. En effet, une semaine plus tard, le gouvernement en accord avec le parlement demandait l’ouverture d’une enquête. Il faut maintenant que les responsables de ces crimes soient jugés par la justice pakistanaise au terme d’un procès équitable. Un tel procès constituerait un pas essentiel dans la lutte contre l’impunité et le respect des droits des femmes au Pakistan.

Selon la Commission des droits de l’Homme au Pakistan, beaucoup de cas de « crime d’honneur » ne sont pas communiqués, ayant comme conséquence l’aggravation dramatique de la situation des femmes dans le pays : les chiffres sont terrifiants : au moins 174 femmes ont été victimes de tels crimes en 2005, contre 270 en 2006 et 280 en 2007. La FIDH, portant le message de l’universalité des droits de l’Homme, s’est engagée fermement pour lutter contre ces pratiques inhumaines et promouvoir les droits de femmes partout dans le monde.

En savoir plus : http://www.fidh.org/spip.php?article5801

 


Date de création : 04/11/2008 11:35
Dernière modification : 08/08/2009 16:28
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