« Les cigales crient / Même / Quand elles baisent »,   Issa

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6. Retraite vieillesse - Conférence

Les Rencontres de Bellepierre

2008-2009

« Genres & générations »

___________________________________

 

Mercredi 6 mai 2009, 18h00

 

« Retraite et vieillissement :  la justice intergénérationnelle.

D’où les vieux (se) sont-ils retirés ? Comment sont-ils (re)traités ? »

 

 Matet1 [320x200].jpg Ducroux [320x200].jpg Moutou1 [320x200].jpg

 Alexandre Matet

 Éric Ducroux

Gérard Moutou 

 

Est-ce pour compenser ou excuser une réalité plutôt sévère à l’égard des vieux que l’on use d’euphémismes élégants et émouvants, parlant plutôt de seniors, d’ainés ou de papys boomers ? Et que penser de ce mot de retraite, ne suggère-t-il pas l’idée de fuite, d’abandon du « monde (?) du travail » pour le refuge couteux dans le confort de l’oisiveté ? doit-on y voir un rapport avec les processus de retraitement des produits usés ?

Qu’est-ce qu’un retraité ? que devient-on en prenant sa retraite ? Le vieillissement est-il une faute de goût ?

Pour nous éclairer sur ces questions de la retraite, du vieillissement et de leur inscription dans le tissu intergénérationnel, trois intervenants.

 

 

Alexandre Matet, étudiant CPGE, 1e année.

« Petite philosophie de la retraite et du retrait ».

Le travail, hier une douleur voire une punition, est une valeur aujourd’hui. À l’inverse, la retraite est perçue négativement : comme les militaires fuient honteusement le champ de bataille, les retraités renonceraient à l’activité et quitteraient le « monde » du travail, ayant droit à un sursis couteux en attendant la mort. La cause du malaise vient sans doute de la radicalité des oppositions, adultes/vieux, actifs/retraités. Quelles solutions peut-on envisager ?

Voir Alexandre en VIDEO (filmé par Marie Sida) 

 

Gérard Moutou, psychiatre, responsable du pôle psychiatrique Est de La Réunion, co-fondateur du diplôme de gérontopsychiatrie (Montpellier)

« Le vieillissement : approche biopsychosociale »

Notre objectif est de sensibiliser le grand public sur l'impact biopsychosocial au cours du vieillissement. Il s'agit de cerner la problématique du vieillissement démographique et des répercussions de l'isolement du sujet âgé au sein de la société, les interactions avec l'environnement familial et les charges émotionnelles dans l'interface patient-famille, les difficultés rencontrées au sein de l'équipe soignante.

Il convient de mettre en place une stratégie qui implique une alliance thérapeutique des professions pluridisciplinaires, un travail en réseau et la mise en place d'une éthique clinique en se souvenant de la partie humaniste de toute relation soignant-soigné.

 

Éric Ducroux, professeur agrégé d’économie et de gestion

« La retraite et l’intergénérationnel : approche économico-politique »

Diagnostic et traitement semblent évidents. La part des plus de 60 ans augmente et l’espérance de vie s’accroît ; il nous faudra donc travailler plus longtemps afin que le coût de nos retraites ne soit pas insupportable pour nos enfants.

Il s’agira de « défaire » ces évidences et nécessités économiques qui cachent des choix idéologiques et montrer que d'autres options, politiques elles aussi, sont possibles et économiquement réalisables.

L’équation semble évidente : dans nos sociétésMais si nous regardons derrière cette « évidence », nous percevons uneréalité tout autre.

Les travaux du COR (conseil d’orientation des retraites) montrent que l’allongement de la durée de cotisation ne s’est pas traduit par un allongement de la durée d’activité significatif… La réalité c’est que les réformes de 1993 et 2003 ont eu pour principal effet de diminuer le niveau des pensions ; ainsi vivre plus longtemps serait synonyme de vivre pauvrement… Quel message pour les générations futures ? Que les retraites futures seront insuffisantes pour vivre décemment et, logiquement les inciter à se retourner vers des solutions individuelles (assurances vie, immobilier…) d’épargne et de prévoyance… Un sondage paru dans « Le Parisien » en novembre 2007 montreque la confiance dans le système de répartition recule par rapport à la capitalisation notamment chez les jeunes (49% en faveur de la capitalisation contre 48% en faveur de la répartition pour les18-24 ans) Pourquoi ce catastrophisme sur l’avenir des systèmes de retraite par répartition ?Quel sens donner àce discours Alors que la richesse s’accroît( sauf en 2009 !), que la productivité augmente, comment ne pas admettre que le coût grandissant des pensions de retraite puisse être pris en charge solidairement par la collectivité ?

Il s’agit donc d’un choix et celui-ci n’est pas a priori contraint par d’irréfragables lois économiques, c’est un choix politique.

 

 

 

Courte bibliographie récente

 

Régine Detambel, Le Syndrome de Diogène. Éloge des vieillesses, Actes Sud, 2007, 328 pages, 23 €.

Serge Guérin, La Société des seniors, Éditions Michalon, 2009, 240 pages, 17 € et Vive les vieux ! Boomers bohèmes, seniors, retraités, personnes âgées..., Éditions Michalon, 2008, 154 pages, 15 €

Christian Heslon, Accompagner le grand âge. Psycho-gérontologie pratique, Dunod, 2008, 244 pages, 25,70 €

Jérôme Pellissier, La Guerre des âges Armand Colin, 2007, 237 pages, 18,5 €

On pourra lire de lui, sur www.lrdb.fr, « La guerre des âges aura-t-elle lieu ? »

Daniel Rallet, Retraites : la solidarité a de l’avenir, Éditions Syllepse, 2008, 110 pages, 6 €

 

Sitologie

L’Observatoire des Retraites

Conseil d’orientation des retraites

Observatoire de l’âgisme, Jérôme Pellissier en est le secrétaire

Senioractu.com

 

 

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« Petite philosophie de la retraite et du retrait ».

 

Texte qui a servi de support à la communication d’Alexandre Matet lors de la séance du mercredi 6 mai 2009, « Retraite et vieillissement : justice intergénérationnelle », dans le cadre des 3e Rencontres de Bellepierre.

Alexandre Matet est en prépa HEC, voie technologique, 1e année.

 

 

Kant disait « Le travail est l'activité vitale propre au travailleur, l'expression personnelle de sa vie ». Alors que devenons nous après le travail ? On remarque un fait inquiétant : le taux de suicide très élevé chez les vieux (retraités), pourquoi ? Est-ce le sentiment de ne plus servir ? Que penser del a retraite (= se (faire) retirer de quelque chose) ?D’où se retire-t-on ? Du « monde » du travail ?, est-ce alors un monde épanouissant ?

 

1- Une brève analyse du travail

- D’abord un sens péjoratif : - Étymologiquement : vient du latin tripalium = instrument de torture. Dans la tradition biblique, le travail est une punition, « Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front ». Donc les hommes devraient souffrir pour atteindre et mériter.

- Maintenant le travial est pensé positivement ; il est omniprésent, central dans le quotidien. On parle de « monde du travail», de « vrai vie ».

 

2- Le mot et l’idée de retraite

- Retraite a plusieurs sens. En termes militaires, la retraite consiste à se retirer d’un champ de bataille, c’est donc un sens négatif, cela contient l’idée de renoncement, d’abandon. On retrouve l’idée de sortir de quelque part ; l’idée même d’exclusion. Être exclu des actifs c’est devenir un « passif ».

- Les vieux sont accusés de tous les maux de la société. Ne plus produire / peu consommer / couter cher en soin et en retraite. C’est ce qu’on appelle l’âgisme, qui regroupe toutes les formes de discrimination, de ségrégation, de mépris fondés sur l’âge.

- Conclusion : dans le langage courant retraite = refuge, mis à l’écart, sursis en attendant la mort. Dans les faits n’est-ce pas aussi souvent un « mauvais passage avant la fin »

 

3- Propositions

- Réconcilier jeunes/vieux. Rétablir le lien intergénérationnel ou éviter de le rompre davantage, pour effacer le sentiment d’exclusion ressenti par les personnes âgées. Les NTIC creusent le fossé et opposent mais les vieux n’ont-ils vraiment plus rien à nous apprendre ? Faire attention à l’âgisme et éviter une guerre des âges

- Domine aujourd’hui l’idée de fossé, de frontières, de limites entre travail et retraite alors qu’il faudrait plus parler de passage, de transition. Vision d’un jeune : aujourd’hui il y a le travail et la retraite alors qu’il devrait y avoir le travail pour la retraite. La retraite doit être la suite logique et naturelle du travail et non la conséquence dramatique (= rejet de la société).

 

Même si l’on accuse les personnes âgées de la plupart des problèmes présents dans la société, il ne faut pas les voir pour autant comme des poids, car, et c’est peut être la solution, ils ont beaucoup à nous apprendre,et leur accorder un peu d’attention (surtout de la part des jeunes) permettrait pour les jeunes d’acquérir de l’expérience et pour les vieux d’effacer ou d’oublier ce sentiment de rejet dû à la retraite. Parce que c’est tout ce que sont les vieux, des jeunes expérimentés. « Faire une croix » sur eux, c’est faire une croix sur notre passé, et sans passé, pas d’avenir.

 

Merci

 

 

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« Le vieillissement : approche biopsychosociale »

 

Texte qui a servi de support à la communication du docteur Gérard Moutou lors de la séance du mercredi 6 mai 2009, « Retraite et vieillissement : justice intergénérationnelle », dans le cadre des 3e Rencontres de Bellepierre.

 

Introduction

1. La personne âgée et l’environnement social

a) Vieillissement démographique et société

b) L’isolement social

2. L’environnement familial

a) La dynamique relationnelle

b) Les charges émotionnelles dans l’interface patient-famille

c) La régression et la dépendance affective

d) L’ambivalence dans la relation patient-famille-soignant

e) Le vécu des situations stressantes

f) Les aménagements du système relationnelle intrafamilial

3. L’environnement constitué par l’équipe soignante

4. La mise en place d’une éthique clinique

Conclusions

 

 

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« Retraite et génération »

 

Texte qui a servi de support à la communication d’Éric Ducroux lors de la séance du mercredi 6 mai 2009, « Retraite et vieillissement : justice intergénérationnelle », dans le cadre des 3e Rencontres de Bellepierre.

 

 

L’équation semble évidente : dans nos sociétésla part des plus de 60 ans augmente, nous vivons plus longtemps, notre espérance de vie s’accroît comme retraité ; il nous faudrait donc travailler plus longtemps pour que le coût de nos retraites ne soit pas insupportable pour nos enfants. Mais si nous regardons derrière cette « évidence », nous percevons uneréalité tout autre. Les travaux du COR (conseil d’orientation des retraites) montrent que l’allongement de la durée de cotisation ne s’est pas traduit par un allongement de la durée d’activité significatif… Pourquoi allonger la durée de cotisation puisque les salariés quittent dès qu’ils le peuvent leur emploi (conditions de travail, usure) ou ne sont pas employés par les entreprises (54% des 54/65 ans sont en emploi). Seuls 40% de ceux qui décident de prendre leur retraite à 60 ans sont en emploi !

La réalité c’est que les réformes de 1993 et 2003 dont l’axe principal a été d’allonger la durée de cotisation, ont eu pour principal effet de diminuer le niveau des pensions ; ainsi vivre plus longtemps serait synonyme de vivre appauvri…

Quel message pour les générations futures ?

Que les retraites futures seront insuffisantes pour vivre décemment et, logiquement les inciter à se retourner vers des solutions individuelles (assurances vie, immobilier…) d’épargne et de prévoyance… Un sondage paru dans Le Parisien en novembre 2007 montre que la confiance dans le système de répartition recule par rapport à la capitalisation notamment chez les jeunes (49% en faveur de la capitalisation contre 48% en faveur de la répartition pour les18-24 ans)

Pourquoi ce catastrophisme sur l’avenir des systèmes de retraite par répartition ? Quel sens donner àce discours ?

Alors que la richesse s’accroît (sauf en 2009 !), que la productivité augmente, comment ne pas admettre que le coût grandissant des pensions de retraite puisse être pris en charge solidairement par la collectivité ? Il s’agit donc d’un choix et celui-ci n’est pas à priori contraint par d’irréfragables lois économiques, c’est un choix politique.

 

La retraite je la conçois comme une partie de la vie qui se distingue d'autres par le fait que l'activité salariée n'est au plus au centre du temps à vivre. C’est l’arrêt d’une activité professionnelle. Spontanément cette définition nous fait penser à plusieurs parties de la vie et non uniquement à la dernière. Dès lors pourquoi tant d'interrogations spécifiquement liées a une période de fin de vie ? La première partie de la vie pose le même type de problème : celui de la prise en charge, et pour partie financière, d'une population qui n'est pas en âge de travailler et pourtant celui-ci ne semble soulever que peu de débat. Peut-être parce que comme l’indique le rapport Charpin (commissaire au plan, 1999) la frange des moins de 20 vingt ans diminuera de 1 million quand le nombre des plus de 60 ans augmentera de 10 millions en France, progressant de 20% en 1995 à 33% à l’horizon 2040.

Depuis l’INSEE a révisé ces prévisions et prévoit 70 millions d’habitants en France en 2050 contre 64 millions dans les prévisions précédentes.

Mais plus que la population globale, pour le financement des retraites il est important de prendre en considération la population active qui, toujours d’après l’INSEE, augmenterait jusqu’en 2015 puis resterait stable par la suite (environ 28.4 millions en 2040) alors qu’elle reculait nettement auparavant (-2 200 000)

Cependant le rapport des plus de 60 ans aux personnes actives (20-59) passerait à 70%, alors que dans le même temps l’espérance de vie s’accroît… Ainsi le poids du système des retraites français augmenterait de 12,1% du PIB à 14.9% vers 2040

 

La question qui se pose est ainsi toute bête : la société acceptera-t-elle à ce moment ce prélèvement sur la richesse pour permettre à ceux qui ont contribué à son enrichissement de continuer à vivre décemment sans avoir d’activité salarié ?

La retraite n'est pas un problème dans l'avenir mais une situation actuelle, toujours elle se traitera dans le présent. Si aujourd’hui le législateur décide de taxer l’attribution de stock-option c’est pour réduire le déficit actuel de la CNAV et ainsi d’éviter à d’autres l’obligation de combler ce déficit. Ce sont les actifs d'aujourd'hui qui financent les inactifs d'aujourd'hui. Il appartient donc à ceux qui sont concernés aujourd'hui de décider du système definancement.

La question qui se pose est ainsi celle du mode de financement : solidarité ou contributivité individuelle.

Il s’agit donc d’un problème de financement mais aussi d’un problème de société au sens où c’est un choix à effectuer entre une solution basée sur la solidarité oul’épargne individuelle qui fonde les valeurs de la société : individualisme ou mutualisation

 

 

1/ Une arithmétique trop simple

 

Entre 1998 et 2040, selon le rapport Charpin (1999) la frange des moins de 20 ans et la population active diminueront de 1 million chacune quand le nombre des plus de 60 ans augmentera de 10 millions, le rapport des retraités aux personnes actives passant de 4 à 7 pour 10, alors que dans le même temps les dépenses du système de retraite français tripleraient d’ici 2040. (cf. tableau)

La conclusion est évidente il faut déplacer l’âge de fin d’activité pour maintenir le rapport actuel de 4pour 10 ; la durée de vie active se déplaçant progressivement vers 42 ou 42,5 années, au rythme d’un trimestre par an correspondant à l’allongement des espérances de vie en France depuis un quart de siècle

René Passet compare l’effort nécessaire à la période d’après seconde guerre mondiale où la prévision d’évolution de la population pour le demi-siècle à venir était de plus 17 millions de personnes (41 à 58). Dans le même temps, la population agricole active s’effondrera passant de 7,5 millions à 1,2 millions interrogeant ainsi sur la capacité des agriculteurs à nourrir cette augmentation de la population. L’évidence arithmétique est là : le pays se trouvera au bord de la catastrophe alimentaire d’où l’encouragement massif du retour à la terre : « Maréchal nous voila ! »

L’idée simpliste que demain l’évolution du rapport actifs/inactifs ne permettra plus de dégager suffisamment de cotisations, au prétexte qu’il passera de 7 pour 10 à la place de 4 pour 10, oublie de prendre en compte l’augmentation de la productivité

 

Si l’on se réfère au taux d’augmentation de la productivité du travail, présent dans le rapport Charpin (1999), de 1.7% l’an la capacité de production doublera d’ici 2050; ainsice que produiront les 3 actifs de 2050 correspondra à ce que produisent 6 actifs d’aujourd’hui ! Évidemment l’augmentation de la richesse collective ne se traduit pas totalement en salaires mais une indexation de ces derniers sur la productivité permettra une augmentation régulière au même rythme et par conséquent l’élévation du niveaudes cotisations. D’autre part si le capital se substitue au travail ne lui revient-il pas de financer du moins en partie les pensions de retraite ? Serait-il idiot de faire cotiser les robots, les ordinateurs ?

Le progrès technique a permis d’augmenter la production de richesses, rend moins pertinent le rapport retraités/ actifs car il substitue du capital au travail et amène les entreprises à se séparer de leurs salariés notamment les plus âgés (cf. au-dessus)

D’autre part les nouvelles projections de l’INSEE offre un cadre plus favorableà l’équilibre des régimes de retraite : fécondité plus importante (1.9 enfant contre 1.8 dans les projections précédentes) ; un solde migratoire doublé (+100 000 à la place de 50 000) ; la mortalité baisserait moins, conduisant en 2050une espérance de vie à la naissance inférieure aux prévisions (2 ans pour les femmes et 0.5 an pour les hommes). Ainsi le rapport démographique ne serait plus de 110 cotisants pour 100 retraités mais de 125pour 100 en 2050. Le besoin de financement sur le long terme est réduit de moitié ! Nous voyons que le catastrophisme entretenu sur l’équilibre des systèmes de retraite n’est pas fondé…Et nous pouvons nous interroger sur les raisons qui poussent le COR à maintenir ses propositions d’allongement de la durée de cotisations

 

Besoin de financement du système de retraite

En % du PIB

2006

2015

2020

2030

2040

2050

Masse des cotisations

12.9

13

13

13

13

13

Dépenses de retraite

13.1

13.7

14.1

14.7

14.9

14.8

Besoin de financement (2007)

-0.2

-0.7

-1

-1.7

-1.9

-1.7

Besoin de financement (2005)

 

 

0.8

 

 

-3.1

Source : COR 2007

Les prévisions sont à prendre avec prudence car elles comportent beaucoup de paramètres dont l’évolution est difficile à maîtriser : taux de chômage, taux d’activité des femmes…

 

 

2/ Le comportement des citoyens de plus de 55 ans

 

Aujourd’hui les travaux du COR montrent que les réformes de 1993 et 2003 n’ont modifié qu’à la marge le comportement des « seniors »( 55-64 ans) : La moyenne d’âge des départs n’a que peu évolué, les salariés fatigués par leurs années de travail ne souhaitent qu’une chose : partir le plus tôt possible à la retraite, en témoignentle succès des départs anticipés (avant 60 ans) pour carrière longue ( 400 000 départs à la place des 200 000 projetés). C’est particulièrement net dans le privé qui subit la montée en puissance de la réforme depuis 1993. (cf. tableau).

Dans le public, la réforme récente ne donne pas suffisamment de recul maisnous constatons par exemple chez les enseignants, dans le second degré, l’aspiration à partir le plus tôt possible ou à réduire son activité : pour 2004 à peine un tiers travaille à temps complet, 22% en cessation progressive d’activité, 21% en congé de fin d’activité et 23% ont bénéficié d’un départ anticipé (père ou mère de trois enfants)

Mais ce choix, de continuer à travailler ou pas, n’en est pas forcément un : les entreprises se séparant dès qu’elles le peuvent de leurs salariés les plus âgés. En 2006, 54% des actifs âgés de 55 à 59 ans occupaient un emploi dont une forte proportion à temps partiel et à 60 ans il n’y en a plus que 40% les autres se trouvent au chômage, en invalidité, en préretraite. Dans ces conditions le report de l’âge de la retraite n’augmente pas le taux d’emploi mais réduit les futures pensions.

Le COR reconnaît dans son dernier rapport, que cela ne devrait pas changer dans les années à venir et que le recul de l’âge moyen de départ à la retraite dû à la réforme ne serait que de 0,2 an dans le privé et d’environ un an pour les fonctionnaires. A l’horizon 2020, il y aura toujours que 45% des personnes liquidant leurs droits à être en emploi. Le recul de l’âge de départ à la retraite est non seulement inefficace mais aussi socialement injuste car les pensions sont rognées

 

 

3/ La variable d’ajustement devientle niveau des pensions

 

Les réformes de 1993 et 2003 auront pour conséquence, dès la liquidation de la pension, des niveaux de vie pour les retraités plus faibles que si les réformes n’avaient pas eu lieu. Mais surtout cet écart augmente au fur et à mesure de la retraite. Les changements de mode d’indexation des pensions expliquent 70 % de la perte de niveau de vie après quinze années de retraite par rapport à un scénario sans application des réformes.

D’après la CNAV retraite et société n°56

Évolution du ratio « pension nette moyenne / revenu d’activité moyen net »

Années

2006

2015

2020

2030

2040

2050

Hausse de cotisations en points de PIB

 

0.7

1.0

1.6

1.8

1.7

Évolution du revenu d’activité net moyen

100

114

124

145

173

208

Évolution de la pension nette moyenne

100

109

113

123

139

160

Ratio

100%

96%

91%

85%

81%

77%

Base 100 en 2006 ; source COR novembre 2007

Dans ce tableau, on suppose que les besoins de financement sont couverts par les hausses de cotisations ; on remarque une diminution du revenu relatif des pensionnés. Pour l’OCDE (2007) les prestations futures diminueront de 15 à 25 %en Allemagne, France, Italie, Suède. Pour la CGT le taux de remplacement passerait de 60% aujourd’hui à 38% en 2050

Le COR quant à lui présente le cas type d’un fonctionnaire âgé de 60 ans en 2020 et qui a commencé sa carrière à 22,5 ans. Il doit prolonger son activité quatre années après soixante ans pour retrouver le même niveau de taux de remplacement net (75%) qu’avant la réforme ; celui qui débute à 26 ans (âge moyen pour les enseignants) est forcément perdant à 65 ans. Ainsi quelque soit les organismes tous concluent à une baisse des pensions.

 

 

4/ Quelle équité vis-à-vis des jeunes générations

 

La prolongation des années d’étudeest ignoré : dans les générations qui parte actuellement 16% ont des diplômes de l’enseignement supérieur quand celles qui partiront en retraite de 2015 à 2040 ce sera environ 30%. S’inspirant du principe de neutralité actuarielle (cotisation=prestation), la réforme de 2003 a fixé le coût des rachats d’années d’étude à un coût prohibitif. L’allongement de la scolarité, en retardant l’entrée sur le marché du travail, rend quasi impossible l’obtention d’une retraite à taux plein. Les jeunes générations sont la cibledes assureurs mais dans le système d’assurance privé le souscripteur est le seulcotisant, l’employeurne mettant aucun euro dans le dispositif. Alors pourquoi, continuer à ne prendre en considération l’allongement de la durée de cotisation comme seul paramètre d’ajustement alors qu’il répondà la question de l’équilibre des systèmes de retraite que par l’appauvrissement des futurs retraités ?

Éviter que le capital ne contribue « trop » au financement d’inactifs (inutiles ?), d’improductifs. Dépenses sans intérêt du point de vue du capitalpuisque le travail, pourrait, par une épargne sur le marché financier (source de nouvelles plus-values), dégager (peut-être) des revenus futurs. Ainsi se renforce l’idée d’un nécessaire d’esprit de prévoyance, pour permettre une continuité de revenus lorsque l’activité salariée s’arrêtera.

 

 

5/ les solutionsen germe, programmée pour un avenir proche

 

La réorganisation des retraites repose sur la reconnaissance d’une distinction entre ce qui relèverait du contributif et donc de l’assurance et ce qui relèverait du « non contributif » donc de la solidarité. La loidu 22 juillet 1993, pose les bases de la distinction entre ce qui donne lieu à cotisation et ce qui relève de la solidarité nationale (le minimum vieillesse). Ce cadre ouvre les portes à un système contributif, c-a-d, où chacun cotise pour se construire une pension de retraite. Nous voyons évidemment poindre, ici, un régime de retraite par capitalisation.

Mais, aujourd'hui, un système de capitalisation trouve peu de défenseurs tant est faite la preuve du risque qu'il comporte puisqu' adossé au marché financier, il peut ruiner les épargnants, leur garantissant aucun revenu futur mais probablement un emploi de » fin de vie »! (échec du système britannique, deux millions de retraités « vivent » en dessous du seuil de pauvreté). Mais les tenants de ce système contributif (récent rapport de Piketti) essaient de trouver une parade en proposant un système d'épargne individuelle imposé et garanti par l'ÉTAT (cf. modèle suédois et Italien) avec intégration d'une donnée nouvelle : celle de l'espérance de vie.

Les cotisations annuelles de l’assuré sont créditées chaque année sur son compte notionnel (c’est fictif, puisque les cotisations servent toujours à financer les pensions actuelles). Le momentde la retraite venu, le montant annuel de sa pension est calculé en divisant le montant actualisé de son compte notionnel par un coefficient de conversion établi à partir de l’espérance de vie de la cohorte, à l’âge du départ en retraite. Ainsi les cotisations retraites doivent être perçues par les citoyens comme une épargne obligatoire dont le rendement est garanti par l’État. Voilà bien une évolution de ce que nous pouvons penser devoir être un système de retraite : « En termes d’équité, le bon indicateur à prendre en compte est non pas le taux de remplacement mais le taux de rendement appliqué aux cotisations, qui dans le système proposé est le même pour tous » Piketti.

C’est bien essayer de légitimer l’idée selon laquelle la pension est de la prévoyance : on épargnera en vue de son avenir et une épargne en capitalisation pourra sans que cela puisse paraître contradictoire, « compléter » cette épargne publique obligatoire parrépartition.

Le COR aura son colloque annuel le jeudi 3 décembre 2009, et remettra en janvier 2010 le rapport sur les modalités techniques du passage éventuel à un système de retraite par points ou en comptes notionnels qui lui a été commandé à travers un article de la Loi de financement de la Sécurité sociale pour 2009.

Il s’agit bien ici de renforcer l’idée de contributivité individuelle nécessaire pour espérer obtenir une pension décente

 

 

6/ Les solutions solidaires

 

Selon l’idéologie contributive, les pensions de retraite doivent être appréhendées comme un revenu différé. Cette logique signifie que chacun récupère ce qu’il a préalablement mis de coté mais, il s’agit d’un mythe. D’un point de vue économique, nos cotisations d’aujourd’hui ne déterminent en rien nos pensions de demain. Les pensions issues de la socialisation des salaires qui opèrent depuis plus de 50 ans avec la sécurité sociale en France sont un prolongement du salaire soit par la qualification dans le secteur privé ou le grade (fonctionnaire). Cela correspond aussi à une contribution mais pas au sens où l’entendent les réformateurs d’aujourd’hui. Obtenir des droits par l’activité ne suppose aucun besoin préalable d’épargne ou de contribution pécuniaire, d’ailleurs les droits à pension vont bien au-delàdes strictes cotisations de l’assuré comme en témoignent les bonifications, les pensions de réversion, la prise en compte partielle de la carrière pour le calcul de la pension, reconstitution de carrière…

Le droit au salaire exprimé par la pension n’a pas à supposer que nous ayons cotisé hier.

Les cotisations sociales assises sur le salaire assurent des prestations sans aucune contrepartie en travail subordonné : prestations d’assurance maladie, allocations familiales… Or, aujourd’hui les réformes sont élaborées pour donner l’illusion d’une contributivité individuelle au sens d’un échange équivalent entre cotisation etprestation. Cette neutralité actuarielle va conduire à tenir compte des inégalités en termes d’espérance de vie à la retraite dans le calcul des prestations.

Est-ce le rôle d’un système de retraite ?

Dans la logique d’une poursuite de salaire, c’est en amont qu’il faut agir pour améliorer les conditions de travail et de santé, pour faire en sorte de réduire ces inégalités d’espérance de vie. Avec un système basé sur le salaire socialisé, la neutralité actuarielle consiste à équilibrer prestations et contribution à l’échelle de la société. Les forces productives se sont déplacées vers l’immatériel, la relation, l’organisation autant de facteurs collectifs mettant en jeu l’ensemble de la société. Le savoir est un bien commun accumulé par les générations : l’efficacité des systèmes éducatifs, de communication de transports et de santé deviennent des facteurs décisifs de la productivité ; et nous pouvons aussi penser que l’activité non salariée des pensionnés d’aujourd’hui, qui participe à la création de richesse d’aujourd’hui, est valorisée dans leur pension d’où la nécessité de reconnaître la retraite comme une poursuite de salaire. Ainsi la capacité de financer tout prélèvement repose surla richesse crée collectivement. Or selon les projections, celui-ci devrait augmenter de 9600 milliards entre 1998 et 2040, ce qui représente plus de 5 fois l’augmentation de la charge des retraites, estimée à 1837 milliards.

Alors ?

 

 

Conclusion

L’accroissement de la part de la population âgée suppose qu’on consacrera au financement des retraites une part plus importante du PIB (richesse créée). Il s’agit bien d’un problème de financement, mais qui cache des choixidéologiques. La question est bien : faut-il recourir à un financement mutualisé et solidaire ou développer l’épargne individuelle ? Il s’agit d’un choix politique : soit l’idée d’une continuité de salaire est privilégiée et c’est la solidarité, soit c’est la prévoyance et c’est l’individualisation et ceux qui n’ont pas de patrimoine seront contraints d’accepter une paupérisation de leur pension induites par les réformes actuelles des régimes par répartition.

Ce qui est en cause ici, c’est l’épargne individuelle comme mode de protection sociale. La rente comme seule assurance vieillesse, c’est revenir au 19 siècle, ce qui, d’ailleurs est cohérent avec les mesures prises actuellement de défiscalisation des plus hauts revenus. Il existe unrisque d’aller vers cette extrémité, de voir des pensionnés ajouter à leur maigre pension des petits boulots précaires pour pouvoir vivre ou même, de continuer à travailler jusqu’à la mort.

Paradoxalement, le retour dans un passé plus récent, la fin des années 1940, et retrouver l’esprit qui a gouverné la mise en place du système solidaire et mutualisé par la sécurité sociale serait un progrès !

 

www.cor-retraite.fr

www.ies-salariat.org

Population et sociétés (INED) n°453 : inégalités hommes/femmes devant la retraite

 


Date de création : 10/04/2009 08:45
Dernière modification : 27/05/2009 18:52
Catégorie : 6. Retraite vieillesse
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