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3. L'adolescence - Conférence

Les Rencontres de Bellepierre

2008-2009

« Genres & générations »

___________________________________

 

Mercredi 4 février 2009, 18h00

 

« L’adolescence, âge de tous les possibles »

 

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Jean-Pierre Cambefort

 

Élisa Camesety

 

Laurence Pourchez

 

Élisa Camesety, étudiante CPGE, 2e année.

« L’adolescent est l’avenir de l’homme ».

Après avoir rappelé que l’adolescence a été « inventée » récemment, on analysera l’état de « crise » qui la caractérise aujourd’hui. Enfin on proposera l’idée qu’elle est l’âge de l’invention avec ce que cela suppose d’incertitude.

 

Jean-Pierre Cambefort, psychologue

« L’adolescence comme “quarantaine” ».

Dans les temps anciens, l'adolescence n'existait pas en tant que période de la vie décrite, étudiée et problématisée. L'enfant vivait avec les adultes et s'autonomisait rapidement. De nos jours, la période entre la puberté et l'âge adulte fait l'objet de débats comme si les anciens enfants étaient devenus des inconnus. Cette période appelée adolescence est à la fois le produit d'une construction sociale et historique, et un réel questionnement pour le monde adulte, parce qu'elle est instituée comme une « quarantaine » entre l'impuissance enfantine et la responsabilité adulte. Du point de vue identitaire, sexuel, cognitif et culturel, elle est une charnière dont les enjeux portent sur l'abandon de l'enfance et l'entrée progressive dans l'âge adulte, sans que ce terme ne se réfère à des frontières précises.

 

Laurence Pourchez, anthropologue

« La créolité en marche : rites de passage chez les adolescents à La Réunion »

Les processus de créolisation sont souvent définis par rapport à des catégories dites classiques ou traditionnelles en anthropologie comme la religion ou le rapport au corps.

Il s'agit ici de nous intéresser aux adolescents et à leur apport à la société créole. Nous verrons que des rites de passage sont « inventés » par les adolescents, que divers apports exogènes comme les tags ou les modes vestimentaires, sont reformulés et contribuent à la constitution de la culture créole.

 

 

Petite bibliographie récente sur l’adolescence

 

Anthropologie : David Le Breton, En souffrance. Adolescence et entrée dans la vie, Éditions Métailié, 2007.

Histoire : Agnès Thiercé, Histoire de l'adolescence, 1850-1914, Belin, 2000.

Psychologie : Pierre-G Coslin, Psychologie de l'adolescent, Armand Colin; (2e éd.), 2006 ; Philippe Jeammet, Pour nos ados, soyons adultes, Odile Jacob, 2008, 314 pages ; Daniel Marcelli, C’est donc ça l’adolescence ?, Bayard, 2009 ; Patrice Heureet François Marty, Alcool et adolescence. Jeunes en quête d’ivresse, Albin Michel, 2007.

Philosophie : Bernard Stiegler, Prendre soin : Tome 1, De la jeunesse et des générations, Flammarion, 2008

Sociologie : Michel Fize, L’Adolescent est une personne, Seuil, 2006 ; François de Singly, Les Adonaissants, Hachette, 2007 ; Isabelle Clair, Les Jeunes et l’amour dans les cités, Armand Colin, 2008

 

Voir aussi bibliographie plus importante sur le thème, Genres & générations.

Une autre bibliographie sur l’adolescence.

Un site : adolescence

À découvrir le cycle de conférences, « L’enfance », Cité des sciences, décembre 2007.

 

**********

 

« L’adolescence est l’avenir de l’homme »

 

[Texte qui a servi de support à la communication d’Élisa Camesety lors de la séance du mercredi 4 février 2009, « Générations futures : responsabilité et précaution », dans le cadre des 3e Rencontres de Bellepierre.]

 

Le constat est indéniable : l’adolescent n’a jamais été autant au cœur de l’actualité. Il en est question dans les faits divers où l’adolescent a une image négative, il est perçu comme étant violent, agressif, passif, etc. Il en est question également dans l’actualité du cinéma. On peut par exemple citer le film LOL avec Sophie Marceau, qui présente les conflits de génération, plus précisément entre une mère et sa fille.

On sait tous ce que c’est au niveau biologique, à savoir une période pendant et un peu après la puberté, mais ensuite, comment la déterminer ? On parle d’une adolescence, mais n’y aurait il pas des adolescences ?

En fait, caractériser cette période de changements c’est la figer, voilà pourquoi on devrait éviter de définir trop strictement cette adolescence et ne pas faire de ce qui est un passage, un état.

L’adolescence, n’est-ce pas le moment de l’invention ? N’est ce pas le moment où l’humanité s’invente ?

Il s’agira dans une première approche historique de montrer que l’adolescence, telle que nous la percevons aujourd’hui, est une notion inventée. Ensuite, nous parlerons de l’âge de la crise, des symptômes que nous attribuons généralement à l’adolescent. Enfin, dans une partie plus personnelle on montrera que l’adolescence est l’âge d’invention.

 

 

I- Approche historique de l’adolescence, une notion inventée.

 

L’adolescence n’a rien de naturel, c’est bien une invention historique. Le mot grec existe depuis des siècles mais la manière dont on la conçoit aujourd’hui est très récente. L’adolescence est d’abord inventée pour une catégorie sociale.

Avant cela, adolescence signifiait croître, de grandir, de pousser. Cela désignait la phase de croissance de l’existence, jusqu’à la maturité située à 35 ans, suivie de la phase de sénescence jusqu’à la mort.

Au XIXème siècle, l’adolescence désigne un âge de classe. La classe sociale des fils de bonne famille, de la bourgeoisie et de la noblesse. Les jeunes filles, les jeunes enfants défavorisés, et plus généralement les jeunes des classes populaires étaient exclus de cet âge de classe. Les jeunes garçons bourgeois et nobles faisaient des études et pour être considérés comme un adolescent, il fallait un encadrement spécifique pour ces jeunes pubères, encadrement établi au sein de l’école !

Ensuite, on est passé d’un âge de classe à une classe d’âge (Agnès Thiercé. Entre la fin du XIXème siècle et le début du XXème siècle, la scolarité devient obligatoire pour tous. En 1890, la Troisième République voit dans l’ensemble de sa jeunesse un enjeu important et investit dans des structures d’encadrement plus larges. De plus, on assiste à l’instauration de certains rites de passage qui définissent l’adolescence.

Donc l’adolescence n’est pas naturelle. Les animaux ne connaissent pas de période d’adolescence et encore moins de crises ! L’adolescence est une pure invention culturelle qui sera ritualisée dans les différentes sociétés. On est bien passé d’une période sans adolescence, à une période d’adolescence qui est de plus en plus longue à cause de l’allongement des études, et des conditions de vie plus souples et plus favorables à son émergence. Alors qu’en est-il de l’âge de la crise ?

 

 

II- L’âge de la crise

 

Que dit-on d’habitude de l’adolescence ?

C’est une période d’opposition au monde adulte (Les premières mutineries lycéennes sont à l’origine de l’image critique des adolescents). De plus, le modèle des parents est remis en question. C’est aussi une période de changements rapides du corps que l’on n’accepte pas toujours. Si la puberté se passe mal (soit qu’elle est précoce, soit qu’elle est retardée), les signes de mal-être apparaissent, notamment les complexes ou alors le rejet du corps. Période de contradictions et d’inquiétudes, elle apparaît aussi comme le moment où l’adolescent reconfigure le monde (Mais il peut décider ne pas s’investir dans la politique).

Durant cette période, certains adolescents cherchent à contrôler leur corps, cela les menant parfois à des pathologies graves telles que l’anorexie ou encore la boulimie, et tout cela à cause d’une image de soi qui est déformée.

Les médias favorisent cette phase de difficultés en véhiculant une image négative de l’adolescent, ou encore en alimentant le processus de mal-être à des fins commerciales (par exemple les publicités pour la crème anticellulite en exposant des corps minces comme si c’était un but à atteindre). En fait, durant cette période, l’adolescent guette dans le miroir le surgissement de lui-même confronté à une image idéale.

C’est enfin une phase de mise en danger dans son univers affectif, ses désirs, et sa sexualité…

Mais cette description reflète-t-elle la réalité ? N’est-on pas encore en train d’inventer tout cela ? Déjà, n’est-il pas réducteur de parler de l’adolescence au singulier ? Peut-on comparer une jeune fille de 20 ans en classe préparatoire, qui à 24 ans sera encore étudiante et une jeune fille de 16 ans qui travaille et qui a des enfants ? Y a t-ilun rapport quelconque entre ces deux cas…Où se trouvent les points communs de leur adolescence ?

 

N’est-ce pas dangereux de vouloir figer ce qui est mouvant ? Changeant ?

L’adolescence est une période d’appel (d’aide aux adultes) mais aussi d’incertitudes et on a fini par banaliser la crise. Par exemple, il n’est pas rare d’entendre une mère dire de sa fille ou de son fils « je suis pressée qu’il en finisse avec sa crise ! ». Or, ce type de comportement est compris comme un abandon de la part des adolescents. Au lieu d’avoir peur de cette adolescence et d’en faire une période de « crises » à proprement parler, ne devrait-on pas la penser positivement ? Mais alors, pourquoi la penser positivement ? C’est ce que nous allons voir. L’adolescence est, en fait, l’âge de l’invention.

 

 

III- L’âge de l’invention

 

Cette période est importante, d’abord pour l’adolescent lui-même. Elle est même nécessaire et indispensable à la construction de sa personnalité. En effet, elle constitue une phase de recherche de soi, d’autonomie. C’est là où s’effectuent les premières expériences, les premiers émois etc.

C’est aussi l’âge où tous les rêves peuvent être réalisés, un âge riche en espoirs, en insouciances, en mises en danger et en incertitudes, l’âge où l’on refait le monde. Et les médias, eux, pendant ce temps, empêchent les adolescents d’être à la hauteur de leurs rêves.

Alors, sans pour autant abandonner l’adolescent et tout en lui montrant qu’il y a des lois à respecter pour bien vivre en société ainsi que des limites, il faut justement accepter ses incertitudes et donc accepter l’imprévisible. Un adolescent ne saurait grandir s’il est protégé de toute perturbation. Il ne faut pas se protéger d’eux mais chercher à les protéger par exemple les aider à bien vivre les traumatismes de leur vie personnelle. Surtout, il ne faut pas chercher à faire de l’adolescent « un rat de labyrinthe »  c'est-à-dire un individu formaté, puisque c’est comme cela qu’il va basculer dans la violence et se laisser aller. En fait, de cette manière, le processus du devenir sera enraillé. Donc, l’adolescence est bien une période face à l’avenir.

 

 

Pour conclure, on peut dire que l’adolescence est une invention récente, en tous les cas celle que l’on conçoit aujourd’hui. C’est un luxe que peuvent s’offrir les sociétés occidentales. Il ne faut pas voir dans l’adolescence qu’une série de bouleversements et de ruptures car dans cette période, tout peut être construit. C’est une étape très importante pour l’adolescent mais pas seulement. L’enjeu encore plus crucial, c’est l’avenir de l’homme tout entier, et donc, par là même de l’humanité. Arrêtons de stigmatiser l’adolescent car ce serait se tromper sur sa liberté. On a intérêt à prendre soin des adolescents, les aider à risquer raisonnablement leur vie non seulement pour leur bien mais aussi pour celui de l’humanité ! Croire en l’adolescent, croire en son devenir c’est aussi donner à l’humanité la chance de croire au possible. Croire en l’adolescent c’est donner sa chance au possible.

 


Date de création : 21/01/2009 14:40
Dernière modification : 10/08/2009 06:13
Catégorie : 3. L'adolescence
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