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Littérature - Jean-Michel DEVESA

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La_Revue, n° 3

 

Genres & générations

 

« Éros, pouvoir et castration. Une mise en théâtre stéréotypée », Jean-Michel Devésa

 

     Maître de conférences HDR, Jean-Michel Devésa enseigne la littérature à l’Université de Bordeaux. Il s’intéresse notamment aux représentations du corps et des sexualités dans l’art et la littérature contemporains. Dans cet article inédit, il s’attache à dénoncer les clichés qui travaillent les images de la figure du Maître et de la relation de domination dans la littérature sadomasochiste.

     L’approche n’est pas clinique mais littéraire, ce qui ne l’empêche pas d’être politique, parce que, inévitablement, le sexe met en jeu des relations de pouvoir et interroge le rapport à l’autre et au monde. Or la lecture de ce « sinistre théâtre de la cruauté » − et cet article constitue aussi une petite anthologie commentée de la littérature SM − cherche à révéler, sous les masques et les déguisements, des visages blessés, des corps qui souffrent et des sujets qui se ratent.

     Le contenu manifeste que donnent à lire ces écrits littéraires ou documentaires est souvent caricatural et réducteur, en ce qu’il met en scène, d’une part une soumise ravalée au rang de bête, voire de simple objet à disposition, d’autre part un maître, démiurge omnipotent, qui dominerait jusqu’au désir de l’autre. Les répliques, le décor et les costumes, les rôles sont l’indice que ce qui se « joue » est illusoire − comme le symptôme d’un manque latent : illusion de la maîtrise du Maître, illusion de l’amour soumis de la soumise, illusion de tout rapport.

     Cette ritualisation excessive et rugueuse d’une relation caractérisée avant tout par la violence et l’humiliation renvoie, à n’en pas douter, à une sexualité a-normale ; mais on peut se demander si cette contestation atteste une remise en question de la sexualité hétéro-normative et une émancipation anticonformiste ou bien plutôt si elle ne constitue pas la dernière échappatoire à une normalité marquée par l’assèchement du désir et l’impossibilité de la rencontre. S’agit-il de l’expression libre d’une sexualité audacieuse ou du prix à payer pour ne pas se diluer dans une humanité lisse et « sans qualités » ?

 

 

 

Éros, pouvoir et castration

 

Une mise en théâtre stéréotypée

 

Jean-Michel Devésa

 

 

 

 

 

 

« En règle générale, le bourreau n’emploie pas le langage d’une violence qu’il exerce au nom d’un pouvoir établi, mais celui du pouvoir, qui l’excuse apparemment, le justifie et lui donne une raison d’être élevé. Le violent est porté à se taire et s’accommode de la tricherie. […]

Ainsi l’attitude de Sade s’oppose-t-elle à celle du bourreau, dont elle est le parfait contraire. Sade en écrivant, refusant la tricherie, la prêtait à des personnages qui, réellement, n’auraient pu être que silencieux, mais il se servait d’eux pour adresser à d’autres hommes un discours paradoxal. »

Georges Bataille, L’Érotisme (1957).

 

 

 

Hier, c’est-à-dire en 1956-1958, la Justice poursuivait Jean-Jacques Pauvert pour l’édition des œuvres de Sade, laquelle est désormais disponible en format de poche et dans la prestigieuse collection de La Pléiade (1). Aujourd’hui, beaucoup d’observateurs en sont à discuter de la possibilité ou non pour une communauté « BDSM » (pour « Bondage/Domination/Sado-Masochisme ») de se constituer en France et de s’affirmer dans le champ social.

Cette évolution, aux allures de rapide libéralisation, peut faire illusion. Il convient en effet de conserver à l’esprit que l’actuelle liberté des mœurs, quoique fragile et toujours menacée, résulte tout à la fois des contestations et des aspirations portées par la révolte de la jeunesse en 1968 et de l’émergence d’une société de l’information sur les ruines réorganisées et redistribuées des « Trente Glorieuses » et de leur dispositif spectaculaire (au sens où l’entendait Guy Debord).

L’ordre moral, non plus bourgeois, mais petit-bourgeois (2), demeure de toute évidence rétif, sinon hostile, à l’expression et à l’épanouissement des minorités sexuelles, et notamment de celles dont les pratiques interrogent frontalement, en les mettant en scène, parfois jusqu’au kitsch, les enjeux de pouvoir qu’aucune sexualité ne peut évacuer (3).

Les travaux et les analyses de Maurice Blanchot (Lautréamont et Sade), de Georges Bataille (L’érotisme) et de Gilles Deleuze (Présentation de Sacher-Masoch), pour ne citer qu’eux, constituent une somme d’outils conceptuels, de réflexions théoriques et critiques, et d’observations, qui permet de comprendre ces perversions que sont le sadisme et le masochisme.

Pour ce faire, il est prudent de se départir de toute approche idéologique qui attribuerait un statut d’objectivité au rapport imaginaire que le sujet entretient avec ses conditions réelles d’existence (Louis Althusser). D’autant que l’air du temps est à l’amalgame hâtif et au semblant, et que l’emploi courant de « catégories » descriptives, comme « le BDSM », « le SM » (pour « le Sado-Masochisme ») et la relation « D/s » (pour « la relation Domination/soumission »), tendent à accréditer l’idée d’une même économie psychique, aux versants sadique et masochiste « complémentaires » (4).

Or, les pratiques sexuelles supposées fédérées et regroupées sous ses dénominations n’ont peut-être en commun qu’un certain fétichisme et un indéniable rapport à la violence et à l’humiliation. Il serait par conséquent réducteur, pour les analyser, de recourir à une hypothétique « unité sado-masochiste (5) » si elles relevaient de « régimes » et de « fonctionnements » distincts. Jeanne de Berg [Catherine Robbe-Grillet] est sans aucun doute mieux inspirée en soulignant sobrement le lien de cette sexualité avec Thanatos, la pulsion de mort (6).

C’est en vertu de cette thèse, directement inspirée de Gilles Deleuze et d’une grille d’interprétation obtenue à partir des modèles littéraires fournis par Sade (pour le sadisme) et par Sacher-Masoch (pour le masochisme) que seront scrutées, à travers la littérature et les publications de témoignage (7), et indépendamment de toute clinique (8), les représentations de la relation de domination entre adultes, afin de dégager des constantes, de « lire » vraiment le discours véhiculé en la matière, et d’établir du même coup que cette sexualité, aux multiples variantes, est généralement dépeinte à partir de stéréotypes qui occultent souvent les plaies de sujets qui, pour les panser, ou du moins pour s’en accommoder, rejouent les conflits qui les ont modelés, façonnés, pétris, et qui ont présidé à leur structuration psychique.

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(1) Cette étude doit beaucoup à Marie L. et à Nelly Arcan, deux excellentes amies. Les liens qui m’unissent à Marie L. − une sorte de gémellité intellectuelle et spirituelle − me conduisent souvent à recueillir son point de vue sur mes expériences, mes analyses et mon travail. Quant à Nelly Arcan, elle a bien voulu distraire un peu de son temps, en 2006, pour lire le manuscrit (alors inachevé) du récit de vie dans lequel je relate l’histoire d’amour qui a bouleversé mon existence. Elle m’a fait part de ses réactions en un long, brillant et éclairant commentaire. Ces remarques de la romancière québécoise et mes échanges avec l’écrivaine parisienne ont largement inspiré l’argumentation du présent article.

(2) Je songe ici à la vision et aux analyses de l’écrivain Renaud Camus fustigeant la petite-bourgeoisie en tant que classe « englobante ».

(3) Se reporter à Benno Rosenberg, Masochisme mortifère et masochisme gardien de la vie, p. 137 : « […] Freud ajoute quelques lignes plus loin qu’une certaine adjonction de ces deux aspirations [le sadisme et le masochisme] entre dans la relation sexuelle normale…”, ce qui veut dire qu’à ses yeux, il y avait une dimension sadique-masochique de toute sexualité en tant que telle, et à partir de là, dans toute pathologie. »

(4) Cette conception, qui tient du truisme, est en particulier proclamée au tout début du récit de Vanessa Duriès, Le Lien, p. 10 : « Je suis masochiste. Lui est un pur et dur sadique et ses connaissances dans le domaine de ce qu’on appelle aujourd’hui trop communément le “SM” me fascinent au plus haut point. »

(5) Se reporter à Gilles Deleuze, Présentation de Sacher-Masoch, p. 37 : « Quand on mélange sadisme et masochisme, c’est qu’on a commencé par abstraire deux entités, le sadique indépendamment de son monde, le masochiste indépendamment du sien, et l’on trouve tout simple que ces deux abstractions s’arrangent ensemble, une fois qu’on les a privées de leur Umwelt, de leur chair et de leur sang. » 

(6) Jeanne de Berg, Le petit carnet perdu, pp. 12-13 : « […] le sadomasochisme relève d’une certaine idée de l’érotisme qui joue quelquefois avec la mort et ses visages ; il s’en approche, fasciné, mais ne pénètre jamais dans son domaine. »

(7) Ne prétendant pas à l’exhaustivité, le corpus retenu pour alimenter ces éléments de réflexion, conçus comme une contribution ouverte et provisoire, − ces pratiques et cette sexualité ne peuvent être restituées en quelques formules, et la dimension forcément limitée de cette intervention y condamne −, écarte la littérature délibérément pornographique destinée aux individus « pressés », non par principe moral mais en raison des conditions de sa constitution, laquelle a voulu privilégier les lectures qui, depuis près de trente ans, ont aidé l’auteur à éclairer sa route. Le mélange des genres, à quoi répugne une démarche universitaire académique, n’est pas ici scandaleux : la relation dite « SM » n’importe à bien des égards que parce qu’elle induit un discours et qu’elle n’existe qu’à travers lui : « […] tout se recoupe fidèlement, vécu ou rêvé, tout se découvre communément partagé dans l’univers d’une même folie […]. » (Pauline Réage, Une fille amoureuse, in Retour à Roissy, p. 30).

Plusieurs ouvrages du corpus, qu’il s’agisse de textes littéraires ou documentaires, ont vraisemblablement été écrits par des hommes, et non par les « soumises » et/ou les femmes supposées les avoir rédigés. Qu’une sexualité, dont on dit qu’elle exige de ne pas tricher, ait souvent donné matière à des « supercheries littéraires » n’est pas le moindre des paradoxes. Cet aspect des choses mériterait d’être ultérieurement interrogé. Pour le moment, on s’en tiendra à penser que c’est un point de vue principalement masculin qui innerve et structure ces représentations.

Tout au long de ses pages, on reproduira, non par conviction, mais par souci de « citation », la graphie qui, au sein de « la scène BDSM » française, octroie au Maître et au Dominant une majuscule et à la soumise une minuscule. De même, pour des raisons de clarté, l’argumentation concernera prioritairement la relation hétérosexuelle Maître/soumise (c’est elle qui est le plus souvent décrite dans les livres) mais il est probable que le schéma masochiste commenté ici soit à l’œuvre au sein des couples Maîtresse/soumis et entre partenaires homosexuel(le)s : c’est en vertu de ce postulat que seront sollicités des ouvrages évoquant d’autres types de domination que celle d’un homme sur une femme.

(8) Seront par exemple ignorés l’étude de Michel de M’uzan (« Un cas de masochisme pervers », in La Sexualité perverse) et le livre de Masud Khan, Figures de la perversion.

 

 

I. La scène inaugurale : un lever de rideau fantasmatique et littéraire

 

Tout commence, ou presque, en 1954 avec la publication d’Histoire d’O (1), bientôt suivie, en 1956, par celle de L’Image (2).

Pauline Réage a conçu et rédigé son livre en adoptant le point de vue de son héroïne laquelle vit sa soumission à ses maîtres successifs (René puis Sir Stephen) comme l’expression la plus pure d’un amour absolu, mystique et extatique. L’écrivaine a eu l’occasion de préciser, dans sa préface à Retour à Roissy, et dans un entretien accordé à Régine Desforges, qu’elle avait nourri son roman de ses fantasmes (3). On gagne à rapporter sa confidence à la remarque de Jean Paulhan qui, en ouverture à Histoire d’O, célèbre « l’aveu » d’une femme ayant eu le courage et l’insolence de reconnaître les louches et troubles désirs que taisent d’ordinaire la plupart des autres :

Enfin une femme qui avoue ! Qui avoue quoi ? Ce dont les femmes se sont de tout temps défendues (mais jamais plus qu’aujourd’hui). Ce que les hommes de tout temps leur reprochaient : qu’elles ne cessent d’obéir à leur sang ; que tout est sexe en elles, et jusqu’à l’esprit. Qu’il faudrait sans cesse les nourrir, sans cesse les laver et les farder, sans cesse les battre. Qu’elles ont simplement besoin d’un bon maître, et qui se défie de sa bonté : car elles emploient à se faire aimer par d’autres tout l’entrain, la joie, le naturel qui leur vient de notre tendresse, sitôt qu’elle est déclarée. Bref, qu’il faut prendre un fouet quand on va les voir.  (4)

L’hommage appuyé de Paulhan n’est pas exempt d’une certaine misogynie affleurant notamment dans la formule selon laquelle chez la femme « tout est sexe […], jusqu’à l’esprit ». À ce compte, elle ne serait qu’un être de fuite, de rupture et de trahison, qui en se vautrant allègrement dans le mensonge et le non-dit, n’aurait d’autre alternative que de s’affirmer dans une obsessionnelle auto-contemplation, regardant l’autre, non pas pour lui-même, mais pour l’image d’elle qu’il lui renvoie, miroir complaisant de ses caprices et de sa pusillanimité. Elle serait vouée à l’oblique, au « biais », qui déchire et qui trompe. L’homme n’a pas d’autre choix que d’être son mentor, un avatar du Père, car il est le miroir et la règle, et qu’il ne peut de ce fait jamais être « hors la Loi ».

Il est donc tentant de voir dans le personnage de Sir Stephen une figure idéalisée du Père ou, selon une hypothèse voisine, d’en faire l’expression d’un très fort Idéal du Moi. Dans cette perspective, le masochisme d’O semble découler d’un sentiment prégnant de culpabilité doublé d’un impérieux besoin d’être châtiée : O exigerait un bourreau aimé aux mains desquelles elle se confierait pour expier sa faute. Son « bonheur » dépendrait par conséquent de son asservissement et de son abandon à un être « sadique » capable de lui infliger les punitions, les corrections et les humiliations sans lesquelles elle n’aurait jamais accès à la plénitude de son plaisir.

Jean[ne] de Berg a significativement dédié L’Image à Pauline Réage et Alain Robbe-Grillet, son époux, s’est amusé à accréditer l’idée d’une reconnaissance mutuelle en signant « P. R. » la préface (5). Il y pose que la femme est contemplative de « sa propre image » (6). Cette reconnaissance mutuelle suggère de sérieuses convergences sinon une identité de vues : l’intrigue du livre démontre que c’est à travers Anne, sa protégée, que Claire vit ses désirs de soumission (7). En les vivant, Anne lui renvoie ses propres attentes :

Ses traits, d’une beauté régulière et figée, comme lointaine, évoquaient quelque déesse en exil. J’ai vu que son attention était de nouveau accaparée par sa jeune compagne, son élève, sa victime, son miroir. (8)

Ce « transfert », évoqué par ce facétieux « P. R. » brocardant dans son propos liminaire la « naïveté » de l’homme dominant aveugle au fait que « l’esclave […], qui se traîne aux pieds du sacrificateur, est devenue le dieu lui-même (9) », est à l’origine de la chute « surprenante » sur laquelle se clôt le roman. Claire (« bête prise au piège (10) ») finit par se livrer au narrateur qu’elle avait, sous forme d’une hautaine provocation, préalablement associé à la soumission de son amie :

Elle [Claire] a répété : « Je vous aime », ajoutant qu’elle était mon esclave et que je pouvais la battre à mort, si cela m’amusait. (11)

Ce renversement dialectique apparaît comme la clef de la relation « D/s » : la supériorité du Maître sur la soumise n’est qu’apparente puisque pour exister celui-ci a besoin d’une soumise qui, en s’offrant à lui, lui délègue le pouvoir dont elle est la véritable et exclusive détentrice.

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(1) Réage (Pauline), Histoire d’O, Paris, Jean-Jacques Pauvert, 1954.

(2) Berg (Jean[ne] de), L’Image, Paris, Édition de Minuit, 1956.

(3) Desforges (Régine) O m’a dit, pp. 82-83 :

« O se trouve être la figure d’un amour pur qui reste pur à travers la débauche. Cet amour absolu, nous le cherchons tous, et la recherche s’est prise un instant dans les filets d’un livre écrit par hasard, voilà tout.

[…]

Pourquoi l’ai-je fait ? Disons que c’est une façon d’exprimer ce qui a été des fantasmes enfantins ou adolescents, qui ont duré de longues années, qui se sont répétés time and again, comme on dit, c’est certain. Pourquoi les décrire à un moment donné ? Parce que les choses qui sont tellement essentielles, tellement profondes, on a besoin, je suppose, de les sortir, et le hasard du moment a joué. »

(4) Jean Paulhan, « Le bonheur dans l’esclavage », Histoire d’O, p. V.

(5) Alain Robbe-Grillet s’en est expliqué dans Le Voyageur. Je remercie Aurora (dont le Blog - http://www.u-blog.net/auroraweblog - est une source permanente d’information et un remarquable lieu d’échanges) de me l’avoir signalé.

(6) P.[auline] R.[éage], « Préface », L’Image, p. 12.

(7) Voir Jean[ne] de Berg, L’Image, p. 106 : « La petite Anne lui suffisait pour contenter ses besoins d’humiliation. C’était la proie qu’elle offrait en pâture aux autres, à sa propre place. »

(8) Jean[ne] de Berg, Op. cit., p. 62.

(9) P.[auline] R.[éage], « Préface », L’Image, p. 10.

(10) Jean[ne] de Berg, Op. cit., p. 179.

(11) Ibidem, p. 182.

 

 

II. Un dispositif spéculaire

 

Les témoignages publiés depuis une vingtaine d’années accentuent, quelquefois jusqu’à la caricature, le rendu mystique de la relation « SM » et/ou « D/s » dont les protagonistes considèrent qu’elle est, tant sur le plan sexuel qu’affectif, une passion et qui, d’abord, pourrait bien, sous couvert de « fierté » et de « mérite », fournir à ceux-ci l’espace indispensable à l’épanchement de leur Moi et de leur narcissisme (1).

 

Alors que, dans Histoire d’O, la soumise est « une fille sans visage, sans âge, sans nom, sans prénom même (2) », celle-ci apparaît au fil des textes comme étant d’abord une femme blessée par la vie : son enfance a été difficile et son adolescence un drame (les narratrices du Lien (3), de Noli me Tangere (4), de Soumise (5) et de Enjeux d’amour (6), celle de Post-Scriptum (7) ; elle a reçu une éducation stricte, conventionnelle et prude (Marie (8), Thérèse (9) dans Les Patientes, la narratrice du Lien (10). Cette femme ne s’aime pas. Elle arbore une « tête de détraquée (11) », elle est « en guerre (12) » avec elle-même.

 

Dans « Le bonheur dans l’esclavage », Jean Paulhan avait donné le ton : la soumise est une femme qui consent à son asservissement. Cinquante plus tard, Patrick Le Sage soutient qu’elle est celle qui accepte d’être « bafouée par ses tortionnaires (13) ». Elle est sans voix ni droit. Sa garde-robe est réorganisée de manière symbolique et pratique pour qu’elle éprouve, au quotidien, sa condition : il lui est interdit de porter une culotte (Histoire d’O ; Journal d’un maître (14), elle ne doit revêtir que des robes ou des jupes (Histoire d’O) et des vêtements que l’on ouvre par le devant (Histoire d’O). Sa tenue, son port et son attitude (les yeux baissés (15), les jambes décroisées, les lèvres entrouvertes) les accessoires qui rehaussent sa beauté, les bijoux et les marques qu’elles portent jusque dans sa chair (les anneaux au sexe, les initiales gravées aux reins au moyen d’un fer rougi au feu) sont la conséquence de sa condition : elle ne s’appartient plus ; elle ne procède pas d’elle-même, mais de la volonté d’autrui (16). Il lui incombe de s’assumer en tant qu’objet sexuel destiné au seul plaisir de son Maître et des hommes qui abusent d’elle (17).

Chez Gala Fur, les personnages de Fanfan et de Macha (Séances), et chez Florence Dugas, celui de Chloé, la lycéenne prostituée (Post-scriptum), sont aussi des femmes massacrées par l’existence mais elles n’agissent en rien en « martyres » et en « esclaves de l’amour ». Leur souffrance ne les empêche pas de vivre. Elle ne les paralyse pas. Au contraire. Elles l’entretiennent et la cultivent parce qu’ayant en partie échappé à la castration, incapables de reconnaître la moindre loi, à l’exception de la leur, c’est-à-dire celle de leurs envies, elles y puisent le combustible inépuisable de leur revanche sur les hommes et la société. Ce ne sont pas des rebelles ni des inadaptées mais les enfants légitimes d’un monde qui en a fait des femmes carnivores, affamées, dévorantes. Elles s’avancent donc dans l’existence avec crânerie, sans souci ni remords, allant au-devant de tous ceux qui sont à leur portée. Certes, à ce jeu dangereux, certaines peuvent s’y brûler, voire en mourir : Chloé, par exemple, mais c’est alors parce que leur route a croisé des maniaques, des sadiques authentiques, qu’il était impossible de neutraliser, d’amadouer, d’apprivoiser.

À l’encontre des fictions idéalisées et des témoignages dithyrambiques, faute de distance suffisamment critique, les textes de Gala Fur, ont une réelle valeur sociologique : « la scène BDSM » française y est racontée avec justesse et réalisme, avec sa cohorte de sujets, à l’ego boursouflé, à l’âme parfois retorse, qui, travaillés par un masochisme destructeur, se réparent par-delà le bien et le mal et se reconstruisent sans cesse dans la défaite et la duperie de l’autre, a fortiori quand il s’agit d’un Maître (ou d’une Maîtresse) (18).

 

Le Maître, parce qu’il incarne le pouvoir, apparaît comme une froide abstraction. Dans Histoire d’O, Sir Stephen est décrit comme « une sorte d’athlète à cheveux gris (19) ». Il a un « regard gris et droit (20)». C’est en fonction (ou en souvenir) de ces deux caractéristiques que semblent avoir été composés les portraits des personnages dominants dans Post-Scriptum (Florence Dugas) (21), Les Patientes (Hugo Trauer) (22) et Séances (Gala Fur) (23).

Cependant, le Maître (ou la Maîtresse) n’est pas toujours physiquement à son avantage (Carnets d’une soumise de province et Le Bel Échange (24). Il compense ses disgrâces ou la banalité de sa plastique par un « magnétisme flamboyant (25) ». Il est en effet un redoutable chirurgien de l’âme (26) qui, se dérobant souvent, dans les premiers temps de leur relation, à la vue de sa partenaire, use de sa voix pour la subjuguer (27). Dans Le Bel Échange, la narratrice entre en contact avec la jeune femme désireuse de se livrer à elle, non comme une personne, mais comme un timbre détaché de toute réalité charnelle : leur premier contact est d’ailleurs téléphonique (28).

Dispensateur d’un plaisir inégalé, sûr de lui, le Maître est un psychologue hors pair. Il lit en sa soumise à livre ouvert, comme si elle était transparente. Il devine son émoi lorsqu’il se produit sans que celle-ci n’ait à le lui avouer.

Cet être, sur lequel personne n’a de prise, est un démiurge. Son omnipotence est comparable à celle de Dieu. Dans Histoire d’O, ce motif est énoncé juste après la première fustigation et mise à disposition de l’héroïne. O, après avoir entendu quelles sont ses obligations au sein de la communauté de Roissy, dispense une fellation à son amant, René, qui lui réitère son amour. Son jouir la comble : « Elle le reçut comme on reçoit un dieu… (29) » La quasi totalité des fictions et des récits ayant trait à la relation « SM » ou « D/s » se conforme à cette vision divinisée du Maître. La soumise, en s’acquittant sans broncher des épreuves auxquelles il la réduit, lui délivre d’ailleurs la « preuve » de sa singularité : alors que la loi commune veut qu’aimer un être n’interdise pas d’avoir du plaisir avec un autre, le contrat qui les lie suggère que le Dominant représente pour son esclave la totalité de son attente et de ses désirs. Voilà pourquoi le traitement qu’il lui inflige arrive à la « recréer (30) » : dans Les Patientes, Dorothée, laquelle voit l’ombre du Père dans son Maître, assimile cette mue à une « seconde naissance (31) » ; et, dans Soumise, Salomé exprime sa reconnaissance à Mastermind pour l’avoir « accouchée deux fois (32) » d’elle-même.

Toutefois l’homme de fer reste accessible aux affres de l’amour et de la passion. C’est là que réside son humanité : il conserve un cœur tendre. Le narrateur de Journal d’un maître est ainsi bouleversé lorsque Cyndie l’abandonne ; le grand fauve est alors sérieusement mis à mal (33).

Les femmes, témoins ou écrivaines, et en premier lieu les dominatrices, semblent beaucoup moins enclines au cliché de l’attachement romantique (34). Ainsi la narratrice du Bel Échange, rongée par un chagrin d’amour, − un homme, un étranger qu’elle a aimé et qui est parti, pour retourner dans son pays −, surmonte cette terrible épreuve en essayant « une autre cartographie des émotions (35) ». Plongeant d’abord elle-même dans la soumission, elle parvient de la sorte à s’alléger du poids du corps et de la vie. Dépouillée des contingences charnelles, elle peut enfin se cerner, se sentir, se reconnaître. Elle a l’impression de n’être plus qu’un esprit. C’est la leçon de cette ascèse (être l’objet d’un autre pour réussir à être vraiment (36) qu’elle veut transmettre à une jeune femme, en la « dressant ». Engagée dans cet enseignement, elle demeure néanmoins prisonnière d’une solitude radicale, existentielle (37).

Quelques voix minoritaires s’écartent de la représentation habituelle du Maître et de sa mythification.

Dans Carnets d’une soumise de province, Caroline Lamarche souligne l’ambivalence du Maître qui, en s’assumant comme bourreau et tortionnaire de sa partenaire, prend le risque de coudoyer le crime : sa posture et ses attitudes rappellent celles des « violeurs (38) » et d’« un gardien de camp (39) ». De son côté, Marie L. demeure réfractaire, dans tous ses livres, à la rhétorique convenue de la « scène BDSM » et de la littérature « SM » (qu’il s’agisse de ses « classiques » ou de ses productions plus récentes). Elle casse l’image convenue du Maître pour insister sur son parasitisme et sa faculté de nuisance : il est en effet celui qui se sustente sans vergogne de l’autre, de sa jeunesse, de sa beauté, de sa fraîcheur et de son abandon (40). De même, à la fin de ses patientes, Hugo Trauer ironise aux dépens des Dominants, « pauvres petits messieurs, pauvres petits jouisseurs », tout à leurs manies, programmes et protocoles, mais indifférents à « la raison ou [à] la déraison qui pousse les « soumises » à accepter ces jeux (41) ».

 

Dans la relation « SM » ou « D/s », le Maître veut et exige que la soumise soit littéralement entre ses mains. En apparence, il a enclenché un processus d’aliénation qui infantilise la dominée, la ravale au rang d’animal et de femelle (Claudine Galea (42), Marie L.  (43), Patrick Le Sage (44)), la réifie.

Le dialogue noué entre le Maître et la soumise participe d’une maïeutique sans concession. C’est un interrogatoire, assez proche du jeu surréaliste de la vérité, où rien n’est épargné à la dominée contrainte et forcée d’abdiquer toute pudeur, de renoncer à toute intimité, de livrer ses secrets et sa vérité (45).

Le Maître est celui qui révèle à la soumise sa « nature intime », qui parvient à tout coup à lui procurer la plus intense des jouissances et la plus exquise aussi (car il est lui-même un « esthète »). Les émotions et les désirs que la « timidité » et l’éducation avaient pu « dissimuler » soulèvent la barre du refoulement. Le Dominant désinhibe sa partenaire, lui faisant accepter qui est elle (et ce qu’elle est) et lui fait prendre conscience de ses désirs « sous la glace (46) ». Sa sexualité relève du sacerdoce et c’est en tant que « ministre » des femmes qu’il « officie (47) ».

La lettre du « contrat » par lequel le Maître et la soumise « se purgent » de leurs fantasmes (au sens de la catharsis aristotélicienne) implique la domination sans partage du premier sur la seconde. Mais leur « passage à l’acte » n’est qu’un trompe-l’œil. Le Maître en effet se leurre et dénie ses meurtrissures : en dépit de ses fanfaronnades, il n’est qu’un pantin manipulé par sa soumise.

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(1) Voir par exemple Vanessa Duriès, Le Lien, p. 30 : « […] pour prouver que je pourrais devenir un jour une parfaite esclave, enviée de tous les maîtres, sujet d’orgueil du seul que je vénérais. » ; p. 55 : « En fait, les rites du sadomasochisme reposent sur l’orgueil : l’orgueil du maître de posséder une belle et docile esclave ; mais aussi l’orgueil sans limites de l’esclave convaincue d’éveiller les désirs les moins avouables, et donc les plus rares à éprouver, chez ces êtres supérieurs et expérimentés que sont les maîtres. »

(2) Pauline Réage, « Une fille amoureuse », Retour à Roissy, p. 24.

(3) Voir la relation au père in Vanessa Duriès, Le Lien, p. 5 : « […] je n’ai jamais compris pourquoi, mon père me traitait souvent de dévergondée ou de petite salope. »

(4) Marie L., Noli me tangere, p. 94 : «  Je suis seule. J’ai 5 ans. Je viens de tomber dans la cour d’école. Ma tête est couverte de sang. J’appelle mes parents qui ne viennent pas. Je m’écroule sur l’asphalte. Une femme me secoure. Elle dit, elle va mourir. Elle parle de moi. Je suis en vie, et elle dit que je vais mourir. Toute ma vie, je serai ainsi. Entre ces deux états, seule, définitivement seule, sans personne pour me retenir. »

(5) Salomé, Soumise, p. 7 : « […] je ne lui ai rien caché de mes vices et de mon mal-être. Je lui ai expliqué mon enfance, la terrible envie de descendre au fond du gouffre, un suicide à petit feu que j’orchestrais […]. »

(6) Yo et Gaël, Enjeux d’amour, p. 112 : Yo a reçu une éducation « chez les bonnes sœurs ».

(7) Florence Dugas, Post-Scriptum, p. 77 : « […] cette enfance compliquée, abritée de lectures et de rêves, cette adolescence hautaine, bêcheuse […]. »

(8) Se reporter à Hugo Trauer, Les Patientes, Carnets secrets d’un psychanalyste, p. 80 : Marie a un « tempérament réservé » et elle a connu « le poids d’une éducation très rigide ».

(9) Hugo Trauer, Les Patientes, p. 134 : « Ma mère – je vivais seule avec ma mère, mon père était parti, et elle m’élevait dans l’horreur du péché de chair et de la fornication… »

(10) Vanessa Duriès, Le Lien, pp. 13-14 : « […] oubliant ainsi toutes les contraintes dressées par une éducation trop sévère. »

(11) Marie L., Noli me tangere, p. 87.

(12) Marie L., Op. cit., p. 52.

(13) Patrick Le Sage, Journal d’un maître, p. 75.

(14) Patrick Le Sage, Op. cit., p. 67 : « […] les femmes qui viennent ici n’ont en aucun cas le droit de porter une culotte. »

(15) Pauline Réage, Histoire d’O, p. 16 : « […] vous ne devez jamais regarder un de nous au visage. »

(16) Pauline Réage, Op. cit., p. 17 : « Il s’agit […] beaucoup moins de vous faire éprouver une douleur, crier ou répandre des larmes, que de vous faire sentir, par le moyen de cette douleur, que vous êtes contrainte, et de vous enseigner que vous êtes entièrement vouée à quelque chose qui est en dehors de vous. »

(17) Ibidem, p. 15 : « […] votre seul véritable service, qui est de vous prêter. »

(18) Se reporter notamment à l’évocation de Fanfan in Gala Fur, Séances, pp. 20-21 : « La petite Fanfan, dominante au quotidien, docile dans l’intimité. ». Et surtout à celle de la Suédoise Macha : « En quelques semaines, elle lui avait demandé les clés de sa garçonnière, des vacances à Rome et une carte bleue. Transporté par sa soumission et sa beauté, il lui accordait tout ce qu’elle réclamait. Selon notre adage, elle profitait à chaud avant que l’un d’eux se lasse. » (p. 136).

(19) Pauline Réage, Histoire d’O, p. 70.

(20) Pauline Réage, Op. cit., p. 71.

(21) Florence Dugas, Post-scriptum, p. 81 : « Ni beau ni laid, vraiment – une gueule, comme on dit. Des cheveux prématurément gris, coupés très courts. Les yeux de la même couleur – un regard direct, froid, sans complaisance. Les lèvres un peu trop florentines. »

(22) Hugo Trauer, Les Patientes, p. 94 : « Deux ou trois fois il posa sur elle son regard froid, où elle ne put lire autre chose que ce qu’elle y avait toujours lu – ironie, distance et mépris. »

(23) Gala Fur, Séances, p. 140 : « Dur, froid, snob, enfant gâté, méprisant. »

(24) Claudine Galea, Le Bel Échange, p. 27 : « La peau de mon visage tire quand j’ai trop bu, trop fumé la veille. Mes cheveux s’éclaircissent au-dessus du front. J’ai les jambes lourdes. Je ne suis pas assez musclée, la chair de mes bras ramollit. Le gras de mes cuisses tremble quand je me déplace. J’ai de l’arthrose cervicale. Ma vue baisse. Mes seins font des plis et des creux quand je suis allongée sur le dos. Penchée en avant, la peau de mon ventre pend. C’est laid, mon corps qui vieillit. »

(25) Patrick Le Sage, Journal d’un maître, p. 120.

(26) Patrick Le Sage, Op. cit., p. 59 : « […] les corps qui se déshabillent et qui se livrent à mes mains dévoilent aussi une partie de leur âme. »

(27) Ibidem, p. 103 : « Je ne suis qu’une voix, qui l’appelle respectueusement Madame. » 

(28) Claudine Galea, Le Bel Échange, p. 14.

(29) Pauline Réage, Histoire d’O, p. 20. A rapprocher aussi de ce passage,pp. 33-34 : « Il la possèderait ainsi comme un dieu possède ses créatures, dont il s’empare sous le masque d’un monstre ou d’un oiseau, de l’esprit invisible ou de l’extase. […] Le fait qu’il la donnait lui, était une preuve, et devait en être une pour elle, qu’elle lui appartenait ; on ne donne que ce qui vous appartient. Il la donnait pour la reprendre aussitôt, et la reprenait enrichie à ses yeux, comme un objet ordinaire qui aurait servi à un usage divin et se trouverait par là consacré. »

(30) Patrick Le Sage, Journal d’un maître, p. 92.

(31) Hugo Trauer, Les Patientes, p. 106.

(32) Salomé, Soumise, p. 50 : « Mastermind, Vous m’avez accouchée deux fois de moi-même et Vous m’avez baptisée. »

(33) Patrick Le Sage, Journal d’un maître, p. 124 : « […] lorsque je pris enfin pleinement conscience de cette rupture, une catastrophe de grande ampleur dévasta tout en moi, ébranla jusqu’à mes fondations internes, au point que je fus contraint de fuir Paris, fuir la France métropolitaine, même, pendant trois semaines, pour lécher et panser mes plaies ouvertes. Je rejoignis ainsi l’équipage d’une transat qui rallierait la Guadeloupe à partir des Canaries. »

(34) Ibidem, pp. 124-125 : « Face à la mer, à la fois ulcérée et perclus de tourments qui me dévoraient de l’intérieur comme une colonie d’insectes affamés, j’étais sans cesse assailli par Cyndie […]. » ; p. 128 : « […] perdu dans une immensité qui semblait m’étourdir à jamais de solitude et de douleur […] ».

(35) Claudine Galea, Le Bel Échange, p. 69.

(36) C’est la voie étroite pour « devenir le sujet de son propre désir. » (Le Bel Échange, p. 74).

(37) Se reporter à Claudine Galea, Le Bel Échange, p. 75.

(38) Caroline Lamarche, Carnets d’une soumise de province, p. 123.

(39) Caroline Lamarche, Op. cit., pp. 179-180.

(40) Marie L., Eaux-fortes, p. 41 : « Votre corps que vous pensiez réveiller au contact du mien. »

(41) Hugo Trauer, Les Patientes, p. 182.

(42) Claudine Galea, Le Bel Échange, p. 50 : « Son cri est celui d’une bête, sourd, rauque, long. »

(43) Marie L., Eaux-fortes, p. 15 : « Je suis l’animal que tu traques, objet de ta battue. »

(44) Patrick Le Sage, Journal d’un maître, p. 91 : « cette chienne à disposition ».

(45) Se reporter par exemple au Bel échange, p. 19.

(46) Patrick Le Sage, Journal d’un maître, p. 77.

(47) Se reporter notamment à Patrick Le Sage, Op. cit., p. 100 : « […] le Maître ne fait que servir leurs désirs […] ».

 

 

III. Un discours-écran

 

Si les sociétés occidentales connaissent bien une crise dont l’une des manifestations se traduit par un écart de plus en plus important entre le discours de l’amour et les réalités de la guerre des sexes, et par l’épuisement du désir (ce qu’avec constance et opiniâtreté constate Michel Houellebecq dans chacun de ses romans), la ruse, non pas de la raison, mais de la chair lie plus que jamais le Maître dans l’illusion de sa maîtrise : il prétend « éduquer » alors que c’est lui qui est enseigné par sa soumise. Exactement comme Freud qui a formalisé la théorie analytique et la découverte de l’inconscient après avoir été instruit par ses patientes hystériques, le Maître énonce un mode relationnel, avec ses règles, après en réalité l’avoir « reçu » de sa partenaire. Sa « folie » est d’imaginer que le protocole auquel il croit la plier procède de lui et qu’ainsi il arrime l’autre à son désir en l’instrumentant et en la faisant advenir à son monde.

Or, c’est lui qui, en tant que Maître, est « accouché » par la dominée.

La théorie intersubjective de l’érotisme, telle que la prône Jessica Benjamin, n’épuise pas les mobiles de la relation du Maître à la soumise, en l’interprétant comme l’expression de la volonté d’un sujet de s’affirmer sans dépendre d’une autre, doublée d’une identification au Père (1).

Les variantes que l’on peut relever dans l’exposition littéraire et documentaire de la relation « SM » et « D /S » s’expliquent davantage par le point de vue adopté à travers ses personnages et/ou les situations relatées par l’auteur considéré à l’endroit de la castration, selon que celle-ci soit admise ou non, perçue ou non, symbolisée ou non.

Dans le « discours » de la psychose, en raison de la forclusion du signifiant du Nom-du-Père, l’Autre (selon l’acception lacanienne) vise à une dépossession totale du désir du sujet. Celle-ci est la conséquence de sa « vampirisation » par son Autre qui a sur lui une mainmise absolue, le privant de toute liberté, de toute possibilité de choix, l’humiliant, le mettant en danger, le menaçant de mort, le confrontant à la mort, le tuant symboliquement et, dans certains cas tragiques, le tuant vraiment.

Les tourments et les douleurs provoqués par cette tension ont pour théâtre le psychisme du sujet, sa vie intérieure, et non une « scène » impliquant deux protagonistes, comme dans la relation « SM » et « D/s ».

Les représentations textuelles de ces pratiques présentent assez d’analogie avec la structuration psychotique pour songer que cette sexualité, telle qu’elle est relatée dans les livres qui assurent la restituer, figure, en le déplaçant, l’essentiel de ce conflit psychique : en lieu et place de l’Autre de la psychose, le Maître (non ou mal castré) veut atteindre l’autre (sa partenaire, sa soumise) en l’assujettissant à une castration pleine, entière, « parfaite », de façon que celle-ci ne soit plus que la projection de son propre désir.

Le Maître n’est pas aveugle au point de penser que l’autre, cette femme en son pouvoir, est et sera, toujours, nécessairement comblée par lui. Mais, refusant « consciemment » sa propre castration, il se lance dans une entreprise de conjuration en organisant la satisfaction de la part d’elle qui ne saurait jamais être comblée par lui (c’est le sens de l’offrande réitérée de la soumise par le Maître, de sa « prostitution », pour reprendre les termes employés par Pauline Réage dans Histoire d’O). En mettant lui-même en scène la part de fuite, d’infidélité, de versatilité et d’incertitude intrinsèque à tout individu, le Dominant se rassure en simulant l’annihilation du désir de l’autre. Or il le méconnaît puisqu’il agit, pour elle, en décidant, pour elle, ce qu’il en est ou pas de son désir. Son « despotisme » et son empire sur elle ne sont que le négatif, le spectre, de son désir fou de se voir désiré, et aimé, uniquement lui, et pas un autre. Comme son espoir est de le lui inoculer, tous ses efforts ont pour but de castrer la soumise avant que la vie et la réalité se chargent de le déniaiser, de le décevoir, de lui rappeler que la toute-puissance de la pensée n’est qu’une chimère. N’accorder à l’autre aucune parcelle d’autonomie, attendre d’elle qu’elle agisse comme si elle était persuadée de n’exister que par et à travers son vouloir à lui, équivaut à transférer sur elle la castration que le Maître n’a pas voulu ni connu, et ne veut toujours pas, pour lui. Ce pouvoir qu’il exerce sur elle, puisqu’il est le concepteur et le régisseur de la dramaturgie à laquelle elle se prête, le préserve en demeurant « non castré », dans l’ordre de l’imaginaire.

Ce qui se joue, de « séance » en « séance », et tout au long de ces « histoires sans merci », c’est l’attente névrotique du Maître de recueillir la preuve, systématiquement vérifiée, de l’amour que lui porte et accorde sa soumise, preuve qui ne peut se manifester que dans l’étouffement de son désir à elle.

La soumise quant à elle, parce qu’elle est une masochiste, n’a pas d’autre alternative, pour recruter l’individu « sadique masochique » dont elle a besoin pour actionner le dispositif relationnel dans et par lequel elle conforte son estime de soi et prend son plaisir, que de le repérer parmi ces êtres qui travestissent, dans les rapports sexuels qu’ils nouent, une fixation à la Mère signe à la fois de la déroute symbolique du Père et de la dénégation de la castration.

 

En marge du corpus retenu pour le présent article, il faut relever le cas-limite, donné comme étant « l’histoire d’une expérience », de la narratrice de F.B. et de La Punition (2). Ces deux textes brossent le portrait d’une femme qui, par amour pour une prostituée, tombe dans les rets d’un proxénète et de son réseau. Son naufrage personnel découle de la culpabilité ressentie à la mort de son père et de sa résignation à lui survivre. Faute d’avoir la force de se supprimer et d’abréger ses souffrances, elle s’engage dans une relation où, comme les héroïnes littéraires de Pauline Réage et de Jeanne de Berg, « quelqu’un s’est mis à accomplir [ses] gestes à [sa] place (3) ». Mais les hommes, sous le contrôle desquels elle se soumet, agissent eux en véritables prédateurs (4), sans aucun état d’âme ni sentiment (à l’exception de ceux qu’ils miment pour engluer davantage leur victime dans leur toile, ou qu’ils suscitent dans l’effroi parce que, malgré l’horreur, ou plutôt à cause d’elle,celle-ci « rationalise » sa détresse et les sévices qu’on lui fait subir, en distinguant le « mauvais » tortionnaire du « moins terrible », et ce, afin de ne pas être emportée par la folie qui la menace, comme l’a été Gloria, une autre jeune femme tombée aux mains de ces « maquereaux » sans scrupule). Elle n’a pas capté ni intégré ces tristes individus au sein d’un dispositif masochiste mortifère induit par son mal-être. Ils ne la battent pas en effet pour gérer leur propre économie psychique mais pour s’assurer d’elle, briser sa volonté, la « démolir ». Elle n’est littéralement que « chair », « viande », « sac à foutre », « bête à plaisir » et elle n’importe à leurs yeux que parce qu’elle n’est que cela. Le rapport d’exploitation que ces hommes entretiennent avec les femmes qu’ils font travailler, exprime de manière outrancière ce qui, vraisemblablement, fonde le désir masculin, à savoir un désir de mort. C’est en ce sinistre théâtre de la cruauté, où les coups ne sont jamais donnés ni « pour jouer » ni « pour rire », qu’elle a trouvé, pour un temps, l’espace dont elle a besoin pour conjurer et expier sa « faute ».

___________________________________

(1) Se reporter à Jessica Benjamin, Les Liens de l’amour [The Bonds of love].

(2) Xavière, F.B., (1970) ; La Punition, (1971), Paris, France Loisirs, 1980. La citation est tirée de la préface donnée par Jean-Pierre Castelnau.

(3) Xavière, La Punition, p. 103.

(4) C’est à dessein que je recours ici à ce terme, pour souligner ce que l’incipit du Journal d’un maître de Patrick Le Sage a de décalé et d’impropre : « Je suis un Maître ; un prédateur. » (p. 23). Patrick Le Sage n’est pas en effet assimilable à un tortionnaire, heureusement d’abord pour les femmes soumises qu’il domine, et aussi pour lui.

 

 

En guise de conclusion

 

Si l’on s’en tient au « discours manifeste » véhiculé par les représentations littéraires et documentaires de la relation « SM » ou « D/s », la soumise, niée dans sa personne, est appelée à faire sienne l’assiette psychologique du Maître, au point d’apparaître comme une victime, en tous les cas comme une femme aliénée : le « SM » et la « D/s » pourraient alors être analysés comme des formes exacerbées des rapports inégalitaires entre les sexes institués et reproduits par le patriarcat et le machisme hétérosexuel, puisque la femme serait privée de sa parole et réduite à l’état de « corps-parlé (1) ». Vivre « soumise aux pures suggestions du désir masculin » conduirait à une mort à soi, conduirait à une existence qui « n’est pas vivable (2) ».

Cette sexualité impliquerait donc une régression majeure car la soumise en se moulant dans le désir de l’autre, se comporterait comme une « petite fille (3) », un « enfant pressé (4) », c’est-à-dire comme un sujet d’avant la castration (5).

Cependant il n’est pas du tout certain que la soumise soit une victime « innocente » du désir de meurtre structurant le rapport masculin à l’autre (6). Elle est plutôt le symptôme du désir du Maître :

C’est ainsi que les hommes « agitent » les femmes. Ce qu’ils ne sauraient vivre […], aux femmes de le vivre. Et à ce jeu, ils sont toujours gagnants. Il n’y a pas de frontières à ce qu’une femme ainsi provoquée […] est capable. Elle ne craint pas la mort. […] Et ainsi sommes-nous lancées dans l’arène, sommées, par le surplus de jouissance de nos maîtres, de mourir.  (7)

Plus elle est docile, obéissante et endurante, et plus la soumise permet à son Maître d’« actualiser » et de « réaliser », par procuration, ses fantasmes et ses désirs : ce « masochisme “précipité” sous forme de conduites sadiques (8) », tout en le confortant dans une imago d’homme viril, l’affranchit de ses défenses et de ses inhibitions pour « évacuer », en les maquillant, ses besoins d’humiliation, de dépendance et d’appartenance ainsi que son homosexualité latente.

La relation « SM » ou « D/s » enferme le Maître et la soumise dans un dispositif spéculaire où chacun se mire dans l’image inversée que lui tend son partenaire et s’énonce dans une reconnaissance qu’il faut entendre non seulement sur le mode d’une injonction et d’une assignation (« Tu es cela ») mais comme une mise à l’épreuve du sujet lequel, en explorant ses limites et en s’efforçant de les repousser à chaque nouvelle séance, dans l’abandon et dans l’adéquation au désir de l’autre, affirme sa fragile et insensée vérité au-dessus de l’abîme sans fond du néant et de la mort (« Tuez cela ») qui le constitue.

Ce « théâtre » d’une domination et d’une soumission ritualisées, en l’occurrence jouées, voire surjouées, dans un registre toujours grandiloquent, parfois un rien grotesque, dans certains cas sordides, distribue les rôles selon une pliure qui condamne chaque protagoniste à n’exister que dans le creux et l’ombre portée de son alter ego.

Pas plus qu’une relation hétérosexuelle « classique », les individus qui se livrent à ces « jeux » ne sont pris dans un quelconque rapport : la scène qui les réunit exclut tout véritable dialogue, ne leur laissant d’autre latitude que celle de débiter un soliloque, de nature masochiste, dans lequel ils ressassent d’une part la fixation à la Mère et son idéalisation, et d’autre part l’évacuation du Père et son annihilation.

Appliquée à la sexualité humaine, la dialectique hégélienne du Maître et de l’esclave souligne la part de narcissisme inhérente au processus d’identification de soi dans sa « forme primordiale » (le stade du miroir) et le caractère nécessairement agressif de son basculement dans une confrontation à l’autre qui « l’objective » et le précipite dans l’universel, par le truchement du langage.

L’actuelle vogue du « SM » correspond quant à elle moins à un effet de mode qu’au mouvement même de la société lequel remet en cause toute « individualisation de l’expérience » et incite certains sujets, en plus grand nombre que par le passé, à s’aventurer en ce territoire de l’imaginaire où les coups portés ou reçus, les humiliations infligées ou subies, retentissent si fort au fond de leur chair et de leur psyché qu’ils en éprouvent une « tangence » au monde et à l’existence, autrement oblitérée et escamotée au quotidien, sans laquelle ils seraient des « hommes » radicalement « sans qualités ».

___________________________________

(1) Mara, Journal d’une femme soumise, p. 153.

(2) Voir Mara, Op. cit., p. 126 : « En tant que femme, c’est certain, je ne peux tendre – puisqu’il faut être morale – qu’à la douceur et à la soumission envers tous : soumises aux pures suggestions du désir masculin. Et ce n’est pas vivable. »

(3) C’est Marie L. qui emploie très souvent cette expression, notamment dans Eaux-fortes.

(4) Gala Fur use de cette formule dans Séances (p. 65) pour évoquer un soumis. Elle gagne à être confrontée à ce passage de Pauline Réage, Retour à Roissy, p. 38 : « La joie de Natalie était à la mesure de son impatience, et il y avait dans cette joie quelque chose de la naïveté et de la confiance des enfants à l’égard des promesses des grandes personnes. »

(5) A rapprocher du portrait de Florence par Hugo Trauer, Les Patientes, p. 48 : « L’impression d’être un pur produit de la féminitude, un enfant sans père… […] S’offre en holocauste à la vengeance de ce père invisible – décédé, par ailleurs. Son mari, marionnette inconsciente du rôle qu’on lui fait jouer. Le mari, reflet dévalué du Père-dieu. Si en dessous de lui. Juste le bras du bourreau. »

(6) Mara, Journal d’une femme soumise, p. 145 : « J’aborde enfin à quelques évidences : ma « dépravation » n’est pas le fait de N. J’ai aimé N. J’ai cherché frénétiquement à lui plaire et, donc, n’ai de comptes à rendre qu’à moi-même. Je suis mon seul maître, moi seul connais les limites du désir des autres sur moi. […] Les chaînes à ma taille, les cordes serrées autour de mes chevilles, vos délires, ce sont les jeux que je vous concède. »

(7) Mara, Journal d’une femme soumise, p. 176.

(8) Mara, Op. cit., p. 127.

 

 

 

Corpus

 

1. Documents, témoignages et œuvres littéraires

 

Bourgeade (Pierre) et Marie L., L’Autre face, Paris, Arléa, 2000.

Berg (Jean[ne] de), L’Image, (1956), Paris, Éditions de Minuit, 1968 ; Le petit carnet perdu, Paris, Fayard, 2007.

Desforges (Régine) O m’a dit, Paris, Jean-Jacques Pauvert, 1975.

Dugas (Florence), Post-Scriptum, Paris, Éditions Blanche, 1999.

Duries (Vanessa), Le Lien, Paris, Spengler, 1993 ; L’Étudiante, suivi de Le Lien, Préfaces de Franck Spengler et de Florence Dugas, Paris, Éditions Blanche, 2007.

Fur (Gala), Séances, Paris, La Musardine, 2002.

Galea (Claudine), Le Bel Échange, Rodez, Éditions du Rouergue, 2005.

Lamarche (Caroline), Carnets d’une soumise de province, Paris, Gallimard, 2004.

Le Sage (Patrick), Journal d’un maître, Paris, Flammarion, 2005.

Mara, Journal d’une femme soumise, postface de Michèle Causse, Paris, Flammarion, 1979.

Marie L., Confessée, (1996), Paris, La Musardine, 2000 ; Noli me tangere, Paris, La Musardine, 2001 ; Eaux-fortes, Paris, Pauvert, 2002.

Prunier François, Martin roi, (2003), Paris, Le Livre de poche, 2005.

Réage (Pauline), Histoire d’O, (1954), Paris, Au Cercle du Livre Précieux, 1963 ; Retour à Roissy, précédé de « Une fille amoureuse » [Préface], Paris, Jean-Jacques Pauvert, 1969.

Salomé, Soumise, Paris, Éditions Blanche, 2002.

Trauer Hugo, Les Patientes, Carnets secrets d’un psychanalyste, Paris, Éditions Blanche, 2004.

Xavière, F.B., (1970), suivi de La Punition, (1971), Paris, France Loisirs, 1980.

Yo et Gaël, Enjeux d’amour, Paris, Éditions Blanche, 2004.

 

 

2. Essais, analyses et commentaires littéraires

 

Bataille (Georges), L’Érotisme, (1957), Coll. « Arguments », Paris, Éditions de Minuit, 1970.

Benjamin (Jessica), Les Liens de l’amour [The Bonds of love, 1988], Paris, Éditions Métailié, 1992.

Blanchot (Maurice), Lautréamont et Sade, (1949), réédition avec le texte intégral, dans la version d’origine, des Chants de Maldoror, et augmentée d’une préface, Paris, Éditions de Minuit, 1963.

Bourgeade (Pierre), « Préface » à Séances de Gala Fur, Paris, La Musardine, 2002.

David (Angie), Dominique Aury, Paris, Éditions Léo Scheer, 2006.

Deleuze (Gilles), Présentation de Sacher-Masoch, avec le texte intégral de La Vénus à la fourrure, Paris, Éditions de Minuit, 1967.

Khan (Masud), Figures de la perversion, Paris, Gallimard, 1980.

Lacan (Jacques), Écrits I, (1966), Coll. « Essais », n° 5, Paris, Le Seuil, 1999 [en particulier « Le Stade du miroir comme formulation de la fonction du Je », pp. 92-99 et « L’Agressivité en psychanalyse », pp. 100-123.]

M’uzan (Michel de), « Un cas de masochisme pervers », in La Sexualité perverse, Paris, Payot, 1972.

Robbe-Grillet (Alain), Le Voyageur, Textes, causeries et entretiens (1947-2001), Paris, Éditions Christian Bourgois, 2001.

Rosenberg (Benno), Masochisme mortifère et masochisme gardien de la vie, Coll. «  Monographies de la Revue française de psychanalyse », Paris, P.U.F., 1991.

 

 

 

Pour citer cet article

Jean-Michel Devésa, « Éros, pouvoir et castration. Une mise en théâtre stéréotypée », La_Revue, n° 3, www.lrdb.fr, mis en ligne en mars 2009.


Date de création : 23/03/2009 07:05
Dernière modification : 23/03/2009 07:39
Catégorie : Littérature
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