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Sociologie - Sylvette DENEFLE

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     Sociologue, Sylvette Denèfle est professeure à l’Université de Tours.

     On s’est souvent demandé si la ville rend libre, plus rarement on a affiné la question en termes de différence sexuelle. C’est la voie qu’emprunte Sylvette Denèfle, en croisant la sociologie urbaine et les études de genre (a).

     Dénonçant l’opinion commune selon laquelle la ville serait un espace neutre, un contenant formel soustrait aux rapports de domination, elle invite au contraire à la penser dans sa dimension sexuée, plus encore, elle avance que sans la prise en compte de ces différences − qui sont bien plutôt des discriminations − on ne saurait avoir de compréhension de la ville, on ne saurait non plus parler légitimement d’émancipation. Que ce soit dans les utopies les plus irréalistes ou les réformes les plus concrètes, changer la ville, c’est d’abord « dire la rigidité des assignations de genre et lutter pour l’estomper », c’est donc aussi changer la société, changer l’« homme ».

     Il s’agit de lutte contre la domination et la hiérarchie, et voilà pourquoi la question est politique. Voilà pourquoi encore, trois voies seulement se présentent : imaginer une ville et un monde meilleurs − pour les femmes ; réformer la société pour réaliser, partiellement au moins, ces rêves ; révolutionner globalement et en profondeur les structures sociales et les valeurs qui les portent, et notamment la sexualité qui est à la fois le lieu où se cristallisent les discriminations les plus tenaces et le levier de bouleversement le plus efficace.

     Une question politique ? Assurément, et peut-être même la question politique. La « domination masculine » n’est pas seulement un problème parmi d’autres, elle est bien plutôt la structure fondamentale de l’organisation de la société, le cadre de ses normes et le principe de ses valeurs ; on comprend alors en quoi repenser et travailler à l’égalité entre les hommes et les femmes constitue, bien plus qu’une correction ou une réforme, « un basculement civilisationnel ». La détermination des résistances comme la force des conservatismes attestent, en creux, l’importance de l’enjeu.

 

__________________________

 

(a) On se rapportera aux deux ouvrages collectifs qu’elle a dirigés : Femmes et villes, Tours, Éditions de l’Université François Rabelais, 2004 ; Utopies féministes et expérimentations urbaines, Rennes, PUR, 2008.

 

 

 

La place des femmes dans la ville :

 

une question politique

 

Sylvette Denèfle

 

 

 

 

 

Les villes sont le reflet des normes sociales dominantes mais elles sont aussi créatrices de pratiques nouvelles qu’elles soient spontanées ou inscrites dans des projets politiques. Les projets de ville sont projets de vie meilleure, voire de société nouvelle. Les villes modernes sont en apparence des lieux de mixité que chacun utilise à sa guise. Pourtant, l’étude des villes dans leurs ancrages historiques, dans leurs évolutions, dans leurs projets, montre que femmes et hommes ne s’y inscrivent pas de façon semblable. Que reflètent ces dissemblances : l’inégalité ou la différence ?

 

 

Penser la ville dans sa dimension de genre

 

La ville émancipatrice ne nous semble pas si accueillante que cela pour les femmes. En effet, elles constituent 80% des travailleurs pauvres, 70% des usagers des transports en commun, 90% des personnes qui subissent des violences sexuelles dans l’espace public, 85% des chefs de famille monoparentale, 70% des personnes qui font les courses, 70 à 80% des personnes âgées, 80% des prostituées, etc. mais 20 à 30% des élues.

À l’évidence, les femmes ne sont pas encore tout à fait « des hommes comme les autres » et ces différences sociales entre les sexes expriment leurs dimensions dans l’espace urbain. Les difficultés socio-économiques amènent les femmes dans les quartiers d’habitat social, les obligations domestiques conditionnent leurs déplacements, l’insécurité stigmatise leur présence dans les espaces publics qui ne leur sont pas indifféremment ouverts selon qu’il fasse jour ou nuit. Leur place parmi les gestionnaires et les décideurs des politiques urbaines reste marginale et les métiers de la ville demeurent encore bien masculins.

Or, malgré ces évidences qui devraient conduire à penser la ville dans sa dimension sexuée, il reste difficile de faire émerger solidement la nécessité d’une prise en compte de ces différences qui, très souvent, se trouvent bien plutôt être des discriminations.

Pour le sens commun, la ville reste en dehors des pratiques discriminantes, comme un support intemporel et abstrait d’activités humaines qui ne la construiraient pas.

Toute la recherche urbaine montre pourtant qu’il n’y a de territoires que construits et que les espaces sont essentiellement tracés par les enchevêtrements des pas humains. Toutes les sciences sociales montrent l’indéfectible réciprocité entre les constructions spatiales et les constructions identitaires. Tous les travaux du siècle dernier conduisent au constat de l’urbanisation massive du monde et l’associent à l’envol démographique et économique des sociétés de la globalisation.

Comment peut-on alors ne pas être aveuglé par l’évidence que la dimension du genre ne peut pas être occultée si l’on veut avoir quelque compréhension des évolutions urbaines et sociales. Car, les discriminations selon le sexe ne sont pas seulement un problème social parmi d’autres. Elles sont le reflet de la structuration fondamentale de toutes les sociétés qui, partout et de tout temps, se fondent sur la dichotomie entre les femmes et les hommes pour proposer des modèles sociaux inégalitaires. Ces discriminations traversent l’ensemble de toutes les pratiques sociales. Elles sont, d’une certaine façon, l’expression même de l’organisation sociale.

 

D’un côté, l’urbanisation concerne les trois-quarts de l’humanité. De l’autre, la division sociale selon le genre s’exprime dans tous les secteurs de l’activité.

Malgré cela, il demeure difficile d’amener les décideurs à prendre en compte la perspective de genre pour penser les projets urbains. Et il reste tout aussi difficile de convaincre les chercheurs que la ville, miroir des normes dominantes, expression des régulations sociales, est un vecteur puissant et particulièrement éclairant de toutes les inégalités.

Pourtant, même s’il est difficile de faire entendre la problématique du genre dans les milieux des gestions urbaines, les choses ont commencé à changer. Urbanistes et décideurs portent dans quelques grandes municipalités françaises des actions, encore timides, pour promouvoir le libre accès de tous à la ville. Les politiques, européennes notamment, qui ont mis en avant le développement urbain durable ont parfois, surtout dans les pays anglo-saxons, réussi à fonder sur ses « trois piliers » la recherche de croissance : économie, environnement, lutte contre les discriminations. Lorsque ce troisième volet du développement durable n’est pas estompé par les deux autres, on s’interroge souvent sur ce qu’il peut signifier. Généralement, viennent à l’esprit les discriminations culturelles, ethniques, d’âge, de handicap. Plus difficilement, arrivent aux consciences les discriminations de sexe. Mais la prise de conscience en vient parce que les femmes ont pris une place centrale dans le salariat, tout en maintenant leur rôle traditionnel dans la famille et que, pour ce faire, elles sont de plus en plus présentes dans l’espace public.

 

 

Espaces subis, lieux rêvés, villes construites

 

Si, donc, les villes sont des lieux qui reflètent les dissemblances entre les femmes et les hommes, mais si elles sont également les lieux de projets de vie meilleure, voire de sociétés nouvelles, il nous reste à mesurer la distance entre les rêves des unes et les réalisations des autres.

Quels rêves d’égalité, de mixité, de séparation, de domination se sont inscrits dans l’espace des villes ? Quels projets ont-ils été assez présents pour connaître des formes de réalisation ? Quelles utopies ont-elles échoué sur la plage des chimères ? Quels temps et quelles sociétés ont-ils porté des conceptions féministes assez fortes pour passer dans les faits ?

Les villes ont-elles été favorables aux femmes en leur donnant une place d’individu(e)s à part entière ou reste-t-il quelques scories des pratiques anciennes ? Comment la morale sociale prend-elle corps dans les espaces urbains et comment les rôles sociaux de sexe s’y inscrivent-ils ?

 

Dans un ouvrage récent (1), un groupe d’historiennes a présenté les mouvements féministes du XXème siècle en les séparant en deux vagues, en deux moments. Jusqu’au milieu du siècle, les femmes ont voulu être reconnues comme des personnes à part entière dans une société du progrès. Ensuite, elles ont voulu abolir l’ordre social discriminant à leur encontre et faire passer dans les faits la mixité réalisée. Pour reprendre le point de vue de Michèle Perrot « la première vague revendique l’égalité des droits entre les sexes… La seconde vague des années 1960-1980, « les années Mouvement » de la Libération des femmes, s’attache bien davantage à l’autonomie du sujet-femme, dans ses choix existentiels de tous ordres. » (2)

 

Selon la même dichotomie, on peut dire que les féminismes ont rêvé une société de droit égalitaire avant de lutter pour la réalisation, ou du moins l’expérimentation, de cette société. Et on peut souligner que ces luttes se lisent dans les phénomènes urbains qui, eux aussi, expriment le passage des sociétés encore rurales aux sociétés contemporaines presque totalement urbaines sur la même temporalité de ce XXème siècle, ce qui, là encore, incite à penser les corrélations entre les deux univers.

Du rêve d’une société égalitaire de l’épanouissement de chacune à la lutte quotidienne pour des améliorations des conditions de vie souvent minuscules, la longue marche des femmes de leur position dominée vers la juste reconnaissance de leurs capacités n’est-elle pas l’une des formes politiques les plus constantes de la recherche utopiste d’un ordre social bouleversé ?

 

La diversité des mouvements féministes s’appuient sur des idées qui parfois peuvent aller jusqu’à s’opposer et nous avons exploré ces rêves de société-femme, de non-mixité, de pouvoir féminin, d’égalité dans la mixité, de modes familiaux renouvelés, de partages justes, de détournements subversifs, de révolutions et de réformes, de reconnaissance de différences ou d’universalité humaine, etc. (3)

Mais, au-delà, de ces évocations idéelles nous avons essayé de voir ce qui a pu et peut actuellement passer dans la réalité sociale de toutes ces conceptions féministes et cela, très précisément, dans la dimension urbaine.

C’est dans la ville et dans la façon dont se fait la ville que nous avons regardé les expérimentations qui abondent les logiques féministes. Il en va ainsi du projet politique, voire du vote de la loi, de la réalisation de modèles de vies familiales différentes de celles qui ont porté la société patriarcale, de l’expression artistique dans la liberté d’un espace de friche, de l’expérience pédagogique d’une socialisation égalitaire, ou de la vie communautaire hors de tout système hiérarchique, de l’écriture féministe de la vie sociale ou du bouleversement des représentations de la sexualité, de la mise en place effective d’une sexualité sans entrave, du travail réorganisé ou des propositions d’aménagement d’espaces de liberté, du choix de la maternité ou du clonage de l’espèce, etc.

En effet, depuis les propositions idéelles des siècles passés jusqu’aux réformes concrètes des politiques sociales actuelles, dire la rigidité des assignations de genre et lutter pour l’estomper dans les lieux publics, c’est changer, avec la ville, la vie sociale dans son ensemble. C’est modifier les rapports de force, les rôles sociaux, l’intimité, la vie familiale, les formes de pouvoir. C’est s’inscrire fondamentalement dans un projet politique global et non pas seulement proposer des politiques publiques urbaines.

 

 

Les trois voies du politique

 

De ce fait, comme pour tout projet politique, on se retrouve ici avec toute l’utopie du projet, tout l’aménagement des réformes, tout le bouleversement des révolutions. Y-a-t-il d’autres voies pour le politique que, d’une part, celle de dire ce qui ne va pas et ce qu’il faut pour changer la vie, celle, d’autre part, de s’appliquer à mettre en œuvre des modifications concrètes, cumulées et cohérentes mais partielles pour parvenir aux mêmes fins et celle, enfin, de bousculer tout l’existant pour faire naître des mondes nouveaux ?

Il est probable que ces trois modalités sont celles de l’évolution de la vie en société, de ce que l’on appelle communément le politique.

Dans le cas qui nous intéresse ici, celui apparemment restreint de la place des femmes dans la ville, ces trois modes du politique se retrouvent et donnent à la question sa dimension universelle.

 

Le projet : dénoncer et rêver

 

L’égalité entre les femmes et les hommes a été rêvée, tout comme l’a été l’égalité entre les êtres humains d’une façon plus générale. Elle a été, dans certains pays et à certaines époques, jusqu’à prendre une existence de droit. C’est le cas en particulier dans les sociétés de la modernité que sont les sociétés occidentales actuelles. Mais nulle part encore, il ne semble que ce rêve ait pris corps dans la réalité quotidienne.

Comme le projet politique démocratique, celui de la ville égalitaire s’invente, se rêve, tend à s’actualiser dans les principes ou même dans les espaces aménagés, fait l’objet de l’application des décideurs, voire parfois des citoyens. Mais jamais, il ne parvient à s’actualiser totalement. Toujours, les formes sociales antérieures résistent. Toujours les inégalités se reproduisent. Toujours, le rêve égalitaire se heurte à la réalité des comportements sociaux.

Si, assez aisément, nous jugeons intolérable la remise en cause globale de l’utopie de l’égalité, nous glissons cependant tout aussi facilement vers l’acceptation des logiques de la différence. Être égal n’est pas être semblable et on passe facilement de l’égalité à l’équité, du principe à son application. Ce glissement qui introduit l’éthique de la pratique dans la rigidité du droit n’est pas spécifique aux questions du genre mais plus qu’ailleurs, dans ce cas, l’éthique s’appuie sur les « faits naturels » des différences.

Plus encore que dans le racisme, les différences biologiques entre les femmes et les hommes sont appelées pour justifier des différences qui ne parviennent pas à être pensées comme des discriminations. Les sociétés résistent aux bouleversements profonds qu’impliquerait la remise en cause des rôles sociaux de sexe.

 

La réforme : modifier et effectuer

 

Pour ce qui est de l’action politique, de l’actualisation du projet politique (deuxième moment que nous avons identifié), les propositions de réforme révèlent encore une fois une dichotomie fondamentale. Il faut vivre dans la ville des hommes, faire avec, s’adapter d’un côté et/ou construire des espaces féminins à part entière de l’autre. La première partie de notre ouvrage montre combien la ville est masculine, combien elle est conçue, jusque dans sa forme, par des hommes qui ne pensent pas le genre. La ville est conçue pour des sociétés où les femmes appartiennent d’abord au monde domestique. Même la ville moderne, celle qui tend à organiser des services pour la totalité de sa population, oublie que la nuit n’est pas à tous, que les sorties d’école et les lieux sportifs ne sont pas pour tous, que les transports ne sont pas utilisés de façon similaire par tous, que la gestion politique n’est pas égalitaire. Paradoxalement, les sociétés urbaines résistent à la modernité alors qu’elles en sont les génératrices.

C’est dans cette dimension-là, pourtant, que les avancées sont les plus claires. Les sociétés qui se réclament de la démocratie tendent à corriger les discriminations et les femmes parviennent parfois à promouvoir des actions concrètes pour, à travers des logiques de « bonnes pratiques », parvenir à des situations plus justes.

La logique patiente des réformes propose de changer la vie en effaçant progressivement ce qui la rend difficile

Réformer la ville pour changer la vie des femmes est un programme qui commence à faire sens. Il n’est pas encore entendu aisément mais il commence à être porté par des décideurs qui portent attention à la question des discriminations selon le genre. Les grandes villes du Canada et d’Europe sont pionnières sur ces politiques qui s’inscrivent largement dans celles plus vastes du développement urbain durable.

 

La révolution : inventer et bousculer

 

Enfin, si les analyses montrent que l’utopie proposée ne renverse pas les catégories de l’existant, que la réforme ne parvient pas à déstabiliser les rapports sociaux de sexe et l’organisation fondamentalement inégalitaire du monde privé, il faut en chercher les causes profondes et agir sur celles-ci. Ce dont il est question alors, c’est de bouleverser les structures sociales existantes parce qu’on les estime génératrices ou conservatrices d’une situation qui doit être changée.

Ce bouleversement profond, dans le domaine concerné, se décline autour de la sexualité.

La sexualité qui lie et structure les comportements sociaux est construite et codifiée par les sociétés et les cultures qui en véhiculent les normes. Ces normes déterminent les valeurs associées aux pratiques sexuelles et fondent la légitimité des comportements sociaux. Dans les sociétés occidentales, l’hétérosexualité, essentiellement en ce qu’elle est le support de la reproduction, organise les rôles différenciés des femmes et des hommes.

Mais ce qui est particulièrement intéressant, c’est de saisir que les normes de la sexualité façonnent les corps et les esprits et qu’en modifiant ces systèmes axiologiques, on transforme l’ensemble de l’ordre social. On le voit quand les femmes prennent la maîtrise de leur sexualité, par refus de toute sexualité ou par le rêve fictionnel d’un sexe aboli ou encore par la remise en question de l’hétérosexualité comme seule forme légitime de la sexualité ; non seulement leur place change dans la société et cela transparaît dans l’espace public de la ville, mais c’est également toutes les pratiques sociales qui se trouvent bousculées, remises en question. Cette forme de révolution profonde atteint alors l’ensemble social qui résiste.

Les remises en cause profondes des normes sociales de la sexualité secouent les milieux intellectuels, notamment ceux des études sur le genre, en ce qu’elles amènent à repenser, comme sociale, une réalité considérée comme naturelle. C’est donc le fondement du système social qui est ébranlé par la stabilité toute relative de ses fondations culturelles. Une déstabilisation peut être proposée et des changements importants peuvent suivre la remise en question de l’ordre qui s’imposait à tous, l’ordre de la nature, si cet ordre n’a qu’un fondement social.

Clairement cependant, nos sociétés ne sont pas prêtes à suivre sur cette voie les intellectuels et les résistances sociales sont considérables à toute proposition qui modifie les rapports sociaux de sexe, notamment lorsqu’il peut s’agir de l’assignation des femmes au domestique. Cependant, on notera aussi que des avancées sociales, encore marginales, mais déjà tolérées, se produisent avec la reconnaissance des discriminations homophobes, la mise en place de législation légalisant les couples non-hétérosexuels, voire la tolérance aux revendications queer.

 

 

De l’utopie à l’expérience

 

Les réformes, bien plus que les remises en cause profondes de l’ordre sexuel, tendent à se répandre dans les sociétés occidentales et bien au-delà par les processus de mondialisation. Elles sont force de proposition pour souligner les discriminations faites aux femmes dans les espaces urbains et les corriger. Elles entraînent les décideurs dans les logiques de la démocratie, de l’égalité pour tous pour un développement urbain durable. Elles permettent des conditions de vie en ville meilleures pour les femmes. Mais le revers de ces politiques de « bonnes pratiques » se trouve essentiellement dans la pérennité qu’elles impliquent des modèles socio-sexués dominants. Les femmes sont aidées pour vaincre leur faiblesse naturelle face à la violence. Les mères sont aidées dans les difficultés de leurs tâches quotidiennes pour assurer le bien-être domestique tout en participant au monde économique. Les réformes aménagent les contraintes de la vie et même si elles participent de façon importante aux prises de conscience qui peuvent changer fondamentalement les sociétés, elles ne le font qu’en se donnant, comme horizon lointain, les utopies de l’égalité.

Les voies du bouleversement social, comme celles des réformes ont en commun de proposer à l’ensemble social le projet utopiste de l’égalité entre les femmes et les hommes. Les sociétés y résistent car il est porteur de remise en cause fondamentale de l’ordre auquel nous croyons. Il ne s’agit pas seulement de corriger quelques injustices, il s’agit de repenser notre système axiologique. C’est un basculement civilisationnel. Il se peut que le siècle qui commence en soit le porteur mais les résistances et les conservatismes s’efforcent de ne le cantonner qu’au rôle de l’utopie.

 

_________________________________________________

 

(1) Collectif, Le siècle des féminismes, Paris, Éditions de l’Atelier, 2004.

(2) Idem, p.10-11.

(3) Voir Sylvette Denèfle, Utopies féministes et expérimentations urbaines, Rennes, PUR, 2008.

 

 

 

Pour citer cet article

Sylvette Denèfle, « La place des femmes dans la ville : une question politique », www.lrdb.fr, mis en ligne en janvier 2009.

articles.php?lng=fr&pg=1125


Date de création : 22/01/2009 14:00
Dernière modification : 22/01/2009 14:00
Catégorie : Sociologie
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