« Elle raconte des histoires tristes / À la méduse / L'holothurie »,   Shôha

--- PRESENTATION ---

ECRIVAINS

2010-11 NORMAL

2009-10 DON ECHANGE

2008-09 LE GENRE

2007-08 LA VILLE

2006-07 LE POLITIQUE
+ 0. PRESENTATION
+ 1. Philosophie et politique
+ 2. Architecture & politique
+ 3. Sociologie & politique
+ 4. Théâtre & politique
+ 5. Entreprise et politique
+ 6. Psychanalyse (intro.)
+ 7. Psychanalyse politique
+ 8. Histoire et politique
+ 9. Economie et politique
+ I0. Art et politique

Brèves (archives)

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0. PRESENTATION - Bibliographie 2007-09

Genres & Générations

 

Bibliographie : 2007-2009

(actualisée régulièrement, merci pour vos suggestions à info@lrdb.fr)

 

 

Anthropologie : Laurent Barry ; Christine Bellas Cabane ; Tanella Boni ; Pascale Bonnemère ; Mohamed Dardour ; Catherine Deschamps ; Gary Ferguson ; Françoise Héritier ; Pascale Jamoulle ; David Le Breton ; Joseph J. Lévy ; Catherine Monnot ; Shahla Sherkat ; Priscille Touraille

Communication : Sophie Bailly

Démographie : Catherine Bonvalet ; Ariane Pailhé ; Anne Solaz,

Droit : Marcela Iacub

Écologie : Michel Tarrier

Essais : Clémentine Autain ; Denis Bachelot ; Leslie T. Chang ; Pascale-Marie Deschamps ; Paula Dumont ; Souleymane Fofana ; Isabelle Germain ; Jérôme Pellissier ; Jane Sautière ; Joy Sorman ; France Théoret

Histoire : Ludivine Bantigny ; Françoise Battagliola ; Nicoletta Bazzano ; Sandra Boehringer ; Sylvie Chaperon ; Anne Cova ; Julia Csergo ; Geneviève Dermenjian ; Evelyne Diebolt ; Sarah Fishman ; Roger-Henri Guerrand ; Ivan Jablonka ; Évelyne et Maurice Lever ; Séverine Liatard ; Rachel P. Maines ; Jean-Clément Martin ; Pierre Outteryck ; Geneviève Pruvost ; Juliette Rennes ; Anne-Claire Rebreyend ; Régis Revenin ; Florence Rochefort ; Rebecca Rogers ; Caroline Schuster Cordone ; Anne-Marie Sohn ; Sylvie Steinberg ; Françoise Tétard ; Françoise Thébaud ; Louis-Georges Tin ; Éliane Viennot ; Agnès Walch

Histoire de l’art : Pierre Borhan ; Anne Creissels ; Aline Dallier-Popper ; Catherine Gonnard ; Élisabeth Lebovici ; Michèle Riot-Sarcey ; Didier Roth-Bettoni :

Linguistique et langues : Marlène Bernos ; Claire Michard ; Sandrine Parageau ; Christine Raguet ; Claudine Ribéry Laetitia Sansonetti;

Littérature : Sabine Arnaud ; Jean-Claude Arnould : Nicolas Bourguinat ; Patrick Cardon ; François Chaignaud ; Pierre Choderlos de Laclos ; Colette Cosnier ; Hélène Cussac ; Anne Deneys-Tunney Myriam Dufour-Maître ; Olga Anna Duhl ; Françoise Duroux ; Benoît Duteurtre ; Gary Ferguson ; Françoise Frontisi-Ducroux ; Filippo Gilardi ; Marie de Gournay ; Pascale Hustache ; Nadine Jasmin ; Dominique Kunz Westerhoff ; Guyonne Leduc ; Claude Le Fustec ; Marianne Legault ; Sophie Marret ; Guy Poirier ; Jaume Roig ; Catriona Seth ; Octave Uzanne ; Éliane Viennot ; Pierre Zoberman

Philosophie : Sylviane Agacinski ; Hiroki Azuma ; Fabienne Brugère ; Norbert Campagna ; Jean-Philippe Cazier ; Catherine Chalier ; Monique David-Ménard ; Elsa Dorlin ; Anne Dufourmantelle ; Geneviève Fraisse ; Guillaume Le Blanc ; Susan Moller Okin ; Martha C. Nussbaum ; Jean-Philippe Pierron ; Beatriz Preciado ; Patrick Snyder ; Peggy Sastre ; Bernard Stiegler

Psychanalyse : Isabelle Affolter ; Sophie Cadalen ; Geneviève Delaisi de Parseval ; Claude Esturgie ; Marie-Christine Laznik ; Albert Le Dorze ; Sylvie Sesé-Léger

Psychiatrie, psychologie : Jean-Pierre Boutinet ; Philippe Brenot ; Nathalie Coulon ; Christian Heslon ; Daniel Marcelli ; Sabine Prokhoris

Roman : Amy Bloom ; Sophie Cadalen ;

Science : Catherine Vidal ; Claude Valentin

Science de l’éducation : Gilles Brougère ; Pierre Dominicé ; Jean Houssaye

Science politique : Catherine Achin ; Agnese Fidecaro ; Olivier Fillieule ; Sheila Jeffreys ; Stéphanie Lachat ; Éléonore Lépinard ; Pierre Muller ; Réjane Sénac-Slawinski ; Mariette Sineau ;

Sciences sociales : Shari Brotman ; Teresa de Lauretis ;

Sociologie : Laurence Bachmann ; Christian Baudelot ; Laure Bereni, Éric Brian ; Jean-Michel Chaumont ; Sébastien Chauvin ; Milena Chimienti ; Isabelle Clair ; Baptiste Coulmont ; Geneviève Cresson ; Monique Dagnaud ; Jean-Hugues Déchaux ; Christine Delphy ; Sylvette Denèfle ; Henri Eckert ; Roger Establet ; Jules Falquet ; Éric Fassin ; Sylvia Faure ; Sylvain Ferez ; Michel Fize ; Olivier Galland ; Françoise Gaspard ; Emmanuel Gratton ; Martine Gross ; Serge Guérin ; Yvonne Guichard ; Caroline Henchoz ; Hélène Hirata ; Marie Jaisson ; Alexandre Jaunait ; Danièle Kergoat ; Laurence Le Douarin ; Jean-Yves Le Talec ; Marylène Lieber ; Maria Rosa Lombardini ; Ilana Löwy ; Catherine Marry ; Margaret Maruani ; Lilian Mathieu ; Dominique Méda ; Delphine Naudier ; Jim Ogg ; Lionel pourtau ; Richard Poulin ; Anne Revillard ; Brigitte Rollet ; Patricia Roux ; François de Singly ; Irène Théry ; Alain Vilbrod

Témoignages : Cécile ; Brigitte Célier ; Véronique Cocardon ; Wendy delorme ; Muriel Douru ; Gisèle Halimi ; Rosen Hicher ; Nalini Jameela ; Axel Léotard ; Pascal Pellegrino ; Beatriz Preciado ; Shahla Sherkat ; Éliane Victor ;

 

« Classiques » récemment traduits

Judith Butler ; Gayatri Chakravorty Spivak ; Hedwig Dohm ; Donna Haraway ; Duncan Kennedy ; Joan W. Scott ; Eve Kosofsky Sedgwick ; John Money ; Monique Wittig

 

 

Dernières recensions

(08/2009)

Françoise Tétard, Claire Dumas, Filles de justice. Du Bon-Pasteur à l’Éducation surveillée

Marlène Bernos, Sandrine Parageau, Laetitia Sansonetti (dir.), Les Femmes et leurs représentations en Angleterre de la Renaissance aux Lumières

Joan W. Scott, Théorie critique de l’histoire. Identités, expériences, politiques, Fayard

Evelyne Diebolt (dir.), Dictionnaire biographique. Militer au XXe siècle. Femmes, féminismes, Églises et société

 

 

Voir aussi

− sur le site de la revue Cahiers des Genres, notes de lecture ; − sur le site archives du féminisme, bibliographie sur l’histoire du féminisme français, de la Révolution à nos jours (C. Bard)

 

 

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Catherine Achin (et alii), Sexes, genre et politique, Paris, Economica, 2007, 184 pages, 16 €

On a souvent avancé que les femmes allaient faire de la politique autrement, voire remédier à la « crise de la représentation ». Six ans après l’entrée en vigueur de la loi sur la parité, qu’en est-il vraiment ? Le meilleur équilibre des sexes dans la représentation politique a-t-il affecté la question du genre, autrement dit les rapports sociaux historiquement établis entre le masculin et le féminin et leurs effets sur les comportements des hommes et des femmes ? Avec la parité, les stéréotypes de genre ont-ils été affaiblis ou au contraire renforcés ?

Au terme d’une enquête sociologique de plusieurs années, menée par une équipe de chercheuses et chercheurs de plusieurs universités, ce livre propose, pour la première fois, un bilan complet de la « parité » en politique. Un bilan pour le moins contrasté, parfois surprenant.

Catherine Achin est maîtresse de conférences en science politique, Université Paris 8- St Denis

CR de Nolwenn Neveu, sur liens-socio.org

 

Isabelle Affolter, Accueillir des femmes en détresse. Le quotidien d’un centre d’hébergement, Erès, 2008, 144 pages, 10 €

« Souffler, poser ses valises, ne plus attendre le soir la peur au ventre, faire ses courses sans surveillance, faire connaissance avec les compagnes d’appartement et les membres de l’équipe, c’était une aventure ». Une aventure racontée à la première personne, très personnelle et qui, au fil des cent quarante pages du livre, donne toute la force du témoignage à la fois personnel et professionnel. Isabelle Affolter, psychanalyste et formatrice en travail social, livre le quotidien d’un centre d’hébergement pour femmes depuis le début des années 80, dans un contexte sociopolitique nouveau, centre qu’elle a créé et dirigé. La violence de certaines, les relations avec le voisinage, le positionnement des membres de l’équipe, l’arrivée du sida, autant de thèmes abordés qui suivent l’évolution de ce centre, l’apparition de l’appartement thérapeutique et parfois l’obligation de soin. Accueillir des femmes en détresse, c’est à la fois affronter son rapport à la mort, tenir le cadre, utiliser, sans tomber sous l’effet de mode, les groupes de paroles, se positionner en tant que médiatrice, se confronter au sida, à la pathologie mentale, entre autres.

Un ouvrage qui mêle les histoires de ces femmes en déshérence, sans papiers, sans maison et de ces professionnels qui organisent leur travail social. « Les femmes, il ne s’agit pas de les croire, mais d’y croire. » La valeur de ce petit livre tient surtout dans l’articulation entre le réel des situations vécues et la réflexion de l’auteur. Une authenticité qui fait du bien.

Isabelle Affolter a créé et dirigé un Centre d’hébergement et de réinsertion sociale pour femmes victimes de violences conjugales. Elle est maintenant psychanalyste et formatrice de travailleurs sociaux.

 

Sylviane Agacinski, Corps en miettes, Flammarion, 2009, 137 pages, 12 €

Selon l'auteure, l'homme moderne assiste à l'éclatement en miettes de sa vie et à la fragmentation de sa personne : « production » d'enfants en laboratoire, marchandisation des cellules, des tissus et des organes du corps humain... Une réflexion sur la dignité de la personne et le respect du corps humain au moment où la France révise des lois dites bioéthiques.

Sylviane Agacinski est philosophe, enseigne à l'École des hautes études en sciences sociales.

Entretien avec Dorothée Werner, dans Elle, avril 2009

CR de Philippe Descamps sur nonFiction.fr, juin 2009

 

Sylviane Agacinski, Le Drame des sexes. Ibsen, Strindberg, Bergman, Éditions du Seuil, 2008, 209 pages, 18 €

Pourquoi le rapport entre les sexes est-il aussi dramatique ? Pourquoi, entre eux, le drame, toujours ? La question me poursuit depuis mon enfance. Suivant une vision théâtrale de l’homme et de la femme, il y a l’amour, il y a les conflits, les scènes et l’issue fatale : le retournement du bonheur en malheur. Le rapport à l’autre sexe est-il nécessairement frappé d’une malédiction ? Les femmes en sont-elles les principales victimes, comme chez Ibsen, ou bien, comme chez Strindberg, le malheur frappe-t-il aussi les hommes ? Les deux, bien sûr, car c’est toujours de l’autre que vient le drame, comme dans le cinéma de Bergman. Pour ce grand metteur en scène du couple, rien n’est plus réel que l’amour, ce qui ne l’empêche pas de faire dire au diable, dans un de ses films : " Que serait l’enfer, sans le mariage ? ". le théâtre de la conjugalité ne se joue jamais d’un seul côté, il a lieu entre les deux. C’est le jeu entre les passions que donne à contempler le drame, sur scène, laissant la parole aux deux parties.

Philosophe, Sylviane Agacinski enseigne à l’École des hautes études en sciences sociales. Elle a publié au Seuil Politique des sexes (1998), Métaphysique des sexes, Masculin/féminin aux sources du christianisme (2005) et Engagements (2006).

 

Sabine Arnaud (présentation et annotation), La Philosophie des vapeurs, Éditions Mercure de France, 2009, 208 pages, 17,20 €

Voici deux textes fameux à la fin de l’Ancien Régime, traitant, de façon légère et amusante, d’un sujet alors à la mode: la maladie des vapeurs, ces crises touchant massivement les femmes des élites parisiennes, ces « lectrices » pourvues d’une imagination débordante, ce mal qu’on nomme aussi « hystérie ».

Le premier texte, La Philosophie des vapeurs, écrit par Claude Paumerelle en 1774, propose en vingt-cinq lettres adressées par une vieille marquise à une jeune comtesse qui s’apprête à entrer dans le monde, une initiation aux humeurs qui caractérisent son état et son genre. Cette « philosophie » peut dès lors devenir le signe de l’accomplissement d’une femme du monde, qui sait jouer des maux de tête, des palpitations, des emportements, des crises de nerfs, de lalancolie, des étourdissements ou des spasmes, comme des coups de foudre, pour tenir son rang.

Le second texte, Dissertation sur les vapeurs et les pertes de sang, écrit par Pierre Hunauld en 1756, se présente comme un dialogue entre un médecin et une jeune marquise à propos du vague à l’âme en vogue. Cette « philosophie des vapeurs » témoigne en définitive de la douceur de vivre d’un moment autant que de la décadence et de la dégénération d’un monde qui s’apprête à disparaître.

Sabine Arnaud est professeur de français et de littérature comparée à l’Institut de Recherche Culturelle à Berlin

CR rapide de Frédéric Ferney « Vertiges et pâmoisons », sur son blog.

 

Jean-Claude Arnould et Sylvie Steinberg, (éd.), Les Femmes et l'écriture dans l'histoire, 1400-1800, Publications des universités de Rouen et du Havre, 2009, 552 pages, 23 €

Les études historiques menées depuis une trentaine d’années ont assez démontré que les femmes avaient une histoire et qu’il était désormais possible de l’écrire en se fondant sur des sources parfois lacunaires, d’interprétation souvent difficile, mais nombreuses. Cependant, s’il est désormais acquis, chez les historiens, que les femmes ont appartenu aux Res gestae, ce sont surtout les spécialistes de la littérature qui ont attiré l’attention sur le fait qu’il a aussi existé, à la fin du Moyen Âge et sous l’Ancien Régime, une Historia rerum gestarum, c’est-à-dire des récits qui ont consacré aux femmes une place particulière et ont témoigné du souci de conserver les traces de la vie de certaines femmes illustres. Certains de ces textes, dont le plus fameux, celui de Christine de Pizan, sont dus à la plume de femmes et d’autres femmes consacrèrent du temps à écrire des mémoires, relater des événements ou insérer des faits historiques dans des romans.

Sommaire

Sylvie Steinbergestmaîtresse de conférences en histoire moderne à l’Université de Rouen

Jean-Claude Arnould est professeur de littérature à l’université de Rouen

 

Clémentine Autain, Les Machos expliqués à mon frère, Le Seuil, 2008, 100 pages, 7 €

L’égalité entre les hommes et les femmes est-elle acquise ? Nous sommes encore loin du compte. Les comportements des « machos » en témoignent. Quelles formes la domination masculine prend-elle ? Pourquoi les femmes gagnent-elles moins que les hommes ? Est-il normal qu’elles assument l’essentiel des tâches domestiques ? Comment se débarrasser des stéréotypes ? Et que penser de la prostitution ? Au cours du temps, les femmes ont dû lutter pour conquérir leurs droits fondamentaux. Quelles sont les grandes batailles gagnées par les féministes ? Et les combats qui restent à mener ? Ces questions, chacune et chacun devraient se les poser. Ce livre tente d’y répondre avec clarté et humour.

Clémentine Autain est une femme politique et une féministe. Elle est co-directrice du mensuel Regards.

Vidéo-présention sur livres.tv.

 

Hiroki Azuma, Génération Otaku : Les enfants de la postmodernité, (2001), trad. Corinne Quentin, préface de Michel Maffesoli, Hachette Littératures, 2008, 189 pages, 18 €

Best-seller au Japon, cet essai a le grand mérite de penser - et non de juger - le phénomène Otaku. Les Otakus, ce sont ces jeunes fans de manga, de jeux vidéos ou de dessins animés, ne vivant qu’entre eux et que pour ces produits culturels dont ils ne cessent de créer et de consommer des dérivés: figurines, fanzines, romans tirés d’un dessin animé, dessins animés tirés d’une figurine, etc. Le phénomène, en perpétuelle croissance depuis les années 1980, représente aujourd’hui un marché colossal, et s’étend à l’étranger via le succès mondial du manga. Pourtant, ces adolescents en rupture ont toujours été considérés comme des autistes et personne, jusqu’à Hiroki Azuma, n’avait osé étudier sérieusement leurs œuvres phares et leurs façons de les consommer. Son ouvrage révèle la troublante adéquation entre culture Otaku et postmodernité. Perte des repères, fin des grands récits, brouillage de la frontière entre auteur et consommateur, entre l’original et sa copie : la culture Otaku est la première culture postmoderne. La réduire au Japon serait donc une erreur, car elle a déjà commencé à séduire les jeunesses du monde.

Hiroki Azuma enseigne la philosophie contemporaine à l’université de technologie de Tokyo. Avec cet essai, vendu à plus de 70 000 exemplaires, il s’est imposé comme l’un des jeunes intellectuels les plus écoutés du Japon

Parmi de nombreux commentaires disponibles en ligne : CR de Thierry Hoquet et liens sur La vie des idées ; CR succinct de Maud Granger Rémy sur Nonfiction.fr ; CR de Fabrice Audebrand sur Sejed

 

 

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Denis Bachelot, L'Islam, le sexe et nous, Buchet Chastel, 2009, 204 pages, 17 €

Entre l’icône sexy et émancipée, voire provocatrice, des magazines glamour, et l’image de la femme soumise et voilée, le choc est explosif. Face à une modernité occidentale centrée sur l’exhibition d’une sexualité libérée, mouvante et indéterminée, le monde musulman réaffirme l’absolue séparation et différence des sexes, et la suprématie du masculin. Les deux modèles divergent radicalement. Peuvent-ils coexister ? Ne faut-il pas voir, dans cette opposition, plus que dans l’emprise des mouvements extrémistes, ou dans le seul constat du délabrement social, une cause majeure des tensions entre Islam et Occident, sur la scène internationale, comme dans nos banlieues ? Dans un essai à rebours du politiquement correct, Denis Bachelot invite à regarder en face un problème central pour l’avenir de notre société... et de la planète!

Denis Bachelot est journaliste et essayiste. Il collabore à la revue Commentaire.

Introduction à lire sut le site de l’éditeur

 

Laurence Bachmann, De l’argent à soi. Les préoccupations sociales des femmes à travers leur rapport à l’argent, PU de Rennes, 2009, 242 pages, 16 €

Séparer scrupuleusement dans son porte-monnaie son argent personnel de l’argent du couple, acheter une maison familiale avec deux hypothèques séparées ou vouloir contribuer autant que son mari au compte du ménage : ces pratiques nous renseignent sur les préoccupations des femmes. Laurence Bachmann montre que ces rapports à l’argent révèlent un souci de soi, une réflexivité permanente des femmes sur leurs pratiques. L’appropriation de l’idéal démocratique d’égalité et d’autonomie relève ainsi d’un véritable travail personnel de transformation de soi, une émancipation sur un mode individuel.

Laurence Bachmann est docteure en sociologie, chercheuse à l'université de Genève.

Sommaire et introduction sur le site de l’éditeur.

 

Sophie Bailly, Les Hommes, les femmes et la communication. Mais que vient faire le sexe dans la langue ?, L’Harmattan, 2008, 250 p., 24,50 euros.

Selon une idée répandue les hommes et les femmes auraient des difficultés à communiquer et à se comprendre : les femmes seraient bavardes et les hommes laconiques, les femmes préféreraient se confier et les hommes se défier... Les hommes et les femmes parlent-ils la même langue ? En quoi le sexe, le genre et la sexualité influent-ils sur la pratique de la langue ? Cet ouvrage est le fruit d’une recherche sur la question de la construction langagière de l’identité sexuée.

Maîtresse de conférences, Sophie Bailly est directrice du DéFLE (Département de français langueétrangère), à l’Université de Nancy.

 

Ludivine Bantigny et Ivan Jablonka (dir.), Jeunesse oblige. Histoire des jeunes en France, XIXe-XXIe siècle, Préface de Jean-François Sirinellli, PUF, 2009, 307 pages, 26 €

L’actualité fait des jeunes un objet de débat, d’admiration ou d’angoisse. Une multitude de figures viennent s’intercaler entre le modèle du « jeune écrivain » et le contre-modèle du « jeune de cité ». Mais ces images sont des constructions dont les fondements plongent loin dans le passé. Elles contribuent à gommer la profonde diversité sociale de la jeunesse et escamotent les tensions qui existent en son sein. Dès lors, étudier la jeunesse exige de s’interroger sur la transmission des comportements et des savoirs. Comment les jeunes se conforment-ils aux rôles qu’on leur assigne ? Sujets de contraintes et cibles de politiques, ont-ils vocation à contester l’ordre établi ? Pourquoi une société se montre-t-elle taraudée par « ses » jeunes, cédant alors à la tentation de l’expertise ? La jeunesse apparaît ainsi comme un sujet-creuset permettant de multiplier les approches et les méthodes, de démêler un fatras de clichés, de fantasmes et de slogans. L’histoire, en dialogue avec la sociologie, offre la possibilité d’interpréter les discours médiatiques et politiques. Faire de la jeunesse un objet d’histoire permet de lui restituer sa dimension temporelle et son ambiguïté – tant il est vrai qu’elle n'existe que dans les mutations des discours, l’exercice des pratiques et le vertige des combats.

Ludivine Bantigny est maître de conférences en histoire contemporaine à l’Université de Rouen, et Ivan Jablonka, maître de conférences en histoire contemporaine à l’Université du Maine.

Présentation et sommaire sur le site de l’éditeur

CR de Marie-Paule Caire, mars 2009, sur Parutions.com.

CR de Laurent Besse sur Histoire@Politique juin 2009

 

 

Laurent Barry, La Parenté, Gallimard, Folio Essais, 2008, 864 pages, 11,50 €.

Après une longue éclipse, les études sur la parenté suscitent de nouveau l’intérêt des anthropologues. En témoigne le livre de Laurent Barry qui prend ses distances avec la thèse de la prohibition de l’inceste et l’obligation de l’échange, formulée il y a soixante ans par Lévi-Strauss, et propose une théorie générale qui articule parenté et filiation.

Laurent Barry est anthropologue et chercheur au Laboratoire d’Anthropologie Sociale du Collège de France. Il est l’auteur de nombreuses études portant sur les systèmes de parenté et d’alliance envisagés dans une perspective comparative et pluridisciplinaire.

Cr de Dominique Casajus, anthropologue, sur La vie des idées, 3/1/2008.

CR de Gilles Séraphin, Non Fiction, avril 2009.

Long entretien avec Mathieu Fribault et Thomas Perrot sur non Fiction, mai 2009

 

Françoise Battagliola, Histoire du travail des femmes, Éditions de la Découverte, 2008, 128 pages, 9,50 €.

Depuis la seconde moitié du XIXe siècle, le travail des femmes s’est exercé de plus en plus hors du cadre familial et le salariat est devenu une réalité. Grâce à la progression de la scolarité des jeunes filles, les femmes ont pénétré des secteurs et des professions jusqu’alors occupés par les hommes. Cette concurrence n’a pas manqué de soulever, de façon diverse selon les époques, controverses et ripostes. Aussi, tout en étendant ses champs d’action, l’activité féminine a été limitée dans ses ambitions et les frontières du masculin et du féminin ont été redéfinies.

Françoise Battagliola, sociologue, est chargée de recherche au CNRS

Fiche de présentation sur le site de l’éditeur.

 

Christian Baudelot et Roger Establet, Quoi de neuf chez les filles ? Entre stéréotypes et libertés, Fernand Nathan, 2007, 141 pages, 14,95 €

Il est vif, elle est mignonne. Cela commence dès le berceau et ne s’arrête plus. Aux garçons le bleu, les pirates, les combats, le charmant désordre. Aux filles, le rose, les loisirs d’intérieur et les cahiers bien tenus. En 1973, dans un ouvrage au retentissement mondial - Du côté des petites filles -, Gianini Belotti analysait les attitudes et les attentes des parents comme de la société à l’égard des filles et des garçons. Et pointait du doigt les stéréotypes et les conditionnements qui, dès la petite enfance, préparent les petites filles à leur future place dans la société, à l’ombre du sexe fort. Aujourd’hui, 35 ans plus tard, le féminisme est passé par-là, l’école est mixte, les mères travaillent, les pères font la vaisselle. Et quoi de neuf du côté de ces petites filles modernes - et de leurs frères ?

Christian Baudelot et Roger Establet sont sociologues, spécialistes de l’éducation et des inégalités, auteurs notamment des best-sellers Allez les filles ! et Le niveau monte (Le Seuil).

CR d’Igor Martinache sur SES-ENS

CR de Frédérique Giraud sur liens-socio.org

 

Nicoletta Bazzano, La Femme parfaite. Histoire de Barbie, Éditions Naïve, 220 pages, 20 €.

Qui ne connaît pas Barbie, cette sylphide toujours impeccable et glamour ? Cette icône de la féminité, née juste après la seconde guerre mondiale, est devenue la poupée la plus célèbre du monde. Elle a connu une popularité exceptionnelle tout en cristallisant sur son image si lisse quelques haines tenaces et l’on peut se demander si pour elle aussi le cap de la cinquantaine n’est pas difficile.

Dans La Femme parfaite, Nicoletta Bazzano retrace l’histoire de ce jouet mythique, de l’extraordinaire campagne marketing à l’origine de son succès à l’évolution de sa garde-robe, en passant par l’arrivée de son fiancée, Ken. Mais plus encore, l’auteur parvient à montrer comment celle qui n’était à l’origine qu’une simple poupée s’est mise à incarner certaines valeurs de la société. Reflet de l’évolution de l’image de la femme, l’histoire de Barbie permet d’appréhender les grands débats qui ont traversé la société occidentale depuis les années 1950.

Cet essai sérieux et documenté est aussi un récit divertissant dans un style fluide et enlevé, il nous entraîne non sans humour dans une histoire qui finit par ressembler à la biographie d’un personnage célèbre.

Nicoletta Bazzano est chercheuse en histoire moderne et contemporaine à l’université de Teramo en Italie. Elle est l’auteur d’un ouvrage sur Marco Antonio Colonna (2003).

 

Christine Bellas Cabane, La Coupure. L’excision ou les identités douloureuses, La Dispute, 2008, 245 pages, 21 €

En France, l’excision est perçue comme une injustifiable atteinte à l’intégrité physique des femmes, comme un acte violent de mutilation volontaire porté sur des enfants. Elle est condamnée comme telle par les tribunaux. Dans d’autres sociétés, dans certains groupes ethniques, notamment en Afrique, malgré de récentes évolutions, elle revêt d’autres significations et possède encore la force de la tradition.

L’auteur tente, dans un livre qui mêle récit et analyse, d’appréhender dans toute sa complexité une pratique qui la heurte. Mais cet ouvrage est aussi une réaction à certaines attitudes à l’égard des familles migrantes, qui lui semblent méprisantes et contre-productives dans la lutte contre l’excision. Comprendre des sociétés qui se transforment tout aussi rapidement que la nôtre, comprendre et respecter les femmes et les hommes originaires d’Afrique immigrés sur notre sol est un premier acte efficace contre l’excision.

Anthropologue, médecin, engagée dans la coopération avec l’Afrique Christine Bellas Cabane s’intéresse à cette question depuis de nombreuses années déjà.

CR de Frédérique Giraud sur liens-socio, décembre 2008

 

Laure Bereni, Sébastien Chauvin, Alexandre Jaunait, Anne Revillard, Introduction aux Gender Studies. Manuel des études sur le genre, de Boeck université, 2008, 248 pages, 19,50 €

Pourquoi offre-t-on des poupées aux filles et des voitures aux garçons ? Pourquoi les femmes gagnent-elles moins que les hommes ? Comment expliquer qu’elles effectuent les deux tiers du travail domestique ? Pourquoi est-ce si mal vu pour un homme d’être efféminé ? Le pouvoir est-il intrinsèquement masculin ? Il s’agit là de quelques-unes des nombreuses questions auxquelles s’intéressent les études sur le genre, devenues depuis une trentaine d’années non seulement un champ de connaissances, mais aussi un outil d’analyse incontournable en sciences humaines et sociales. Au-delà de la variété des phénomènes étudiés, l’ouvrage souligne plusieurs partis pris essentiels des études sur le genre : les différences entre femmes et hommes sont le résultat d’une construction sociale et non pas le produit d’un déterminisme biologique ; l’analyse ne doit pas se limiter à l’étude « d’un » sexe, mais porter sur leurs relations ; le genre est un rapport de domination des hommes sur les femmes, dont les modalités et l’intensité sont sans cesse reconfigurées.

Laure Bereni, auteure d’une thèse de doctorat en science politique sur la parité (université Paris I - Panthéon-Sorbonne), est post doctorante à l’Institut des Sciences sociales du Politique (ISP - CNRS). Sébastien Chauvin, docteur de l’EHESS et maître de conférences en sociologie à l’université d’Amsterdam, a enseigné de 2003 à 2006 les études sur le genre à l’université de Chicago. Alexandre Jaunait, docteur en science politique de l’IEP de Paris et maître de conférences à la Faculté de droit et des sciences sociales de l’université de Poitiers, enseigne les études sur le genre au premier cycle Amérique latine, Espagne, Portugal, de l’IEP de Paris. Anne Revillard, auteure d’une thèse de doctorat sur les politiques de promotion du statut des femmes (ENS Cachan), est maîtresse de conférences en sociologie à l’université Paris XIII - Villetaneuse.

Sommaire

 

Marlène Bernos, Sandrine Parageau, Laetitia Sansonetti (dir.), Les Femmes et leurs représentations en Angleterre de la Renaissance aux Lumières, Éditions Nouveau monde, 2009, 250 p., 49 euros

L’image des femmes dans la société et dans la littérature suscite un intérêt croissant dans les milieux académiques. La critique anglo-saxonne a ouvert la voie en développant les gender studies. À partir de ces travaux pionniers, dont le bilan est riche et constitue un prélude à toute réflexion dans ce domaine, nous souhaiterions contribuer à tracer une voie française, évitant les anachronismes et les jugements de valeur sur des phénomènes passés qui nécessitent une remise en contexte précise. Entre la reine et la prostituée, la femme écrivain et le personnage de fiction, les écarts semblent irréductibles. Et cependant, la vie et la pensée des femmes de l’époque sont « déterminées » – et ce, quel que soit leur statut – par leur image dans la société patriarcale et leur perception de cette image. Ainsi, « les femmes et leurs représentations » doit s’entendre des deux façons : à la fois les représentations des femmes elles-mêmes et les représentations qu’on se fait des femmes de la Renaissance aux Lumières. Se révèlent alors les attitudes souvent contradictoires de ces femmes à la fois respectueuses de l’ordre social établi et cependant prêtes à contester le système patriarcal.

ATER à l'université Paris I-Panthéon-Sorbonne, Marlène Bernosest doctorante en civilisation anglaise ; normalienne, agrégée d'anglais, Sandrine Parageau est ATER à l'université Paris VII-Diderot, elle vient d'achever une thèse sur la contribution des femmes au débat philosophique anglais de la seconde moitié du XVIIe siècle ; normalienne, agrégée d'anglais, Laetitia Sansonetti est ATER à l’ENS-LSH (Lyon), elle prépare une thèse sur les représentations du désir dans la poésie narrative élisabéthaine (Shakespeare, Spenser, Marlowe et Chapman).

 

Amy Bloom, Mauvais genre, Nouvelles, (A Blind Man Can See How Much I Love You, 2000), trad. Anne Rivière, Éditions de l’Aube, 2008, 180 pages, 7,90 €

Des thèmes forts et actuels (transsexualité, inceste, cancer du sein, adoption…) qui pourraient figurer une sorte de musée des horreurs, mais qui sont traités avec tact, humanité, finesse et beaucoup d’humour. Un effet coup de poing indéniable, mais sans provocation sotte. Une écriture originale, incisive, sèche, et pourtant non dénuée de compassion.

Ce sont probablement ses patients qui sont la matière de ses nouvelles : grâce à son empathie et à son humour, Amy Bloom fait ici un travail d’écrivain parfaitement réussi. Elle regarde ses personnages d’un œil à la fois compatissant et ironique se débattre dans leurs difficultés respectives, puis invente des solutions toujours inspirées par la tendresse et le respect de l’autre, tout en laissant le lecteur imaginer seul la fin de l’histoire.

Ces huit nouvelles - des allégories de la survie - nous offrent un bonheur de lecture qui dépasse de beaucoup la dureté des thèmes explorés.

Psychanalyste et écrivain, Amy Bloom est née à Brooklyn, New York. Elle vit et travaille dans le Connecticut.

Entretien sur La lettrine.

 

Sandra Boehringer, L’Homosexualité féminine dans l’Antiquité grecque et romaine, préface de David Halperin, Paris, Belles Lettres, 2007, 400 pages, 35 €.

En Grèce ancienne et dans la Rome antique, on ne parle pas d’« homosexuels » ni d’« hétérosexuels » car ces catégories n’ont pas cours à ces époques. Les pratiques sexuelles ne sont pas passées sous silence pour autant, mais elles sont perçues et évaluées selon des critères qui engagent la citoyenneté, la maîtrise de soi, ou encore l’âge ou les modalités du rapport érotique. Certaines de ces pratiques, cependant, échappent à ces critères et ont été peu étudiées jusqu’à présent : il s’agit des relations sexuelles entre femmes.

Loin de ce que l’on imagine aujourd’hui de l’« Amazone » ou de la femme débauchée et adonnée à la luxure, loin également des images d’Épinal des amours saphiques et éthérées, la littérature et les documents figurés se font l’écho d’attitudes et de représentations que Sandra Boehringer entreprend ici de recenser, de déchiffrer et d’analyser.

Ce faisant, elle esquisse la cartographie d’un système antique de genre, révélant une organisation sociale fortement codifiée. Dans le monde grec et romain, les lois du désir sont très différentes des nôtres, et l’érotisme s’invente là où l’on ne l’attend pas.

Sandra Boehringer, agrégée de lettres classiques et ancienne pensionnaire de la fondationThiers, enseigne à l’université Marc-Bloch à Strasbourg. Auteur de nombreux articles surl’histoire du genre dans l’Antiquité, elle a également traduit, avec Nadine Picard, Désir etcontraintes en Grèce ancienne de John J. Winkler (Epel, 2005).

Présentation et sommaire sur le site de l’éditeur

CR de Florence Tamagne sur non fiction, décembre 2007

CR de Rostom Meslisur Genre & Histoire, 2008

CR de Charles Delattre sur la vie des idées, juin 2008

CR de Claudine Leduc, sur Clio, décembre 2008

 

Tanella Boni, Que vivent les femmes d’Afrique ?, Éditions du Panama, 2008, 260 pages, 18 €.

Domination masculine omniprésente, silence, mutilations sexuelles, enfermement dans des lieux réservés − le marché, la cuisine, la maternité −, mais aussi réussites commerciales, initiatives citoyennes, actions solidaires, entraide et prises de parole.

Voilà ce que vivent, aujourd’hui, les femmes d’Afrique. Elles préparent ainsi le monde de demain. En Afrique comme ailleurs, car l’oppression qu’elles endurent est subie par toutes les femmes. Philosophe, mais aussi romancière et poétesse, Tanella Boni mêle ici personnages de fiction et scènes vécues, analyses sociales et réalités quotidiennes. Objectif : aider à faire le tour d’un monde déconcertant et proche, où se joue un combat essentiel.

Tanella Boni, docteure ès lettres de Paris-IV la Sorbonne, a été professeure de philosophie à l’université d’Abidjan (Côte d’Ivoire). Elle est membre du Conseil scientifique du GERM (Groupe d’études et de recherches sur les mondialisations) et a publié de nombreux essais, recueils et romans, notamment Matins de couvre-feu (Le Serpent à plumes, 2005) et Les nègres n’iront jamais au paradis (Le Serpent à plumes, 2006).

Entretien avec Criss Bailly sur Afrik.com, 7 janvier 2009

Site de Tanella Boni

 

Pascale Bonnemère et Irène Théry (dir.), Ce que le genre fait aux personnes, Éditions de l’EHESS, 2008, 320 pages, 26 €

Les études consacrées au genre sont à un tournant crucial, au point de renouveler la conception de la différence sexuelle en Occident. La dimension relationnelle de l’individu, ignorée jusque-là dans nos sociétés et découverte dans les sociétés traditionnelles, renouvelle la question même de la personne. L’Occident a conçu la distinction de sexe d’une manière très particulière : la femme est l’être qui porte par définition, dans son esprit et dans son corps, la « différence » sexuée et sexuelle ; les sociétés sont composées d’individus de deux sexes. L’observation des sociétés traditionnelles, où les corps masculins et féminins sont fabriqués rituellement, a révélé la dimension relationnelle de l’individu. Admettre qu’il existe une dimension sexuée de la vie sociale permet d’échapper à l’alternative entre étudier « l’individu » (universel mais asexué) ou les « rapports hommes-femmes » (sexués mais séparés). Dans cette perspective novatrice, le genre est considéré comme une modalité des relations, et non un attribut des personnes. Et loin de n’organiser que des relations de sexe opposé, le genre organise simultanément des relations de même sexe, de sexe indifférencié, et même de sexe combiné. Les sciences sociales doivent appréhender les personnes sexuées non pas à partir d’un ensemble de propriétés et d’attributs substantiels, mais à partir des modes d’action et de relation. De là le titre de ce livre. Il veut indiquer que ces deux notions, du genre et de la personne, s’éclairent mutuellement : chacune sort redéfinie de la confrontation à l’autre.

En renouant avec une anthropologie comparée et historique, les sociologues, anthropologues, historiens et philosophes réunis invitent à revenir sur ce que nous entendons par un individu, une société, une action, une passion ou encore une relation spécifiquement humaine.

Docteure en anthropologie sociale, Pascale Bonnemère est directrice de recherche au CNRS. Agrégée de lettres, docteure en sociologie, Irène Théry est directrice d’études à l’EHESS.

Présentation de l’éditeur.

 

Catherine Bonvalet et Jim Ogg, Les Baby-boomers. Une génération mobile, Éditions de l’Aube / INED (diffusion Seuil), 2009, 252 pages, 24 €

Après les débats de ces dernières années sur la réforme des retraites, nul n'est censé ignorer les problèmes liés à l'arrivée à la retraite des premiers baby-boomers. Au-delà du nombre, ceux-ci se distinguent fortement des cohortes précédentes, notamment par leurs modes de vie et leurs mobilités. En particulier parce qu'ils ont aspiré durant leur jeunesse à plus de liberté, et qu'ils sont partis à la conquête des centres-villes - Paris et Londres - générant des processus de gentrification et initiant de nouveaux modes d'habiter la ville où se combinent ancrage et mobilité. Ils apparaissent comme une « génération pressée », « mobile », repoussant les frontières de la vieillesse, voire n'acceptant pas de vieillir. Simultanément, leur entrée imminente dans les groupes d'âges auparavant considérés par la société comme le troisième ou quatrième âge s'accompagne d'incertitudes et de contradictions. Avec la montée de l'individualisme, les solidarités familiales intergénérationnelles, par exemple en matière de logement, sont-elles appelées à perdurer ? Après avoir transformé toutes les étapes du cycle de vie (apparition de la société de consommation, nouveaux modes de vie en famille ou en ville, trajectoires résidentielles plus chaotiques), les baby-boomers seront-ils porteurs de nouveaux comportements au moment de la vieillesse. C'est l'ensemble de ces questions que cet ouvrage, issu d'une recherche du PUCA (Plan Urbanisme Construction Architecture), analyse en retraçant les histoires résidentielles et géographiques de baby-boomers habitant Paris et Londres.

Catherine Bonvalet est démographe, directeur de recherche à l’Ined (Institut national d’études démographiques). Jim Ogg est sociologue à la Direction de recherche sur le vieillissement, Cnav (Caisse nationale d’assurance vieillesse) et Senior Research Fellow à la Young Foundation à Londres.

 

Pierre Borhan, Hommes pour hommes. Homoérotisme et homosexualité masculine dans l’histoire de la photographie depuis 1840, Les Deux Terres, 2007, 240 pages, 69 €

Hommes pour hommes témoigne aussi bien des approches documentaires du vice « contre nature » que de ses expressions artistiques les plus audacieuses. Trois cents œuvres reconnues ou inédites retracent les mutations thématiques et esthétiques de photographes amateurs et professionnels tels que Wilhelm von Gloeden, Fred Holland Day, George Platt Lynes, Raymond Voinquel, Herbert List, Robert Mapplethorpe, Arthur Tress, Duane Michals, Toni Catany, Pierre et Gilles. Cette histoire du culte de la beauté virile est ponctuée d’interdits, de transgressions, de connivences et de délectations.

Pierre Borhan est historien de la photographie et commissaire d’expositions. Il a été co-rédacteur en chef de la revue Clichés de 1984 à 1989 et directeur de Patrimoine photographique au ministère de la Culture de 1988 à 2003.

CR de Didier Roth-Bettoni sur nonfiction.fr

 

Nicolas Bourguinat, (dir.), Le Voyage au féminin. Perspectives historiques et littéraires (18e-20e siècles), Presses Universitaires de Strasbourg, 2008, 154 pages, 16 €

Les auteurs de ce recueil cherchent à mesurer l’apport et à interroger les principaux acquis de deux décennies de recherches sur l’expérience des femmes voyageuses et sur leurs différents témoignages littéraires, qu’ils relèvent de la production imprimée ou des écritures intimes. L’analyse porte d’abord sur les ambiguïtés du regard féminin, à la fois caractérisé par une forme d’empathie pour l’Autre, spécialement pour la femme autochtone ou indigène, et simultanément porteur de préjugés de type national ou de type colonial sur les pays visités et sur leur société. Se trouve questionnée ensuite la manière dont ces femmes accèdent, au sein de l’espace public, à une visibilité et à une dignité nouvelles, en tant que femmes auteurs et en tant que sujets, grâce à des formes renouvelées de l’écriture viatique (qu’elle soit simple passe-temps ou témoignage élaboré) et grâce aux épreuves et aux difficultés que suppose la pratique même des voyages. Les sujets choisis concernent la période contemporaine, depuis les Lumières et le romantisme jusqu’au milieu du 20e siècle, et traitent le voyage comme démarche d’émancipation (comtesse d’Agoult ou personnages féminins des romans de George Sand) et comme démarche de connaissance (regard des Anglaises sur l’Algérie coloniale, reportages aux États-Unis de journalistes ou d’enseignantes), avec ses succès et aussi ses faux-semblants.

Nicolas Bourguinat est maître de conférences en histoire contemporaine à l’université de Strasbourg.

Sommaire

 

Jean-Pierre Boutinet et Pierre Dominicé (dir.), Où sont passés les adultes ? Routes et déroutes d'un âge de la vie, Éditions Téraèdre, 2009, 155 pages, 18 €

La vie adulte n'a sans doute jamais été traversée d'autant de problématiques inédites. Les recompositions familiales et les reconversions de carrière en sont les manifestations les plus flagrantes. Mais l'adulte doit aussi faire face à la reconfiguration du masculin par le féminin, à de nouvelles formes de conjugalité et parentalité, à l'impératif de mobilité, à des responsabilités croissantes, au déficit de reconnaissance, à la nécessité d'évaluer et actualiser ses compétences. Ses identités personnelles, professionnelles et sociales en ressortent fragilisées. Le désarroi adulte et ses déroutes ne sauraient cependant masquer l'actuelle inventivité adulte, exploratrice de nouveaux possibles et de nouvelles avancées en âge. Si l'on ne voit plus ces adultes contemporains dont on ne parle guère, c'est parce qu'ils sont occupés à frayer des routes alternatives. Ce sont ces routes que décrit le présent ouvrage, rédigé par des spécialistes de diverses disciplines des sciences humaines.

Jean-Pierre Boutinet est professeur en psychosociologie à l’Institut de psychologie et sociologie appliquées (Ipsa) de l’Université catholique de l’Ouest (Uco) d’Angers ; il est également professeur associé à l’Université de Sherbrooke. Pierre Dominicé est professeur honoraire en sciences de l’éducation à l’Université de Genève. Ont également collaboré Jacques Aubret, Christian Heslon, Jacqueline Monbaron, Jean-Yves Robin

Sommaire sur le site de l’éditeur.

 

Philippe Brenot, Les Violences ordinaires des hommes envers les femmes, Odile Jacob, 2008, 219 pages, 19,90 €

« J’accuse les hommes, mes frères, de violences ordinaires envers les femmes. Ce que je dénonce, c’est la violence banale et quotidienne, la violence sourde et aveugle à l’existence féminine, héritière d’une domination masculine que beaucoup pensent disparue, mais qui reste le ferment de la mésentente conjugale. Depuis plus de vingt ans, j’écoute des femmes, des hommes, des couples faire part de ce qui les déchire, les éloigne et les sépare. Certains hommes sont violents par névrose, par psychose, par mélancolie. Ils sont peu nombreux. Je dénonce plutôt la violence des hommes qui le sont par modèle, par habitude, par répétition, par ignorance, par aveuglement. » Les relations de couple modernes nous imposent d’inventer de nouvelles manières d’être ensemble. Impossible de le faire sans admettre l’existence de cette violence ordinaire et sans y remédier de façon à éviter de réveiller la guerre des sexes.

Philippe Brenot est médecin psychiatre et thérapeute de couples, directeur d’enseignement en sexologie à l’université Paris-V et président de l’Observatoire international du couple. Il a notamment publié Inventer le couple, Le Sexe et l’Amour et Le Génie et la Folie.

 

Éric Brian et Marie Jaisson, Le Sexisme de la première heure. Hasard et sociologie, Raisons d’agir, 2007, 382 pages, 17 €

Ce livre étudie l’entrée des nouveau-nés dans la vie sociale et, en particulier, l’une des toutes premières distinctions qu’ils portent à cette occasion : est-ce une fille ou un garçon ? Dans les pays riches, il naît aujourd’hui 51,2 % de garçons et 48,8 % de filles. En Chine, il en naît respectivement 55 % et 45 %. Cet écart a conduit des chercheurs de diverses disciplines à s’interroger sur le phénomène des « filles disparues » (missing girls). Pourtant, en France aussi, la proportion des sexes à la naissance a singulièrement varié au cours du XXe siècle. À rebours d’un ethnocentrisme commode qui se contenterait de désigner au loin l’horreur d’infanticides à grande échelle, Éric Brian et Marie Jaisson reconstituent les formes du dénombrement des sexes à la naissance depuis trois siècles. Combinant histoire des sciences et sociologie, leur enquête met en évidence l’importance de l’incertitude dans la formation des normes morales et dans la logique de la domination selon les sexes.

CR de François Héran sur la revue des livres, mars 2008

Présentation audio, « Le sexisme de la première heure ».

Documents et commentaires sur s1h.blogspot.com

Historien des sciences et sociologue, Éric Brian est Directeur d’études à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales.

Sociologue, Marie Jaisson est maîtresse de conférences au département de sociologie de l’Université François-Rabelais à Tours.

 

Shari Brotman, Joseph J. Lévy (dir.), Intersections : Cultures, sexualités et genres, Presses de l’Université du Québec, 2008, 474 pages, 35 €

Les intersections entre la culture, le genre et la sexualité retiennent aujourd’hui l’attention des chercheurs qui travaillent sur la diversité sexuelle, une tendance que l’on rencontre dans l’espace québécois et canadien. Plusieurs études ont ainsi porté sur ces enjeux parmi les autochtones et les groupes ethnoculturels. Cet ouvrage collectif, réalisé par des chercheurs, anglophones et francophones, de l’équipe pancanadienne Sexualités, Vulnérabilités et Résilience, présente ainsi un ensemble de travaux qui font le point sur ces questions. Les dimensions théoriques et méthodologiques sont ainsi cernées et des études empiriques, faisant appel à des approches quantitatives et qualitatives, traitent des trajectoires et des identités parmi différentes populations, des problèmes de santé auxquels elles peuvent être confrontées et des variations dans les usages sociosexuels d’Internet. Ce tour d’horizon aide à mieux comprendre la complexité des intersections touchant les identités sexuelles et les dimensions culturelles et suggère des pistes de recherche et d’intervention à développer.

Shari Brotman, Ph.D., est professeur agrégée à l’École de travail social de l’université McGill. Joseph J. Lévy, Ph.D., anthropologue, est professeur au département de sexologie de l’université du Québec à Montréal.

Sommaire et présentation sur le site de l’éditeur.

 

Gilles Brougère, (dir.) La Ronde des jeux et des jouets. Harry, Pikachu, Superman et les autres, Éditions Autrement, 2008, 156 pages, 17 €

Qu’il s’agisse de Mario Bros, de Lara Croft ou de Barbie, le jeu investit aujourd’hui une grande variété de supports (cartes, dessins animés, consoles de jeu), propose une foule de produits dérivés (vêtements, matériel scolaire) et sature les différents espaces culturels (télévision, cinéma, livres). Toutes les circulations sont permises. Ainsi, le jeu vidéo Pokémon est devenu peluches, figurines, cartes à jouer, dessins animés, films. Ainsi Barbie et Playmobil ont quitté leurs habits de poupée et de figurine pour devenir personnages de livres ! Pokémon, comme d’autres jeux, devient une expérience globale, un univers mondialisé, diffusant la logique ludique dans d’autres sphères de l’existence considérées comme sérieuses et investit le quotidien des enfants. Grâce à un processus de circulation, de glissements, d’adaptations, notre culture populaire contemporaine a bel et bien pris l’étoffe d’une culture ludique. Incursion dans l’empire des jeux et des jouets, cet ouvrage nous invite à découvrir les ramifications de la sphère ludique, et de plus en plus vidéoludique, qui séduit enfants, adolescents et adultes.

Gilles Brougère, professeur de sciences de l’éducation à l’université Paris-Nord, observe et essaie de comprendre les jouets depuis le début des années 1980, époque où il leur a consacré sa thèse. Ont contribué à cet ouvrage : Vincent Berry, Alexis Blanchet, Jacqueline Botterill, Pierre Bruno, Antoine Drauphagne, Stephen Kline, Matthieu Letourneux et Catherine Monnot.

 

Fabienne Brugère, Le Sexe de la sollicitude, Seuil, 2008, 183 pages, 16 €

Qui prend soin des nouveau-nés, s’occupe des enfants et des personnes âgées, opte pour les métiers de service à la personne ? Des femmes. Qui, entre une activité professionnelle et des tâches domestiques et familiales, accomplit une double journée de travail ? Encore des femmes. Qui entreprend des démarches de réinsertion sociale, fait des courses, accompagne ? Toujours des femmes…

Dès l’enfance, que nous soyons femme ou homme, on nous enseigne que les femmes ont toujours à faire avec le soin, la sollicitude : tout ce qui compose un imaginaire de mère bienveillante et d’épouse attentive. La sollicitude aurait un sexe : toujours le même. Comment sortir de cette aliénation sans mettre en péril la démarche éthique du souci des autres ?

Conjuguant avec justesse les approches de la philosophie morale, des gender studies féministes américaines et les problèmes d’actualité, Fabienne Brugère montre ici, dans cet essai audacieux et généreux, comment penser à nouveaux frais la sollicitude : valeur aujourd’hui désertée, elle peut nous amener à davantage de justice sociale. Changer la vie, tout simplement !

Philosophe, Fabienne Brugère est professeure à l’Université Michel Montaigne-Bordeaux III.

CR de Jacques Dubois sur Mediapart.

 

Fabienne Brugère & Guillaume Le Blanc (dir.), Judith Butler. Trouble dans le sujet, trouble dans les normes, PUF, 2009, 136 pages, 12 €

La philosophe américaine Judith Butler est connue en France pour avoir relancé la problématique féministe à partir d’une relecture des relations de pouvoir chez Michel Foucault. Mais son travail peut aussi être étudié sous l’angle des rapports entre sujet et normes. Comprendre l’action des normes dans la vie humaine et la vie des normes dans les actions humaines, c’est s’engager dans une double réflexion sur le pouvoir de la norme dans la vie et sur le pouvoir de la vie dans les normes. Tel est le centre de la philosophie de J. Butler. D’un côté, la norme a une efficacité pratique particulière dans la régulation des vies et des comportements, d’un autre côté, une norme n’est posée que parce qu’elle peut être contestée par la vie. L’un des enjeux de cette étude est de souligner combien, en posant des questions radicales, J. Butler s’inscrit dans la tradition philosophique d’une "relecture" comparée - ici, Hegel, Freud, Foucault.

Fabienne Brugère est professeur de philosophie à l’Université de Bordeaux III, codirectrice de la collection « Lignes d’art » aux PUF. Elle est notamment l’auteur de Le goût. Art, passion et société (PUF, 2000), L’expérience de la beauté (Vrin, 2006) et Le sexe de la sollicitude (Seuil, 2008). Guillaume Le Blanc est professeur de philosophie à l’Université de Bordeaux III, codirecteur de la collection « Pratiques théoriques » aux PUF, membre du comité de rédaction des revues Esprit et Raison publique. Il est l’auteur aux PUF de Canguilhem et les normes (1998) et de La vie humaine (2002).

Sommaire sur le site de l’éditeur

 

Judith Butler, Ces corps qui comptent. De la matérialité et des limites discursives du « sexe », trad. Charlotte Nordmann, Éditions Amsterdam, 2009, 256 pages, 24  €

[éd. orig. : Bodies that Matter. On the discursive Limits of “Sex”, Routledge, 1993]

Judith Butler opère dans Ces corps qui comptent une reformulation de ses vues sur le genre en répondant aux interprètes de son précédent livre, qui y voyaient l’expression d’un volontarisme (on pourrait « performer » son genre comme on joue un rôle au théâtre, on pourrait en changer comme de chemise) et d’un idéalisme (le genre ne serait qu’une pure construction culturelle ou discursive, il n’y aurait pas de réalité ou de substrat corporel derrière le genre). Selon l’auteure, la prise en compte de la matérialité des corps n’implique pas la saisie effective d’une réalité pure, naturelle, derrière le genre : le sexe est un présupposé nécessaire du genre, mais nous n’avons et n’aurons jamais accès au réel du sexe que médiatement, à travers nos schèmes culturels. Autrement dit, le sexe, comme le genre, constitue une catégorie normative, une norme culturelle, donc historique, régissant la matérialisation du corps. Il importe dans cette perspective de souligner que le concept de matière a une histoire, et qu’en cette histoire sont sédimentés des discours sur la différence sexuelle. Or, si certains corps (par exemple les corps blancs, mâles et hétérosexuels) sont valorisés par cette norme, d’autres (par exemple les corps lesbiens ou noirs) sont produits comme abjects, rejetés dans un dehors invivable parce qu’ils ne se conforment pas aux normes. À travers une reprise critique du concept foucaldien de « contrainte productive », Judith Butler va, loin de tout volontarisme, s’efforcer de ressaisir la façon dont les corps, informés par des normes culturelles, peuvent défaire ces normes et devenir le lieu d’une puissance d’agir transformatrice. Cette réflexion sur la matérialité des corps et les limites discursives du sexe est donc indissociablement épistémologique et politique.

Judith Butler enseigne à l’université de Californie (Berkeley). Elle est entre autres l’auteure de Trouble dans le genre (La Découverte), du Pouvoir des mots (Éditions Amsterdam), d’Humain, inhumain : le travail critique des normes (entretiens, Éditions Amsterdam) et de Défaire le genre (Éditions Amsterdam).

 

 

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Sophie cadalen, Les Femmes de pouvoir - Des hommes comme les autres ?, Seuil, 2008, 174 pages, 15 €

De nombreuses femmes occupent aujourd’hui des fonctions de pouvoir. En dépit du consentement général à la parité, leur présence dans ces sphères reste vécue comme une incongruité : une femme de pouvoir, c’est une concurrente illégitime pour les hommes − pour les autres femmes, elle a trahi sa féminité. Pourquoi cette méfiance ? Malmenant une rassurante répartition des rôles entre les sexes, les femmes qui accèdent au pouvoir bouleversent les identités féminine et masculine. On les dit « phalliques », comme si elles avaient adopté le sexe mâle, comme si leur désir inavoué était de s’en emparer. Or la féminité la plus affirmée peut aussi être phallique. Quant à la maternité, elle pourrait bien être le phallus féminin suprême. Explorant les figures de femmes phalliques, ce livre démasque les différents visages du pouvoir, les fantasmes qui le conjuguent au masculin et le redoutent au féminin. Un plaidoyer vigoureux pour se défaire des images qui collent à nos identités et nous emprisonnent dans des caricatures sexuées de nous-mêmes.

Sophie Cadalen est psychanalyste et romancière, spécialisée dans l’étude et le traitement les comportements sexuels. Elle a publié Le Divan, Les Autres (Blanche), Tu meurs (Le Cercle), Les Femmes de pouvoir (Seuil), Inventer son couple (Eyrolles), Rêves de femmes (Leduc), L’Autre et moi (Michel Lafond).

CR d’Antoine Aubert sur nonfiction.fr

 

Sophie Cadalen, Double vie, Roman, Éditions Blanche, 2008, 165 pages, 16€

Échangisme, faux semblants, questionnement des genres, autant de thèmes que Sophie Cadalen aborde dans ce roman. Récit à deux voix, il se compose, d’une part, des confidences d’Antoine − réalisateur et bon père de famille − à une femme assez mystérieuse, qui les a retranscrites dans un livre. D’autre part, des impressions de cette femme sur cette curieuse confession. On y découvre la façon dont Antoine a peu à peu exploré les voies de la sexualité extraconjugale. D’abord en fréquentant les boîtes échangistes. Ensuite, en faisant l’expérience inattendue de sa féminité, révélée par une femme rencontrée à l’occasion d’une soirée. Si cet éveil à une sexualité féminine où l’érection devient pour lui secondaire (puisqu’il fait l’amour sans s’en préoccuper) n’est pas des plus crédibles, l’intrigue générale n’en demeure pas moins captivante. De par la façon dont Antoine vit ses contradictions (tiraillé entre ses désirs et l’envie d’être un père responsable et un mari exemplaire) et de par l’émoi que provoque en lui chaque nouvelle transgression. Car c’est bien cette rupture entre ces deux facettes d’une existence qui fait tout l’intérêt de cette Double vie.

Sophie Cadalen est psychanalyste et romancière, spécialisée dans l’étude et le traitement les comportements sexuels. Elle a publié Le Divan, Les Autres (Blanche), Tu meurs (Le Cercle), Les Femmes de pouvoir (Seuil), Inventer son couple (Eyrolles), Rêves de femmes (Leduc), L’Autre et moi (Michel Lafon).

 

Norbert Campagna, Prostitution et dignité, Éditions de La Musardine, 2008, 276 pages, 16 €

Si les uns envisagent la prostitution comme un lieu d’affirmation de soi, d’autres y voient le lieu suprême de l’humiliation. Là où certains veulent la faire reconnaître comme un métier respectable, les autres s’opposent farouchement à toute reconnaissance légale de ce qu’ils estiment être une forme d’esclavage. Pour les uns, les clients des personnes prostituées ne font rien de mal, pour les autres, ils doivent faire l’objet de poursuites pénales. Qui a raison? En tenant compte des multiples visages de la prostitution et sans nier l’exploitation dont sont victimes de nombreuses personnes prostituées, Norbert Campagna tente de cerner la prostitution à partir du point de vue de la philosophie morale, en insistant surtout sur la possibilité de concilier prostitution, dignité et liberté.

Norbert Campagna est docteur en philosophie. Il est professeur-associé l’Université du Luxembourg. Auteur de 18 livres consacrés surtout à des questions de philosophie pratique, son dernier ouvrage est La Souveraineté. De ses limites et de ses juges (Presses Universitaires de Laval/Québec, 2008).

CR rapide de François Xavier, sur Le Mague, décembre 2008.

 

Patrick Cardon, Discours littéraires et scientifiques fin-de-siècle. Autour de Marc-André Raffalovich, 2008, 318 p., 27 €.

De 1886 à 1914 paraissent les Archives d’anthropologie criminelle qui veulent révolutionner la notion de criminalité (école française de Lacassagne contre école italienne de Lombroso). Les débats sur l’homosexualité y sont particulièrement importants ; tout en donnant un aperçu sur la conception typiquement fin-de-siècle de cette sensibilité, ils mettent en avant la personnalité toute littéraire de Marc-André Raffalovich qui tenta de devenir le Magnus Hirschfeld français.

Patrick Cardon, docteur ès-Lettres et diplômé de Sciences Politiques, présente ici un ouvrage magistral, travail qu’il a actualisé depuis plus de vingt ans et qui a inspiré l’édition de nombreux textes précieux pour l’histoire culturelle des homosexualités au sein de GayKitschCamp (Question DeGenre/GKC).

CR de Nicole Edelmandans la Revue d’histoire du XIXe siècle, 37, 2008

 

Jean-Philippe Cazier (dir.), L'Objet homosexuel. Études, constructions, critiques, Éditions Sils Maria, diffusion Vrin, 2009, 224 pages, 23 €

Les textes composant ce volume s'intéressent aux sciences sociales, aux sciences humaines ainsi qu'à la philosophie, mais aussi à la littérature. Ils examinent : 1) comment ces différents domaines ont abordé l'étude de l'homosexualité ; 2) comment des études menées dans le champ des sciences humaines et sociales ou de la philosophie peuvent mobiliser des préjugés, paradigmes et problèmes aboutissant à la construction d'un certain objet (ou d'objets) homosexuel ; 3) comment cette construction, ce qu'elle présuppose et implique, peuvent être critiqués, remis en question et dépassés, par exemple avec l'introduction de nouveaux paradigmes ou à travers les études de genre ou les études queer, etc. Chacun de ces textes, de manière personnelle, examine un aspect particulier de la production de l'objet homosexuel pour en faire apparaître les limites mais aussi pour construire de nouvelles configurations. Il ne s'agit pas d'être exhaustifs mais de proposer des échantillons d'analyses portant sur des points précis et particuliers. Il nous semble que, pour l'instant, des approches plurielles et circonscrites sont plus favorables qu'une approche unitaire et totalisante à ce travail critique et d'invention – une interrogation plurielle des « objets », pour une subjectivation plurielle.

Poète, philosophe et traducteur, Jean-Philippe Cazier (1966) est aussi membre du comité de rédaction de la revue Chimères et directeur de publication aux éditions Sils Maria.

Jean-Philippe Cazier, L’objet homosexuel : de l’objet au sujet ? ; Samuel Minne, Le militantisme critique : la reconstruction de l’homosexualité par les sciences humaines ; Samuel Lézé, François Masure, Homosexualité, ordre symbolique et anthropologie : analyse d’une controverse ; Gonzague de Larocque, Naissance du concept d’homosexualité ; Alexis Annes, Constructivisme social et théorie queer : vers une double approche de l’objet homosexuel en sociologie ; Alain Ducousso-Lacaze, Que nous dit l’homoparentalité de l’homosexualité ? Une approche psychanalytique ; Patrice Vibert, L’objet homosexuel et l’identité : deux impensés de la psychanalyse ; Stéphane Nadaud, Ni homo, ni hétéro : l’homosexualité existe-t-elle encore ? ; Rommel Mendès-Leite, Sciences sociales : l’importance du sens et du contexte ; Christophe Broqua, Une découverte scientifique récente : l’homosexualité en Afrique ; Gabriel Girard, De quel homosexuel parle la prévention du sida ? La question du « bareback » ; Christophe Premat, Les réactions à l’égard de l’homosexualité : l’apport de la sociologie béhavioriste ; Lionel Thelen, Laud Humphreys et la controverse de « Tearoom Trade » ; Pierre Verdrager, Retour sur « L’homosexualité dans tous ses états » ; Eric Chaux, Le déni d’existence ou le syndrome « Fadigati » ; Colin Giraud, Les « quartiers gays » : un nouvel objet sociologique ? ; Frédéric Vincent, La socialité dionysiaque au cœur de la tribu homosexuelle. Une intuition de Michel Maffesoli ; Natacha Chetcuti, Les normes conjugales selon l’identification du sexe/genre et le contexte socio-sexuel ; Cécile Voisset-Veysseyre, De l’afemme, ou la fin de l’objet homosexuel comme catégorie de sexe ; Marlène Benquet, L’Eutopie homosexuelle ; Patrick Cardon, La bataille du « genre » ; Massimo Prearo, D’une problématique existentialiste dans l’abord de l’homosexualité.

 

Cécile, TransMutation, Paris, Éditions Bénévent, 2009, 254 pages, 19 €

Un jour secrétaire, un autre prostituée, l’auteur raconte avec humour la métamorphose d’un pitchoun Niçois efféminé, timide et complexé en une turbulente jeune femme avide de plaisirs interdits. Ingurgitant pêle-mêle alcools et stupéfiants sur des airs de disco ou de techno elle cherchera désespérément le Grand Amour à Nice, Saint-Tropez, Marseille ou Ibiza. Que se serait-il passé si « il » n’avait pas rencontré ses violeurs à l’âge de 20 ans, si sa route n’avait pas croisé celle de Son Homme, si « elle » avait dit non aux hormones et non à la drogue ? Aurait-elle prospéré mieux ou moins bien sous son ancienne identité plutôt que de vivre dans le péché ?

À toutes ces questions qu’elle repoussait d’une griserie, d’un verre d’alcool, d’un coup de bite, d’un fix ou d’un ecstasy, Cécile ose répondre en racontant avec autodérision ses joies comme ses peines sans aucune fausseté et encore moins de pudeur.

 

Brigitte Célier, Maman, Mamour, ses deux mamans. Grandir dans une famille homoparentale, Éditions Anne Carrière, 2008, 197 pages, 17 €

1985 : Deux jeunes femmes s'aiment et désirent fonder une famille. Mais comment ?

2006 : Leur fille a maintenant vingt ans. Elle est belle, heureuse... et bien armée pour la vie.

Entre-temps, il aura fallu aux deux mères beaucoup d'intelligence, de courage et d'amour pour faire face, jour après jour, à son éducation dans une situation socialement inhabituelle. Entre émotion et réflexions, l'auteure nous offre le témoignage d'une expérience parentale singulière, finalement toute simple, simple comme tout ce qui est vrai.

Brigitte Célier est née à Clermont-Ferrand, en 1953. Elle travaille comme psychologue au sein de l'Institut national de la formation de la police nationale.

Extrait. Depuis quelques mois que nous nous connaissons, les trajets hebdomadaires Paris-Clermont-Ferrand nous pèsent, mais nous n'envisageons pas de démissionner de notre travail, en ayant comme seul objectif de vivre ensemble. Nous souhaitons nous retrouver sur un projet qui nous engage l'une et l'autre, l'une envers l'autre. Les heures passées dans le train nous laissent le temps de réfléchir aux possibles stratégies de rapprochement géographique. Au cours des vacances, nous avons agité plusieurs fois l'idée de partir pour une mission humanitaire et nous devons nous renseigner dès la rentrée auprès de plusieurs ONG pour trouver celles qui nous permettraient de partir ensemble. Nous rentrons donc de vacances et attendons sans impatience notre tour au péage lorsque je me décide : « Si tu avais le choix entre partir dans je ne sais quel pays soigner des enfants et en faire un, qu'est-ce que tu choisirais ? » La réflexion est rapide mais la réponse sibylline : « Pour moi, c'est clair. Et toi ? » Si je n'ai aucun doute sur mon désir, j'hésite à l'exprimer. Nous n'avons encore jamais abordé le sujet bébé. Le risque existe donc que nous ne soyons pas sur la même longueur d'onde. Je sens que ma déception serait immense et que notre amour naissant pourrait en vaciller. Je laisse donc le silence s'installer entre nous, mais l'avenir m'apprendra qu'à ce petit jeu je ne suis jamais gagnante, puisque c'est toujours moi qui dois me risquer à parler en premier.

 

François Chaignaud, L’Affaire Berger-Levrault. Le féminisme à l’épreuve (1897-1905), 2009, PU de Rennes, 268 pages, 18 €.

En 1901, lors d’une grève des compositeurs à l’imprimerie Berger-Levrault à Nancy, quelques femmes membres du Syndicat des femmes typographes viennent occuper des postes laissés vacants par les grévistes. L’étude de cette affaire permet de s’interroger sur la constitution des identités militantes et éclaire, depuis son intérieur, les complexités et les paradoxes du mouvement féministe en France à travers l’une de ses inspiratrices charismatiques : Marguerite Durand. Grâce au dépouillement de sources inédites et à la relecture des archives féministes et syndicales, ce récit livre un journal détaillé des différentes étapes de l’affaire Berger-Levrault et en restitue la diversité des significations.

François Chaignaud a soutenu un master d'histoire contemporaine à l'université Paris-X Nanterre en 2007, sous la direction de Nicole Edelman. Il poursuit des recherches sur l'histoire du genre et des jaunes. Diplômé du Conservatoire national supérieur de danse de Paris, il mène, en parallèle de son travail d'historien, une carrière de danseur et de chorégraphe.

Sommaire et introduction sur le site de l’éditeur

 

Catherine Chalier, Transmettre de génération en génération, Buchet Chastel, 2008, 276 p.

En Occident, la transmission est en crise et les générations nouvelles semblent parfois abandonnées à leur sort. Du passé, on voudrait faire table rase au nom de la liberté, du goût du risque et de la quête de la vérité. Pourtant, pour que l’humain s’arrache à l’abîme, ne reste-t-il pas une parole à entendre, notamment dans les grands textes anciens dont l’Europe est l’héritière ? Revenant aux sources grecques, juives et chrétiennes, Catherine Chalier examine quelques-uns des actes de la transmission : raconter, expliquer et démontrer, endoctriner, informer, écouter, désirer et, enfin, témoigner. Elle montre que d’une génération à l’autre peut se transmettre une parole vive, porteuse d’espérance, consciente du tragique de l’histoire. Une parole qui humanise.

Catherine Chalier enseigne à l’université de Paris-X Nanterre. A la suite d’Emmanuel Levinas, elle explore le lien entre la philosophie et la tradition hébraïque de la pensée. Elle cherche à montrer comment l’interrogation de cette dernière renouvelle l’approche de questions importantes (la nature, l’histoire, l’éthique, les émotions).

Introduction à lire sur le site de l’éditeur.

 

Leslie T. Chang, La Fabrique des femmes. Du village à l’usine : deux jeunes chinoisesracontent, traduit par FlorenceLa Bruyère, Belfond, 2009, 468 pages, 22 €

Comme cent trente millions de Chinois, Min et Chunming sont « travailleuses migrantes ». Pendant trois ans, la journaliste Leslie Chang a suivi ces deux gamines débarquées de leur campagne pour travailler à Dongguan, mégalopole industrielle du delta de la rivière des Perles. Reportage, journal intime, mais surtout plongée dans le monde des « cités-usines » tentaculaires vues à travers les yeux des ouvrières. Des conditions de vie brutales, des journées harassantes pour une centaine de yuans par mois, une extrême solitude, mais aussi la conquête éperdue d'opportunités que la vie au village n'aurait jamais pu leur offrir : elles apprennent l'anglais avec la « Méthode d'apprentissage à la chaîne de M. Wu », recopient frénétiquement des listes, des douze principes moraux de Benjamin Franklin aux cinq règles d'or pour appliquer de l'ombre à paupières. L'ambition, la ténacité, la soif de liberté, la volonté forcenée de se réinventer animent ces « émigrées de l'intérieur », à l'image de la Chine tout entière, emportée au rythme d'immenses migrations qui sous-tendent son histoire et, en contrepoint, celle, emblématique, de la famille de Leslie Chang.

Diplômée de l'université Harvard avec les félicitations du jury en 1991, Leslie T Chang a été correspondante pour le Wall Street Journal à Hong Kong, à Taïwan puis en Chine. De parents chinois, élevée aux États-Unis, elle a passé plusieurs années à Pékin et a beaucoup voyagé dans le pays, sur les traces de sa famille.

CR de Bernard Mialaret, sur Rue89.com, mai 2009, «  La fabrique des femmes  », portrait des artisans du miracle chinois

 

Sylvie Chaperon, La Médecine du sexe et les femmes. Anthologie des perversions féminines au XIXe siècle, Éditions La Musardine, 2008, 200 pages, 14,50 €.

C’est au XIXe siècle que les médecins élaborent une première sexologie scientifique, nourrie d’observations de cas pathologiques. Aliénistes, criminologues et experts auprès des tribunaux interrogent leurs malades ou les prévenus sur les détails de leur vie sexuelle afin de déterminer un pronostic ou leur degré de responsabilité.

Or, la très grande majorité des observations connues concerne les hommes et la plupart des études historiques sur la science de la sexualité s’arrête aussi à eux. Pour la première fois, une anthologie se propose donc de rassembler des textes représentatifs du savoir médical de l’époque sur la sexualité des femmes. Onanisme, érotomanie, fétichisme ou saphisme, ce recueil d’observations particulièrement édifiantes, marquantes ou cocasses intéressera aussi bien les curieux que les érudits. Une anthologie indispensable, à l’heure où les sexualités font tant débats, et qui montre aussi la forte opposition des médecins à l’idée d’égalité sexuelle.

Sylvie Chaperon est maîtresse de conférences en histoire, spécialiste d’histoire du genre et de la sexualité, elle enseigne à l’Université de Toulouse 2.

 

Sylvie Chaperon, Les Origines de la sexologie, 1850-1900, Éditions Louis Audibert, 2007, 287 pages, 22 €

Normal ou déviant ? En matière de sexualité, l’Église a longtemps tracé la frontière entre comportements licites et conduites « contre nature ». C’est au milieu du XIXe siècle que des médecins, s’inspirant de Claude Bernard, commencent à élaborer une physiologie de la volupté qui se veut détachée de tout interdit religieux, mais qui bien souvent les sécularise. Les uns, simples praticiens, écrivent des guides pratiques destinés aux couples, dans lesquels ils vantent les plaisirs réguliers du mariage. Les autres, psychiatres, neurologues et criminologues, s’efforcent d’expliquer les « déviations maladives de l’instinct génésique » qu’ils observent chez des patients internés dans les asiles, ce qui les conduit à envisager la sexualité en dehors des lois de la reproduction. Le maître incontesté de cette « psychopathologie sexuelle » est l’aliéniste viennois Richard von Krafft-Ebing. Mais des savants français y contribuent aussi de façon décisive. Ce livre explore leurs théories et l’ordre sexuel qu’elles définissent, notamment en fonction de la hiérarchie des sexes. Des théories qui sont remises en question dès la fin du siècle, d’abord par des psychologues, puis par des mouvements militants, néo-malthusien, féministe et homosexuel, dont les critiques aboutiront à la naissance de la sexologie.

Sylvie Chaperon est maîtresse de conférences en histoire, spécialiste d’histoire du genre et de la sexualité, elle enseigne à l’Université de Toulouse 2.

CR Anne-Claire Rebreyend sur Genre et Histoire

CR de Lionnel Labosse sur Altersexualite.com

 

Gayatri Chakravorty Spivak, Les Subalternes peuvent-elles parler ?, traduction de Jérôme Vidal, Éditions Amsterdam, 2009, 110 pages, 12,35 €

Voici, pour la première fois en français dans une traduction rigoureuse, accessible à un large public, un des textes de la critique contemporaine et des études postcoloniales les plus discutés dans le monde depuis vingt-cinq ans. Texte problématique et polémique, à l’écriture vigoureuse, il a démontré depuis sa première publication, par le nombre de commentaires, de critiques et de recherches qu’il n’a cessé de susciter, une productivité peu commune, qui n’a d’égale peut-être dans son domaine que celle des écrits d’Edward Saïd et de Homi Bhabha.

« En suivant un parcours nécessairement sinueux, cet essai partira d’une critique des efforts déployés actuellement en Occident [notamment par Gilles Deleuze et Michel Foucault] visant à problématiser le sujet, pour aboutir à la question de la représentation du sujet du Tiers-Monde dans le discours occidental. Chemin faisant, l’occasion me sera donnée de suggérer qu’il y a en fait implicitement chez Marx et Derrida un décentrement du sujet plus radical encore. J’aurai de plus recours à l’argument, qui surprendra peut-être, selon lequel la production intellectuelle occidentale est, de maintes façons, complice des intérêts économiques internationaux de l’Occident. Pour finir, je proposerai une analyse alternative des rapports entre les discours de l’Occident et la possibilité pour la femme subalterne de parler (ou la possibilité de parler en son nom). Je tirerai mes exemples spécifiques du cas indien, à travers la discussion approfondie du statut extraordinairement paradoxal de l’abolition par les Britanniques du sacrifice des veuves. » (G. C. S.)

Gayatri Chakravorty Spivak est directrice de l’Institute for Comparavative Literature and Society de Columbia University. Elle a traduit en anglais Derrida et a dirigé avec Ranajit Guha une anthologie, préfacée par Edward Said, des écrits de l’école historique indienne des subaltern studies ; et elle est l’auteure, notamment, de In Other Worlds. Essays in Cultural Politics ; Outside in the Teaching Machine ; A Critique of Postcolonial Reason : Toward a History of the Vanishing Present ; Death of a Discipline ; et de Other Asias.

 

Sébastien Chauvin, Laure Bereni, Alexandre Jaunait, Anne Revillard, Introduction aux Gender Studies. Manuel des études sur le genre, de Boeck université, 2008, 248 pages, 19,50 €

Pourquoi offre-t-on des poupées aux filles et des voitures aux garçons ? Pourquoi les femmes gagnent-elles moins que les hommes ? Comment expliquer qu’elles effectuent les deux tiers du travail domestique ? Pourquoi est-ce si mal vu pour un homme d’être efféminé ? Le pouvoir est-il intrinsèquement masculin ? Il s’agit là de quelques-unes des nombreuses questions auxquelles s’intéressent les études sur le genre, devenues depuis une trentaine d’années non seulement un champ de connaissances, mais aussi un outil d’analyse incontournable en sciences humaines et sociales. Au-delà de la variété des phénomènes étudiés, l’ouvrage souligne plusieurs partis pris essentiels des études sur le genre : les différences entre femmes et hommes sont le résultat d’une construction sociale et non pas le produit d’un déterminisme biologique ; l’analyse ne doit pas se limiter à l’étude « d’un » sexe, mais porter sur leurs relations ; le genre est un rapport de domination des hommes sur les femmes, dont les modalités et l’intensité sont sans cesse reconfigurées.

Laure Bereni, auteure d’une thèse de doctorat en science politique sur la parité (université Paris I - Panthéon-Sorbonne), est post doctorante à l’Institut des Sciences sociales du Politique (ISP - CNRS). Sébastien Chauvin, docteur de l’EHESS et maître de conférences en sociologie à l’université d’Amsterdam, a enseigné de 2003 à 2006 les études sur le genre à l’université de Chicago. Alexandre Jaunait, docteur en science politique de l’IEP de Paris et maître de conférences à la Faculté de droit et des sciences sociales de l’université de Poitiers, enseigne les études sur le genre au premier cycle Amérique latine, Espagne, Portugal, de l’IEP de Paris. Anne Revillard, auteure d’une thèse de doctorat sur les politiques de promotion du statut des femmes (ENS Cachan), est maîtresse de conférences en sociologie à l’université Paris XIII - Villetaneuse.

Sommaire

 

Jean-Michel Chaumont, Le Mythe de la traite des blanches. Enquête sur la fabrication d’un fléau, 2009, La Découverte, 324 pages, 26 €

Enlèvement et séquestration de jeunes innocentes, prostitution et esclavage sexuel, réseaux criminels internationaux : depuis plus d’un siècle, la « traite des blanches » est considérée comme un véritable fléau. Le « Comité spécial d’experts » de la Société des Nations est crédité d’avoir scientifiquement prouvé l’existence de ce phénomène – les militants anti-traite et les historiens contemporains font toujours référence à son œuvre fondatrice (1924-1927).

Jean-Michel Chaumont a analysé les 20 000 pages d’archives de ce Comité. Et elles révèlent une réalité plus effroyable encore, mais pas celle qu’on croyait. En effet, son livre analyse les opérations intellectuelles auxquelles les experts ont procédé pour fabriquer de toute pièce un fléau en travestissant les résultats de leur propre enquête. Il examine minutieusement comment les experts, portés par leur croisade morale, ont manipulé données, documents et chiffres pour parvenir à leurs fins : prouver l’existence de la traite de femmes étrangères et la responsabilité de la réglementation de la prostitution dans cet état de fait, et obtenir la mise en place de politiques liberticides de répression et de surveillance. Ce faisant, ils ont durablement occulté et aggravé les conditions de vie déjà très difficiles des prostituées candidates à l’émigration, aujourd’hui comme hier. Sans même parler de l’amalgame qu’ils ont validé entre traite des noirs et traite des blanches, qui ouvrait la voie à une véritable banalisation des traites négrières et de l’esclavage.

Plus généralement, Jean-Michel Chaumont interroge la question - politique et scientifique - des mécanismes d’élaboration de l’expertise sociale et de la responsabilité des sociologues dans la « construction sociale de la réalité ».

Jean-Michel Chaumont, chercheur au Fonds national de la recherche scientifique belge et professeur de sociologie historique à l’Université de Louvain, est notamment l’auteur de La Concurrence des victimes. Génocide, identité, reconnaissance (La Découverte, 1997, 2002)

Présentation et sommaire sur le site de l’éditeur

 

Milena Chimienti, Prostitution et migration. La dynamique de l'agir faible, 2009, 400 pages, Euro 33 €

Au travers de l'étude de la prostitution de migrantes en Suisse, Milena Chimienti analyse la manière dont les personnes survivent dans une situation de vulnérabilité, autrement dit un agir que l'on peut qualifier de faible. Le thème de la prostitution est également utilisé comme révélateur de la manière qu'ont les politiques publiques de gérer la marginalité et, ainsi, de la morale rattachée à cette question. Enfin, la prostitution de migrantes sert de révélateur du changement social : d'une part parce qu'elle montre comment les politiques s'adaptent à la marginalité; d'autre part, parce qu'elle illustre les réactions (des individus, des intermédiations associatives et des acteurs économiques) engendrées par les réponses structurelles. Cette étude est basée sur une large et minutieuse enquête de terrain menée auprès des travailleuses du sexe migrantes (exerçant dans des cabarets, des bars à champagne et des salons de massage), des acteurs associatifs, économiques et des représentants des autorités.

Docteure en sociologie et diplômée en santé publique, Milena Chimienti a travaillé durant sept ans au Forum Suisse pour l’Étude des Migrations et de la Population (rattaché à l’Université de Neuchâtel) avant d’être chargée d’enseignement au Département de sociologie de l’Université de Genève. Elle est depuis 2008 maître-assistante (lecturer) en sociologie à la City University à Londres.

 

Pierre Choderlos de Laclos, Traité sur l’éducation des femmes, Pocket, coll. "Pocket Agora", Annie Collognat-Barès (présentation), 2009, 205 pages, 6,80 €

Au XVIIIe siècle, la réflexion sur l’éducation passionne les Lumières. On se plaît à dénoncer tous les obscurantismes, on encourage la vulgarisation des connaissances afin de donner à chacun les moyens d’assumer sa liberté. Un beau programme pour les hommes, mais qu’en est-il des femmes ? Laclos entend lier le problème de la condition de la femme à celui de son éducation. En 1783, propulsé sur le devant de la scène par le succès d’un roman « sulfureux », Les Liaisons dangereuses, il exprime son point de vue provocateur : « il n’est aucun moyen de perfectionner l’éducation des femmes ». Deux autres essais viendront compléter une analyse dont les arguments étonnent souvent, au gré de prises de position paradoxales entre une vision traditionnelle et un engagement « moderne » pour défendre l’émancipation féminine. On trouvera ici réunis ces trois textes qui n’ont été publiés qu’au XXe siècle, accompagnés d’un dossier sur le statut des femmes au XVIIIe siècle et sur leur place dans la société, vue par les contemporains de Laclos.

Pierre Choderlos de Laclos, (1741-1803)

Annie Collognat-Barès, ancienne élève de l’École normale supérieure, agrégée de lettres classiques, est professeur de latin et de grec en lettres supérieures au lycée Victor-Hugo à Paris.

 

Pascale Choquet, Ginette Verbrugghe, Yveline Nicolas, Françoise Gaspard (dir.), Genre et développement. Les acteurs et actrices des droits des femmes et de la solidarité internationale se rencontrent et échangent sur leurs pratiques, Éditions de l’Harmattan, 2008, 268 pages, 24,50€

La globalisation économique a des répercussions directes sur la place des femmes dans l’économie et la société. Presque partout dans le monde, mais plus encore dans les pays en voie de développement, l’inégalité entre les hommes et les femmes est manifeste. Les femmes accusent un retard dans de nombreux domaines comme l’éducation, l’accès aux soins, l’emploi ou l’espace politique. Comment les inégalités entre hommes et femmes peuvent-elles être des freins au développement des sociétés ? Comment prendre en compte les rapports sociaux entre femmes et hommes dans les projets de coopération internationale ? Les femmes et les hommes de terrain, qu’ils soient membres de réseaux de développement, militants politiques ou responsables de projets rencontrent des difficultés similaires renforcées par le manque d’outils ou de compétences spécifiques. Ce colloque s’est construit sur le vécu et l’expérience d’associations régionales intégrant dans leurs actions la dimension Genre. Des intervenants d’Afrique, d’Amérique latine, d’Asie et d’Europe, ont participé à deux jours de débats particulièrement riches. Ce fut l’occasion pour les associations engagées dans la solidarité internationale et les droits des femmes de se rencontrer, de partager leurs expériences et d’interpeller sur les enjeux fondamentaux de l’égalité entre hommes et femmes dans le développement économique et social aussi bien dans les pays dits du Sud que ceux du Nord

Sommaire

 

Véronique Cocardon, Après coups. Seule face à la violence conjugale, (2008), J'ai lu, 2009, 157 pages, 4,80 €

Lorsque Véronique rencontre Sébastien, c'est le coup de foudre. Une histoire d'amour comme il y en a d'autres, pleine de tendresse et d'espoir dans l'avenir. Jusqu'au jour de la première gifle, suivie d'un coup de poing, d'un autre... Pendant trois ans, Véronique sera régulièrement battue par son compagnon, obligée de cacher son corps tuméfié, n'osant avouer à personne l'enfer de son quotidien. L'homme violent demande pardon, pleure, supplie, puis, infailliblement, recommence. Comment une femme, au XXIe siècle, peut-elle se soumettre à la violence ? Ce témoignage bouleversant révèle pourquoi la souffrance, la culpabilisation, la peur, la honte provoquent un engrenage... parfois mortel.

 

Isabelle Clair, Les Jeunes et l’amour dans les cités, Armand Colin, 2008, 303 pages, 20 €.

Dans le cadre d’une enquête dans quatre « cités » de la banlieue parisienne, une soixantaine de filles et de garçons, âgés de 15 à 20 ans, racontent leur entrée dans la vie amoureuse, ses déboires et ses félicités. L’étude de leurs relations amoureuses permet de restituer sous les faux-semblants une réalité complexe, faite aussi de femmes et de filles, et du même coup de sortir ces dernières de leur rôle nécessairement secondaire (victimes des garçons/hommes, violées, voilées, recluses). Ce livre qui restitue largement la parole des jeunes eux-mêmes interroge une domination masculine aussi certaine qu’ambiguë. Le grand mérite de l’auteure est de s’inscrire en faux contre l’habitude prise de ne décliner les « jeunes des cités » qu’au masculin, en capuches, baskets et machisme assorti. Elle apporte un démenti à toute une série d’approches, politiques, médiatiques et le cas échéant sociologiques qui tirent parti de cette domination masculine affichée pour stigmatiser deux fois les banlieues, et spécialement les milieux issus de l’immigration : en caricaturant les garçons, en niant les filles.

Isabelle Clair est sociologue au laboratoire « Genre, Travail, Mobilités » du CNRS, Université Paris 8. Elle est la co-auteure de L’Injustice ménagère, paru chez Armand Colin, en 2007.

CR de Julien Beaugé sur le site Liens-socio.org, 15/10/2008.

 

Collectif, Mon corps est un champ de bataille, tome 2, Éditions Ma colère, 2009, 208 pages, 10 €

Mon corps est un champ de bataille, paru en octobre 2004, questionnait une certaine représentation du corps des femmes dans nos sociétés occidentales. Il a été le support de nombreux échanges et partages d’expériences. Nous proposions une analyse de certains impacts de la représentation du corps des femmes dans nos sociétés occidentales. Standards de beauté, culte de la minceur et de la jeunesse, racisme, etc. ancrent profondément dans le vécu corporel des femmes des modèles d’identification étroits et peu soucieux du bien-être de chacune. Partant de la question du rapport au corps que les femmes peuvent développer dans une culture violente à l’égard de ce corps, nous avons proposé nos propres histoires : par le texte et par l’image. Comment exprimer nos vécus corporels, les logiques conflictuelles qui font parfois de nos corps des “champs de bataille” ou au contraire des espaces de liberté ? Douleur, plaisir, mémoire s’installent sur un terrain en friche, parfois laminé de violences, mais sont autant d’éléments par lesquels construire un corps possible et confortable.

Préface et contributrices sur le site de l’éditeur

 

Colette Cosnier, Les Dames de Femina. Un féminisme mystifié, 2009, PU de Rennes, 310 pages, 20 €

Surle mouvement féminin contemporain, l’influence de Femina fut considérable et fit dire tout de suite à nos femmes, à nos sœurs, aux jeunes filles : – c’est mon journal ! » Ainsi, en 1907, un académicien salue ce magazine féminin, abondamment illustré, volontiers snob et très mondain, auréolé d’une réputation (incontestable) de modernisme, et (beaucoup plus surfaite) de féminisme qui parut régulièrement de 1901 à 1914. On y célèbre les suffragettes anglaises, les écrivaines, les avocates, on admire les pionnières dans tous les domaines, on décerne des prix de poésie, on photographie les aviatrices, Mme Curie, ou des cow-girls texanes, mais… on n’y aime rien tant que les femmes cultivant les vertus conjugales et familiales. À ses lectrices, Femina tend un miroir et propose aussi un modèle. Les « dames de Femina » se conforment au mythe de l’Éternel Féminin mais sont confrontées aux questions que posent les exemples venus de l’étranger et les usages nouveaux aussi bien en matière d’éducation qu’en politique, en sport ou dans le monde du travail. Témoin d’un temps où la condition féminine amorce un changement, Femina est un document pour l’histoire des femmes à la Belle Époque, une source trop peu exploitée jusqu’à présent pour l’histoire du féminisme et de ses variantes.

Colette Cosnier a enseigné la littérature générale et comparée à l'université Rennes 2 et à l'université du Maine. Elle consacre ses recherches aux femmes du XIXe siècle et a publié des romans, les biographies de Marie Bashkirtseff, Louise Bodin, Marie Pape-Carpantier et Henriette d'Angeville et un essai, Le Silence des filles. De l'aiguille à la plume.

Table des matières sur le site de l’éditeur

 

Baptiste Coulmont avec Irène Roca Ortiz, Sex-shops. Une histoire française. Paris, Dilecta, 2007, 264 pages, 18 €

A l’automne 1970, journalistes, députés et policiers s’interrogent. Dans la foulée de mai 68, une nouvelle pathologie sociale semble contaminer la France : l’invasion des sex-shops. Leurs visées répressives finissent par créer un type de magasins particuliers aux vitrines opacifiées : interdits aux mineurs, spécialisés dans la pornographie, contrôlés par la police. Magasins ridicules ? Abcès urbains ? Lieux de regroupement de pervers ? Les sex-shops sont dénoncés par des groupes politiques locaux qui obtiennent rapidement le soutien de la loi. A l’intérieur des magasins, le travail des vendeurs obéit à d’autres règles : il faut classer les DVD, nettoyer les cabines, conseiller les clients mais respecter leur volonté d’anonymat. A la fois enquête sociologique et histoire des sex-shops, ce livre raconte comment un monde spécifique s’est progressivement construit, façonné par ses acteurs (entrepreneurs, vendeurs, fabricants) comme par ses détracteurs (élus, associations, riverains). Un monde en voie de disparition ? La mode des sex toys, la vente par correspondance et sur Internet ou l’ouverture de sex-shops « féminins » font en tout cas imploser un groupe qui n’avait guère d’unité.

Baptiste Coulmont est sociologue, maître de conférences à l’Université Paris 8. Ses travaux concernent les religions et les sexualités.

CR d’Igor Martinache sur liens-socio.org

Extrait sur le site homme-moderne.org

Entretien avec l’auteur sur le site lemague.net

Présentation sur le site de l’auteur

 

Nathalie Coulon, Geneviève Cresson (dir), La Petite enfance. Entre familles et crèches, Entre sexe et genre, L’Harmattan, 2008, 234 pages, 23 €

Comment perçoit-on les différences entre filles et garçons dans les premiers âges de leur vie ? Les pères s’impliquent-ils davantage aujourd’hui auprès de leurs bébés ? Quelle différenciation des rôles féminin et masculin, maternel et paternel, véhicule-t-on dans la littérature spécialisée ?

L’ambition de ce livre est d’apporter des éléments de réflexion utiles tant à la discussion scientifique qu’aux interrogations des professionnelles, des formateurs et formatrices, de toutes celles et tous ceux qui souhaitent développer les liens entre pratiques de recherche et prise en charge des jeunes enfants.

A partir des contributions de professionnelles de la petite enfance et de chercheuses en sciences humaines et sociales, on essaiera de comprendre : - pourquoi les adolescentes estiment souhaitable d’inciter les petits garçons à jouer à la poupée à l’exception de leurs propres futurs fils ; - comment le temps que les pères passent avec leurs enfants est à la fois rare et paré de toutes les vertus ; - pourquoi la volonté d’encourager l’autonomie des petits enfants gagne à tenir compte de la précocité de la construction des stéréotypes de sexe.

Nathalie Coulon, maître de conférences en psychologie à L’Université Lille 3 et Geneviève Cresson, professeure de sociologie à L’Université Lille 1, animent le projet de l’Institut International Erasme, MSH du Nord-Pas-de-Calais : « Études des rapports sociaux de sexe dans le contexte de la naissance d’un premier enfant : approche socio-écologique ».

Sommaire

 

Anne Cova, (dir.), Histoire comparée des femmes. Nouvelles approches, Préface de Françoise Thébaud, Lyon, ENS Éditions, 2009, 158 pages, 16 €..

À l'origine et au cœur de ce livre se trouve une question : comment écrire une histoire comparée des femmes ? Quatre grandes historiennes américaines, Ann Taylor Allen, Bonnie S. Anderson, Karen Offen et Susan Pedersen ont accepté de relever le défi. Concentrant leurs regards sur l'Europe et les États-Unis, du XVIIIe à la fin du XXe siècle, les auteures se proposent d'offrir de nouvelles perspectives sur cette histoire, d'analyser sous différents angles les promesses d'une telle entreprise et d'en souligner les écueils. Visant à mieux faire connaître en France les recherches en histoire comparée des femmes, ce livre, initialement paru aux États-Unis en 2006, révèle l'importance de ce champ d'étude pour l'histoire comparative. Sur le plan méthodologique, il donne une plus ample connaissance des différentes historiographies et montre combien le dialogue peut se révéler fécond et stimuler d'autres formes d'écritures.

Anne Cova, Introduction. Les promesses de l'histoire comparée des femmes

Karen Offen, « Flux et éruptions » : réflexions sur l'écriture de l'histoire comparée des féminismes européens, 1700-1950

Bonnie S. Anderson, Les débuts du féminisme international : les apports de l'histoire comparée et ses difficultés

Ann Taylor Allen, Lost in Translation ? Un regard transnational et comparatiste sur l'histoire des femmes

Susan Pedersen, Histoire comparée et histoire des femmes : convergences et divergences

Anne Cova est chercheuse à l'Institut en sciences sociales de l'université de Lisbonne.

 

Anne Creissels, Prêter son corps au mythe. Le féminin et l’art contemporain, Éditions du Félin, 2009, 112 pages, 22 €

Une femme-licorne, une mante religieuse mécanique ou encore une machine à peindre l’étreinte amoureuse, des images de l’intérieur d’un corps impressionnant le spectateur, une artiste se couvrant de sang, de plumes, de fleurs ou de boue, des images pornographiques brodées sur toile, de gigantesques araignées : autant de représentations qui suscitent, par leur singularité, un questionnement sur l’identité. Ces œuvres de Rebecca Horn, Mona Hatoum, Ana Mendieta, Ghada Amer et Louise Bourgeois, réalisées entre les années 1970 et le début du xxie siècle, permettent de réévaluer des évidences et de voir comment le «  naturel » ou l’« essence » peuvent masquer une construction du mythe.

L’hybridité et la métamorphose sont au cœur de nombreux mythes grecs : les viriles Amazones, Danaé fécondée par une pluie d’or, l’accouplement de Léda et d’un cygne, Daphné prenant racine, Arachné devenue animal… Nous assistons à un travail du mythe dans l’art contemporain, entre reconduction et opérations de déplacement.

Être une artiste et une femme, avec comme ligne d’horizon de « prêter son corps au mythe ».

Docteur de l’EHESS en histoire et théorie des arts, Anne Creissels coordonne le groupe de recherche ACEGAMI (Analyse Culturelle et Études de Genre/Art, Mythes et Images). Elle a publié de nombreux articles, notamment aux Cahiers du Mnam. Anne Creissels réalise aussi des installations et des performances chorégraphiques qui portent sur l’esthétisation et la contrainte des corps dans la danse.

Introduction à lire sur le site de l’éditeur

 

Julia Csergo et Roger-Henri Guerrand, Le Confident des dames. Le bidet du XVIIIe au XXe siècle : histoire d’une intimité, La Découverte, (1997), 2009, 224 pages, 11 €

Voici enfin le fameux « bidet » que les étrangers pensent être une invention aussi française que le béret et la baguette de pain. Ils ont bien raison de nous créditer de cette création majeure ! Si l’on ne connaît ni le nom de son inventeur ni la date de son invention, le bidet est sans conteste l’œuvre des meubliers parisiens du siècle de Louis XV ; en cette période de libertinage, il joua le rôle de « Confident des Dames » avant de devenir l’indispensable objet du confort sanitaire moderne.

Associé aux choses du sexe, à la nudité et à l’intimité, aux thérapies vénériennes et aux « funestes secrets » des familles, le bidet demeure pourtant, depuis sa création, l’objet de toutes les fascinations et de toutes les suspicions. Parce qu’il évoque un petit cheval et un enfourchement, il restera, malgré son importante diffusion, un objet trivial au nom impudique à prononcer.

L’histoire de cet « indicible violon » restait à écrire car personne encore ne l’avait osé. C’est le mérite de cet ouvrage pionnier, œuvre de deux chercheurs qui n’ont craint les difficultés de l’entreprise ; entre l’inventaire technique et la tentation de propos teintés de légèreté, ils ont réussi la gageure d’un travail à la fois documenté et amusant.

Julia Csergo, maître de conférences à l'université Lyon-II, est spécialiste de l'histoire de l'alimentation et membre du Centre de recherches en histoire du XIXè siècle à l'Université Paris-Sorbonne. Elle a notamment publié Voyages en gastronomie. L'invention des capitales et des régions gourmandes (Autrement, 2008), Histoire de l'alimentation (Educagri, 2004).

Roger-Henri Guerrand (1923-2006), historien hors norme de la vie quotidienne en milieu urbain, est l'auteur de nombreux livres, dont à La Découverte, Les Lieux. Histoire des commodités et Le Confident des dames. Le bidet du XVIIIe au XXe siècle : histoire d'une intimité (avec Fanny Beaupré/Julia Csergo),  Cent ans d'habitat social : une utopie réaliste (Albin Michel, 1989, avec Roger Quillot) et d'un livre de mémoires, À contre-voie : mémoires de vie sociale (Infolio, 2005).

Sommaire sur le site de l’éditeur.

 

Hélène Cussac, Anne Deneys-Tunney et Catriona Seth (dir.), Les Discours du corps au XVIIIe siècle : littérature-philosophie-histoire-science

PU de Laval (Québec), 2009, 370 pages, 45,95 dollars canadiens.

Un débat, réunissant philosophes, littéraires et historiens, s’est engagé, lors du XIIe Congrès international des Lumières, autour de la question du corps. En effet, le corps des Lumières est un objet qui méritait encore d’être questionné sur des plans épistémologique, anthropologique ou esthétique. Le présent ouvrage se veut le reflet de ces questionnements. Suivant la voie de l’époque qui récusait la séparation systématique des discours, il cherche à montrer combien l’écriture du corps entre dans une transdiscursivité. Discours scientifique, romanesque, philosophique ou social, entre autres, dialoguent au cours d’une période passionnée par l’émergence d’une nouvelle culture du corps. Les trois parties qui organisent le volume ? : « Science, techniques et médecine du corps », « Gouvernement du corps » et « Représentations idéologiques du corps » mettent en relief les cohérences et subversions, les conjonctions et prolongements de ces idées essentielles.

Avec des textes de Mladen Kozul, Brice Koumba, Anne Deneys-Tunney, Abraham Anderson, Adrien Paschoud, Anouchka Vasak, Nathalie Kremer, Capucine Lebreton, Hélène Cussac, Masano Yamashita, Philippe Barr, Karen Santos Da Silva, Laurent Turcot, Naoko Seriu, Catriona Seth, Catherine Gallouët, Constance Naji, Stéphanie Genand, Marie-Françoise Bosquet, Marie-Hélène Chabut, David Diop, Gilles Barroux, Odile Richard-Pauchet.

Sommaire sur le site de l’éditeur

Hélène Cussac, docteure en littérature, Université Blaise Pascal, Clermont-Ferrand (France) ; Anne Deneys-Tunney, normalienne, docteure ès lettres, visiting professeur (HDR) à l’Université Paris 7, enseigne à New York University (U.S.A.) ; Catriona Seth est professeure de littérature à l’Université de Nancy (France)

 

 

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Monique Dagnaud, La Teuf. Essai sur le désordre des générations, Seuil, 2008, 200 pages, 17 €.

Traditionnellement, la fête était un temps de compensation et de respiration dans une vie de travail et d’activités diverses. Pour une partie croissante de la jeunesse actuelle, elle désigne tout autre chose : un état durable, un mode de vie où se joue moins une compensation qu’un oubli du monde. Les noms qui lui sont associés – « la déjante », la « défonce »… − traduisent par ailleurs une recherche d’expériences extrêmes et de mise en danger de soi. Des conduites à risques qui peuvent avoir des issues dramatiques. Fondé sur une vaste enquête de terrain, ce texte décrit et interprète un phénomène émergeant où résident quelques-uns des symptômes les plus préoccupants du désordre des générations.

Monique Dagnaud est directrice de recherche CNRS à l’Institut Marcel Mauss (CNRS – EHESS). Elle est maîtresse de conférences à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, à l’Institut d’Études Politiques à Paris et à l’INA.

CR d’Hélène Lacrosse sur CEPPECS.

CR de Baptiste Brossard sur nonfiction.

 

Aline Dallier-Popper, Art, féminisme, post-féminisme. Un parcours de critique d'art, L'Harmattan, 2009, 213 pages, 21,50 €

Ce livre relate une histoire personnelle et professionnelle mais il comprend également une réflexion sur les implications du féminisme dans l'art des femmes. Aline Dallier-Popper a été immergée très tôt dans le monde artistique où elle a rencontré des artistes et des théoriciens célèbres qui lui ont donné le désir d'écrire sur l'art. En 1970, elle décide d'approfondir ses connaissances artistiques acquises sur le tas, en entreprenant des études de sociologie, d'histoire de l'art et de Women's Studies à la nouvelle université de Paris-8. Dix ans plus tard, elle y enseignera à son tour l'histoire de l'art contemporain, avec l'accent porté sur les artistes femmes. Depuis 1990, au cours de ce qu'elle appelle sa période post-féministe, elle est devenue une critique d'art sans parti pris de sexe ou de genre ; elle nous en donne ici les raisons, sans pour autant renier ses travaux antérieurs centrés principalement sur les artistes femmes.

Cet ouvrage se compose de deux parties : la première, en forme d'entretien avec Claudine Roméo, la seconde constituée d'une sélection d'articles d'Aline Dallier-Popper, qui vont du plus ancien au plus récent.

Aline Dallier-Popper est Docteur en esthétique, habilitée à diriger des recherches. Elle est Maître de conférence à l'université de Paris-8 et Membre de l'Association Internationale des Critiques d'Art (A.I.C.A.). Claudine Roméo est Agrégée de philosophie et Maître de conférence en esthétique à l'université de Paris-1.

À lire « Aline Dallier-Popper, pionnière de la critique d’art féministe en France » de Fabienne Dumont, Critique d’art, n° 31, Printemps 2008

 

Mohamed Dardour, Corps et espace chez les jeunes français musulmans. Socioanthropologie des rapports de genre, Préface de David Le Breton, Édition de L’Harmattan, 2008, 142 pages, 13 €

Une grande conflictualité caractérise quotidiennement la relation entre les garçons et les filles français musulmans dans les quartiers populaires. Elle se traduit notamment par le contrôle de l’accès régulier de celles-ci à l’espace public. Cette situation interroge frontalement les normes et les valeurs qui président au fonctionnement social global ; elle suscite à la fois perplexité, incompréhension et appréhension. Ce phénomène, particulièrement complexe, procède-t-il exclusivement de la culture familiale du sujet français musulman, de la croyance religieuse à laquelle il se réfère ? Cette situation est-elle par conséquent immuable ? Quel statut et quelle position l’individu occupe-t-il, in fine, dans le groupe et dans la société de manière générale ? Cet ouvrage se destine aux enseignants, formateurs et étudiants, de même aux praticiens relevant du champ du travail social ; ainsi qu’aux acteurs associatifs et aux décideurs en charge des politiques sociales. Il s’adresse aussi à celles et à ceux qui, à titre personnel, recherchent les éléments d’analyse raisonnée de la question sociale et culturelle qui traverse, avec acuité aujourd’hui, la société française.

Mohamed Dardour est docteur en sociologie et anthropologie. Il est formateur à l’école régionale du travail social d’Olivet-Orléans et chargé de cours à l’Université.

 

Monique David-Ménard, (dir.), Sexualités, genres et mélancolie. S’entretenir avec Judith Butler, Éditions Campagne Première, 2009, 228 pages, 21 €

Fruit de trois années d’études collectives, ce livre confronte les idées de Judith Butler avec ses références françaises (Derrida, Foucault, Lacan...). S’agit-il d’une rencontre ou d’une méconnaissance mutuelle entre les gender studies et la psychanalyse ? La « performativité du genre » s’inscrit-elle dans les traditions ouvertes par Derrida et Foucault ? Et quelles sont, à l’inverse, les questions, venues de la pensée queer, qui interrogent les limites ou les points aveugles de la psychanalyse, tels que l’homosexualité, la portée politique des « transgenres », l’homoparentalité ? Cet ouvrage donne de l’œuvre de Judith Butler, prise entre éloges dithyrambiques et rejets violents, sa place : celle d’une pensée philosophique qui s’inscrit dans ce que nous appelons la modernité.

Contributions de Judith Butler, Olivia Custer, Livio Boni, Ewa Ziarek, Alain Lemosof, Branka Parmentier, Gilles Ribault, Maria Bonnafous-Boucher, Penelope Deutscher, Paola Marrati et Monique David-Ménard

Monique David-Ménard est professeur de philosophie en première supérieure, directeur derecherche à l'université Paris-VII-Denis-Diderot, et psychanalyste à Paris.

 

Geneviève Delaisi de Parseval, Famille à tout prix, Seuil, 2008, 389 pages, 22 €.

Geneviève Delaisi de Parseval poursuit ici sa réflexion sur la famille contemporaine commencée il y a vingt-cinq ans dans L’Enfant à tout prix. À partir de son expérience clinique de l’assistance médicale à la procréation (insémination artificielle par donneur, fécondation in vitro, dons de gamètes et d’embryons), elle s’adresse principalement à ces nouveaux parents pour les aider à se repérer dans ce paysage extrêmement complexe. Que faire quand "ça" ne marche pas? Mais aussi quand " ça" marche? S’agit-il d’une grossesse comme les autres? Faut-il - et comment - parler aux enfants de la manière dont ils ont été conçus? Comment se représenter l’apport des donneurs de gamètes? Que penser de la pratique de la gestation pour autrui? Et des demandes des couples homosexuels? Après avoir comparé les lois en vigueur dans différents pays du monde, Geneviève Delaisi de Parseval propose au législateur français des mesures concrètes destinées à renouveler le débat bioéthique. C’est le livre que l’on attendait sur la révolution familiale engendrée par l’assistance médicale à la procréation.

Geneviève Delaisi est psychanalyste et chercheuse en sciences humaines, spécialiste de bioéthique.

CR d’Odile de Paillerets sur le site e-liiterature.net, 13/03/2008

 

Jean-Hugues Déchaux, Sociologie de la famille, Éditions de La Découverte, 2009, (n. éd.), 128 pages, 9,50 €

Définir ce qu’est la famille est devenu bien difficile tant ses transformations depuis les années 1970, en France comme dans les sociétés occidentales, sont profondes. La démarche adoptée dans ce livre consiste non pas à proposer une théorie générale, mais à élaborer étape par étape une vision d’ensemble qui soit un diagnostic sociologique sur ce qui constitue une nouvelle donne familiale. Les familles se caractérisent aujourd’hui par la progression de styles de vie marqués par l’individualisme moral. Les exigences individuelles se sont continûment affirmées au détriment de la stabilité de l’institution familiale. Loin de se dissoudre, les normes se redéfinissent et se multiplient : il existe désormais différentes façons de « faire famille », également légitimes. Cette coexistence est source d’instabilité, mais aussi d’inégalité entre milieux sociaux, sexes et générations.

Jean-Hugues Déchaux est professeur de sociologie à l’université Lumière-Lyon-II, membre du MODYS (CNRS et Lyon-II). Se consacrant à l’étude des transformations de la famille et de la parenté en France, il est l’auteur de nombreux articles et de deux livres : Le Souvenir des morts, essai sur le lien de filiation, PUF, 1997 ; Les Familles face à la mort (en collaboration), L’Esprit du temps, 1998.

Sommaire sur le site de l’éditeur.

 

Teresa de Lauretis, Théorie queer et cultures populaires : de Foucault à Cronenberg, Pascale Molinier (préface), Marie-Hélène Bourcier (traduction), La Dispute, 2007, 189 pages, 14 €

Littérature, cinéma, sémiotique, psychanalyse, études sur le genre, féminisme queer, depuis les années 1980, Teresa de Lauretis, universitaire italienne enseignant aux États-Unis, porte une pensée critique au travers de tous ces champs. Elle relit Freud à partir des épistémologies lesbienne et gaie, en lui empruntant ses théories du fantasme et de la pulsion. Elle revisite Gramsci, Foucault ou Althusser, s’appropriant, croisant et hybridant les apports, construisant une conception du sujet de part en part social et psychique.

Ce premier recueil de textes publié en français par Pascale Molinier et traduit par Marie-Hélène Bourcier tente de rassembler plusieurs aspects fondamentaux de sa pensée. Dans Technologie de genre, Teresa de Lauretis montre comment le genre est construit comme représentation par des « technologies sociales, des appareils techno-sociaux ou bio-médicaux », et en même temps subjectivé par chaque individu. Avec Théorie queer : sexualités lesbiennes et gaies apparaissait en 1990 la première occurrence du terme « Queer Theory » dans le domaine des études sur le genre. Enfin, dans Culture populaire, fantasmes public et privé, prenant pour objet le film de David Cronenberg, « M. Butterfly », elle confronte l’effet des formes culturelles populaires à celui des fantasmes privés. Attentif au sexuel comme énigme, à la culture comme force sociale, le travail de Teresa de Lauretis, toujours au plus près de sa propre expérience, excède souvent son objet pour éclairer l’ensemble des représentations et des rapports sociaux qui nous construisent comme individus.

Teresa De Lauretis, théoricienne féministe, spécialiste d’études cinématographiques, est professeure d´Histoire de la Conscience dans un programme interdisciplinaire de doctorat à l´Université de Californie.

 

Wendy Delorme, Insurrections ! En territoire sexuel, Au Diable Vauvert, 2009, 192 pages, 15 €.

« C’est un livre qui lui ressemble : hors norme et trans-genres. Un réjouissant recueil de textes hybrides, mélange de pure fiction et de réflexions sur le féminisme d'aujourd'hui. Écrit avec "une pierre dans l'estomac et un hérisson dans la gorge" parfois, mais avec joie et plaisir souvent, Insurrections ! en territoire sexuel est un manifeste de "sexopolitique", tout autant qu'un hymne au corps et à la jouissance, fait de déclarations d'amour et de haine.

Autant dire qu'on y parle ouvertement de sexe - sous toutes ses formes et pour tous les genres (SM, gang bang, etc.), comme elle s'en explique - et non s'en excuse - dans le texte intitulé "Dirty talking" : "Maintenant, on ne dit plus (...) "partouze" mais "sexparty" (...) parce que changer de langue ça déplace un peu les relents de honte qui nous remontent, à prononcer les choses qui "ne se font pas". Toujours pas. Ou bien si elles se font, mieux vaut ne pas les dire. Alors on contourne, on invente, on récupère des façons de les signifier autrement. A croire qu'elle n'est pas faite pour ‘ça’, notre langue."

C'est sans doute parce qu'elle a trop entendu des "Ne-dis-pas-ça-c'est-sale-c'est-vilain-dans-la-bouche-d'une-petite-fille-d'une-jeune-fille-d'une-femme", que, justement, et parce qu'elle maîtrise l'art assumé de la provocation, Wendy Delorme répète les mots du sexe et ceux de la révolution. Parce qu'elle sait que, malgré ce que l'on voudrait nous faire croire ("Tout-va-mieux-regardez-on-a-la-pilule-l'avortement-le-droit-de-vote-la-parité-les-métrosexuels-que-demander-de-plus ?"), il y a encore des choses à faire. Que trop de filles, bercées par Hélène et les garçons, tombent comme des mouches, la trentaine venue, "dans la pâte à pain du mariage". Surtout quand leurs parents attendent qu'elles rencontrent "un-homme-un-vrai" pour "planter des meubles Ikea et du parquet vitrifié" dans leur nouvel appartement - "avec une chambre en plus pour l'heureux-événement".

« L’aliénation sur un lit de roses »

Elle, on a cessé de lui poser la fatidique question : et toi, c'est quand ton tour ? Parce qu'elle est un pied de nez aux définitions, un casse-tête pour un système qui ne l'a pas prévue, parce qu'elle est une "Fem" et que, si elle s'est amputée de la deuxième moitié du terme, c'est pour qu'on ne la confonde pas avec son sexe.

Ce qui ne l'empêche pas de vouloir un enfant, à qui il faudra expliquer que, dans un monde qui a inventé "la propriété et les expropriations, le terrorisme et la droite sécuritaire, les papiers et les sans-papiers, le sexisme et la parité", cela ne va pas être facile. Surtout si c'est une fille, alors même que les modèles féminins sont encore la vierge, la sainte, la mère et la putain.

Elle imagine ce qu'elle pourrait lui dire, en guise de bienvenue : "A l'école maternelle les garçons te courront après pour soulever ta jupe. (...) Tu feras un bac littéraire (...) parce que c'est bien connu, les filles c'est nul en maths. (...) Tu vas te faire traiter d'emmerdeuse par tes amis au restau quand tu expliqueras au serveur qu'il n'a aucun droit de t'appeler "princesse", et de mal-baisée quand tu entreprendras de rabrouer tes collègues de bureau qui t'appelleront "ma belle". On ne voudra pas comprendre que tu n'es pas flattée, que tu ne veux pas être leur belle, que les princesses c'est l'aliénation sur un lit de roses dans un sommeil d'attente pendant cent ans."

Parfois découragée, mais jamais prête à lâcher prise, Wendy Delorme, mariage du bas résille et de la botte de combat, écrit. Après Quatrième génération (Grasset, 2007), texte cru et cri du cœur, entre le roman et le récit, et après toutes celles qui, pêle-mêle et dans le désordre, l'ont nourrie (Monique Wittig et Judith Butler, Colette et George Sand, Virginie Despentes et Benoîte Groult), Wendy Delorme donne ce texte résolument nécessaire, celui d'une nouvelle génération : celle, comme elle l'appelle, des enfants libres. » Le Monde, 02/04/2009, Emilie Grangeray

Wendy Delorme, écrivaine et performeuse, après Quatrième génération (Grasset), Insurrections est son deuxième livre.

 

Christine Delphy, Classer, dominer. Qui sont les autres ?, La Fabrique, 2008, 234 p., 12 €.

Qui, ils ? Mais tous ! Les pédés, les cheminots, les « Français d’origine maghrébine » et autres Arabes… les femmes ! Même les femmes ! Elles veulent le beurre et l’argent du beurre, qu’on leur ouvre la porte et être payées autant que les hommes. L’idéologie dominante nous enjoint de tolérer l’Autre. Les textes de Christine Delphy nous montrent que celui qui n’est pas un Autre, c’est l’homme, et l’homme blanc. C’est sur la base du sexe, de la religion, de la couleur de peau et de la classe que se fait la construction sociale de l’altérité. L’Autre c’est la femme, le pédé, l’Arabe, l’indigène, le pauvre. La république libérale tolère, c’est-à-dire qu’elle tend la main, prenant bien garde à laisser le toléré-dominé suspendu au vide. L’homo est toléré s’il sait rester discret, le musulman est toléré s’il se cache pour prier, la femme est tolérée si ses revendications égalitaires n’empiètent pas sur le salaire et le pouvoir de l’homme, l’oriental est toléré s’il laisse les armées américaines tuer sa famille pour le libérer de la dictature - et libérer sa femme de lui-même par la même occasion. L’injonction à s’intégrer est surtout une sommation à être semblable, à suivre les règles officieuses mais bien réelles de l’Occident libéral. Parité, combats féministes et homosexuels, Afghanistan, Guantanamo, indigènes et société postcoloniale, loi sur le voile : autant de prismes pour aborder la domination capitaliste-masculine sur le monde. Ceux qui refusent ces règles, ceux qui se montrent pour ce qu’ils sont, le paient le prix fort, combattants d’une guerre qui sera longue.

Écrits dans un style offensif, incisif et souvent drôle, ces textes nous forcent à déplacer notre regard, à mettre en lien des événements toujours cloisonnés, et nous apportent ce supplément d’intelligence qui seul permet de comprendre le monde tel qu’il va.

Docteure en sociologie et philosophie, Christine Delphy est directrice de recherche émérite au CNRS, elle est aussi éditrice, entre autres de la revue Nouvelles questions féministes.

« Les classifications sont construites à des fins d’exploitation », entretien sur Alternative libertaire, février 2009.

CR (très critique) de Nathalie Heinich, sur Nonfiction.fr

Extraits concernant la « loi anti-voile » sur le site Les mots sont importants.

 

Christine Delphy, L’Ennemi principal. 1. Économie politique du patriarcat, Éditions Syllepse, (1998), n. éd. 2009, 276 pages, 20 €

Qui est « l’ennemi principal » ? Pour la féministe matérialiste qu’est Christine Delphy, il ne s’identifie ni à l’Homme - avec une majuscule -, ni aux hommes en général. Ce n’est en effet ni une essence ni un groupe naturel : c’est un système. Or ce n’est pas non plus, ou plutôt pas principalement, pour cette théoricienne qui s’inspire de Marx mais dans un parfait esprit d’hétérodoxie, le système capitaliste. L’Ennemi principal, c’est ce qu’elle a choisi d’appeler le patriarcat : à savoir un système autonome d’exploitation et de domination. Elle a entrepris depuis plus de vingt ans d’en constituer la théorie, très exactement l’économie politique du patriarcat. « L’Ennemi principal », c’est aussi le titre de l’article de Christine Delphy qui, publié en 1970, la première année du Mouvement de libération des femmes, marque le début d’une révolution dans la réflexion féministe. Delphy introduit l’idée totalement nouvelle du patriarcat défini comme structure sociale hiérarchique et inégalitaire, en refusant toute explication de la subordination des femmes en termes idéalistes - que ce soit sur des bases biologiques, naturalistes ou essentialistes, ou bien encore fondées sur l’idéologie ou le « discours ». Que ce féminisme soit un matérialisme signifie que ce sont les pratiques sociales matérielles qui rendent compte de la domination patriarcale sur les femmes.

CR du tome 1, de Fabrice Bourlez sur nonfiction, 6/03/2009.

 

Christine Delphy, L’Ennemi principal. 2, Penser le genre, Éditions Syllepse, (2001), n. éd. 2009, 388 pages, 20 €

Après Économie politique du patriarcat (1998), il s’agit du second tome de L’Ennemi principal. L’auteure nous présente la suite de son analyse matérialiste de la société, une analyse en termes de rapports sociaux et donc politiques, fondamentale pour la compréhension de toutes les oppressions, fondamentale à tout projet d’émancipation.

« J’étudie l’oppression des femmes. Mais l’oppression des femmes est spécifique non pas parce que les femmes seraient spécifiques, mais parce que c’est un type d’oppression unique. Mais est-il unique qu’une oppression soit unique ? Non, c’est banal : toutes les oppressions sont uniques, comme les individus. La singularité est ce qu’il y a de mieux partagé au monde. Ceci ne signifie pas que cette singularité soit obtenue par des mécanismes totalement originaux. Or c’est le sophisme courant : puisqu’elle (cette personne, cette oppression, cette chose) est spécifique, elle ne doit ressembler à aucune autre. Au contraire, je considère l’oppression des femmes comme un cas particulier du phénomène général de la domination - pas plus particulier qu’un autre cependant. Le but d’une lutte politique, c’est de permettre aux personnes l’exercice de la singularité. En revanche, le but d’une analyse scientifique de l’oppression, comme de tous les phénomènes, ce n’est pas de célébrer - ou de se lamenter sur - la singularité de chaque individu, que cet individu soit fleur, personne, événement historique ou mécanisme social, mais (comme je l’ai écrit dans l’Avant-propos) de le découper en morceaux (qu’il s’agisse de feuilles, de jambes, de molécules, d’institutions, de procédures, etc.), comparables aux morceaux d’autres individus (fleurs, animaux, cellules, systèmes sociaux ; toutes ces entités ainsi que les entités qui les composent sont, à un point ou à un autre de l’analyse, des individus). Sinon, chaque phénomène reste enfermé dans sa spécificité phénoménale. Pourquoi pas ? dira-t-on. Cela suffit à beaucoup de démarches, c’est peut-être indispensable à certaines, mais c’est incompatible avec l’idée d’une connaissance scientifique du monde. », (Extrait de l’avant-propos).

Christine Delphy est chercheuse au CNRS depuis 1966. Elle a participé dès 1968 à la construction de l’un des groupes fondateurs du Mouvement de libération des femmes. Elle a co-fondé avec Simone de Beauvoir les revues Questions féministes et Nouvelles Questions féministes.

CR de Chantal Maillé (1e édition), Recherches féministes, 2001.

 

Sylvette Denèfle, (dir.), Utopies féministes et expérimentations urbaines, Rennes, PUR, 2008, 213 pages, 16 €

Les villes modernes sont en apparence des lieux de liberté, de mixité que chacun utilise à sa guise. Les projets de ville sont projets de vie meilleure, voire de société nouvelle, souvent d’égalité. Pourtant l’étude de leurs fondements historiques, de leurs évolutions, de leurs projets politiques montre que, tout en étant créatrices de pratiques nouvelles et porteuses d’innovation, les villes sont fondamentalement le reflet des normes sociales dominantes. Et dans les sociétés actuelles, femmes et hommes n’avancent pas du même pas alors même que le Droit les y engage. Comment ce dilemme s’est-il inscrit dans l’espace urbain ? Comment changer la vie en changeant la ville ? Comment rêver, projeter, réaliser des villes où règne l’égalité entre les habitants, citoyens et citoyennes ? Quels rêves d’égalité, de mixité, de séparation, de domination se sont inscrits dans l’espace des villes ? Quels projets ont été assez prégnants pour connaître des formes de réalisation ? Quelles utopies ont échoué sur la plage des chimères ? Quels temps ont porté des conceptions féministes assez fortes pour modifier les rôles de sexe, pour donner aux femmes une place d’individues à part entière ? C’est à partir de ces interrogations que nous avons porté attention aux dimensions féministes des expérimentations urbaines. Nous avons regardé les projets anciens et ceux qui sont expérimentés aujourd’hui pour comprendre comment les normes sociales de sexe s’affichent dans les villes, comment lieux et genres interagissent dans leur construction sociale simultanée et pour saisir enfin la sexualité comme vecteur fondamental de l’utopie socio-urbaine. Utopies féministes et expérimentations urbaines réunit des réflexions et des analyses sur la place des femmes et des hommes dans la ville et sur les projets urbains égalitaires, utopistes ou réalisés, qui veulent changer les rapports entre les sexes.

Sylvette Denèfle est professeure de sociologie à l’université François- Rabelais et directrice de la Maison des Sciences de l’Homme de Tours.

À lire sur www.lrdb.fr, « La place des femmes dans la ville : une question politique », janvier 2009

Présentation, sommaire et introduction su le site de l’éditeur

Documents disponibles sur le site creville.org,

 

Anne Deneys-Tunney, Hélène Cussac et Catriona Seth (dir.), Les Discours du corps au XVIIIe siècle : littérature-philosophie-histoire-science

PU de Laval (Québec), 2009, 370 pages, 45,95 dollars canadiens.

Un débat, réunissant philosophes, littéraires et historiens, s’est engagé, lors du XIIe Congrès international des Lumières, autour de la question du corps. En effet, le corps des Lumières est un objet qui méritait encore d’être questionné sur des plans épistémologique, anthropologique ou esthétique. Le présent ouvrage se veut le reflet de ces questionnements. Suivant la voie de l’époque qui récusait la séparation systématique des discours, il cherche à montrer combien l’écriture du corps entre dans une transdiscursivité. Discours scientifique, romanesque, philosophique ou social, entre autres, dialoguent au cours d’une période passionnée par l’émergence d’une nouvelle culture du corps. Les trois parties qui organisent le volume ? : « Science, techniques et médecine du corps », « Gouvernement du corps » et « Représentations idéologiques du corps » mettent en relief les cohérences et subversions, les conjonctions et prolongements de ces idées essentielles.

Avec des textes de Mladen Kozul, Brice Koumba, Anne Deneys-Tunney, Abraham Anderson, Adrien Paschoud, Anouchka Vasak, Nathalie Kremer, Capucine Lebreton, Hélène Cussac, Masano Yamashita, Philippe Barr, Karen Santos Da Silva, Laurent Turcot, Naoko Seriu, Catriona Seth, Catherine Gallouët, Constance Naji, Stéphanie Genand, Marie-Françoise Bosquet, Marie-Hélène Chabut, David Diop, Gilles Barroux, Odile Richard-Pauchet.

Sommaire sur le site de l’éditeur

Hélène Cussac, docteure en littérature, Université Blaise Pascal, Clermont-Ferrand (France) ; Anne Deneys-Tunney, normalienne, docteure ès lettres, visiting professeur (HDR) à l’Université Paris 7, enseigne à New York University (U.S.A.) ; Catriona Seth est professeure de littérature à l’Université de Nancy (France)

 

Geneviève Dermenjian et Françoise Thébaud (dir.), Quand les femmes témoignent. Histoire orale, Histoire des femmes, Mémoire des femmes, Éditions Publisud, 2009, 28 €

Qu’est-ce que la parole des femmes ? Une source pour l’histoire contemporaine ? Un lieu de construction identitaire ? L’expression d’une mémoire individuelle ou collective ? Que peut en faire l’historien ou l’historienne en quête d’une histoire des femmes et du genre ?

Cet ouvrage, issu d’un colloque qui a rassemblé à l’Université d’Avignon des générations et des nationalités diverses, explore en trois points les articulations présentes et passées entre histoire orale, histoire des femmes et mémoire des femmes. Le premier point offre des synthèses historiographiques et méthodologiques. Le second examine à travers des études de cas les apports de l’histoire orale en histoire des femmes et du genre. Le troisième interroge les enjeux de subjectivité et de mémoire inscrits au cœur de la pratique de l’enquête orale.

Lu dans son ensemble ou par chapitre, cet ouvrage invite à revisiter les convergences de deux pratiques historiennes qui restent encore marginales en France. Dans une historiographie qui est cependant de plus en plus sensible aux trajectoires des acteurs, à la dimension individuelle des phénomènes et aux archives de soi, il entend contribuer à réintroduire comme à transmettre les débats de méthode et d’interprétation. Pour une histoire ouverte, de qualité et « sans adjectif », comme l’appelle de ses vœux l’historienne Mercedes Vilanova qui a beaucoup œuvré en ce sens.

Françoise Thébaud est une historienne française, spécialiste de l'histoire des femmes. Ancienne élève de l’École normale supérieure de Fontenay-aux-Roses, elle a enseigné l'histoire contemporaine à l'Université d'Avignon et des Pays de Vaucluse jusqu'en 2007. Geneviève Dermenjian est maître de conférences habilitée en histoire contemporaine à l’IUFM d’Aix-Marseille

 

Catherine Deschamps et Anne Souyris, Femmes publiques. Les féminismes à l’épreuve de la prostitution, Éditions Amsterdam, (2005), 2009, 187 pages, 19 €

Nous ne nous prononçons pas dans ce livre pour ou contre « la » prostitution. Nous souhaitons comprendre ce qui nous apparaît incompréhensible : la désolidarisation, ces dernières années, en particulier en France, des féministes avec les personnes prostituées. C’est au fond une mise à l’épreuve des féminismes qui est ainsi proposée à l’aune de la prostitution. Mais il ne s’agit pas de faire un sort au féminisme, dont nous sommes partie prenante. Il s’agit plutôt, à partir d’un état des lieux des forces en présence, de la situation sur le terrain et des législations en vigueur, de penser la possibilité d’une nouvelle alliance entre les différents courants féministes et les prostituées, alliance qui n’évacuerait ni aspérités ni paradoxes, mais qui chercherait, dans une perspective pragmatique, à renforcer par la réduction des risques la capacité d’agir des personnes concernées afin qu’elles puissent œuvrer à leur propre émancipation. On trouvera ainsi dans ce livre un manifeste engagé en faveur de cette nouvelle alliance, mais aussi un essai informé qui permet de faire le point sur les réalités et les savoirs de la prostitution.

Catherine Deschamps est socio-anthropologue et travaille depuis une quinzaine d’années sur les risques VIH. Elle a déjà écrit Le Miroir bisexuel. Socio-anthropologie de l’invisible, (Balland, 2002) et de Le Sexe et l’argent des trottoirs (Hachette Littératures, 2006). Elle enseigne également la sociologie urbaine. Anne Souyris est journaliste et femme politique. Sa mobilisation aux côtés des prostituées remonte à une enquête réalisée pour le Journal du Sida en 1992. Elle est actuellement membre de la direction des Verts et conseillère régionale d’Île-de-France sur les questions de démocratie.

À lire sur www.lrdb.fr, « Les billets fétiches. L’argent de la prostitution », février 2009.

 

Pascale-Marie Deschamps, Les Homosexuels peuvent-ils avoir des enfants ?, Larousse, 2008, 126 pages, 11 €

300000 enfants seraient aujourd'hui, en France élevés par des homosexuels. Pourtant aux yeux de la loi, cette réalité n'est pas reconnue. Les pseudo-psys au nom de l'intérêt supérieur de l'enfant, l'Église au nom de la morale, et les conservateurs de tout poil au nom de l'ordre naturel des choses s'opposent à la reconnaissance de la famille homoparentale. Mais pourrons-nous encore longtemps les marginaliser, alors que de nombreux pays européens ont déjà franchi le pas ?

Pascale-Marie Deschamps est rédactrice en chef adjointe aux Enjeux-Les Échos où elle s'occupe des questions de société.

 

Evelyne Diebolt (dir.), Dictionnaire biographique. Militer au XXe siècle. Femmes, féminismes, Églises et société, Michel Houdiard Editeur, 2009, 28 euros

Les 126 femmes de ce dictionnaire ont en commun d’avoir pris des initiatives, eu des activités – bénévoles ou rémunérées, souvent aux postes de direction – dans le monde associatif. Ces Françaises y ont mené leurs combats pour aboutir à la création de professions reconnues par un diplôme d’État. Militer dans des associations – certaines à connotation religieuse – constitue une propédeutique à la vie civique. C’est pour elles un moyen de faire évoluer les relations entre les sexes. Elles précèdent souvent et sont prêtes pour accompagner les mutations sociétales. Les transformations que la société française a connues depuis un siècle doivent beaucoup aux richesses de la vie associative qui, par des actions en profondeur, ont touché toutes les classes sociales. Ne peut-on pas voir là un « féminisme à la française » ?

Chercheuse indépendante, historienne, Evelyne Diebolt s’est spécialisée dans l’histoire du secteur associatif sanitaire, social et culturel français au XXe siècle. Elle a soutenu en 1993 une thèse d’État sous la direction de Michelle Perrot, intitulée « Les associations face aux institutions. Les femmes dans l’action sanitaire, sociale et culturelle (1901-1965) ». Cofondatrice en 1978 de l’association « Pénélope, pour l’histoire des femmes », et, en 2000, de l’association « Mnémosyne, pour le développement de l’histoire des femmes et du genre », elle a effectué depuis trente ans de nombreuses études pour des organismes privés, publics et internationaux.

 

Hedwig Dohm, Deviens celle que tu es, [Werde, der du bist, 1894], Éditions José Corti, 2009, traduit de l’allemand par Marie-France de Palacio, 160 pages, 18 €

La nouvelle ici traduite a été publiée en 1894. Elle a pour protagoniste une femme âgée découvrant - mais trop tard - qu'elle est passée à côté de sa vie. Au moyen de deux procédés littéraires bien connus (la prétendue folie de la protagoniste, et la narration constituée par la lecture de son journal intime), Dohm relate ici une quête d'identité. Au crépuscule de son existence, l'héroïne se découvre une soif de connaissance et un désir de liberté qu'elle tente d'assouvir de façon poétique et tragique.

Méconnue en France, alors qu'elle fait l'objet de nombreuses études à l'étranger, l'œuvre de Hedwig Dohm (1831-1919) mérite pourtant traductions et (re)lectures. Cette féministe (accessoirement grand-mère de la femme de Thomas Mann) ne s'est pas contenté d'écrire de véhéments textes polémiques, ni de lutter par tous les moyens pour l'autonomie intellectuelle et juridique de la femme. D'ailleurs, si des ouvrages comme Ce que les pasteurs pensent des femmes (1872), L'émancipation de la femme par la connaissance (1874) ou Nature et droit des femmes (1876) constituent des documents importants pour la culture féministe, c'est aussi et surtout vers ses textes de fiction qu'il faut se tourner pour prendre la mesure de ce talent si moderne.

 

Pierre Dominicé et Jean-Pierre Boutinet (dir.), Où sont passés les adultes ? Routes et déroutes d'un âge de la vie, Éditions Téraèdre, 2009, 155 pages, 18 €

La vie adulte n'a sans doute jamais été traversée d'autant de problématiques inédites. Les recompositions familiales et les reconversions de carrière en sont les manifestations les plus flagrantes. Mais l'adulte doit aussi faire face à la reconfiguration du masculin par le féminin, à de nouvelles formes de conjugalité et parentalité, à l'impératif de mobilité, à des responsabilités croissantes, au déficit de reconnaissance, à la nécessité d'évaluer et actualiser ses compétences. Ses identités personnelles, professionnelles et sociales en ressortent fragilisées. Le désarroi adulte et ses déroutes ne sauraient cependant masquer l'actuelle inventivité adulte, exploratrice de nouveaux possibles et de nouvelles avancées en âge. Si l'on ne voit plus ces adultes contemporains dont on ne parle guère, c'est parce qu'ils sont occupés à frayer des routes alternatives. Ce sont ces routes que décrit le présent ouvrage, rédigé par des spécialistes de diverses disciplines des sciences humaines.

Jean-Pierre Boutinet est professeur en psychosociologie à l’Institut de psychologie et sociologie appliquées (Ipsa) de l’Université catholique de l’Ouest (Uco) d’Angers ; il est également professeur associé à l’Université de Sherbrooke. Pierre Dominicé est professeur honoraire en sciences de l’éducation à l’Université de Genève. Ont également collaboré Jacques Aubret, Christian Heslon, Jacqueline Monbaron, Jean-Yves Robin

Sommaire sur le site de l’éditeur.

 

Elsa Dorlin, Sexe, genre et sexualités. Introduction à la théorie féministe, PUF, Philosophies, 2008, 160 pages, 12 €.

Le sexe désigne communément le sexe biologique qui nous est assigné à la naissance (mâle ou femelle), le rôle ou le comportement sexuels qui sont censés lui correspondre (le genre), et, enfin, la sexualité. Les théories féministes s’attachent à la problématisation de ces trois acceptions mêlées du sexe. Elles travaillent à la fois sur les distinctions historiquement établies entre le sexe, le genre et la sexualité, sur leurs constructions et leurs relations. S’agit-il d’une relation de causalité : le sexe biologique détermine-t-il le genre et la sexualité ? D’une relation de simultanéité non contraignante entre le sexe biologique, d’une part, et l’identité sexuelle (de genre et de sexualité), d’autre part ? S’agit-il d’une relation de normalisation ? L’hétérosexualité reproductrice est-elle la norme légale, sociale, mais aussi médicale, à l’aune de laquelle les catégories de sexe comme de genre peuvent être déconstruites, voire contestées et bouleversées ? Le présent volume porte sur les théories féministes de ces quarante dernières années, dont la richesse et l’engagement en font l’un des champs les plus novateurs de la recherche actuelle : le féminisme marxiste, l’épistémologie ou l’éthique féministes, l’histoire et la philosophie féministes des sciences, le black feminism, le féminisme « post-modern » et la théorie queer. L’ensemble de ces pensées constitue aujourd’hui un véritable champ de la philosophie contemporaine, dont on trouvera ici une introduction et une problématisation inédites en France

Elsa Dorlin est maîtresse de conférences de philosophie à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne, elle est l’auteure de La matrice des races. Généalogie sexuelle et coloniale de la nation française (La Découverte, 2006)

Présentation et sommaire sur le site de l’éditeur

CR de Mathieu Trachman sur la vie des idées, septembre 2008

 

Elsa Dorlin (choix et présentation), Black feminism - Anthologie du féminisme africain-américain, 1975-2000, L’Harmattan, 2007, 260 pages, 25 €

« Toutes les femmes sont blanches, tous les Noirs sont hommes, mais nous sommes quelques-unes à être courageuses ». Sous ce titre magnifique paraissait en 1982 aux États-Unis une anthologie de textes fondateurs des études féministes noires : un titre qui dénonçait la double exclusion des femmes noires d’un féminisme blanc et bourgeois et d’un nationalisme noir sexiste. Ces féministes noires ont créé un mouvement politique d’une importance unique en ce que, d’emblée, il s’est constitué sur la dénonciation d’une oppression simultanée de race, de classe, de sexe et du modèle de sexualité qui va avec. Les textes présentés dans ce recueil du Black feminism - le premier en France - explorent sur une période de trente ans les thèmes de l’identité, de l’expérience singulière, de la sororité, de la sexualité, comme la place dans les institutions, les coalitions nécessaires et les alliances possibles, les Normes culturelles de rébellion et de lutte, le passage de témoin entre générations. Pourquoi, en France, ex-puissance coloniale, l’équivalent d’un féminisme noir n’a-t-il pas existé ? Ces textes, par leur vitalité et leur perspicacité politiques, invitent à poser cette question et à s’interroger autrement sur les faux-semblants de l’universalisme républicain comme sur les points aveugles du féminisme français.

Elsa Dorlin est maîtresse de conférences de philosophie à l’université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

Présentation, sommaire et introduction sur terra

CR de Arlette Gautier sur nonfiction.fr

 

Anne Dufourmantelle, La Femme et le Sacrifice : d’Antigone à la femme d’à côté, Denoël, 2007, 299 pages, 20 €

On a sacrifié les femmes au nom d’à peu près tout : morale, religion, politique, amour, maternité... Aujourd’hui encore, malgré les discours d’émancipation, persistent viols, harcèlements, sévices conjugaux, interdits et humiliations. Le destin de la féminité en Occident serait-il sacrificiel ? En témoignent ces grandes héroïnes qui foisonnent dans nos mythes, nos légendes d’amour, nos religions, les textes fondateurs de notre culture, toutes plus fascinantes les unes que les autres. Elles ont pour nom Iphigénie, Hélène, Penthésilée, Médée, Iseut ou Jeanne d’Arc mais elles sont aussi des sœurs, des voisines, des exilées, des femmes croisées tous les jours dans la rue, prises à leur insu dans des vies manquées, blanches...

De quel sacrifice ignoré la vie de ces femmes se soutient-elle ? De quelle façon ces figures mythiques circulent-elles dans notre inconscient ? Dans un essai de mythologie quotidienne, Anne Dufourmantelle interroge et retourne les destins spectaculaires de ces héroïnes en les confrontant à ceux, anonymes, parfois tragiques, de ces proches inconnues. D’une écriture subtile, elle approche la secrète texture de nos névroses et déploie la dramaturgie, aussi énigmatique que salvatrice, d’une véritable érotique du sacrifice au féminin.

Philosophe et psychanalyste, Anne Dufourmantelle, née à Paris en 1964, enseigne la philosophie à l’École d’architecture UP6 La Villette.

CR de Christophe Colera sur parutions.com

 

Muriel Douru, Deux mamans et un bébé, Éditions Danger Public, 2008, 300 pages, 16,90 €

« Je la sens glisser entre mes cuisses, dans un torrent de liquide et de sang. Le haut de son crâne apparaît, puis sa tête jusqu'au cou. Les épaules se bloquent, puis le corps se libère dans une ultime poussée. Je me redresse pour la prendre dans mes bras. Tout est flou autour de moi. Je ne sais plus si je pleure d'émotion ou de fatigue. Elle est enfin sur mon ventre. Elle passe du noir au violet, puis finalement au rouge. Je viens de réussir l'épreuve la plus difficile de ma vie : faire sortir, par la force et avec une énergie extraordinaire, la petite fille qui habite mon ventre depuis neuf mois. Ma compagne est aussi hébétée que moi. L'infirmière devine son émotion et lui demande doucement : "Voulez-vous couper le cordon ?". Je la sens hésiter. Le symbole est si fort qu'il nous intimide toutes les deux.»

Muriel Douru est graphiste et écrivain. Elle a déjà publié Dis mamans... (2003) et Un mariage vraiment gai (2004) aux Éditions Gaies et Lesbiennes.

 

Myriam Dufour-Maître, Les Précieuses. Naissance des femmes de lettres en France au XVIIe siècle, Honoré Champion (1999), n. é. 2008, 823 p., 19 €

Qui étaient les Précieuses au XVIIe siècle, et furent-elles aussi ridicules que l’abbé de Pure, Molière, Boileau et quelques autres le prétendirent ? La préciosité n’est-elle qu’un mythe critique tardif ou le terme peut-il caractériser, dans les espaces désormais mieux connus de la « belle et honnête galanterie », une posture plus spécifiquement féminine ? Appuyée sur la floraison de textes qui mettent les Précieuses à la mode après la Fronde, l’enquête historique permet de dessiner la nébuleuse des filles et des femmes, ici répertoriées, qui s’attirèrent ce qualificatif ambigu.

Au rôle politique et social que jouent, à la cour et à la ville, leurs cercles enchevêtrés et parfois rivaux, s’ajoutent des ambitions féminines croissantes dans la conquête du Parnasse : c’est assez pour déchaîner de joyeuses mais prudentes saturnales, qui mêlent aux crayons persifleurs les traits plus grossiers d’un caractère rapidement figé. Si la galanterie désigne l’idéal esthétique et moral de la société mondaine, les Précieuses y apportent néanmoins une inflexion particulière : « galantes sans aimer les galants », elles restent attachées, malgré son discrédit croissant, à l’idéal courtois d’un façonnage de l’élan passionnel par la conversation raffinée, sous l’égide des femmes et sous le regard de Dieu.

Mais qui, des femmes, des auteurs ou du roi, peut se dire maître de ce bel usage qui fait de la création langagière un procès de civilisation ? Tôt réduite à celle de leur prétendu jargon, la satire des précieuses pointe l’enjeu des luttes, éclatantes ou sourdes, qui accompagnèrent la naissance de la littérature. Dernières Dames et premières femmes de lettres, les précieuses nous invitent à en interroger la définition, les institutions et les valeurs.

Myriam Dufour-Maître est maîtresse de conférences à l’Université de Rouen (centre de recherche du CEREDI) et Présidente du Mouvement Corneille- Centre International Pierre Corneille.

CR de Christian Jouhaud, sur ehess.fr.

 

Olga Anna Duhl (dir.), Amour, sexualité et médecine aux XVe et XVIe siècles, Éditions universitaires de Dijon, 2009, 140 p., 18 €.

Depuis l'Antiquité classique, l'amour et la sexualité représentent des forces vitales susceptibles d'influer sur la santé, en bien comme en mal, ce qui conduit la médecine médiévale à élaborer une théorie de la maladie d'amour.

En revanche, aux XVe et XVIe siècles, lorsque la Grande Peste s'abat sur l'Europe et que le néoplatonisme et la démonologie s'emparent de l'imaginaire, se développent de nouvelles conceptions de l'amour et de la sexualité qui contribuent à affaiblir le pouvoir de la médecine. Il faut attendre la fin du XVIe siècle pour que, grâce aux progrès du rationalisme, elle retrouve sa place de choix comme discipline spécialisée dans la maladie d'amour. Ce volume jette un premier regard interdisciplinaire sur les représentations linguistiques, littéraires et (pseudo-) scientifiques du rapport entre l'amour, la sexualité et la médecine, éclairant la manière dont les lettres et les sciences s'entrecroisent à l'aube des temps modernes.

 

Paula Dumont, Mauvais genre. Parcours d'une homosexuelle, L'Harmattan, 2009, 122 pages, 13 €

A partir de certains épisodes de son enfance et de son adolescence, Paula Dumont traite de la construction de sa personnalité et de son homosexualité. Elle analyse les difficultés qu'elle a rencontrées au cours de la traversée du désert qu'a été sa jeunesse : absence totale de repères due à l'invisibilité des autres lesbiennes, rejet familial, désarroi et solitude. Elle évoque également le réconfort apporté par un de ses professeurs de lycée et les lectures qu'il lui a conseillées. Loin de fournir des réponses définitives aux questions soulevées par un tel sujet, Mauvais genre ouvre des pistes de réflexion et questionne la double oppression subie par les lesbiennes en tant que femmes et homosexuelles.

Professeure de Lettres, Paula Dumont vit dans un village proche de Montpellier et se consacre actuellement à l'écriture. Elle milite dans une association qui lutte contre l'homophobie.

 

Françoise Duroux, (dir.), Virginia Woolf : Identité, politique, écriture, Éditions Indigo & Côté-femmes éditions, 2008, 160 pages, + illus., 18,80 €

« Elles voulaient, comme Antigone, non pas briser les lois mais découvrir la loi. » « Tentatives d’ordre expérimental destinées à découvrir les lois non écrites ; c’est-à-dire les lois intimes qui devraient gouverner certains instincts, certaines passions, certains désirs mentaux et physiques. Que de telles lois existent, qu’elles sont observées par les gens civilisés, on l’admet en général. Mais on commence à accepter l’idée qu’elles ne sont pas imposées par Dieu… » écrit Virginia Woolf dans « Trois Guinées ».

À l’heure où devient possible l’inscription politique de la « Société des Marginales » espérée par Virginia Woolf, interroger son parcours de « fille d’homme cultivé », de femme entre deux feux qui écrit en pensant, et qui, désespérée, prend acte de la nécessité de se noyer, semble un remerciement tout aussi nécessaire. Virginia a pensé, mieux que nombre de théoriciennes « féministes ». Ses analyses théoriques restent inégalées. L’écriture était pour elle, à l’époque, la seule voie de résistance, la seule voie d’avenir, de sujette à sujet. Car la difficulté d’une «  loi d’avenir », proclamée par Claire Demar, est celle d’une position délivrée des assignations identitaires. Telle fut la quête de Virginia, en des temps non encore révolus.

Pour tricoter ces nœuds, Françoise Duroux a réuni quelques spécialistes des nœuds et de l’écriture : Jacques Aubert, Dominique-Lucie Brard, Irène Foyentin, Sola Rabinovitch, Lucia Raphaël, Nadia Setti et Anne-Marie Smith Di Biasio.

Agrégée de philosophe, professeure des universités, Françoise Duroux enseigne à l’Université de Paris VIII, depuis 1969, en Philosophie, Anthropologie et Psychanalyse.

Notice biobibliographique sur lrdb.fr.

 

Benoît Duteurtre, Ballets roses, Grasset, 2009, 243 pages, 17 €

« En me penchant sur cet épisode des “ballets roses”, j'ai suivi un itinéraire à la fois historique, anecdotique et personnel, jusqu'à ce moment du xxe siècle où se croisent trois figures : le héros légendaire (Charles de Gaulle), le bourgeois modéré (René Coty) et l'ambitieux humilié (André Le Troquer). J'ai ainsi plongé dans ces « années cinquante » qui précédèrent ma naissance et qui me fascinent comme l'ultime parade d'une France disparue. Sur les pas d'André Le Troquer, j'ai rencontré des starlettes et des modistes devenues reines de Paris, une fausse comtesse roumaine, des politiciens grivois traînant dans les coulisses de l'Opéra, une République encore accrochée à son Empire, une justice paternaliste, des rues sombres et des maisons closes, des music-halls rive-droite où Maurice Chevalier et Damia chantaient encore, des cabarets rive-gauche où Brassens et Ferré chantaient déjà ; bref, ce monde en noir et blanc, si proche et si lointain, juste avant les bouleversements de notre modernité. », B. D.

Romancier, Benoît Duteurtre est l'auteur, entre autres, de Le Voyage en France (2001, prix Médicis), Service clientèle (2003), Les Pieds dans l'eau (2008).

CR de David Valence, avril 2009, sur NonFiction.fr

 

 

E E E E E E

 

Henri Eckert et Sylvia Faure(coord.), Les Jeunes et l’agencement des sexes, La Dispute, 2007, 245 pages, 21 €

Des drames touchant l’intégrité et le respect des jeunes femmes font régulièrement la une des médias. Face aux meurtres de jeunes filles, aux viols, aux violences conjugales, l’indignation collective est largement répercutée, mais elle se focalise sur la violence et tend à désigner des coupables. Ce seraient certaines catégories de jeunes hommes des quartiers défavorisés qui trouveraient à se valoriser par ces comportements, en obéissant à un sentiment de supériorité masculine ancré dans leur culture familiale et la tradition de certains pays d’origine. Faut-il accepter ces interprétations empreintes de préjugés sociaux et xénophobes ? Finalement que sait-on des modes de coexistence des adolescents ? Comment les stéréotypes de sexe se perpétuent-ils au sein des nouvelles générations ? En 2007 les rapports hommes-femmes, contribuent à renouveler la compréhension des sociétés. Comment se recomposent des héritages symboliques comme la croyance à l’infériorité des femmes ou l’assignation des filles aux espaces privés et à la procréation, et celle des garçons à la vie publique, à la virilité et à la force ? A travers, par exemple, les loisirs, les pratiques culturelles, sportives, les comportements déviants, l’entrée dans le monde du travail, les relations entre collègues à l’usine, en variant les focales d’observation sur des jeunes issus de différents milieux sociaux, à divers moments de leur vie, il est possible de commencer à répondre à ces questions. Une telle réflexion débouche nécessairement sur la question politique, c’est-à-dire sur notre responsabilité collective et sur celle des pouvoirs publics en matière de lutte contre les préjugés sexistes, contre l’actualisation de la domination masculine.

Henri Eckert est sociologue, chargé d’études au Céreq. Sylvia Faure est sociologue, à lire sur www.lrdb.fr, « Les espaces de socialisation. Garçons et filles d’un quartier HLM »

 

Roger Establet et Christian Baudelot, Quoi de neuf chez les filles ? Entre stéréotypes et libertés, Fernand Nathan, 2007, 141 pages, 14,95 €

Il est vif, elle est mignonne. Cela commence dès le berceau et ne s’arrête plus. Aux garçons le bleu, les pirates, les combats, le charmant désordre. Aux filles, le rose, les loisirs d’intérieur et les cahiers bien tenus. En 1973, dans un ouvrage au retentissement mondial - Du côté des petites filles -, Gianini Belotti analysait les attitudes et les attentes des parents comme de la société à l’égard des filles et des garçons. Et pointait du doigt les stéréotypes et les conditionnements qui, dès la petite enfance, préparent les petites filles à leur future place dans la société, à l’ombre du sexe fort. Aujourd’hui, 35 ans plus tard, le féminisme est passé par-là, l’école est mixte, les mères travaillent, les pères font la vaisselle. Et quoi de neuf du côté de ces petites filles modernes - et de leurs frères ?

Christian Baudelot et Roger Establet sont sociologues, spécialistes de l’éducation et des inégalités, auteurs notamment des best-sellers Allez les filles ! et Le niveau monte (Le Seuil).

CR d’Igor Martinache sur SES-ENS

CR de Frédérique Giraud sur liens-socio.org

 

Claude Esturgie, Le Genre en question ou Questions de genre. De Pierre Molinier à Pedro Almodovar, Éditions Leo Scheer, 100 pages, 15 €

La notion de genre, introduite dans les années 50 et popularisée aux États-Unis par les Gender Studies, permet de penser l’identité au-delà de la fatalité anatomique dont parlait Freud : l’appartenance à un sexe ne dit pas tout de ce que nous sommes. Mais si l’on admet volontiers aujourd’hui que l’identité sexuelle est construite, on n’ose pas toujours regarder en face la réalité du travestissement et de la transsexualité. Or, qui peut nous en apprendre davantage sur le genre que ceux qui en ont exploré les frontières ? Claude Esturgie, fort d’une longue connaissance théorique et clinique des comportements sexuels, fait le point sur ces questions. Croisant les données scientifiques et psychanalytiques avec les expériences artistiques, notamment celles du photographe Pierre Molinier, connu pour ses autoportraits en travesti, et de Pedro Almodovar, témoin et défenseur de la culture Queer, il établit les lignes de force et les perspectives d’un bouleversement qui n’a pas fini de remettre nos certitudes en cause.

« Peut-être pouvons-nous envisager le jour où la tyrannie du genre sera abolie, où n’existera plus qu’un seul genre : un genre uniformément humain, au-delà des différences de sexe, de race ou de classe sociale. »

Médecin, sexologue et sexoanalyste, Claude Esturgie est président de l’Institut français de sexoanalyse et de l’Académie des sciences sexologiques.

 

 

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Jules Falquet, De gré ou de force. Les femmes dans la mondialisation, La Dispute, 2008, 214 pages, 21 €

L’auteure passe au crible les mécanismes de domination masculine, à travers le prisme de l’analyse de la mondialisation libérale et de ses impacts sur toutes les femmes. Sur le plan économique, la surexploitation des paysannes, des ouvrières, des migrantes dans le travail sexuel et les « services » permet de dégager de nouveaux profits. Sur le plan de la contrainte par la force, à la violence « classique » contre les femmes s’ajoute un état international de guerre permanente. Ces deux formes de « guerre de basse intensité » contre la population civile font partie des nouveaux modes semi-privatisés de gestion de la force de travail mondialisée et féminisée.

D’un style direct et passionné, De gré ou de force est probablement la synthèse francophone la plus radicale et accessible des rapports entre les inégalités de sexe (ainsi que de classe et de « race ») et la mondialisation néolibérale.

Jules Falquet est maîtresse de conférences en sociologie et spécialiste des luttes sociales en Amérique latine et aux Caraïbes,

Présentation et extrait de l’introduction sur le site Genre en action.

 

Éric Fassin, L’Inversion de la question homosexuelle, Éditions Amsterdam, (2005), n. é. 2008, 272 pages, 9,80 €

Pour Éric Fassin, les débats sur le pacs, l’ouverture du mariage, l’homoparentalité et l’homophobie marquent une rupture historique : une inversion de la question homosexuelle. Si depuis un siècle la psychanalyse, l’anthropologie et la sociologie interrogeaient l’homosexualité, c’est aujourd’hui la politique gaie et lesbienne qui met en question ces disciplines et, au-delà, nos sociétés. L’évidence des normes a cédé la place à une interrogation sur le processus normatif : trouble dans la norme, donc.

Cette édition en poche a été l’occasion pour Éric Fassin d’enrichir cet ouvrage de plusieurs nouveaux articles mettant en lumière les développements inédits auxquels a donné lieu la nouvelle donne politique, depuis l’accession au pouvoir de Nicolas Sarkozy.

Agrégé, normalien, Éric Fassin est sociologue et américaniste, chercheur à l’IRIS, CNRS, coordonnateur de l’axe « inégalités, identifications, genre ».

Extrait à lire sur le site de l’éditeur.

 

Sylvia Faureet Henri Eckert (coord.), Les Jeunes et l’agencement des sexes, La Dispute, 2007, 245 pages, 21 €

Des drames touchant l’intégrité et le respect des jeunes femmes font régulièrement la une des médias. Face aux meurtres de jeunes filles, aux viols, aux violences conjugales, l’indignation collective est largement répercutée, mais elle se focalise sur la violence et tend à désigner des coupables. Ce seraient certaines catégories de jeunes hommes des quartiers défavorisés qui trouveraient à se valoriser par ces comportements, en obéissant à un sentiment de supériorité masculine ancré dans leur culture familiale et la tradition de certains pays d’origine. Faut-il accepter ces interprétations empreintes de préjugés sociaux et xénophobes ? Finalement que sait-on des modes de coexistence des adolescents ? Comment les stéréotypes de sexe se perpétuent-ils au sein des nouvelles générations ? En 2007 les rapports hommes-femmes, contribuent à renouveler la compréhension des sociétés. Comment se recomposent des héritages symboliques comme la croyance à l’infériorité des femmes ou l’assignation des filles aux espaces privés et à la procréation, et celle des garçons à la vie publique, à la virilité et à la force ? A travers, par exemple, les loisirs, les pratiques culturelles, sportives, les comportements déviants, l’entrée dans le monde du travail, les relations entre collègues à l’usine, en variant les focales d’observation sur des jeunes issus de différents milieux sociaux, à divers moments de leur vie, il est possible de commencer à répondre à ces questions. Une telle réflexion débouche nécessairement sur la question politique, c’est-à-dire sur notre responsabilité collective et sur celle des pouvoirs publics en matière de lutte contre les préjugés sexistes, contre l’actualisation de la domination masculine.

Henri Eckert est sociologue, chargé d’études au Céreq. Sylvia Faure est sociologue ; à lire sur www.lrdb.fr, « Les espaces de socialisation. Garçons et filles d’un quartier HLM »

 

Sylvain Ferez, Le Corps homosexuel en jeu. Sociologie du sport gay et lesbien, préface d’Éric Fassin, PU Nancy, 2008, 21 €

Le sport gay et lesbien qui, dans la lignée des Gay Games, s’est institué en France depuis le milieu des années 80, connaît un succès croissant. Partagé entre le monde sportif, dont il critique la culture homophobe, et la subculture gay, à laquelle il reproche l’imposition de normes corporelles, il semble encore chercher sa voie. Par delà ses errements, une originalité s’affirme néanmoins : en mettant ostensiblement les corps homosexuels en jeu, il prétend s’immiscer dans des enjeux de représentation du « corps homosexuel ». Enjeux liés à la fois aux images et catégories mentales qui rendent a priori le sport et l’homosexualité exclusifs l’un à l’autre, mais aussi aux mécanismes d’élection de porte-parole ou de représentants. Homosexuel parmi les sportifs, l’acteur du sport gay et lesbien se veut sportif parmi les homosexuels. C’est de cet écartèlement que naît la possibilité d’un processus de politisation des mises en scènes du corps : émergence fragile et douloureuse dans un entre-deux qui cherche à s’inscrire, à se nommer, menaçant toujours de basculer d’un côté ou de l’autre de l’alternative rejetée.

Actuellement membre de l’équipe de recherche « Sports, politique et transformations sociales » de l’Université Paris XI-Sud, Sylvain Ferez a effectué deux années postdoctorales au département de sociologie et d’anthropologie à l’Université d’Amsterdam après avoir soutenu un Doctorat intitulé « Corps de mise en scène, d’expression et de réflexivité : étude de génie symbolique » à l’Université Montpellier I en 2004.

CR de Ludovic Gay sur nonfiction.fr

 

Gary Ferguson (dir.), L’Homme en tous genres. Masculinités, textes et contextes, Éditions del’Harmattan, 2009, 212 pages, 20 €

On ne naît pas homme, on le devient. Ce principe, qui depuis vingt ans anime des recherches en sociologie, en anthropologie et en histoire sur le façonnement et la constitution de la masculinité, n’a eu jusqu’à présent qu’une influence fort limitée dans le domaine des études littéraires et culturelles. Pour aider à combler cette lacune, les essais réunis ici examinent l’élaboration de sujets masculins, dans et à travers des textes écrits ou filmiques, de genres variés, du Moyen Âgeà nos jours.

Professeur de littérature française, Gary Ferguson enseigne à l’Université du Delaware, USA. Spécialiste de la renaissance fraçaise, il a écrit Queer (Re)Readings in the French renaissance. Homosexuality, Gender, Culture, Ashgate, 2008.

 

Agnese Fidecaro, Stéphanie Lachat(eds) (2007). Profession : créatrice. La place des femmes dans le champ artistique. Lausanne, Antipodes « Existences et société », 220 pages, 21 €

Profession créatrice : la juxtaposition de ces deux termes n’est pas toujours allée de soi. Les femmes ont par le passé été exclues de la pratique professionnelle d’un certain nombre d’arts ou ont été reléguées aux échelons inférieurs des hiérarchies qui les organisaient. Leur œuvre a été dévalorisée, leur accès aux filières d’apprentissage obstrué. Sur le plan symbolique, le principe créateur a lui-même souvent été représenté comme étant d’essence masculine. Certes le féminin a pu être valorisé dans l’imaginaire de la création, comme c’est le cas avec la figure de la muse. Mais cette valorisation a-t-elle concrètement permis aux femmes de développer leurs talents de manière aussi poussée que leurs collègues masculins ?

L’on ne s’étonne plus aujourd’hui que les femmes fassent profession de création. Leur visibilité plus grande tend cependant à masquer la persistance d’un certain nombre de difficultés. Comment s’affirmer dans des domaines encore largement dominés par des hommes, ou structurés par des rapports dissymétriques de pouvoir entre les sexes ? Quelles sont les difficultés et revendications actuelles ? Le questionnement sur le genre - c’est-à-dire sur les rapports sociaux de sexe - a-t-il encore un sens pour les créatrices ? Comment se situent-elles par rapport à une histoire dont elles sont largement absentes ? De manière plus générale, peut-on encore soutenir que la pratique artistique transcende le genre ? Est-elle au contraire aussi une négociation du genre ? Et la réflexion féministe contribue-t-elle dès lors à transformer notre compréhension de la création ?

Telles sont quelques-unes des questions qui ont pu être soulevées au cours du colloque Profession : créatrice. La place des femmes dans le champ artistique, qui s’est tenu à l’Université de Genève les 18 et 19 juin 2004, et dont les actes sont rassemblés ici. Largement ouvert sur la cité et donc à vocation généraliste, il a permis de confronter les situations qui prévalent dans des arts aussi différents que la peinture et la sculpture, la photographie, le théâtre, la littérature, le cinéma, la danse ou le jazz. Les articles réunis dans cet ouvrage témoignent de la vitalité de la réflexion sur le genre, du caractère ouvert et actuel du savoir qu’elle produit, et de sa capacité à interroger les pratiques des un·e·s et des autres.

Stéphanie Lachat et Agnese Fidecaro sont chargées de cours à l’Université de Genève.

 

Olivier Fillieule et Patricia Roux, Le Sexe du militantisme, Presses de Sciences Po, 2009, 359 pages, 24 €.

Le Sexe du militantisme propose une analyse de la (re)production des rapports de pouvoir au travers des pratiques militantes, saisissant les logiques par lesquelles les inégalités de genre, de classe et de race imprègnent le militantisme, qu'il soit de gauche ou de droite, progressiste ou conservateur. Premier ouvrage en français à explorer le militantisme dans une perspective de genre à partir de recherches empiriques sur les partis, les syndicats et les mouvements sociaux, il rassemble des politistes, sociologues, anthropologues et historiennes dont le souci est de ne pas appréhender les luttes politiques comme si elles étaient « neutres » et non sexuées. Une contribution majeure à l'étude des mobilisations collectives qui complète les analyses classiques, aveugles aux rapports de genre.

Ont contribué à cet ouvrage : Martina Avanza, Marie Buscatto, Geneviève Dermenjian, Xavier Dunezat, Francis Dupuis-Déri, Hélène Duriez, Elsa Galerand, Stéphanie Guyon, Yannick Le Quentrec, Jean-Yves Le Talec, Dominique Loiseau, Sabine Masson, Valérie Pouzol.

Professeur de sociologie politique à l'Université de Lausanne, Olivier Fillieule est directeur de l'Institut d'études politiques et internationales (IEPI) et directeur de recherche au Centre de recherches politiques de la Sorbonne (CRPS, Université Paris-1-Panthéon-Sorbonne, CNRS).

Docteure en sociologie et anthropologie, Patricia Roux est professeure associée en Études Genre à l’Université de Lausanne. Elle est aussi responsable du réseau LIEGE (Laboratoire interuniversitaire en études genre et co-rédactrice responsable, avec Christine Delphy (CNRS, Paris), de la revue francophone internationale Nouvelles Questions Féministes.

Sommaire détaillé.

 

Sarah Fishman, La Bataille de l’enfance. Délinquance juvénile et justice des mineurs en France pendant la Seconde Guerre mondiale, traduction Johann Maunet, Rennes, PUR, 2008, 323 p., 20 €

La bataille de l'enfance fait le lien entre deux grands domaines de la recherche historique : crime et délinquance, guerre et changement social. Grâce à une recherche qui s'appuie sur un large dépouillement d'archives, Sarah Fishman révèle l'impact du régime de Vichy sur un des groupes les plus silencieux de l'histoire : les enfants. Elle étudie la façon dont les enfants français ont traversé la guerre et l'occupation allemande. Elle montre que ce sont les restrictions économiques plus que la dislocation des familles qui ont accru la criminalité juvénile. Les circonstances des temps de guerre ont conduit les autorités à considérer les délinquants mineurs comme des victimes : c'est cela qui a permis aux réformistes, aux psychiatres, aux travailleurs sociaux et aux juristes de modifier le système français, en le tirant d'une justice juvénile punitive vers un système à visée éducative. La législation du régime de Vichy a, ce faisant, fondé le système moderne de justice juvénile en France, qui incarcère rarement les jeunes délinquants. En s'intéressant au rôle que la guerre et le régime autoritaire de Vichy ont joué dans la transformation des tribunaux et des institutions françaises, Sarah Fishman enrichit notre connaissance de la vie quotidienne en France durant la Seconde Guerre mondiale. Elle affine notre compréhension de la place de Vichy dans le développement historique de la France. Elle apporte des éléments importants de réflexion aux débats actuels sur la justice juvénile.

Sarah Fishman est professeur associé en histoire à l'université de Houston. Cet ouvrage est la traduction de The Battle for Children publié en 2002 par Harvard University Press.

CR de Manon Pignot sur Histoire@Politique, mars 2009.

Michel Fize, Père et fils. L’histoire d’un amour mal entendu, Les Éditions de l’Homme, 2008, 203 pages, 22 €

Qu’est-ce qu’un père ? Plus précisément, que signifie être père d’un fils en ce début de 21e siècle ? De fait, le "métier" de père a changé. Être père, ce n’est plus, comme jadis, imposer une volonté qui aurait raison de tout, mais bien être présent dans une relation, écouter, dialoguer. D’autant que l’autorité n’est pas le pouvoir, nous rappelle l’auteur, elle est même tout le contraire. Loin d’obliger, elle autorise. Le père d’aujourd’hui n’est donc plus le personnage sévère d’autrefois, mais un homme ordinaire qui fixe un cap et un cadre à son enfant et, ce faisant, donne sens à son devenir.

Pour ce faire, il sait qu’il ne peut compter que sur lui-même, son expérience, ses qualités, sa force de conviction. Et, surtout, sur son amour, cet amour tant décrié et si souvent mal entendu, qui fonde la relation qu’il aura avec son enfant. Cet amour qui, dans le meilleur des cas, lui permettra de faire naître son fils à lui-même, car c’est bien d’une nouvelle mise au monde qu’il s’agit, toute paternelle cette fois. « Éduquer, c’est avant tout espérer en l’autre », écrit Michel Fize. Comment mieux dire le mouvement de vie et d’affection qui, malgré les avatars propres à toute relation, porte l’adulte vers le jeune, le père vers son fils ?

Michel Fize est sociologue au CNRS.

 

Souleymane Fofana, Mythes et combat des femmes africaines, L'Harmattan, 2009, 202 pages, 20 €

En s'inspirant des mythes et traditions de la Côte d'Ivoire qui ont trait à la supériorité de l'homme sur la femme, à l'origine du mariage et de la polygamie, au régime de la succession qui consacre l'incapacité de la femme à hériter des biens matériels de son défunt époux et aux "sacrifices humains", Souleymane Fofana propose une réflexion originale sur la place des femmes dans la renaissance des cultures africaines. À travers une analyse méthodique et approfondie, il dissèque les œuvres des écrivains ivoiriens qui refusent de lire les anciens mythes de leur pays avec « des lunettes du passé ». La réécriture des mythes constitue une nouvelle interrogation des sociétés africaines qui sous-tend une vision toute différente de l'histoire africaine. L'écriture devient donc pour les femmes, un moyen de redéfinir leur rôle dans une Afrique moderne.

Mythes et combat des femmes africaines est un ouvrage qui a pour objectif de contribuer à l'avènement d'une meilleure humanité en nous obligeant à prendre conscience des injustices faites à la gent féminine en mettant en exergue les situations sociales, économiques, et politiques qui engendrent les conflits et les antagonismes dans les sociétés africaines.

Souleymane Fofana est originaire de Mankono dans le nord-ouest de la Côte d'Ivoire. Après ses études universitaires dans son pays, il se lance en 1993 dans le journalisme o ù il fait une brillante carrière. Il s'installe par la suite aux États-Unis où il obtient en 2006 un PhD à Louisianna State University (USA). Fofana a enseigné à Louisianna State University (USA) et à l'université de l'Alberta (Canada). Depuis janvier 2007, il est professeur de français à Grant Macevan College au Canada.

 

Geneviève Fraisse, Le Privilège de Simone de Beauvoir suivi de Une Mort douce, Paris, Actes Sud, 2008, 140 pages, 14 €.

À l’heure où l’on célèbre le centenaire de Simone de Beauvoir, Geneviève Fraisse évoque le parcours de celle qui se voyait en “correspondante de guerre” au cœur de l’histoire philosophique, politique et littéraire. Comment Simone de Beauvoir, qui use si souvent du mot de “privilège”, place-t-elle son désir de connaître et de se connaître au cœur du privilège de la pensée que le XXe siècle lui a accordé ? Formidable espace que celui de la femme savante, pensante, tout éblouie par ces lumières intellectuelles offertes, enfin sans limites, au sexe féminin. Pourquoi se pose-t-elle alors la question du deuxième sexe, de l’autre sexe ? Pourquoi, surtout, introduit-elle l’idée d’un “devenir” de la femme, d’une histoire peut-être, qui produirait enfin un écart après tant de siècles répétitifs ? Commémorer une grande figure, telle Simone de Beauvoir, n’est pas une affaire d’héritage ou de transmission dans le cadre d’une histoire des femmes, encore fragile, trop peu légitime. Il s’agit, plus sûrement, de découvrir la possibilité d’une appropriation ; il ne faut pas recevoir, mais prendre.

Philosophe, Geneviève Fraisse a été déléguée interministérielle aux droits des femmes de 1997 à 1998 et députée au Parlement européen de 1999 à 2004. Productrice à France Culture, elle est directrice de recherche au CNRS.

Voir notice biobibliographique et articles sur lrdb.fr.

 

Geneviève Fraisse, Du Consentement, Le Seuil, 2007, 135 pages, 13 €

« J’ai longtemps pensé que l’acte de consentir relevait de l’intimité la plus grande, mélange de désir et de volonté dont la vérité gisait dans un moi profond. Lorsque j’ai entendu ce mot de consentement dans des enceintes politiques, Parlement européen, débats télévisuels, discussions associatives, j’ai compris qu’il pénétrait l’espace public comme un argument de poids. Je voyais bien que la raison du consentement, utilisée pour défendre le port du foulard, ou exercer le métier de prostituée, s’entourait de principes politiques avérés, la liberté, la liberté de choisir, la liberté offerte par notre droit ; et la résistance, la capacité de dire non à un ordre injuste. Car dire “oui”, c’est aussi pouvoir dire “non”, l’âpreté de l’établissement d’un viol nous le rappelle méchamment. J’ai beaucoup cherché, des années durant, à identifier les lieux de l’autonomie des femmes contemporaines. Ce travail consentement m’entraîne, désormais, dans la pensée du lien, du mouvement de l’un vers l’autre des êtres, de chacun des êtres que nous sommes. Par là commence, ainsi, la construction d’un monde. »

Philosophe, Geneviève Fraisse a été déléguée interministérielle aux droits des femmes de 1997 à 1998 et députée au Parlement européen de 1999 à 2004. Productrice à France Culture, elle est directrice de recherche au CNRS.

CR d’Anton Perdoncin, « Consentement des femmes et politique. Note sur Du Consentement de Geneviève Fraisse », Tracés. Revue de Sciences humaines, n° 14, mai 2008.

« Le consentement est-il un argument politiquement pertinent ? », Les conférences d’Agora, 29 avril 2008, CR.

Voir notice biobibliographique et articles sur lrdb.fr.

 

Françoise Frontisi-Ducroux, Ouvrages de dames. Ariane, Hélène, Pénélope..., Éditions du Seuil, 2009, 208 pages, 19 €

Quand les déesses filent la laine… Métaphore de la condition féminine. Françoise Frontisi-Ducroux raconte quelques grands mythes du féminin liés à la quenouille et au métier à tisser. Par ce choix, elle nous convie à une traversée de la politique des sexes où l'on passe sans cesse des figures de la mythologie aux réalités du quotidien chez les mortels. Si l'art d'entrelacer est un savoir-faire des femmes, le tissage suppose jeux et tensions entre masculin et féminin – comme dans le rapport nécessaire entre la chaîne et la trame sur le métier à tisser. Pour notre bonheur, l'auteur met en scène quelques grandes dames de la mémoire de nos cultures d'aujourd'hui : Ariane, Hélène, Pénélope, Philomèle et Procné, Arachné… Ce livre nous éclaire sur une histoire sans fin qui met en jeu des mécanismes imaginaires où s'« entrelacent » masculin et féminin.

Françoise Frontisi-Ducroux, helléniste, sous-directrice au Collège de France a publié, entre autres, Dédale, mythologie de l'artisan en Grèce ancienne (Maspero, 1975/ La Découverte, 2000), Le Dieu-masque (La Découverte/ École française de Rome,1999), Du masque au visage (Flammarion, 1995), L'Homme-cerf et la Femme-araignée (Gallimard, 2003) et, avec Jean-Pierre Vernant, Dans l'œil du miroir (Odile Jacob, 1997).

 

 

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Olivier Galland, Les Jeunes, (n. éd.), Éditions de La Découverte, 2009, 128 pages, 9,50 €

La notion de jeunesse recouvre une réalité foisonnante : la définition et les contours de la catégorie ont évolué au cours de l’histoire et aujourd’hui elle s’est décomposée en plusieurs séquences dans le cycle de vie. Ce livre tente de mettre de l’ordre dans cette lecture des diverses facettes de la jeunesse. Il le fait d’un point de vue historique en montrant comment la catégorie s’est peu à peu construite sous l’influence des politiques éducatives et des politiques d’encadrement. Il le fait aussi d’un point de vue sociologique en examinant les concepts qui permettent de définir la jeunesse et en décrivant les différentes phases qui mènent de l’enfance à l’âge. Les jeunes se socialisent à l’école, avec leurs pairs, dans la famille, dans l’emploi, plus largement en participant aux activités sociales, politiques ou religieuses. Comment évoluent les rapports qu’ils entretiennent avec la société sous ces différents registres ? Quelles sont les tensions, se manifestant par des formes de révolte ou de déviance, qui traversent et parfois perturbent ces relations ?

Olivier Galland, sociologue, est directeur de recherches au CNRS. Ses travaux portent sur l’entrée dans la vie adulte et la place des jeunes dans les sociétés européennes. Il travaille également sur les systèmes de valeurs en Europe.

Sommaire sur le site de l’éditeur.

 

Olivier Galland, Les jeunes Français ont-ils raison d'avoir peur ? Éléments de réponse, Armand Colin, 2009, 160 pages, 16,50 €

Parmi tous les facteurs de préoccupation qui nous assaillent (crise mondiale, risque environnemental, etc.), il en est un qui ne doit pas passer inaperçu et devrait même retenir prioritairement l’attention : la jeunesse française témoigne d’un pessimisme, d’un manque de confiance en l’avenir et d’une résignation qui tranchent complètement sur ce que l’on constate ailleurs. À qui la faute ? Comment a-t-on pu en arriver là ? Dans notre « modèle » français tant vanté, qu’est-ce qui parvient ainsi à casser la jeunesse ? Comment les choses se combinent-elles, entre crise globale et ratés spécifiques du système éducatif, entre, ici, « jeunisme » démagogique et, là, passéisme profond ? Pourquoi les jeunes eux-mêmes pensent-ils et agissent-ils, si souvent, au rebours de leurs intérêts réels ? Olivier Galland nous offre une analyse à la fois équilibrée, nuancée et parfaitement décapante de ce marasme national, et définit des pistes concrètes novatrices pour rouvrir à la jeunesse, et donc au pays lui-même, la voie de l’avenir.

Olivier Galland, directeur de recherches au CNRS, membre du Groupe d’Étude des Méthodes de l’Analyse Sociologique (GEMAS), est spécialiste des questions de jeunesse et a notamment publié chez Armand Colin, Sociologie de la jeunesse (2007, 4º édition).

Sommaire sur le site de l’éditeur.

Vidéo de son audition au Sénat le 31 mars 2009, sur Ressources Jeunesse

 

Françoise Gaspard, Pascale Choquet, Ginette Verbrugghe, Yveline Nicolas, (dir.), Genre et développement. Les acteurs et actrices des droits des femmes et de la solidarité internationale se rencontrent et échangent sur leurs pratiques, Éditions de l’Harmattan, 2008, 268 pages, 24,50€

La globalisation économique a des répercussions directes sur la place des femmes dans l’économie et la société. Presque partout dans le monde, mais plus encore dans les pays en voie de développement, l’inégalité entre les hommes et les femmes est manifeste. Les femmes accusent un retard dans de nombreux domaines comme l’éducation, l’accès aux soins, l’emploi ou l’espace politique. Comment les inégalités entre hommes et femmes peuvent-elles être des freins au développement des sociétés? Comment prendre en compte les rapports sociaux entre femmes et hommes dans les projets de coopération internationale? Les femmes et les hommes de terrain, qu’ils soient membres de réseaux de développement, militants politiques ou responsables de projets rencontrent des difficultés similaires renforcées par le manque d’outils ou de compétences spécifiques. Ce colloque s’est construit sur le vécu et l’expérience d’associations régionales intégrant dans leurs actions la dimension Genre. Des intervenants d’Afrique, d’Amérique latine, d’Asie et d’Europe, ont participé à deux jours de débats particulièrement riches. Ce fut l’occasion pour les associations engagées dans la solidarité internationale et les droits des femmes de se rencontrer, de partager leurs expériences et d’interpeller sur les enjeux fondamentaux de l’égalité entre hommes et femmes dans le développement économique et social aussi bien dans les pays dits du Sud que ceux du Nord

Sommaire

 

Isabelle Germain, Si elles avaient le pouvoir…, Larousse, 2009, 128 pages, 9,90 €

Angela Merkel, Hillary Clinton, Ségolène Royal, Laurence Parisot à la tête du Medef, Laurence Ferrari présentatrice du 20 heures… Depuis quelques années, médias et essayistes l’affirment, les femmes ont pris le pouvoir, ou seraient sur le point de le prendre… Véritable péril pour certains, la féminisation de la société serait à l’origine de la stagnation économique et intellectuelle de l’Europe. Mais qu’en est-il réellement ? L’ouvrage passe en revue les différents domaines, politique, économique, culturel et médiatique, et dresse à chaque fois le même bilan : la prise de pouvoir relève plutôt du fantasme que de la réalité. Et derrière cette lente révolution, se cachent encore bien des évolutions contrastées. Au contraire même, dans certains cas, la cause des femmes serait plutôt en régression…

Isabelle Germain est journaliste et co-présidente de l’Association des femmes journalistes.

Entretien sur le blog de Corinne, Tout pour elles, janvier 2009.

 

Filippo Gilardi, Métamorphose et identité. D’Ovide au transsexualisme, préface de Jean Bessière, Éditions Odin, 2008, 207 pages, 18,75 €

Peu d’études ont traité de l’identité et de ses paradoxes dans la littérature de la métamorphose. Réparation faite avec cet ouvrage qui présente une description systématique des paradoxes de l’identité et de leurs variations au cours des siècles. Du texte littéraire fondateur de l’imaginaire de la métamorphose, Les Métamorphoses d’Ovide, aux textes contemporains à thématique transsexuelle, il est possible de lire le paradoxe de la métamorphose – continuité et changement – comme le paradoxe central de l’identité. La littérature de la métamorphose doit être lue, dans cette perspective, comme celle de la « re-figuration » de l’identité.

Une telle approche privilégie, de fait, l’époque moderne et contemporaine, celle de l’interrogation sur l’identité personnelle, sur la conscience de soi et sur la relation à l’autre. Ces paradoxes sont particulièrement explicites dans la littérature de la métamorphose des XIXe et XXe siècles. Lire, comme le font les modernes, dans l’opposition esprit-corps, une supériorité de l’esprit sur le corps, apparaît, en fait, comme l’une des objectivations possibles de ces paradoxes. Tous les livres sur la métamorphose objectivent ces paradoxes d’une manière différente et donnent diverses représentations de l’identité.

Docteur en littérature générale et comparée de l’université Paris III – Sorbonne Nouvelle, Filippo Gilardi enseigne à la Nottingham University, campus de Ningbo, en Chine.

Entretien avec l’auteur sur le site de l’éditeur.

CR de Pascale Hummel sur fabula.org, mai 2009.

 

Catherine Gonnard et Élisabeth Lebovici, Femmes artistes artistes femmes. Paris, de 1880 à nos jours, Hazan, 2007, 479 pages, 45 €

Le XXe siècle est le temps où les femmes prennent leur place dans l’histoire de l’art. Pour nombre d’entre elles, nées en France ou arrivant depuis le nord de l’Europe, la Russie ou l’Amérique, cette histoire collective commence à Paris. Ce n’est qu’à la toute fin du XIXe siècle que l’École des beaux-arts, les académies, les ateliers leur sont ouverts. La ville, avec ses cafés, ses théâtres, ses cabarets, va longtemps rester un territoire masculin, qu’il leur faudra conquérir pour y « flâner » en toute liberté et sortir du cadre confiné de l’univers domestique. Siècle de lutte, d’émancipation, d’indépendance, de création, de revendication, le XXe siècle est aussi pour les femmes un siècle d’art. S’il existe des ouvrages sur l’histoire des luttes politiques et sociales des femmes, les histoires générales de l’art du XXe siècle ne les intègrent que timidement, fréquemment dans un chapitre séparé. Quant aux ouvrages qui traitent de l’art au féminin, souvent militants, ils se limitent à évoquer quelques personnalités remarquables ou prennent la forme d’un dictionnaire. Cette étude se veut à la fois chronologique et thématique. Elle regroupe les artistes plus connues (de Sonia Delaunay à Sophie Taeuber, de Meret Oppenheim à Germaine Richier, d’Aurélie Nemours à Vieira da Silva, d’Annette Messager à Valérie Mréjen) et les oubliées, celles qui sont déjà « revenues » sur la scène artistique comme Claude Cahun, celles que cet ouvrage permet de faire connaître, comme Marie Vassilieff ou Marlow Moss : sans compter les artistes d’aujourd’hui, présentes non seulement sur la scène française, mais dans le monde global de l’art. Des encadrés biographiques, des citations et des entretiens réalisés par les auteures viennent compléter ce panorama des artistes et des œuvres. Quelle est la place des femmes artistes dans le fameux « modèle républicain » français, universaliste ? Comment les femmes ont-elles intégré la profession d’artiste ? Et, réciproquement quelles transformations affectent la théorie esthétique lorsqu’on intègre la donnée du genre dans l’évolution des formes ? Certaines questions relèvent de l’histoire de l’art, mais beaucoup sont inséparables des luttes des femmes pour leur émancipation. Jusqu’aux premières années du XXIe siècle, le chemin parcouru par ces femmes n’est pas seulement balisé de révolutions esthétiques.

Longtemps critique d’art au journal Libération et ancienne rédactrice en chef de Beaux-Arts Magazine, auteure de nombreux catalogues et d’articles, Elisabeth Lebovici est historienne d’art.

Catherine Gonnard, journaliste et essayiste, travaille sur les images à l’Institut national de l’audiovisuel. Elle a constitué les archives de l’Union des femmes peintres et sculpteurs (1881-1994), elle est spécialisée dans la littérature, l’histoire des femmes et l’homosexualité féminine. Longtemps critique d’art au journal Libération et ancienne rédactrice en chef de Beaux-Arts Magazine, auteure de nombreux catalogues et d’articles, Elisabeth Lebovici est historienne d’art. Elle a beaucoup publié sur l’art contemporain et sur les femmes artistes.

Présentation et sommaire sur prochoix.org

 

Marie de Gournay, Égalité des hommes et des femmes. Suivi de Grief des dames (1622), éd. Claude Pinganaud, présentation Séverine Auffret, Paris, Éditions Arléa, 2008, 64 pages, 13 euros.

Comme le montre Séverine Auffret dans sa préface, « Marie Le Jars de Gournay ne fut pas seulement l’amie ambiguë de Montaigne, le satellite d’un astre. Elle fut avant tout une femme libre ». Si la « fille d’alliance » a succédé à La Boétie, le « frère d’alliance » trop tôt disparu, l’intense relation de Marie avec l’auteur des Essais sera elle aussi très brève, puisqu’ils ne partageront que quelques semaines au château de Gournay. Marie restera fidèle à Michel de Montaigne, mort quatre ans après cette mémorable rencontre, en veillant aux éditions posthumes des Essais. Mais surtout, on le verra dans l’Égalité des hommes et des femmes, publié la première fois en 1622, elle se construira elle-même comme femme indépendante, créatrice et pensante. C’est en puisant à deux sources principales - les hautes figures de l’Antiquité et la Bible - que Marie défend avec bonheur sa thèse : les femmes ne sont ni inférieures aux hommes, ni « supérieures », comme le prétendent quelques sophistes des deux sexes, mais tout simplement leurs égales, quoique différentes. Publié quatre ans plus tard, le Grief des Dames, petit texte franchement polémique, soustrait définitivement les femmes à « la quenouille », en établissant l’état de femme de lettres.

Marie de Gournay (née le 6 octobre 1565 à Paris - morte le 13 juillet 1645 à Paris) était une femme de lettres française des XVIe et XVIIe siècles, et fut la « fille d’alliance » de Michel de Montaigne, dont elle publia en 1595 la troisième édition des Essais, augmentée de toutes les corrections manuscrites du philosophe. C’est grâce aux mouvements féministes de la fin du XXe siècle que cette femme remarquable, féministe avant l’heure, est sortie de son rôle de « fille d’alliance » de Montaigne pour être enfin reconnue comme femme de lettres, philologue, traductrice, poétesse et philosophe à part entière.

 

Emmanuel Gratton, L’Homoparentalité au masculin. Le désir d’enfant contre l’ordre social, Préface d’Irène Théry, PUF, 2008, 264 p., 27 €.

Jusqu’à présent, beaucoup d’homosexuels sont devenus pères dans un contexte hétéroparental avant de se déclarer publiquement homosexuels et de choisir un mode de vie correspondant. L’originalité de cette recherche est de s’intéresser aux hommes gays qui désirent devenir pères ou qui le sont devenus uniquement dans un contexte homoparental. En France, les gays qui souhaitent devenir pères se heurtent à de nombreux obstacles : l’adoption, autorisée pour des couples mariés et des célibataires de plus de 28 ans, est généralement refusée aux candidats homosexuels ; le recours à une maternité pour autrui est formellement interdit ; quant à la coparentalité, elle nécessite de trouver une future mère en accord avec le projet. Par ailleurs, outre les obstacles biologiques et juridiques, le modèle familial prôné par l’ordre social et symbolique rend difficile l’expression d’un tel désir. Première étude française sur la paternité gay, ce livre dévoile les arcanes du désir masculin d’enfant et explore les prémisses d’une nouvelle paternité. Une trentaine de gays y témoignent de leur désir et des arrangements qu’ils ont imaginés pour devenir pères.

Emmanuel Gratton est docteur en sociologie et directeur d’un institut de formation en travail social à Angers.

Présentation et sommaire sur le site de l’éditeur.

CR de Frédérique Giraud sur le site liens-socio.org, 21//04/2008.

 

Martine Gross, L’Homoparentalité, Éditions Le Cavalier bleu, coll. Idées reçues, 2009, 128 pages, 9,50 €

L'homoparentalité recouvre des réalités multiples. L'auteure nous invite ici à questionner les représentations sociales et à combattre les préjugés sexistes et homophobes.

Sociologue, chercheure au CNRS, Martine Gross est aussi présidente d’honneur de l’Association des parents gays et lesbiens.

Présentation, sommaire et vidéo-entretien sur le site de l’éditeur.

On pourra lire un extrait sur www.lrdb.fr, « “Un enfant a absolument besoin d’un papa et d’une maman”. Idée reçue sur l’homoparentalité ».

 

Serge Guérin, La Société des seniors, Éditions Michalon, 2009, 240 pages, 17 €

Les plus de 60 ans étaient six cents millions en 2000. En 2050, ils seront deux milliards, soit un quart de la population mondiale. Aujourd’hui, en France, un nouveau senior « naît » toutes les trente-sept secondes, alors que l’on enregistre une vraie naissance toutes les quarante-deux secondes. Nous sommes bel et bien entrés dans l’air du « Continent gris ».

Si cette révolution silencieuse pose de multiples interrogations concernant, par exemple, le financement des retraites ou la prise en charge du très grand âge, elle ouvre aussi un large champ d’opportunités pour une société plus humaine. Certains changements sont déjà à l’œuvre dans nos modes de vie, mais aussi dans les relations intergénérationnelles, l’organisation de la ville ou encore au sein des familles. D’autres bouleversements politiques, culturels, économiques et sociaux sont inéluctables. Les seniors sont l’avenir : autant s’y préparer.

Serge Guérin est sociologue et professeur à l’ESG. Depuis une quinzaine d’années, il décrypte la seniorisation de la société. Il est l’auteur de Vive les vieux (Michalon, 2008).

À lire sur L’@mateur d’idées, « Société des seniors ou guerre des générations ? », décembre 2008

 

Serge Guérin, Vive les vieux ! Boomers bohèmes, seniors, retraités, personnes âgées..., Éditions Michalon, 2008, 154 pages, 15 €

1- Pourquoi le terme « seniors » a-t-il remplacé le mot « vieux » ? 2- Le vieillissement est-il un atout pour la France ? 3- Pourquoi la plupart des retraités ont-ils souvent le sentiment d’être devenus inutiles ? 4- Pourquoi l’idée du vieillissement est-elle toujours négative ? 5- La fameuse « guerre des générations » aura-t-elle lieu ? 6- Les questions posées par la dépendance ne doivent-elles pas être traitées de toute urgence ? 7- Comment appréhender le problème spécifique de la maladie d’Alzheimer ? 8- Notre système de protection sociale est-il adapté au vieillissement de la population ? 9- Quel habitat doit-on développer pour une « vieillesse heureuse » ? 10- Que peut-on dire sur la sexualité des plus âgés ?

+1- Les médias et la publicité ne sont-ils pas les grands responsables de notre allergie collective aux vieux ?

 

Roger-Henri Guerrand et Julia Csergo, Le Confident des dames. Le bidet du XVIIIe au XXe siècle : histoire d’une intimité, La Découverte, (1997), 2009, 224 pages, 11 €

Voici enfin le fameux « bidet » que les étrangers pensent être une invention aussi française que le béret et la baguette de pain. Ils ont bien raison de nous créditer de cette création majeure ! Si l’on ne connaît ni le nom de son inventeur ni la date de son invention, le bidet est sans conteste l’œuvre des meubliers parisiens du siècle de Louis XV ; en cette période de libertinage, il joua le rôle de « Confident des Dames » avant de devenir l’indispensable objet du confort sanitaire moderne.

Associé aux choses du sexe, à la nudité et à l’intimité, aux thérapies vénériennes et aux « funestes secrets » des familles, le bidet demeure pourtant, depuis sa création, l’objet de toutes les fascinations et de toutes les suspicions. Parce qu’il évoque un petit cheval et un enfourchement, il restera, malgré son importante diffusion, un objet trivial au nom impudique à prononcer.

L’histoire de cet « indicible violon » restait à écrire car personne encore ne l’avait osé. C’est le mérite de cet ouvrage pionnier, œuvre de deux chercheurs qui n’ont craint les difficultés de l’entreprise ; entre l’inventaire technique et la tentation de propos teintés de légèreté, ils ont réussi la gageure d’un travail à la fois documenté et amusant.

Julia Csergo, maître de conférences à l'université Lyon-II, est spécialiste de l'histoire de l'alimentation et membre du Centre de recherches en histoire du XIXè siècle à l'Université Paris-Sorbonne. Elle a notamment publié Voyages en gastronomie. L'invention des capitales et des régions gourmandes (Autrement, 2008), Histoire de l'alimentation (Educagri, 2004).

Roger-Henri Guerrand (1923-2006), historien hors norme de la vie quotidienne en milieu urbain, est l'auteur de nombreux livres, dont à La Découverte, Les Lieux. Histoire des commodités et Le Confident des dames. Le bidet du XVIIIe au XXe siècle : histoire d'une intimité (avec Fanny Beaupré/Julia Csergo),  Cent ans d'habitat social : une utopie réaliste (Albin Michel, 1989, avec Roger Quillot) et d'un livre de mémoires, À contre-voie : mémoires de vie sociale (Infolio, 2005).

Sommaire sur le site de l’éditeur.

 

Yvonne Guichard-Claudic, Danièle Kergoat et Alain Vilbrod, (dir.), L’Inversion du genre. Quand les métiers masculins se conjuguent au féminin… et réciproquement, Actes du colloque Brest, mai 2005, Rennes, PUR, 2008, 401 pages, 22 €

Femmes pompiers ou médecins, cadres d’entreprise, magistrates, conductrices de bus ou de camions, peintres en bâtiment ou carreleuses… mais aussi hommes sages-femmes ou caissiers de supermarché, infirmiers, assistants sociaux ou instituteurs en école maternelle : autant d’exemples de l’avancée en mixité dans des bastions longtemps monosexués. La mixité n’est donc pas seulement une question de co-présence de femmes et d’hommes dans différents espaces sociaux. Elle se traduit aussi par la fin de l’exclusivisme de genre attaché à certains métiers. Il est certes important d’en prendre la mesure précise, statistiques à l’appui, mais une évaluation chiffrée ne saurait suffire pour comprendre ce qui se joue dans ces situations atypiques. Le même métier est rarement exercé dans les mêmes conditions, de travail, de rémunération, de promotion selon qu’il l’est par un homme ou par une femme. Des travaux qualitatifs fins et diversifiés, tels ceux qui sont présentés dans cet ouvrage, permettent d’observer par le menu ce qui se transforme, ce qui résiste, ce qui se recompose, dans le but de saisir le sens des logiques sociales complexes qui sont à l’œuvre. Parler d’inversion du genre à propos de ces situations et positions non traditionnelles, c’est donc moins décrire une situation que poser la question de savoir dans quelle mesure l’inversion des positions sexuées est de nature à remettre en cause les processus de catégorisation et de hiérarchisation que désigne le concept de genre.

Yvonne Guichard-Claudic est maîtresse de conférences en sociologie et membre de l’Atelier de recherche sociologique (ARS, EA 3149), Université de Bretagne Occidentale, Brest. Danièle Kergoat est sociologue et directrice de recherche émérite au CNRS, Laboratoire Genre, Travail et Mobilités, CNRS - Paris 8 - Paris 10, Paris. Alain Vilbrod est maître de conférences HDR en sociologie et membre de l’Atelier de recherche sociologique (ARS, EA 3149), Université de Bretagne Occidentale, Brest.

Présentation (sommaire, auteurs et introduction) sur le site de l’éditeur.

CR Maud Navarre, revue ¿ Interrogations ?, n° 7, décembre 2008.

 

 

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Gisèle Halimi, Ne vous résignez jamais, Plon, 2009, 252 pages, 20 €

« Comment devient-on féministe ? Existe-t-il un parcours type, une expérience, un enseignement qui métamorphose une femme ordinaire, “tranquille” aurait dit ma mère, en une révoltée qui se veut pionnière d’un nouveau monde ? Après une de mes conférences, un jour, une jeune femme m’interpella : “Mais vous personnellement, comment êtes-vous devenue féministe ?” Sommée de m’expliquer. De raconter mon parcours particulier pour que chacune puisse induire le général. Danger. Je ressentis le besoin de me lancer dans une réflexion introspective. J’écrirai un livre. Je remonterai le temps pour m’arrêter aux évènements qui m’engagèrent totalement dans un féminisme d’action. Mais que l’on ne s’y trompe pas. C’est parce que ma souffrance de fille m’asphyxiait que je devins, instinctivement d’abord, féministe. », (G.H).

Gisèle Halimi nous livre dans ce témoignage essentiel un « ce que je crois » qui, tout en éclairant un parcours de luttes ─ faire du viol un crime, défendre le droit à l’avortement, se battre pour la loi sur la parité, contre la violence faite aux femmes, contre la prostitution ─ construit une réflexion générale sur le féminisme d’hier et d’aujourd’hui. Elle dénonce ainsi le lyrisme convenu sur la maternité (« un piège » ?), le « désir d’enfant » (obsessionnel ?), les dérives de la procréation assistée (les locations de ventre etc.). Un fil rouge dans cet essai unique de l’auteure : le refus absolu de la résignation.

Gisèle Halimi est une avocate et militante féministe et politique française d’origine tunisienne. Elle a fondé l’association Choisir la cause des femmes et présidé la commission politique de l’Observatoire de la parité entre hommes et femmes.

À écouter un entretien avec M. Drucker sur Europe 1, janvier 2009

Entretien réalisé par Virginie Morelli, sur nonfiction.fr, 08/03/2009

 

Donna Haraway, Des singes, des cyborgs et des femmes. La réinvention de la nature, Trad. Oristelle Bonis, préface de Marie-Hélène Bourcier, Jacqueline Chambon, 2009, 496 pages, 28 €

[Simians, Cyborgs and Women: The Reinvention of Nature (Routledge, 1991]

Des singes, des cyborgs et des femmes est le livre majeur d’une coupure épistémologique radicale : il correspond au moment et à la décision de faire que l’expérience (féministe) trouve une traduction technologique à la lumière de la critique féministe des savoirs. C’est L’Anti-Œdipe du féminisme de la troisième vague, une claque magistrale aux théories de l’identification et de l’identité reproductive, une sortie des modèles de filiation et de généalogie habituels de Lacan à Lévi Strauss en passant par l’hétérocentrisme. (…) Haraway a proposé une politique des différences diffractantes visant à réduire la blanchitude et le classisme du féminisme en général. Elle autorise les femmes dans leur ensemble à s’identifier comme minoritaires perverses et intelligentes, expertes en science de l’oppression et de ses retournements possibles ; des femmes qui ne sont vraiment plus obligées de négliger la puissance ou le pouvoir et très peu enclines à la victimisation. » (Extrait de la préface.)

Cet ouvrage rassemble dix textes, écrits entre 1978 et 1989, qui imposèrent son auteur comme l’une des théoriciennes féministes les plus rigoureuses et les plus lucides de notre époque. Enfin traduit en français, ce classique des gender studies, des sciences studies et des cultural studies s’adresse à tous ceux qui s’intéressent à la construction politique et culturelle et veulent comprendre la technoculture dans laquelle nous vivons désormais.

Historienne des sciences, Donna Haraway enseigne l’histoire de la conscience à l’université de Californie, à Santa Cruz.

Donna J. Haraway (1944) détient la chaire d'histoire de la conscience à l'Université de Californie à Santa Cruz

 

Caroline Henchoz, (dir.), Le Couple, l’amour et l’argent. La construction conjugale des dimensions économiques de la relation amoureuse, Éditions de L’Harmattan, coll. "Questions sociologiques", 2009, 264 p., 24 €

Comment les couples construisent-ils les dimensions économiques de leur relation amoureuse dans un contexte où l’argent est traditionnellement perçu comme porteur d’égoïsme et d’individualisme calculateur ? Qu’est-ce que l’argent signifie pour la relation conjugale ? Conjuguant les traditions de recherches francophones et anglophones, Caroline Henchoz propose une analyse des relations conjugales dans leurs dimensions solidaires et individualistes. Se fondant sur plus de cinquante entretiens individuels et collectifs, elle retrace l’histoire d’une vingtaine de couples, mettant en évidence les différentes étapes de la construction conjugale des significations et usages sociaux de l’argent dans la sphère intime. La sociologue reconstitue les conduites et les processus par lesquels les conjoints en viennent progressivement à considérer l’argent du ménage comme « notre argent ». Dans cet ouvrage qui s’intéresse à un objet relativement délaissé par la sociologie francophone, Caroline Henchoz montre comment les conjoints font usage de leurs ressources monétaires de manière à adapter les idéaux romantiques et contemporains du désintérêt, de l’égalité et de l’autonomie aux attentes de genre plus traditionnelles. En ce sens, la construction conjugale des dimensions économiques de la relation amoureuse constitue un véritable travail, une entreprise de transformation de soi et de l’autre.

Caroline Henchoz est docteure en sociologie, chargée de recherche à l’Université de Fribourg.

Françoise Héritier, Une Pensée en mouvement, textes réunis par Salvatore D'Onofrio, Odile Jacob, 2009, 453 pages, 27,90 €

« Dans ma jeunesse, j'étais plus intéressée par l'ailleurs et l'autrefois, que par l'ici et le maintenant... Ma rencontre avec Claude Lévi-Strauss a changé ma vie en m'orientant vers l'anthropologie sociale. Je n'ai ni la prétention ni la naïveté de croire que l'anthropologie sert directement à changer les mentalités, mais elle participe â la vie de la Cité, tant par sa réflexion que par ses actions, et mobilise son savoir dans des domaines nouveaux qu'il lui faut baliser : le rapport entre les genres masculin et féminin, le changement des formes de la vie sexuelle, conjugale, familiale, l'avenir de la recherche, les rapports entre communautés, les difficultés de la jeunesse, la constitution de l'identité et de l'altérité par le regard, etc. Il s'agit aussi, dans ces pages, de rapprocher des imaginaires, de faire comprendre des milieux et des itinéraires, de retracer le cours d'une pensée dont je crois pouvoir dire qu'elle est, toujours et encore, en mouvement. » (F. H)

Ce livre retrace à partir d'entretiens la carrière de celle qui a succédé à Claude Lévi-Strauss au Collège de France et a poursuivi et développé sa théorie et ses recherches sur la parenté. Françoise Héritier est une scientifique de premier plan ; c'est aussi une intellectuelle engagée, entre autres pour la cause des femmes et pour les droits des plus faibles. Elle nous livre ici ses réflexions sur les problèmes politiques, sociaux et culturels d'aujourd'hui qu'elle illumine de sa belle intelligence.

Françoise Héritier est l'auteure notamment de Masculin/Féminin I et II, et des Deux Sœurs et leur mère, qui ont été de grands succès. Elle est professeure honoraire au Collège de France et à l'École des hautes études en sciences sociales.

Salvatore D'Onofrio est professeur à l'Université de Palerme et membre associé du Laboratoire d'anthropologie sociale. Il est l'auteur de L'Esprit de la parenté (2004).

 

Christian Heslon, Accompagner le grand âge. Psycho-gérontologie pratique, Dunod, 2008, 244 pages, 25,70 €

Comment mieux accompagner au quotidien les sujets âgés et leurs familles ? Comment communiquer avec une personne atteinte de démence de type Alzheimer ? Comment penser un projet de vie au grand âge ? Comment vivre la vieillesse dépendante d'un conjoint ou d'un parent ? Comment préparer le relogement d'un proche en établissement gériatrique ? Comment adoucir la fin de vie des vieillards à domicile et en institution ? Comment aider les aidants naturels et l'entourage ? Soignants et aidants trouveront dans cet ouvrage les réponses à ces questions. Rédigé dans un langage clair et accessible, il s'articule en deux parties : comprendre la vieillesse psychique ; accompagner concrètement le grand âge. Un glossaire de la gérontologie et une bibliographie spécialisée complètent l'ouvrage. À la fois théorique et pratique, ce livre s'adresse aux soignants et aux professionnels de la gériatrie comme aux aidants naturels et familiaux.

Maître de conférences qualifié en psychologie, spécialiste des âges de la vie, chargé d'enseignement à l'IPSA (UCO Angers) et chercheur au Laboratoire de l'Université d'Angers, Christian Heslon intervient depuis plus de vingt ans auprès d'établissements gériatriques. A participe à la rédaction du livre dirigé par Jean-Pierre Boutinet et Pierre Dominicé, Où sont passés les adultes ? Routes et déroutes d'un âge de la vie, 2009.

 

Rosen Hicher, Rosen… Une Prostituée témoigne, Éditions Jean-Michel Bordessoules, 2009, 141 pages,18 €

Plaidoyer pour la légalisation de la prostitution, ce texte provoque une réflexion sur l'hypocrisie de notre société française. Les prostituées n'existent officiellement qu'au moment de payer des impôts, pour le reste elles sont condamnées à la quasi-clandestinité. C'est la porte ouverte à toutes les violences, à la criminalité, aux dangers sanitaires, aux risques potentiels quotidiens, car elles sont seules face à des clients qui peuvent être porteurs de lourdes pathologies. Considérant le problème posé par l'existence de la prostitution dans le monde Rosen démontre que notre pays ne pourra pas longtemps rester dans le déni de ce phénomène. Regardant sous tous les angles les problématiques de santé, d'ordre public, de sécurité et même de moralité, Rosen plaide pour une prostitution légalisée. Il faut des lieux dédiés, tels que les Éros Center, comme en Allemagne. Rien n'interdit à nos élites de trouver une solution encore meilleure et mieux adaptée à notre pays. Il faut sortir de l'hypocrisie meurtrière, il faut protéger ces femmes, les comprendre et mieux encadrer ce « très vieux métier » qui à l'évidence ne disparaîtra jamais.

Rosen a déjà témoigné sur les plateaux TV, chez Jean-Luc Delarue dernièrement. Elle se lance, avec ce livre, dans un combat contre l'hypocrisie de tous, et plus particulièrement celle de nos dirigeants d'hier et d'aujourd'hui. Elle s'exprime publiquement à visage découvert pour toutes celles qui souffrent aujourd'hui dans le silence et l'indifférence.

 

Hélène Hirata, Maria Rosa Lombardini, Margaret Maruani, Travail et genre. Regards croisés. France – Europe – Amérique latine, Éditions de la Découverte, 2008, 288 pages, 25 €.

Quelle est la place des hommes et des femmes dans le monde du travail, en Europe et en Amérique latine ? Peut-on comparer, du point de vue du travail, de l’emploi, du chômage ou de la formation, des régions du monde qui ont des histoires, des cultures et des niveaux de développement économique aussi contrastés ?

Essayer de mettre en perspective ce qui, à première vue, est incomparable : tel est précisément l’enjeu de ce livre. Car, en dépit des contrastes, ce sont les similitudes qui frappent. Les écarts de salaire, le surchômage féminin, la ségrégation des emplois, la division sexuelle du travail prennent des formes différentes selon les pays, mais on les rencontre partout.

Helena Hirata, sociologue, est directrice de recherche à l’université Paris-VIII, directrice du laboratoire « genre, travail et mobilité ». Elle a publié notamment Femmes et partages du travail (avec Danielle Senotier) et Les Nouvelles Frontières de l’inégalité, avec Margaret Maruani. Maria Rosa Lombardi est sociologue, chercheuse à la Fundação Carlos Chagas de São Paulo. Ses travaux portent sur le marché du travail et le genre, les femmes ingénieures et les femmes dans la carrière militaire de la marine. Margaret Maruani, sociologue, directrice de recherche au CNRS, fondatrice du GDR-CNRS « marché du travail et genre » (MAGE), dirige la revue Travail, genre et société en Europe. Elle est également professeure à l’université de Genève.

Fiche de présentation sur le site de l’éditeur.

CR de Nathalie Georges sur nonfonction.fr

CR de Pierre Bataille, avril 2009, sur liens-socio.org

 

Jean Houssaye, (dir.), Femmes pédagogues, t.1, De l’Antiquité au XIXe siècle, Éditions Fabert, 2008, 619 pages, 32 €.

« Messieurs, je suis profondément convaincu, quant à moi, de la supériorité naturelle de la femme en matière d’enseignement; cette supériorité, croyez-le bien, se démontrera plus clairement de jour en jour... et les grands pédagogues ont tous en eux quelque chose de maternel. » Ainsi s’exprimait Jules Ferry au Congrès pédagogique, le 19 avril 1881. II n’est pas certain que les femmes accepteraient sans soupçon cette « supériorité naturelle ». Il n’est pas certain que les pédagogues accepteraient sans réaction cette réduction à ce « quelque chose de maternel ». Il est certain par contre que, quand nous tous, femmes et hommes, pensons aux figures de la pédagogie, nous y reconnaissons à peu près exclusivement des hommes... Or ceci est injuste. Tout un continent pédagogique est à découvrir, bien au-delà des quelques noms de femmes pédagogues que nous sommes capables d’avancer. L’histoire de l’éducation a aussi été faite et pensée de manière très profonde et significative par des femmes, à toutes les époques, dans tous les pays. La preuve ? Cet ouvrage qui est parvenu, sans difficultés mais non sans étonnement, à réunir des figures de la pédagogie et à devoir choisir celles qui semblaient les plus significatives. De l’Antiquité au XIXe siècle, elles ont été très nombreuses à se montrer pédagogues, c’est-à-dire à faire et dire l’éducation. C’est à cette découverte que nous vous invitons, c’est à cette injustice que nous vous proposons de remédier.

Jean Houssaye est professeur en sciences de l’éducation à l’Université de Rouen

 

Pascale Hustache, Destins de femmes dans le roman populaire en France et en Angleterre au XIXè siècle, Éditions Dittmar, 2009, 20 €

Ce livre aborde la question du statut de la femme dans le roman populaire, dans la France et l’Angleterre du XIXe siècle. À mi-chemin entre littérature et histoire des mentalités, il montre successivement comment se construit l’image de la femme à travers les portraits de jeunes filles et de femmes mariées, mais aussi des prostituées et des courtisanes, et enfin des aventurières et des criminelles. À travers ce tableau des femmes au XIXe siècle dans les deux pays, l’auteure tente de montrer le rapport de force qui existe entre la gente masculine et les femmes de l’époque, et nous dévoile les soubresauts de l’émancipation de ces dernières, dans un contexte difficile : comment « naître à l’autonomie pour se faire reconnaître comme des êtres à part entière, libres de leur intelligence et de leur corps », nous demande P. Hustache ?

Pascale Hustache, conseillère principale d’éducation est aussi Docteur es Lettres.

 

 

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Marcela Iacub, Le Crime était presque sexuel : Et autres essais de casuistique juridique, (Epel, 2002), Flammarion, 2009, 375 pages, 11 €

Dans ce livre, la juriste M. Iacub présente, en les rassemblant, ses divers articles portant sur la régulation du comportement sexuel dans le droit contemporain français et les lois bioéthiques de 1994. Ces essais de casuistique juridique sont regroupés en trois parties, portant respectivement sur les modalités de l'intégration du rapport sexuel dans la loi, sur l'artificialisation de la vie par les nouvelles techniques médicales, et enfin sur le maintien de la division juridique des sexes aussi bien dans le droit à la procréation que dans le droit de la filiation. Dans un premier temps, l'auteur s'intéresse donc à l'évolution juridique de la définition du viol, au droit au mariage des handicapés mentaux ou encore à la constitution de l'impuissance sexuelle comme motif légal d'annulation du mariage. L'ensemble de ces nouvelles lois reposent sur le changement de conception du mariage reposant à présent sur l'acte sexuel. À cet égard, M. Iacub peut noter l'incohérence du droit français à propos des lois sur la prostitution : si l'acte sexuel, et plus généralement l'intégrité sexuelle, constituent le critère juridique pertinent, il devient nécessaire de dépénaliser la prostitution. Dans un second temps, la juriste s'attache à l'étude de la redéfinition de la mort juridique, ne correspondant plus nécessairement à la mort biologique en raison de la nouvelle notion de mort cérébrale. D'autre part, les nouvelles techniques médicales de procréation artificielle fondées sur la possibilité de la séparation de la sexualité et de la procréation révèlent au contraire que l'ensemble de ce nouvel ordre procréatif s'est donné pour norme l'acte sexuel fécond : seuls des couples hétérosexuels en âge de procréer ont droit à ces techniques. La troisième partie de ce remarquable ouvrage tire les conséquences de ce nouveau droit : l'exclusion, d'une part, des homosexuels comme des célibataires ou encore des femmes ménopausées, non invités à profiter du progrès médical, et, d'autre part, l'inscription juridique de l'inégalité entre les hommes et les femmes face à la procréation. La toute-puissance de la mère devant la décision de procréer ou pas aliène plus la femme qu'elle ne la libère du statut de mère : la maternité est toujours un choix tandis que la paternité peut être l'objet d'une contrainte puisque la décision d'avorter n'appartient qu'aux femmes. Ce livre pose des questions fondamentales quant à la conception du droit mais aussi quant à la vision de la société : le naturalisme juridique à l'œuvre dans cette redéfinition du droit ne doit-il pas faire place à une conception plus artificialiste, plus apte à répondre à une vision humaniste et égalitaire ? Le droit ne doit-il pas chercher à se détacher et à compenser les inégalités et les hasards naturels, plutôt qu'à imiter une fantasmatique nature ? C'est ce vers quoi M. Iacub nous oriente, avec pertinence et raison. (Émilie Hache)

Marcela Iacub est juriste et chercheuse française.

Long résumé sur feministes.net.

 

Marcela Iacub, Par le trou de la serrure. Une histoire de la pudeur publique (XIXe-XXIe siècle), Fayard, 2008, 352 pages, 20 €

En 1857, un groupe de jeunes gens s'abandonnant aux joies d'une partouze dans un hôtel particulier sont condamnés pour outrage public à la pudeur, parce qu'un curieux les épiait par le trou de la serrure. En 1893, les étudiants des Quatr'z Arts déclarent aux juges la guerre du nu. Dans les années 1960, les nudistes et les femmes en monokini provoquent des controverses passionnées. Chaque fois les mêmes questions se posent : où finit le public et où commence le privé ? Que peut-on montrer, que doit-on cacher ? A travers une enquête qui mêle le droit, l'architecture, la littérature et la psychiatrie, Marcela Iacub raconte l'histoire de la pudeur publique. On y découvre comment le droit a longtemps partagé le monde visible entre licite et illicite, substituant à l'espace réel un espace institutionnel et politique. Aujourd'hui, ce vieux mot de pudeur a disparu de nos codes pour être remplacé par celui de Sexe. Mais, loin de faire le récit épique d'une liberté durement conquise, Marcela Iacub analyse les transformations des techniques par lesquelles l'État s'est donné notre sexualité en spectacle au cours des deux derniers siècles, et a conditionné nos espaces, nos vêtements, nos pratiques et même certaines de nos maladies mentales. Elle invite ainsi à une histoire politique du regard. On retrouve dans Par le trou de la serrure les ingrédients qui ont fait le succès des précédents ouvrages de Marcela Iacub : un examen sans concession des illusions de notre prétendue libération sexuelle, et un art tout particulier de faire du droit une discipline totale, à la fois poétique et critique.

Marcela Iacub est juriste et chercheuse française.

Vidéo d’un entretien avec Marcela Iacub, invitée de l’émission Parlons.net, mai 2008.

 

 

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Ivan Jablonka et Ludivine Bantigny (dir.), Jeunesse oblige. Histoire des jeunes en France, XIXe-XXIe siècle, Préface de Jean-François Sirinellli, PUF, 2009, 307 pages, 26 €

L’actualité fait des jeunes un objet de débat, d’admiration ou d’angoisse. Une multitude de figures viennent s’intercaler entre le modèle du « jeune écrivain » et le contre-modèle du « jeune de cité ». Mais ces images sont des constructions dont les fondements plongent loin dans le passé. Elles contribuent à gommer la profonde diversité sociale de la jeunesse et escamotent les tensions qui existent en son sein. Dès lors, étudier la jeunesse exige de s’interroger sur la transmission des comportements et des savoirs. Comment les jeunes se conforment-ils aux rôles qu’on leur assigne ? Sujets de contraintes et cibles de politiques, ont-ils vocation à contester l’ordre établi ? Pourquoi une société se montre-t-elle taraudée par « ses » jeunes, cédant alors à la tentation de l’expertise ? La jeunesse apparaît ainsi comme un sujet-creuset permettant de multiplier les approches et les méthodes, de démêler un fatras de clichés, de fantasmes et de slogans. L’histoire, en dialogue avec la sociologie, offre la possibilité d’interpréter les discours médiatiques et politiques. Faire de la jeunesse un objet d’histoire permet de lui restituer sa dimension temporelle et son ambiguïté – tant il est vrai qu’elle n'existe que dans les mutations des discours, l’exercice des pratiques et le vertige des combats.

Ludivine Bantigny est maître de conférences en histoire contemporaine à l’Université de Rouen, et Ivan Jablonka, maître de conférences en histoire contemporaine à l’Université du Maine.

Présentation et sommaire sur le site de l’éditeur

CR de Marie-Paule Caire, mars 2009, sur Parutions.com.

CR de Laurent Besse sur Histoire@Politique juin 2009

 

Marie Jaisson etÉric Brian, Le Sexisme de la première heure. Hasard et sociologie, Raisons d’agir, 2007, 382 pages, 17 €

Ce livre étudie l’entrée des nouveau-nés dans la vie sociale et, en particulier, l’une des toutes premières distinctions qu’ils portent à cette occasion : est-ce une fille ou un garçon ? Dans les pays riches, il naît aujourd’hui 51,2 % de garçons et 48,8 % de filles. En Chine, il en naît respectivement 55 % et 45 %. Cet écart a conduit des chercheurs de diverses disciplines à s’interroger sur le phénomène des « filles disparues » (missing girls). Pourtant, en France aussi, la proportion des sexes à la naissance a singulièrement varié au cours du XXe siècle. À rebours d’un ethnocentrisme commode qui se contenterait de désigner au loin l’horreur d’infanticides à grande échelle, Éric Brian et Marie Jaisson reconstituent les formes du dénombrement des sexes à la naissance depuis trois siècles. Combinant histoire des sciences et sociologie, leur enquête met en évidence l’importance de l’incertitude dans la formation des normes morales et dans la logique de la domination selon les sexes.

CR de François Héran sur la revue des livres, mars 2008

Présentation audio, « Le sexisme de la première heure ».

Documents et commentaires sur s1h.blogspot.com

Historien des sciences et sociologue, Éric Brian est Directeur d’études à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales.

Sociologue, Marie Jaisson est maîtresse de conférences au département de sociologie de l’Université François-Rabelais à Tours.

 

Nalini Jameela, Autobiographie d’une travailleuse du sexe, trad. Sophie Bastide-Foltz, Actes Sud, 2008, 200 pages, 18,80 €

En choisissant de faire le récit sans détours de ce qui a, par la force des choses, constitué pour elle une expérience professionnelle comme une autre, Nalini Jameela, qui revendique haut et fort son statut de « travailleuse du sexe » et récuse l’emploi du terme « prostitution », a pris le risque de briser un tabou encore extrêmement puissant en Inde. Plaidant pour que la dignité soit enfin rendue aux huit mille femmes qui, dans l’État du Kerala, se livrent à cette activité, elle narre l’existence qui fut la sienne, celle d’une jeune fille pauvre, pratiquement dépourvue d’instruction, veuve et mère de famille aux prises avec une terrifiante précarité à l’âge de vingt ans, et qui, en désespoir de cause, se résolut à faire commerce de son corps. Mais, en faisant état, avec détermination et courage, de sa propre expérience, Nalini Jameela cherche avant tout à faire entendre la voix de toutes ces femmes indiennes qui, quand elles ne sont pas purement et simplement interdites de parole, ne disposent que de très peu de tribunes pour s’exprimer, et sont systématiquement maltraitées et exploitées, notamment par les forces de police. Exceptionnel de lucidité, affranchi de toute langue de bois et dédramatisant le rapport à la sexualité tarifée, ce témoignage, poignant et combatif, a fait sensation lors de sa parution en langue malayalam, en 2005.

À travers son action dans différentes associations, Nalini Jameela, née en 1954 à Thrissur, dans l’État indien du Kerala, mène un ardent combat pour le respect de la dignité des travailleuses du sexe et des minorités sexuelles. Également mobilisée contre le SIDA, elle a aujourd’hui acquis une notoriété qui dépasse largement les frontières de l’Inde et s’étend à toute l’Asie.

 

Pascale Jamoulle, Fragments d’intime. Amours, corps et solitudes aux marges urbaines, Éditions La Découverte, 2009, 264 pages, 22 €

Dans les espaces urbains marqués par la précarisation, les sphères de l’intime se fragilisent. Cet ouvrage explore la vie émotionnelle, affective et sociale de personnes de toutes origines, souvent marquées par l’épreuve de l’exil, dans un quartier « chaud » de Bruxelles, où les relations hommes/femmes, les quêtes affectives et sexuelles sont d’une grande complexité. L’auteure y a longuement fréquenté des prostituées, des errants avec ou sans papiers, des jeunes issus des anciennes et nouvelles migrations, turques en particulier. Elle restitue ici, avec finesse et délicatesse, leurs histoires et contextes de vie, qui contribuent à façonner leurs rapports au corps, à l’autre sexe et à la solitude.

Éprouvés mais altiers, marginalisés mais créatifs, brisés mais tenaces, les interlocuteurs de l’ethnologue font face à l’insécurité sociale et intime. Celle-ci peut devenir une quête initiatique, où s’invente une autre vie urbaine, souterraine et alternative. Il en va ainsi de la prostitution libre et courtisane, vécue comme un métier de service ; des squats semi-organisés qui protègent de la rue les couples et les grands célibataires ; des couples mixtes et des inventions transculturelles qui décloisonnent les ghettos urbains. À travers la vie intérieure et secrète de ses interlocuteurs, Pascale Jamoulle nous invite à découvrir les mondes off des grandes métropoles, à voir comment s’invente la mondialisation par le bas de l’échelle sociale.

Pascale Jamoulle, docteure en anthropologie, travaille en Belgique au Laboratoire d’anthropologie prospective de l’université de Louvain-la-Neuve et au service de santé mentale, Le Méridien. Elle est par ailleurs l’auteure de Drogues de rue. Récits et styles de vie (De Boeck, 2000) et de La Débrouille des familles. Récits de vies traversées par les drogues et les conduites à risques (De Boeck, 2002).

Présentation et sommaire sur le site de l’éditeur.

« Vies en marges », CR de Claire Lévy-Vroélant, sur nonfiction.fr, 10/03/2009

« Aux marges de l’intime », propos recueillis par Ariane Chottin, sur vacarme.org.

 

Pascale Jamoulle, Des Hommes sur le fil. La construction de l’identité masculine en milieux précaires, (2005), La Découverte, 2008, 292 p., 11 €.

Comment quitter l’adolescence, devenir un homme et s’affirmer en tant que tel dans les cités et autres zones dénigrées, touchées de plein fouet par la désindustrialisation et son cortège d’insécurités sociales et mentales ? Cette enquête de terrain, menée pendant trois ans dans d’anciennes villes ouvrières du Nord, montre comment les prises de risque font l’objet d’un processus de production continu, permettant aux jeunes gens de poser les bases de leur identité virile et de construire leur réputation sur un territoire ; puis, de gagner leur vie dans les réseaux souterrains, de diversifier leurs relations et de trouver une manière de répliquer à la honte de vivre dans des lieux stigmatisés. À travers les multiples portraits de jeunes gens et d’hommes vivant dans des cités sociales ou dans la rue, Pascale Jamoulle montre combien la précarisation rend difficile la construction identitaire. Fluctuantes, les identités de ces hommes ne sont pas figées et voient alterner les moments de crise avec des tentatives de régulation des risques et de reconstruction.

CR de Benoît Ladouceur sur le site liens-socio.org.

Présentation et sommaire sur le site de l’éditeur

 

Nadine Jasmin, Exploitées ? Le travail invisible des femmes, Éditions Les points sur les i, 2009, 230 pages, 12 €

Quoi de neuf sur le travail des femmes ? Elles ont beau travailler, se former, assumer la double journée, elles sont souvent invisibles. Exploitées. Discriminées. 25 femmes témoignent de ce travail au féminin : des obstacles rencontrés ; des ressources déployées pour y faire face. Leur vécu nourrit l analyse, le diagnostic sans complaisance des dysfonctionnements du monde du travail. Pas de plaintes, mais un constat précis et des propositions élaborées collectivement pour changer le regard et les pratiques du travail ; pour construire l égalité entre les femmes et les hommes ; pour transformer la société. Un livre engagé, pour nourrir le débat. Ce livre est le fruit d un projet d éducation populaire et citoyenne mené par l’association Éclats de Voix.

Nadine Jasmin est maître de conférences de littérature française à l’Université de Strasbourg. Elle a fondé l association Éclats de Voix.

 

Sheila Jeffreys, The Industrial Vagina. The Political Economy of the Global Sex Trade, Routledge, 2008, 244 pages, 15 £

Sheila Jeffreys approfondit avec cet essai ses analyses sur l’oppression des femmes, plus particulièrement sur l’exploitation sexuelle à une échelle industrielle. Avec talent, elle examine la croissance des industries du sexe au niveau mondial et rend compte de leurs effets dommageables sur les femmes et les fillettes qui y sont exploitées ainsi que sur les relations entre les sexes. Cet essai universitaire de haute volée a la qualité d’être écrit pour que tous et toutes, spécialistes comme non-spécialistes, puissent comprendre non seulement les raisons de cette croissance importante, mais également les débats qui, depuis les années 1980, divisent les universitaires, y compris celles se réclamant du féminisme, sur ce qu’est la prostitution et sur les politiques à promouvoir pour l’abolir ou pour cautionner son expansion.

Pour Sheila Jeffreys, la prostitution est une pratique culturelle dommageable et nuisible (cultural harmful practice). Elle doit donc être abolie et non pas être aménagée au profit des prostitueurs et des proxénètes. C’est, en effet, la seule voie possible d’émancipation.

Professeur de science politique à l’université de Melbourne et militante de longue date contre les violences sexuelles, membre de la Coalition contre le trafic des femmes (CATW), Sheila Jeffreys (1948), a déjà publié Anticlimax : a feminist perspective on the sexual revolution (1991), mise à nu du mythe de la révolution sexuelle des années 60, Unpacking Queer Politics, (2003), qui dénonce l’antiféminisme du mouvement queer et Beauty and Misogyny : Harmful Cultural Practices in the West, (2005), qui révélait la brutalité de l’industrie de la beauté.

CR de Richard Poulin sur sisyphe.org, 14 janvier 2009

 

 

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Duncan Kennedy, Sexy Dressing. Violences sexuelles et érotisation de la domination, trad. et préface de Mikhaïl Xifaras, Flammarion, 2008, 241 pages, 10 €

(Ce livre est la traduction de "Sexual abuse, sexy dressing and the eroticization of domination", qui constitue un chapitre de Sexy Dressing, etc. Essays on the Power and Politics of cultural Identity, Harvard University Press, 1993)

Sex wars : de cette interrogation autour de la place des femmes dans la société, qui a secoué les États-Unis dans les années 80, la France a retenu la juridiciarisation des rapports de séduction, les procès pour harcèlement sexuel, leur normalisation par le " politiquement correct", et y a souvent vu un nouvel avatar du puritanisme américain. Cette vision est deux fois caricaturale : d’une part, parce qu’elle ne rend pas justice au projet féministe qui a bouleversé en profondeur les rapports de sexe ; d’autre part, parce qu’elle ne rend pas compte de la richesse des opinions qui ont animé ce débat. Ainsi, Duncan Kennedy, professeur de droit à Harvard, se demande, dans le présent ouvrage, comment il est possible de sauver le désir, l’humour, voire la provocation, dans les relations de séduction, sans pour autant renoncer à protéger les femmes contre les violences sexuelles. Le résultat de sa démonstration surprendra par ses méthodes (l’analyse économique, la théorie sociale et même la littérature sont tour à tour mobilisées), par ses conclusions (il en vient à défendre les droits des femmes au nom du plaisir éventuellement pervers des hommes), et par son style enfin qui pousse à son extrême limite le genre académique. Contribution significative à l’émergence d’un des courants de pensée les plus féconds aujourd’hui - la queer theory - dont il est le premier exemplaire clans le domaine des études juridiques, Sexy Dressing est un jalon clans l’histoire culturelle des États-Unis de l’après-guerre et un apport théorique majeur à la critique sociale.

Duncan Kennedy est professeur de droit, il est titulaire de la prestigieuse chaire Carter de théorie générale du droit à la Harvard Law School. Il compte parmi les principales figures du mouvement des critical legal studies.

Avant-propos et entretien avec le traducteur précédant le texte, à lire sur le site de Duncan Kennedy.

 

Eve Kosofsky Sedgwick, Épistémologie du placard, [Epistemology of the Closet, 1990] trad. et préf. Maxime Cervulle, Éditions d’Amsterdam, 2008, 257 pages, 23 €

Lorsqu’il fut publié pour la première fois aux États-Unis en 1990, Épistémologie du placard devint immédiatement un classique qui, aux côtés des travaux de Judith Butler et de Teresa de Lauretis, posa les termes de la « théorie queer ». À mi-chemin entre les études féministes et les gay and lesbian studies, Eve Kosofsky Sedgwick déconstruit la sexualité comme Butler le genre. Dans cet ouvrage de référence, elle affirme que l’ensemble de la culture occidentale moderne s’articule autour de l’opposition homo/hétérosexuel et que celle-ci affecte les binarismes qui structurent l’épistémologie contemporaine, de savoir/ignorance à privé/public en passant par santé/maladie. S’appuyant sur de nombreux textes datant de la fin du XIXe et du début du XXe siècles (Wilde, Proust, Nietzsche, Melville et James), l’auteur traque l’émergence des nouveaux discours institutionnels médicaux, juridiques, littéraires et psychologiques, qui produiront en miroir les figures de « l’homosexuel » et de « l’hétérosexuel », au détriment des multiples différences au cœur des sexualités.

Eve Kosofsky Sedgwick est professeure émérite à l’Université de New York. Elle est notamment l’auteure de Between Men : English Literature and Male Homosocial Desire (1985), Tendencies (1993) et Touching Feeling : Affect, Pedagogy, Performativity (2003).

CR de Mathieu Trachman, sur la vie des idées.

 

Dominique Kunz Westerhoff, (dir.), Mnémosynes. La réinvention des mythes chez les femmes écrivains, Éditions Georg (Suisse), 2009, 341 p., 26 €

Le mythe se perpétue à travers l’Histoire par sa « puissance d’investissement de la sensibilité » (Roger Caillois), par sa « force magique » (Antonin Artaud) à l’inexplicable pouvoir d’attraction mais aussi par ses transformations critiques. En quoi les femmes écrivains participent-elles de cette réinvention des traditions mythiques, qui les maintient vivantes tout en les déplaçant ? En quoi les enjeux fondamentaux du mythe, en tant que fable des commencements, récit d’une création et mise en scène de l’individuation, permettent-ils à une femme écrivain de penser son statut de femme, ainsi que sa propre genèse d’auteure ? Enfin, dans quelle mesure les œuvres littéraires écrites par des femmes concourent-elles à l’élaboration de nouveaux mythes, susceptibles de marquer des mutations historiques et de redéfinir une position féminine ? Telles sont les questions que pose ce recueil collectif, du Moyen Âge à nos jours.

Valérie Cossy, Sylviane Dupuis, Agnese Fidecaro, Yasmina Foehr-Janssens, Zeina Hakim, Ute Heidmann, Erzsi Kukorelly Leverington, Dominique Kunz Westerhoff, Michèle Monte, Jelena Ristic, José-Flore Tappy, Armin Westerhoff.

Docteure ès lettres, Dominique Kunz Westerhoff est professeure-assistante, Section de français, à l’Université de Lausanne.

Sommaire et résumé des contributions.

 

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Guillaume Le Blanc et Fabienne Brugère (dir.), Judith Butler. Trouble dans le sujet, trouble dans les normes, PUF, 2009, 136 pages, 12 €

La philosophe américaine Judith Butler est connue en France pour avoir relancé la problématique féministe à partir d’une relecture des relations de pouvoir chez Michel Foucault. Mais son travail peut aussi être étudié sous l’angle des rapports entre sujet et normes. Comprendre l’action des normes dans la vie humaine et la vie des normes dans les actions humaines, c’est s’engager dans une double réflexion sur le pouvoir de la norme dans la vie et sur le pouvoir de la vie dans les normes. Tel est le centre de la philosophie de J. Butler. D’un côté, la norme a une efficacité pratique particulière dans la régulation des vies et des comportements, d’un autre côté, une norme n’est posée que parce qu’elle peut être contestée par la vie. L’un des enjeux de cette étude est de souligner combien, en posant des questions radicales, J. Butler s’inscrit dans la tradition philosophique d’une "relecture" comparée - ici, Hegel, Freud, Foucault.

Fabienne Brugère est professeur de philosophie à l’Université de Bordeaux III, codirectrice de la collection « Lignes d’art » aux PUF. Elle est notamment l’auteur de Le goût. Art, passion et société (PUF, 2000), L’expérience de la beauté (Vrin, 2006) et Le sexe de la sollicitude (Seuil, 2008). Guillaume Le Blanc est professeur de philosophie à l’Université de Bordeaux III, codirecteur de la collection « Pratiques théoriques » aux PUF, membre du comité de rédaction des revues Esprit et Raison publique. Il est l’auteur aux PUF de Canguilhem et les normes (1998) et de La vie humaine (2002).

Sommaire sur le site de l’éditeur

 

Élisabeth Lebovici et Catherine Gonnard, Femmes artistes artistes femmes. Paris, de 1880 à nos jours, Hazan, 2007, 479 pages, 45 €

Le XXe siècle est le temps où les femmes prennent leur place dans l’histoire de l’art. Pour nombre d’entre elles, nées en France ou arrivant depuis le nord de l’Europe, la Russie ou l’Amérique, cette histoire collective commence à Paris. Ce n’est qu’à la toute fin du XIXe siècle que l’École des beaux-arts, les académies, les ateliers leur sont ouverts. La ville, avec ses cafés, ses théâtres, ses cabarets, va longtemps rester un territoire masculin, qu’il leur faudra conquérir pour y « flâner » en toute liberté et sortir du cadre confiné de l’univers domestique. Siècle de lutte, d’émancipation, d’indépendance, de création, de revendication, le XXe siècle est aussi pour les femmes un siècle d’art. S’il existe des ouvrages sur l’histoire des luttes politiques et sociales des femmes, les histoires générales de l’art du XXe siècle ne les intègrent que timidement, fréquemment dans un chapitre séparé. Quant aux ouvrages qui traitent de l’art au féminin, souvent militants, ils se limitent à évoquer quelques personnalités remarquables ou prennent la forme d’un dictionnaire. Cette étude se veut à la fois chronologique et thématique. Elle regroupe les artistes plus connues (de Sonia Delaunay à Sophie Taeuber, de Meret Oppenheim à Germaine Richier, d’Aurélie Nemours à Vieira da Silva, d’Annette Messager à Valérie Mréjen) et les oubliées, celles qui sont déjà « revenues » sur la scène artistique comme Claude Cahun, celles que cet ouvrage permet de faire connaître, comme Marie Vassilieff ou Marlow Moss : sans compter les artistes d’aujourd’hui, présentes non seulement sur la scène française, mais dans le monde global de l’art. Des encadrés biographiques, des citations et des entretiens réalisés par les auteures viennent compléter ce panorama des artistes et des œuvres. Quelle est la place des femmes artistes dans le fameux « modèle républicain » français, universaliste ? Comment les femmes ont-elles intégré la profession d’artiste ? Et, réciproquement quelles transformations affectent la théorie esthétique lorsqu’on intègre la donnée du genre dans l’évolution des formes ? Certaines questions relèvent de l’histoire de l’art, mais beaucoup sont inséparables des luttes des femmes pour leur émancipation. Jusqu’aux premières années du XXIe siècle, le chemin parcouru par ces femmes n’est pas seulement balisé de révolutions esthétiques.

Longtemps critique d’art au journal Libération et ancienne rédactrice en chef de Beaux-Arts Magazine, auteure de nombreux catalogues et d’articles, Elisabeth Lebovici est historienne d’art.

Catherine Gonnard, journaliste et essayiste, travaille sur les images à l’Institut national de l’audiovisuel. Elle a constitué les archives de l’Union des femmes peintres et sculpteurs (1881-1994), elle est spécialisée dans la littérature, l’histoire des femmes et l’homosexualité féminine. Longtemps critique d’art au journal Libération et ancienne rédactrice en chef de Beaux-Arts Magazine, auteure de nombreux catalogues et d’articles, Elisabeth Lebovici est historienne d’art. Elle a beaucoup publié sur l’art contemporain et sur les femmes artistes.

Présentation et sommaire sur prochoix.org

 

David Le Breton, (dir., Laure Flavigny, Pascal Duret) Cultures adolescentes. Entre turbulence et construction de soi, Éditions Autrement, 2008, 179 pages, 19 €

Les adolescents d’aujourd’hui ne dépendent plus de traditions, de chemins tout tracés ou d’idéologies, et nul ne vient plus leur dicter leur conduite. L’école et la famille, les deux premières instances de socialisation, sont en pleine mutation et font l’objet de débats intenses. La sociabilité juvénile n’est pas toujours heureuse, les relations entre garçons et filles sont souvent tendues, les incivilités, les rackets, les rapports de force sont relativement courants. Pour une partie des jeunes, les difficultés familiales ou sociales génèrent un mal de vivre, des conduites à risque qui traduisent leur sentiment de ne pas réussir à trouver leur place dans le monde. Aujourd’hui, la culture adolescente, qui s’impose dans le paysage de notre vie quotidienne, se décline en de multiples codes de conduite : passion du portable, des forums internet, de l’image, du hip-hop, des raves ou des free parties, pratiques sportives, addiction aux marques, etc. Les adolescents d’aujourd’hui vivent dans un monde de représentations, sur une scène, dans la peur du jugement des autres. L’adolescence est une période culturellement et socialement spécifique qui précède l’entrée dans la vie et se traduit par un va-et-vient entre turbulence et construction de soi.

David Le Breton est professeur de sociologie et d’anthropologie à l’université Marc Bloch de Strasbourg. Membre de l’Institut Universitaire de France. Il mène des recherches autour de deux axes majeurs : l’anthropologie du corps et l’anthropologie des conduites à risque.

Long entretien sur le site Jeunes Violences Écoute

 

David Le Breton, En souffrance. Adolescence et entrée dans la vie, Éditions Métailié, 2007, 361 pages, 18 €

Tous les parents le savent, la traversée de l’adolescence, désormais englobée sous le terme de jeunesse, n’est pas une mince affaire. Une majorité de jeunes s’intègrent apparemment sans trop de difficultés à nos sociétés, mais une frange non négligeable peine à donner sens à sa vie et à projeter son histoire dans l’avenir. D. Le Breton revient sur les souffrances et les difficultés de l’accès à l’âge d’homme, sur ce passage délicat qui consiste à devenir soi. Il s’intéresse ici à cette jeunesse en quête de sens et de valeurs suspendue entre deux mondes, prise dans les turbulences d’une métamorphose physique et psychique douloureuse. Les conduites à risque, désormais rites privés d’institution de soi mais aussi véritables actes de passage, marquent l’altération du goût de vivre d’une partie de la jeunesse occidentale contemporaine et viennent confirmer le fait que fabriquer une douleur permet d’endiguer provisoirement la souffrance de vivre dans une société devenue, comme l’individu, sans limite de sens. Changer de peau en y ajoutant tatouages et piercing opère comme des actes identitaires, se scarifier en secret, fuguer, errer jusqu’à disparaître de soi ou développer une haine de son corps en devenant anorexique ou boulimique, refuser la sexuation par absence ou par trop de sexe, méconnaître le danger de la vitesse, devenir délinquant comme moratoire à l’adolescence, bref tous ces phénomènes de résistance à la dureté du monde sont ici étudiés en profondeur et dans un langage accessible à tous. Véritable manuel pour les parents en quête de compréhension de leurs enfants en crise, cet ouvrage fera date pour envisager et peut-être mieux comprendre les souffrances de nos adolescents en ce tout début du XXIe siècle.

David Le Breton est professeur de sociologie à l’université Marc Bloch de Strasbourg, membre de l’Institut Universitaire de France et du laboratoire URA-CNRS "Cultures et sociétés en Europe". Il est l’auteur, entre autres, de Des visages, Anthropologie de la douleur, Conduites à risque, Du silence, Éloge de la marche, La Peau et la Trace et La Saveur du monde.

 

Albert Le Dorze, La Politisation de l’ordre sexuel. Psychanalyse et civilisations, L’Harmattan, 2009, 238 pages, 23,50 €

Les conquêtes féministes, les luttes des minorités pour leur reconnaissance illustrent exemplairement la volonté humaine de se libérer des contraintes imposées par la Nature ainsi que des idéologies qui s’y adossent au nom d’un Ordre du Monde jugé éternel. Faut-il rejeter l’anthropologie, la psychanalyse, suspectes, au nom de la défense d’un Ordre Symbolique œdipien transcendantal, et s’opposer à toutes libertés politiques nouvelles acquises dans le domaine de la vie privée, de la filiation ?

Albert Le Dorze est médecin-psychiatre. Enseignant. Animateur de groupes Balint. Auteur d'articles de psychopathologie et de critiques culturelles.

 

Laurence Le Douarin, Le Couple, l’ordinateur, la famille, Payot, 2007, 249 pages,

Contrôle parental, nouvelles formes d’intimité, rivalités entre enfants et parents, affirmation de soi par le biais de la compétence technologique, émancipation féminine... Comment l’ordinateur redessine-t-il les contours de la famille contemporaine ? Quels sont les différents types de famille-à-ordinateur ? Pourquoi certaines familles décident-elles de ne pas s’équiper ? Un essai passionnant sur l’ordinateur comme miroir du couple et de la famille, les tensions qu’il génère, la redistribution des rôles familiaux qu’il accompagne, les questions de pouvoir qu’il met en lumière.

Laurence Le Douarin, sociologue, est maître de conférences à l’université de Lille III.

Sommaire

CR de Céline Costechareire sur Liens socio.

 

Guyonne Leduc (dir.), Réalité et représentations des amazones, Préface de Sylvie Steinberg, Actes du colloque des 14-16 juin 2007, université Charles de Gaulle - Lille III, L’Harmattan, 2008, 486 pages, 42 €

« Émerveillables », c’est ainsi qu’on pouvait qualifier les Amazones au XVIe siècle. « Émerveillables », c’est-à-dire tour à tour merveilleuses et monstrueuses, effrayantes et attirantes, violentes et séduisantes, les Amazones ont traversé les siècles et franchi les océans sans jamais perdre de leur pouvoir de fascination, sans jamais que ne s’épuise leur force d’évocation ou que la fable ne se départisse de son chatoyant équivoque. C’est à cette traversée – cette chevauchée, devrait-on dire – que nous convient les auteurs du présent ouvrage, depuis les rives du Thermodon de l’ancienne Scythie jusqu’au royaume de Dahomey, en passant par l’arrière-pays de Troie, la Russie, et, bien entendu, l’Amérique latine.

Guyonne Leduc, ancienne élève de l’École Normale Supérieure (Sèvres), agrégée d’anglais, est professeure à l’université Charles de Gaulle-Lille III.

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Claude Le Fustec et Sophie Marret (dir.), La Fabrique du genre. (Dé)constructions du féminin et du masculin dans les arts et la littérature anglophones, PU de Rennes, 2008, 406 pages, 21 €

Pourquoiun ouvrage sur le genre ? pourquoi un de plus ? Comme le fait remarquer Philippe Lejeune dans l’interview figurant dans ce volume, les études sur le genre occupent une place importante dans la recherche anglo-saxonne, qui les conçoit comme un enjeu politique majeur. Il en va autrement en France. Les chercheurs dans le domaine des études anglophones, ne peuvent ignorer cette question, ils lisent leurs consoeurs et confrères outre-atlantique, s’en inspirent, mais ils font montre d’une attitude plus réservée. Sans doute est-ce un fait de culture, mais c’est aussi le produit d’un déplacement : alors que les études de genre sont issues des travaux des féministes de la génération des années soixante-dix, notamment Hélène Cixous, Julia Kristeva et Luce Irigaray, qui se positionnèrent en regard de la psychanalyse freudienne, les développements contemporains sont plus spécifiquement américains, bien que puisant leurs sources dans le post-structuralisme français, en particulier Foucault, Derrida, Lacan, l’on pense notamment à Judith Butler, Leo Bersaniou Eve Sedgwick. C’est de ce hiatus qu’est partie la recherche qui a donné lieu à cet ouvrage, avec pour perspective, à la fois de rendre compte de l’inspiration que la critique européenne puise dans la pensée anglo-saxonne, mais aussi de mettre en lumière la manière spécifique dont elle se l’approprie, voire dont elle s’en distingue.

Sophie Marret est professeure en langue et littérature anglaise à l’université Rennes 2 et psychanalyste. Claude Le Fustec est agrégée d’anglais et maîtresse de conférences à l’université Rennes 2, son domaine de spécialité est la littérature afro-américaine féminine.

Sommaire et introduction sur le site des PUR.

 

Marianne Legault, Narrations déviantes. L’intimité entre femmes dans l’imaginaire français du dix-septième siècle, PU Laval, 2009, 233 pages, 36 €

Si les rapports intimes entre les femmes ont toujours existé, comment expliquer leur absence dans le discours critique littéraire français malgré la foulée des études récentes sur les femmes, des études gays et lesbiennes et des études queers ? Voulant remédier à cette absence, ce livre retrace une généalogie de l’intimité féminine dans la littérature française du dix-septième siècle. Suivant une lecture qui s’inspire des études lesbiennes et queers, il explore l’effet d’un héritage androcentré sur l’intimité féminine au Grand Siècle, telle qu’elle a été envisagée par l’imaginaire d’Honoré d’Urfé dans L’Astrée et d’Isaac de Benserade dans Iphis et lame. L’anxiété masculine qui se dégage de leurs représentations contraste avec la célébration de l’intimité féminine chez Madeleine de Scudéry dans Mathilde (d ‘Aguilar) et chez Charlotte-Rose de Caumont de La Force dans Plus belle que fée, deux œuvres qui élargissent les possibilités érotiques au sein des rapports intimes entre femmes au-delà de ce que les écrivaines avaient auparavant osé.

Marianne Legault est professeure adjointe en littérature française de l’Ancien Régime à l’Université de Colombie-Britannique Okanagan où elle enseigne au Département d’études critiques. Elle est également chercheuse associée au Département de français et d’italien de l’Université de Melbourne en Australie.

Présentation.

 

Axel Léotard, Mauvais genre, 2009, Éditions Hugo et Cie, 16,95 €.

C’est l’histoire d’une femme qui ne s’est jamais reconnue dans le sexe féminin que lui avait attribué sa naissance. C’est l’histoire de l’homme qu’elle deviendra, d’une longue gestation et d’une auto-naissance dans une société qui laisse peu de place aux différences. C’est l’histoire de Gabriel, de son parcours du combattant pour convaincre institutions, corps médical – psychiatrie en tête –, de sa volonté de devenir un homme.

Un récit fort, poignant et instructif sur la différence.

Cet écrit qui oscille entre le récit et le roman d’apprentissage nous fait connaître et découvrir un univers souvent mis en lumière par les médias, mais rarement expliqué, celui des transgenres, ces hommes et ces femmes qui ne se reconnaissent pas dans leur sexe de naissance.

Axel Léotard est né en 1969 de sexe féminin. Il entame une transition à l’âge de trente-trois ans. Militant associatif dès l’âge de 20 ans, il s’investit durant sa transition auprès d’associations transsexuelles et devient travailleur social. Photographe, fou de mots, il entasse les jobs quand l’image ou l’écriture ne lui laisse pas d’autres choix.

 

Éléonore Lépinard, L’Égalité introuvable. La parité, les féministes et la République. Paris, Presses de Sciences Po, 2007, 293 pages, 23 €

On a cru en France que l’idée de parité, en proposant une nouvelle conception de l’égalité, permettrait d’en finir avec l’exclusion politique des femmes. D’abord simple espoir de femmes politiques ou de militantes féministes, la parité est aujourd’hui un remède unanimement accepté par la classe politique pour rénover une représentation démocratique et des institutions républicaines en crise. Pourtant, l’égalité peine toujours à se traduire dans les faits. Est-ce le signe d’un manque de volonté politique dans l’application d’une réforme par ailleurs bien pensée ou doit-on s’interroger sur les limites du concept de parité ? En analysant les termes qui ont successivement été utilisés pour définir et légitimer la parité, l’ouvrage démontre comment cette conceptualisation de l’égalité des sexes a abouti à la subversion des objectifs radicaux des débuts. Conjuguant la science politique, les études sur le genre et la sociologie du droit, l’auteur analyse les facteurs qui ont transformé la revendication paritaire, des tribunes internationales à l’espace public militant et médiatique français. En expliquant les raisons de l’échec relatif de cette réforme, ce livre permet de comprendre les défis posés par la parité au modèle républicain, et par là même d’amorcer une réflexion sur ceux que soulèvent les autres minorités.

Normalienne, docteure en science politique, Éléonore Lépinard enseigne au département de science politique de l’Université de Montréal.

Recension de Manon Tremblay, journals.cambridge.org

Présentation et vidéo sur le site de l’éditeur

 

Jean-Yves Le Talec, Folles de France, Repenser l’homosexualité masculine, Préface de Michel Bozon, La Découverte, 2008, 336 pages, 22 €.

De Zaza Napoli à Priscilla, dans les bars du Marais ou à la Gay Pride, les folles font partie de notre paysage culturel. Exubérante et provocante, flamboyante, cette figure hypervisible se tient pourtant dans l’ombre de l’homosexualité masculine et brille par son absence dans le discours des sciences sociales françaises. Seul affleure l’archétype folklorique de l’homme efféminé marqué du double stigmate de l’inversion et de l’extravagance.

L’ambition du livre de Jean-Yves Le Talec est d’ouvrir ces oubliettes. Refusant de considérer les folles comme les accessoires d’une homosexualité prétendument « sérieuse », il a choisi de les replacer au centre d’une histoire des représentations de l’homosexualité en France. Il montre ainsi que les folles occupent depuis longtemps un espace social à travers une sous-culture spécifique, le camp. Cet art de l’apparence est en pratique une forme de lien et de langage social, de résistance et de stratégie politique. L’émergence du mouvement homosexuel, puis son implication dans la lutte contre le sida, apparaissent dès lors comme une succession d’appropriations et de transformations de cette figure de la folle : un zazou sous l’Occupation, une folle de Saint-Germain-des-Prés, une Gazoline du Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire ou une Pom-Pom Girl d’Act Up s’inscrivent ainsi dans une même histoire de la follie.

Ce parcours historique, depuis les années 1930 jusqu’à nos jours, redonne aux folles une vraie place au sein du mouvement homosexuel, de son histoire mais aussi de son actualité, et permet de penser sous un nouveau jour les liens entre sexe, genre et sexualité.

Né en 1958, Jean-Yves Le Talec est sociologue. Journaliste de 1984 à 1992, rédacteur en chef de Gai Pied Hebdo en 1992, il fut responsable des éditions à Aides de 1993 à 1995. Chargé de cours et chercheur à l’université de Toulouse-Le Mirail, il poursuit des travaux sur la sexualité et la santé depuis une dizaine d’années. Il a également cofondé en 1990 le mouvement des Sœurs de la Perpétuelle Indulgence en France.

CR de Mathieu Trachman sur la vie des idées,

 

Evelyne Lever, Maurice Lever, Le Chevalier d’Éon. « Une vie sans queue ni tête », Fayard, 2009, 384 pages, 22 €

Est-ce un homme, une femme, un hermaphrodite ? L’énigme de son sexe aura sûrement beaucoup plus fait pour sa réputation que tout ce qu’il entreprit dans sa longue existence.

Les aventures du chevalier d’Éon dépassent de loin par l’extravagance tout ce qu’un romancier peut imaginer, mais leur intérêt ne s’épuise pas dans les péripéties d’une vie « sans queue ni tête », comme il le dit un jour. Tout à la fois agent secret de Louis XV et diplomate officiel, il est mêlé à la grande politique, mais aussi à d’innombrables intrigues : il rencontre des souverains, des ministres, court de Saint-Pétersbourg à Londres, détient des secrets d’État jusqu’au jour où un tribunal britannique déclare, sans preuve, qu’il appartient au sexe féminin.

Maurice Lever avait évoqué la flamboyante « Amazone de Golden Square » dans sa biographie de Beaumarchais. Il avait alors décidé d’écrire cette histoire où vérités et légendes sont restées intimement liées. La mort l’en a empêché. C’est son épouse Evelyne qui l’a fait à sa place, mettant en lumière des documents inédits en France sur l’un des personnages les plus pittoresques du XVIIIe siècle. Une biographie historique entièrement renouvelée.

Historienne, Evelyne Lever est chercheure au CNRS. Maurice Lever (1935-2006), historien de renom, a notamment publié une monumentale biographie du marquis de Sade, Donatien Alphonse François, marquis de Sade (1991).

CR de Pierre Assouline sur son blog, « Le chevalier d’Éon à jamais dans le Middlesex ».

CR de David Valence sur Non Fiction, avril 2009

 

Joseph J. Lévy et Shari Brotman (dir.), Intersections. Cultures, sexualités et genres, Presses de l’Université du Québec, 2008, 474 pages, 35 €

Les intersections entre la culture, le genre et la sexualité retiennent aujourd’hui l’attention des chercheurs qui travaillent sur la diversité sexuelle, une tendance que l’on rencontre dans l’espace québécois et canadien. Plusieurs études ont ainsi porté sur ces enjeux parmi les autochtones et les groupes ethnoculturels. Cet ouvrage collectif, réalisé par des chercheurs, anglophones et francophones, de l’équipe pancanadienne Sexualités, Vulnérabilités et Résilience, présente ainsi un ensemble de travaux qui font le point sur ces questions. Les dimensions théoriques et méthodologiques sont ainsi cernées et des études empiriques, faisant appel à des approches quantitatives et qualitatives, traitent des trajectoires et des identités parmi différentes populations, des problèmes de santé auxquels elles peuvent être confrontées et des variations dans les usages sociosexuels d’Internet. Ce tour d’horizon aide à mieux comprendre la complexité des intersections touchant les identités sexuelles et les dimensions culturelles et suggère des pistes de recherche et d’intervention à développer.

Shari Brotman, Ph.D., est professeur agrégée à l’École de travail social de l’université McGill. Joseph J. Lévy, Ph.D., anthropologue, est professeur au département de sexologie de l’université du Québec à Montréal.

Sommaire et présentation sur le site de l’éditeur.

 

Séverine Liatard, Les Femmes politiques. En France, de 1945 à nos jours, Éditions Complexe, 2008, 232 pages, 19 €.

En août 2007, sur l’antenne de France Culture, une série d’émissions marque les esprits. Une vingtaine de femmes, des premières élues au suffrage universel de 1945 à Simone Veil, Arlette Laguiller ou Clémentine Autain, y témoignent de leur itinéraire en politique, de leurs difficultés, de leurs souffrances, mais aussi de leurs joies et de la reconnaissance dont elles peuvent bénéficier. C’est un portrait collectif de femmes politiques, dans un pays qui ne les a jamais ménagées. Ce livre est un prolongement, qui fait renaître ces documents sonores sous une forme plus aboutie, complétée, augmentée et argumentée, tout en donnant à lire ce qui en fait la vigueur et la pertinence historique : une source vivante et pédagogique. Voici donc 21 portraits, vivants et circonstanciés, précis et révélateurs, ceux de Jacqueline Alquier, Nicole Ameline, Clémentine Autain, Huguette Bouchardeau, Édith Cresson, Marcelle Devaud, Marie-France Garaud, Françoise Gaspard, Fabienne Keller, Nathalie Kosciusko-Morizet, Arlette Laguiller, Martine Legrand, Martine Lehideux, Annick Lepetit, Hélène Luc, Adrienne Maire, Gisèle Moreau, Hélène Missoffe, Monique Pelletier, Yvette Roudy, Catherine Trautmann, Simone Veil.

Séverine Liatard resitue ces itinéraires dans la vie politique, sociale et culturelle française de 1945 à nos jours, et pose la question provocatrice : notre pays fait-il une vraie place aux femmes politiques ?

Historienne, Séverine Liatard, est spécialiste de l’histoire des femmes. Elle est une des collaboratrices régulières de l’émission La Fabrique de l’histoire sur France Culture.

CR de Cécile Champy sur non fiction.

 

Marylène Lieber, Genre, violences et espaces publics. La Vulnérabilité des femmes en question, Presses de Sciences Po, 2008, 296 pages, 26 €

Ainsi que l’indique le sous-titre de son premier ouvrage, dans lequel elle reprend dans les grandes lignes son travail de thèse, Marylène Lieber se propose d’y interroger la dimension d’« évidence » de la vulnérabilité des femmes dans les espaces publics, prégnante selon elle, y compris dans de nombreux travaux de chercheurs en sciences sociales. Explicitement féministe dans son approche, la jeune chercheuse veut renverser la perspective en développant une « analyse sexuée de la sécurité » qui contribuerait à dénaturaliser cette vulnérabilité féminine. Elle accorde donc de fait une dimension politique à son livre, puisque « l’hypothèse principale de ce travail est que l’absence de débat public sur l’« évidence » que recouvre la soi-disant « vulnérabilité des femmes » contribue à fixer ces identités, alors qu’un tel débat permettrait de mettre en lumière des formes de discriminations persistantes à l’encontre des femmes » (p. 23).

Marylène Lieberest docteure en sociologie, chercheuse post-doc FNS, MAPS

CR de Frédérique Giraud, et CR de Clément Rivière sur liens-socio, décembre 2008

 

Ilana Löwy et Catherine Marry, Pour en finir avec la domination masculine : De A à Z, Éditions Les Empêcheurs de Penser en Rond, 2007, 346 pages, 20 €

Comme le souligne son sous-titre, l’ouvrage d’Ilana Löwy et Catherine Marry se présente comme un dictionnaire déclinant selon les lettres de l’alphabet les lieux de déploiement et d’exercice de la domination masculine. D’« Accouchement » à « Violence (dans le couple) », en passant par « Amour », « Clarinette », « Concours de laideur », « Famille », « Harlequin », « Laitière », « Microbes », « Orgasme », « Police », « Rasoir électrique », « Sexratio », « Toilettes pour femmes », etc., c’est ainsi plus d’une centaine de termes qui sont convoqués pour analyser les formes historiques et contemporaines de construction et de maintien des différences et de hiérarchisation du féminin et du masculin.

Une place importante est accordée à la légitimation de cette hiérarchie par le recours au « naturel » et au « biologique » : on voit ainsi, contre les évidences du naturel - et le naturel de l’évidence -, comment la médecine et la science ont inventé des genres différents, afin de justifier en retour la soumission des femmes à leur « nature ».

Ilana Löwy, historienne des sciences, est directrice de recherches à l’INSERM, Catherine Marry, sociologue, directrice de recherches au CNRS.

CR de Christine Détrez sur Genre en action

 

 

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Rachel P. Maines, Technologies de l’orgasme. Le vibromasseur, l’« hystérie » et la satisfaction sexuelle des femmes, (1999), traduit de l’anglais par Oristelle Bonisà, Payot, 2009, 272 pages, 20 €

Soigner l’hystérie féminine par l’orgasme, tel fut, pendant des siècles, le souci des médecins, qui, scrupuleusement, pratiquèrent des massages pelviens sur leurs patientes. Par souci de rentabilité, l’orgasme n’étant obtenu, en moyenne, qu’au bout d’une heure, la plupart de ces massages furent délégués à d’autres femmes, infirmières ou sages-femmes.

Toutefois, à la fin du XIXe siècle, l’électricité permit aux médecins de s’équiper d’efficaces instruments vibratoires. Avec la commercialisation du vibromasseur portatif, qui s’accompagna, aux États-Unis, d’une intense campagne de publicité, l’objet quitta le cabinet médical pour le domicile privé, où il s’installa durablement. Peu de gens savent que le vibromasseur était, au début du XXe siècle, le cinquième appareil électroménager le plus vendu, après la machine à coudre, le ventilateur, la bouilloire et le grille-pain...

Unanimement salué par la critique lors de sa parution en 1999, ce livre, enfin traduit en français, est considéré en histoire de la médecine, en histoire des femmes, en histoire culturelle et en histoire de la sexualité, comme une référence incontournable.

Rachel P. Maines, historienne, chercheur indépendant, est affiliée au département des Sciences et Technologies de l'Université Cornell, aux Etats-Unis.

 

Daniel Marcelli, C’est donc ça l’adolescence ?, Bayard, 2009, 120 pages, 16 €

Comment se consoler d’un chagrin d’amour, avoir des amis, être bien dans son corps… bref, vivre au mieux son adolescence, cette période synonyme d’ouverture, de bouleversement, qui marque durablement le destin de chacun ? Dans ses réponses aux questions formulées par des adolescents, Daniel Marcelli, propose bien plus que des recettes : un moment de réflexion et de rêve pour aider chacun à se construire.

Daniel Marcelli, pédopsychiatre, professeur à la faculté de médecine et chef du service psychiatrie infanto-juvénile du CHU de Poitiers, travaille depuis une trentaine d’années auprès des adolescents. Il préside d’autre part le conseil scientifique de la Fédération nationale des Écoles des parents et des éducateurs.

 

Sophie Marret et Claude Le Fustec (dir.), La Fabrique du genre. (Dé)constructions du féminin et du masculin dans les arts et la littérature anglophones, PU de Rennes, 406 pages, 21 €

Pourquoiun ouvrage sur le genre ? pourquoi un de plus ? Comme le fait remarquer Philippe Lejeune dans l’interview figurant dans ce volume, les études sur le genre occupent une place importante dans la recherche anglo-saxonne, qui les conçoit comme un enjeu politique majeur. Il en va autrement en France. Les chercheurs dans le domaine des études anglophones, ne peuvent ignorer cette question, ils lisent leurs consoeurs et confrères outre-atlantique, s’en inspirent, mais ils font montre d’une attitude plus réservée. Sans doute est-ce un fait de culture, mais c’est aussi le produit d’un déplacement : alors que les études de genre sont issues des travaux des féministes de la génération des années soixante-dix, notamment Hélène Cixous, Julia Kristeva et Luce Irigaray, qui se positionnèrent en regard de la psychanalyse freudienne, les développements contemporains sont plus spécifiquement américains, bien que puisant leurs sources dans le post-structuralisme français, en particulier Foucault, Derrida, Lacan, l’on pense notamment à Judith Butler, Leo Bersaniou Eve Sedgwick. C’est de ce hiatus qu’est partie la recherche qui a donné lieu à cet ouvrage, avec pour perspective, à la fois de rendre compte de l’inspiration que la critique européenne puise dans la pensée anglo-saxonne, mais aussi de mettre en lumière la manière spécifique dont elle se l’approprie, voire dont elle s’en distingue.

Sophie Marret est professeure en langue et littérature anglaise à l’université Rennes 2 et psychanalyste. Claude Le Fustec est agrégée d’anglais et maîtresse de conférences à l’université Rennes 2, son domaine de spécialité est la littérature afro-américaine féminine.

Sommaire et introduction sur le site des PUR.

 

Catherine Marryet Ilana Löwy, Pour en finir avec la domination masculine : De A à Z, Éditions Les Empêcheurs de Penser en Rond, 2007, 346 pages, 20 €

Comme le souligne son sous-titre, l’ouvrage d’Ilana Löwy et Catherine Marry se présente comme un dictionnaire déclinant selon les lettres de l’alphabet les lieux de déploiement et d’exercice de la domination masculine. D’« Accouchement » à « Violence (dans le couple) », en passant par « Amour », « Clarinette », « Concours de laideur », « Famille », « Harlequin », « Laitière », « Microbes », « Orgasme », « Police », « Rasoir électrique », « Sexratio », « Toilettes pour femmes », etc., c’est ainsi plus d’une centaine de termes qui sont convoqués pour analyser les formes historiques et contemporaines de construction et de maintien des différences et de hiérarchisation du féminin et du masculin.

Une place importante est accordée à la légitimation de cette hiérarchie par le recours au « naturel » et au « biologique » : on voit ainsi, contre les évidences du naturel - et le naturel de l’évidence -, comment la médecine et la science ont inventé des genres différents, afin de justifier en retour la soumission des femmes à leur « nature ».

Ilana Löwy, historienne des sciences, est directrice de recherches à l’INSERM, Catherine Marry, sociologue, directrice de recherches au CNRS.

CR de Christine Détrez sur Genre en action

Présentation de Catherine Marry, « Féministe malgré elle », Le journal du CNRS.

 

Jean-Clément Martin, La Révolution brisée. Femmes dans la Révolution française et l’Empire, Armand Colin, 2008, 272 pages, 24,40 €.

Des années 1770 aux environs de 1820, les femmes participent aux mouvements de réformes et de révolution qui bouleversent la France, avant d’en être exclues, voire victimes ; c’est cette histoire d’une révolte refusée que ce livre retrace. Salonnières et amazones, harpies révolutionnaires et lécheuses de guillotines, merveilleuses ou fanatiques contre-révolutionnaires : les femmes sont présentes dès les premiers jours de la Révolution, tout en étant perçues comme une menace pour les mœurs et pour le pouvoir fraîchement acquis par les révolutionnaires. La guerre civile radicalisant les positions, elles contribuent aux violences ou elles les subissent. Tandis que les jeunes filles et les mères deviennent les idoles de la République, les militantes politiques sont brutalement marginalisées. Après la phase la plus sanglante de la Révolution, la liberté du corps est vite canalisée par l’instauration d’une société hiérarchisée exploitant sans scrupules le désir et la violence. Pourtant la Révolution a recherché un idéal familial autour d’une égalité entre époux, comme entre frères et sœurs, avant que l’Empire ne rétablisse la primauté du mari et du père de famille. Car, contrairement à ce qui est souvent dit, la Révolution ne tue pas la famille, mais elle l’invente sur d’autres bases. L’histoire des rapports entre hommes et femmes pendant ce demi-siècle donne ainsi une autre lecture de la période. Entre histoire des mœurs et de la politique, entre histoire sociale et culturelle, ce livre offre une interprétation inédite, celle du « genre ».

Jean-Clément Martin est professeur à l’Université Paris-1 Panthéon Sorbonne, directeur de l’Institut d’histoire de la Révolution française. Auteur d’une trentaine de livres, il a publié notamment : Violence et Révolution, Seuil, 2006.

CR de Louis-Pascal Jacquemond, Genre & Histoire, 2008

 

Lilian Mathieu, La Condition prostituée, Textuel, 2007, 218 pages, 19 €

Lilian Mathieu rend compte ici de plus de dix ans d’étude attentive de cet univers particulier qu’est la prostitution. Les logiques d’entrée dans le monde du trottoir, les modes d’exercice de la sexualité vénale, les conditions de vie - ou, le plus souvent, de survie - des femmes et hommes prostitués, les raisons pour lesquelles elles et ils se maintiennent sur le trottoir, leur rapport au monde du travail « normal »... sont ici analysés dans toute leur complexité. C’est parce qu’elles ignorent cette complexité que les positions qui monopolisent le débat public sur la prostitution sont insatisfaisantes. L’auteur montre que la polémique entre reconnaissance ou abolition de la prostitution est stérile. C’est en plaçant cette activité marginale au cœur de la question sociale que la condition prostituée pourra espérer trouver une forme d’émancipation.

Docteur en science politique de l’Université Paris X-Nanterre, Lilian Mathieu est chargé de recherches au CNRS

CR d’Igor Martinache sur liens-socio.org

Présentation et entretien audio avec l’auteur sur ses-lsh.fr

 

Christine McWebb, Guy Poirier, François Paré et Delbert W. Russell (dir.), Dix ans de recherche sur les femmes écrivains de l'Ancien Régime : influences et confluences (Mélanges offerts à Hannah Fournier), Québec, PU de Laval, 2009, 296 pages.

À l'Université de Waterloo, en 2005, un peu plus de 10 ans après la première rencontre sur les femmes écrivains de l'Ancien Régime sous l'égide du groupe MARGOT, était organisé le colloque « Dix ans de recherche sur les femmes écrivains de l'Ancien Régime : influences et confluences » sous la présidence d'honneur de Hannah Fournier. C'est à la fois afin de rendre hommage à notre collègue, co-fondatrice du groupe MARGOT et pionnière des études sur les femmes, et de souligner le dynamisme et la diversité des études sur les femmes écrivains de l'Ancien Régime que nous avons décidé de regrouper, au sein du présent recueil, seize articles témoignant de la vitalité d'un champ de recherche si longtemps oublié. Du Moyen Âge au Siècle des Lumières, études d'œuvres de femmes écrivains, réflexions théoriques et analyses des conditions de production se succèdent afin de mieux explorer les « circonvolutions » du passé des femmes écrivains de l'Ancien Régime.

Avec des textes de Jean-Philippe Beaulieu, Edith Benkov, Evelyne Berriot-Salvadore, Maureen Boulton, Jane Couchman, Diane Desrosiers-Bonin, Philip Ford, Nancy Frelick, Madeleine Jeay, François Paré, Eugénie Pascal, Guy Poirier, Earl Jeffrey Richards, Delbert W. Russell, Barbara Selmeci Castioni, Sante A. Viselli.

Guy Poirier est professeur au Département d'études françaises de l'Université de Waterloo. Ses recherches portent sur la littérature française de la Renaissance et les littératures contemporaines d'expression française du Québec et de la Colombie-Britannique. Christine McWebb est professeure agrégée au Département d'études françaises de l'Université de Waterloo ; elle a publié dans les domaines de la littérature médiévale française et allemande ; elle est codirectrice du groupe de recherche MARGOT. François Paré enseigne la littérature québécoise et française à l'Université de Waterloo. Delbert Russell est professeur au Département d'études françaises de l'Université de Waterloo ; il a publié dans les domaines de la littérature française médiévale, et des études littéraires et bibliographiques d'auteurs contemporains ; il est membre fondateur du groupe de recherche MARGOT.

Sommaire.

 

Dominique Méda, Le Temps des femmes : Pour un nouveau partage des rôles, Flammarion, n. é. 2008, 233 pages, 7 €

Il y a presque dix ans, Dominique Méda faisait le constat suivant : les femmes françaises travaillent de plus en plus, mais les institutions, les mentalités ne se sont pas encore adaptées à cette nouvelle réalité sociale. Qu’en est-il aujourd’hui ? Le « temps des femmes » est-il enfin advenu ? Pour la sociologue, le constat est, hélas, préoccupant. Les inégalités professionnelles entre hommes et femmes ont cessé de se réduire, l’écart des salaires reste significatif (près de 25 %), le temps partiel - qu’il soit choisi ou subi - concerne majoritairement les femmes, lesquelles, par ailleurs, accèdent toujours aussi peu aux postes de responsabilité. Pourquoi cette piètre performance de la France ? Comment expliquer cette résistance à des changements que d’autres pays - nos voisins nordiques par exemple - ont menés avec succès ? Que faire pour relancer une dynamique qui paraît d’autant plus grippée qu’elle ne relève pas de "l’urgence" sociale ? Dominique Méda en appelle à une véritable révolution mentale : il faut inciter les hommes à s’impliquer davantage dans la prise en charge des enfants, déspécialiser les rôles - notamment pour les tâches ménagères -, et reconnaître que certaines activités, jugées peu productives comme tout ce qui touche au care, au soin d’autrui, sont une richesse pour notre pays. Cette révolution est à notre portée.

Dominique Méda, philosophe de formation, est sociologue. Elle est l’auteur d’essais, Le Travail, une valeur en voie de disparition ("Champs", 1998), Qu’est-ce que la richesse? ("Champs", 2000), Faut-il brûler le modèle social français? (en collaboration avec Alain Lefebvre, Seuil, 2006) et Le Deuxième Âge de l’émancipation féminine (en collaboration avec Hélène Périvier, 2007).

CR de Stéphane Laurent sur nonfiction.fr.

 

Claire Michard, Claudine Ribéry, Sexisme & Sciences humaines. Pratique linguistique du rapport de sexage, Septentrion, 2008, 204 pages, 18 €

Comment se manifeste l’idéologie sexiste dans le discours des sciences humaines ? Pour répondre à cette question Claire Michard et Claudine Ribéry ont choisi comme terrain d’analyse des textes de deux anthropologues (P. Clastres et M. Godelier) et d’un sociologue (P. Bourdieu). Elles fondent leur recherche sur une théorie linguistique de l’énonciation, exposée de façon concise, et démontrent avec précision le biais sexiste de ces textes, reconnus comme scientifiques, et donc objectifs. L’analyse fine des phénomènes énonciatifs (déterminations aspectuelles, modalisations, réseaux de repérage, etc.) leur permet de mettre en évidence un ensemble d’oppositions formelles, peu étudiées et non perçues. Ces oppositions, qui ne sont pas interprétables en tant que connotations dévalorisantes ou valorisantes, traversent l’ensemble des textes, et leur signification structure l’argumentation théorique : elles constituent par conséquent un élément fondamental dans la construction du sens. Pour conclure, C. Michard et C. Ribéry ancrent leur recherche linguistique dans une théorie sociologique des rapports de pouvoir et de leurs effets idéologiques, et interprètent les dissymétries sémantiques analysées comme l’expression directe, non assertée, de la pensée des sexes dans notre société. Ce document linguistique et sociologique, qui énonce son point de vue féministe, fait preuve d’une rare exigence, tant théorique que méthodologique.

Claire Michard, docteure en linguistique, a publié Le sexe en linguistique : sémantique ou zoologie ? (L’Harmattan, 2002) ; Claudine Ribéry : docteure en linguistique, est enseignante et formatrice d’enseignants.

Sommaire

 

Susan Moller Okin, Justice, genre et famille, Trad. Ludivine Thiaw-Po-Une (Justice, Gender and the Family, 1990), Flammarion, 2008, 407 pages, 15 €

Le droit, les mœurs et les pratiques sociales tendent à représenter la famille comme un domaine séparé, exclusif de toutes considérations s’exprimant en termes de justice et d’égalité - lesquelles sont conçues comme relevant du domaine « public ». Considérant que « le mariage et la famille, tels qu’ils sont pratiqués dans notre société, sont des institutions injustes », Susan Mollet Okin refuse toutefois de se contenter de montrer en quoi ils favorisent l’inégalité entre les hommes et les femmes. Car il faut aussi et surtout, à ses yeux, défendre la nécessité d’étendre la réflexion sur la justice à la sphère familiale. Justice, genre et famille fut ainsi conçu comme un complément indispensable à la Théorie de la justice de John Rawls, parce que cette œuvre qu’elle admirait tant n’avait pas répondu à la question que, pour sa part, elle résolut de faire sienne : « Dans quelle mesure est-il possible de faire coexister la justice et le genre ? ». Dix-huit ans après la Théorie de la justice, le majestueux effort critique entrepris par Okin consista donc avant tout à s’efforcer de réintroduire dans la pensée toute une dimension du problème de la justice que Rawls, tout en le posant si bien, avait sur ce point manqué.

Née en Nouvelle-Zélande, Susan Muller Okin (1946-2004) a soutenu son doctorat de philosophie à Harvard, au moment où John Rawls publiait sa Théorie de la Justice (1971). Elle devint en 1990, après la publication de Justice, genre et famille, professeur à l’Université de Stanford, Californie.

CR de Mark Hunyadi sur Le Temps, octobre 2008.

 

John Money, Lovemaps. Fantasmes sexuels, « cartes » affectives et perversions, trad. Françoise Bouillot, Payot, 2009, 335 pages, 9 €

Pourquoi tirons-nous plaisir d'un certain fantasme plutôt que d'un autre ? La réponse se trouve dans les « cartes affectives » (Iovemaps) qui régissent nos fantasmes et comportements sexuels. John Money (1921-2006), grand spécialiste de l'identité sexuelle et de la sexualité, a passé des décennies à les étudier. Qu'est-ce qu'une carte affective ? Comment se développe-t-elle jusqu'à l'âge adulte ? Peut-elle se transmettre des parents aux enfants ? Est-elle modifiable ? Les hommes et les femmes ont-ils des cartes affectives différentes ? Pourquoi certaines sont-elles très faibles, tandis que d'autres sont surpuissantes ? Et pourquoi déraillent-elles parfois ? Il arrive en effet que les cartes affectives ne soient plus normales. On parle alors de « déviations », de « perversions », de « paraphilies ». John Money en répertorie plus de quarante, dont beaucoup ne sont mentionnées nulle part ailleurs, faisant aussi de cet ouvrage le dictionnaire des perversions le plus complet à ce jour.

Professeur émérite de psychologie médicale et de pédiatrie à l'université Johns Hopkins, aux États-Unis, John Money (1921-2006) est considéré, depuis une cinquantaine d'années, comme l'un des plus grands et des plus influents spécialistes de comportements sexuels

 

Catherine Monnot, Petites filles d’aujourd’hui. L’apprentissage de la féminité, 2009, 176 pages, 19,00 €

Plus de trente ans après Du côté des petites filles d’Elena Gianini Belotti (Éditions des Femmes) comment se construisent les petites filles d’aujourd’hui ? Si l’enfance en tant que groupe social est bien étudiée, qu’en est-il du sous-groupe particulier des filles ? Vivent-elles une expérience de l’enfance spécifique ? Si oui, à quoi ressemble cette enfance conjuguée au féminin ? Que signifie être une « petite fille » au sein de nos sociétés occidentales contemporaines ? Catherine Monnot esquisse le portrait kaléidoscopique de la « petite » fille occidentale d’aujourd’hui, quelque part entre les extrêmes que constituent les imaginaires adultes de la Comtesse de Ségur d’un côté, de Nabokov de l’autre, à l’heure de la culture, de la communication et de la consommation de masse. Comment apprend-on à devenir fille et quelle fille doit-on exactement être ? Catherine Monnot explicite bien sûr le rôle joué par le monde des adultes au travers des interactions avec les parents et le monde des industries culturelles notamment. Cependant, l’ouvrage montre surtout comment se réalise l’appartenance de sexe par transmission « horizontale », c’est-à-dire entre pairs, que ce soit dans la cour de récréation ou dans les moments de loisirs. On verra notamment comment la passion des petites filles pour l’univers de la musique ou de l’image tient une place centrale dans leur quotidien. Les filles d’aujourd’hui sont en effet tiraillées entre les stéréotypes d’hier et les grandes évolutions socio-économiques du XXe siècle, entre les rôles sociaux traditionnels dont elles sont imprégnées et le champ des possibles qui est désormais pour elles un droit, si ce n’est toujours une réalité concrète. Alors, qu’est-ce qui « fait grandir » les filles, à une époque et dans un type de société où les rites de passage semblent avoir disparu ? Réfutant souvent l’appellation de « petites filles », à l’étroit sous une étiquette qu’elles considèrent obsolète, féminisées de plus en plus tôt, les filles dont nous parlons sont souvent désignées sous le terme de « pré-adolescentes ». Âgées entre 9 et 11 ans, cet ouvrage les saisit juste avant leur entrée au collège.

Catherine Monnot est professeure d’Histoire-géographie dans le secondaire et est engagée dans une thèse de doctorat sur « Les pratiques musicales des filles » sous la direction d’Agnès Fine, au sein de l’EHESS de Toulouse. Elle a contribué à l’ouvrage La ronde des jeux et des jouets, paru en 2008 aux éditions Autrement.

CR de Florence Tamagne, sur nonfiction.fr.

 

Pierre Muller et Réjane Senac-Slawinski, Genre et action publique. La frontière public-privé en questions, L’Harmattan, 250 pages, 23 €.

La définition des catégories de public et de privé est au fondement de l’exclusion des femmes du pouvoir au nom d’une « nature » féminine incompatible avec le règne de la raison et de « l’intérêt général ». C’est pourquoi la mise en questions de cette dichotomie est essentielle pour comprendre la manière dont les arbitrages dans l’action publique confortent ou modifient les rapports sociaux de sexe. Dans cette perspective, cet ouvrage propose une réflexion sur une question de plus en plus centrale aujourd’hui, tout en restant encore peu étudiée : quel est l’impact des politiques publiques sur la redéfinition des frontières public-privé et sur la structure genrée de la société ? De nombreuses politiques publiques ont en effet un impact direct ou indirect sur le déplacement et le brouillage de ces frontières. Cela concerne non seulement les politiques portées explicitement comme vectrices d’égalité entre les sexes - de la promotion de la présence des femmes à des postes à responsabilité et de la conciliation à la lutte contre les violences faites aux femmes – mais aussi celles qui sont dites « neutres » comme les politiques sociales ou la fiscalité. En interrogeant les interactions entre le genre de l’action publique et les frontières public-privé, l’enjeu est de rendre lisible ce qui relève du non dit, voire de l’impensé.

Pierre Muller est directeur de recherche au CNRS à Sciences Po. Réjane Senac-Slawinski est chargée de recherche au CNRS au Centre Maurice Halbwachs (CNRS-EHESS- ENS).

 

 

 

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Delphine Naudier, Brigitte Rollet, (eds), Genre et légitimité culturelle. Quelle reconnaissance pour les femmes ? L’Harmattan 2007, 165 pages, 15 €.

La « création » est une affaire d’hommes ; les femmes sont lectrices, spectatrices, animatrices,mais non point créatrices. Les conditions historiques seules n’expliquent pas les obstaclesrencontrés par les femmes, leur absence dans certains arts ou le manque de postérité de leursœuvres. Voici un éclairage sur ces questions de légitimité pour les femmes écrivains et lesfemmes artistes, des pionnières des Beaux-Arts au cinéma de l’après-guerre.

Docteure en sociologie, Delphine Naudier est chargée de recherche au CNRS depuis 2001, affectée à l’unité mixte de recherche « Cultures et sociétés urbaines », CNRS/Université. Brigitte Rollet, est maîtresse de conférences, Université de Londres, Institut de Paris.

 

Martha C. Nussbaum, Femmes et développement humain. L’approche des capabilités, (2001), trad. Camille Chaplain. Éditions Des Femmes, 2008, 400 pages, 25 €.

Femmes et développement humain, est le premier ouvrage de la philosophe Martha Nussbaumtraduit en France. Connue pour ses apports en philosophie politique sur la question du développement, et pour ses études des inégalités sexuelles, elle collabore depuis les années 80 avec l’économiste Amartya Sen, Prix Nobel d’économie en 1998. Elle a contribué à l’élaboration du concept de« capabilité », créé par Sen, qui permet de renouveler l’évaluation du niveau de développement des pays non plus à partir du PIB, mais à partir de la plus ou moins grande liberté des individus d’une société à choisir leur mode de vie. Le niveau élevé des revenus ne suffit pas à dire qu’un pays est développé. Il faut tenir compte de la « capabilité », c’est-à-dire de la liberté effective,réelle, pour les individus, de choisir entre différents modes de vie. C’est cette capabilité qu’il faut prendre en compte dans l’évaluation du développement d’un pays (elle comprend par exemple la liberté d’expression, la possibilité de se soigner, ou d’être éduqué…) ; « capabilités » qu’il faut distinguer des lois : le droit théorique pour un individu de faire telle chose ne correspond pas toujours à la possibilité réelle pour lui de faire cette chose. L’apport de Martha Nussbaum à ce concept est très important : elle dresse une liste de toutes les «capabilités » qu’un gouvernement doit garantir pour qu’un pays soit développé. Dans Femmes et développement humain. L’approche des capabilités, Martha Nussbaum traite de façon novatrice, grâce au concept de capabilité, la question des inégalités sexuelles. Elle montre qu’aujourd’hui, il existe presque partout une inégalité entre les hommes et les femmes : il est donc nécessaire, d’une part, que la politique et l’économie internationales soient attentives àcette inégalité, d’autre part, que la pensée féministe se centre sur les problèmes des femmesdans le tiers-monde.

Martha Nussbaum, née en 1947 à New York, est spécialiste de philosophie antique, de philosophie du droit et de philosophie éthique. Professeur émérite de droit et d’éthique de l’université de Chicago. Elle est l’auteure d’une douzaine d’ouvrages (The Fragility of Goodness, The Therapy of Desire, Sex and Social Justice…).

CR de F.Régis Mahieu sur Ethique-Economique.net, 6, 2008

 

 

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Jim Ogg et Catherine Bonvalet, Les Baby-boomers. Une génération mobile, Éditions de l’Aube / INED (diffusion Seuil), 2009, 252 pages, 24 €

Après les débats de ces dernières années sur la réforme des retraites, nul n'est censé ignorer les problèmes liés à l'arrivée à la retraite des premiers baby-boomers. Au-delà du nombre, ceux-ci se distinguent fortement des cohortes précédentes, notamment par leurs modes de vie et leurs mobilités. En particulier parce qu'ils ont aspiré durant leur jeunesse à plus de liberté, et qu'ils sont partis à la conquête des centres-villes - Paris et Londres - générant des processus de gentrification et initiant de nouveaux modes d'habiter la ville où se combinent ancrage et mobilité. Ils apparaissent comme une « génération pressée », « mobile », repoussant les frontières de la vieillesse, voire n'acceptant pas de vieillir. Simultanément, leur entrée imminente dans les groupes d'âges auparavant considérés par la société comme le troisième ou quatrième âge s'accompagne d'incertitudes et de contradictions. Avec la montée de l'individualisme, les solidarités familiales intergénérationnelles, par exemple en matière de logement, sont-elles appelées à perdurer ? Après avoir transformé toutes les étapes du cycle de vie (apparition de la société de consommation, nouveaux modes de vie en famille ou en ville, trajectoires résidentielles plus chaotiques), les baby-boomers seront-ils porteurs de nouveaux comportements au moment de la vieillesse. C'est l'ensemble de ces questions que cet ouvrage, issu d'une recherche du PUCA (Plan Urbanisme Construction Architecture), analyse en retraçant les histoires résidentielles et géographiques de baby-boomers habitant Paris et Londres.

Catherine Bonvalet est démographe, directeur de recherche à l’Ined (Institut national d’études démographiques). Jim Ogg est sociologue à la Direction de recherche sur le vieillissement, Cnav (Caisse nationale d’assurance vieillesse) et Senior Research Fellow à la Young Foundation à Londres.

 

Pierre Outteryck, Martha Desrumaux, Ouvrière, Syndicaliste, Déportée, Féministe, Lille, Éditions Le Geai bleu, 2009, 250 pages, 25 €

Silence, on tourne … 1936, le cinéaste Jean Renoir l’observe… Il l’imagine à 10 ans fuyant la demeure bourgeoise dont elle est la bonne à tout faire ! Martha a décidé, elle sera ouvrière… Ouvrière du textile… Travail du lin, un des pires boulots de l’époque. À 12 ans, encore enfant, Martha gronde de révoltes. Elle ne supporte ni l’injustice, ni l’humiliation, ni l’exploitation. À 12 ans, la voici syndiquée à la CGT. À 15 ans, elle adhère aux jeunesses socialistes d’avant 14. La Première Guerre Mondiale l’emporte dans sa tourmente ; en 1917, Martha dirige sa première grève… Avec les filles de son atelier, elle gagne. Première victoire, premier maillon d’une chaîne de multiples luttes. En 1920, elle choisit le Communisme. Martha, ouvrière, dirigeante syndicale, responsable politique… Les 40 premières années de sa vie scandent les combats pour l’unité de la classe ouvrière. 1939, nouveaux affrontements, nouvelles luttes… La clandestinité pour réorganiser le Parti Communiste. Le 26 août 1941 : Martha est arrêtée. Quelques semaines plus tard, elle est déportée dans l’enfer de Ravensbrück : nouveaux engagements, nouvelles solidarités. La vie s’appelle toujours Luttes et Fraternité. Rescapée des camps de la mort, elle revient à Lille et reprend sa place à la tête du PCF et de la CGT. Une vie d’engagement, de lutte, de fierté, au centre desquels était la cause des femmes.

Agrégé d’histoire, Pierre Outteryck est l’auteur de Achille Blondeau. Mineur, r ésistant, déporté, syndicaliste.

 

 

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Ariane Pailhé, Anne Solaz, (dir.), Entre famille et travail. Des arrangements de couples aux pratiques des employeurs, Préface de Thomas Picketty, La Découverte, 2009, 512 pages, 27 €

Comment le travail imprègne-t-il la vie familiale et inversement ? Comment les naissances modifient-elles l’organisation des couples et le partage des rôles ? Comment s’organise-t-on quand on est une famille nombreuse ou que l’on a des horaires atypiques ? Comment les pères s’investissent-ils auprès de leurs enfants ? Pourquoi tant de femmes travaillent-elles à temps partiel ? Les femmes sacrifient-elles leur carrière pour celle de leur conjoint ? Quelles mesures les employeurs mettent-ils en place pour aider les familles ? Qui sont les salariés en bénéficiant ? Les hommes se sentent-ils autant concernés que les femmes ? Voilà quelques-unes des questions auxquelles ce livre répond. À partir des résultats de l’enquête « Familles et employeurs », réalisée en 2005 par l’Ined auprès d’environ 10 000 hommes et femmes et 2 700 entreprises, ses auteurs montrent la diversité et la dynamique des relations entre vie familiale et vie professionnelle. Réunissant les contributions de démographes, sociologues ou économistes, cet ouvrage confronte les déclarations des employeurs et des employés et analyse les évolutions récentes, des dispositifs officiels aux petits arrangements informels. La persistance de fortes inégalités de genre et de conditions de travail témoigne que l’équilibre entre famille et travail reste toujours à trouver. Cet ouvrage s’adresse à toutes celles et tous ceux, chercheurs, professeurs, étudiants, acteurs politiques, directeurs des ressources humaines, gestionnaires, chefs d’entreprises, citoyens, qui s’intéressent aux interactions entre travail et famille.

Ariane Pailhé et Anne Solaz, chercheuses à l’Institut national d’études démographiques, économiste et démographe, ont assuré la direction scientifique de cet ouvrage, issu des travaux du groupe d’exploitation de l’enquête « Familles et employeurs ».

Sommaire sur le site de l’éditeur

 

Sandrine Parageau, Marlène Bernos, Laetitia Sansonetti (dir.), Les Femmes et leurs représentations en Angleterre de la Renaissance aux Lumières, Éditions Nouveau monde, 2009, 250 p., 49 euros

L’image des femmes dans la société et dans la littérature suscite un intérêt croissant dans les milieux académiques. La critique anglo-saxonne a ouvert la voie en développant les gender studies. À partir de ces travaux pionniers, dont le bilan est riche et constitue un prélude à toute réflexion dans ce domaine, nous souhaiterions contribuer à tracer une voie française, évitant les anachronismes et les jugements de valeur sur des phénomènes passés qui nécessitent une remise en contexte précise. Entre la reine et la prostituée, la femme écrivain et le personnage de fiction, les écarts semblent irréductibles. Et cependant, la vie et la pensée des femmes de l’époque sont « déterminées » – et ce, quel que soit leur statut – par leur image dans la société patriarcale et leur perception de cette image. Ainsi, « les femmes et leurs représentations » doit s’entendre des deux façons : à la fois les représentations des femmes elles-mêmes et les représentations qu’on se fait des femmes de la Renaissance aux Lumières. Se révèlent alors les attitudes souvent contradictoires de ces femmes à la fois respectueuses de l’ordre social établi et cependant prêtes à contester le système patriarcal.

ATER à l'université Paris I-Panthéon-Sorbonne, Marlène Bernosest doctorante en civilisation anglaise ; normalienne, agrégée d'anglais, Sandrine Parageau est ATER à l'université Paris VII-Diderot, elle vient d'achever une thèse sur la contribution des femmes au débat philosophique anglais de la seconde moitié du XVIIe siècle ; normalienne, agrégée d'anglais, Laetitia Sansonetti est ATER à l’ENS-LSH (Lyon), elle prépare une thèse sur les représentations du désir dans la poésie narrative élisabéthaine (Shakespeare, Spenser, Marlowe et Chapman).

 

Pascal Pellegrino, Papa gay. Lettre à mon enfant interdit, Lausanne, Éditions Favre, 2009, 136 pages, 13 €

Vouloir être père quand on est homo: ça vous choque ? Ce rêve, c’est celui pour lequel Pascal, journaliste, s’est battu. Avec une amie lesbienne, ils ont réalisé ce projet fou, malgré les obstacles et le regard des gens bien-pensants qui s’érigent en défenseurs de la Morale. L’auteur témoigne de son histoire, dans ce récit intime, tendre, drôle, pudique et émouvant. Un regard sensible sur l’un des derniers grands tabous: l’homoparentalité. « Car avant de donner la vie, un homo doit d’abord accoucher la peur des autres. »

Pascal Pellegrino est journaliste

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Site de l’auteur

 

Jérôme Pellissier, La Guerre des âges Armand Colin, 2007, 237 pages, 18,5 €

Il manquait à notre XXIe siècle débutant de solides boucs émissaires de ses doutes et angoisses. On nous les a enfin trouvés : ce sont les seniors, les papy-boomers, les vieux... Qu’importe le mot, pourvu qu’on désigne les coupables : ces millions d’individus dont la " marée grise " déferle sur la France ! Des millions de boucs émissaires auxquels nous pouvons faire porter tous les poids : celui des déséquilibres démographiques, celui du chômage, celui de l’effondrement de nos systèmes de retraite et de santé. Des millions de boucs émissaires que nous pouvons accuser de tous les maux : de s’accrocher au pouvoir, de capter les richesses, de faire régner le conservatisme... Bref, d’empêcher la France de poursuivre sa course sur la voix libérale et sucrée du " progrès ". D’aucuns en viennent même à appeler les jeunes à se révolter, à refuser de payer pour les générations aînées, bref, à déclarer la guerre. La guerre des âges aura-t-elle lieu ? Et si, en fait, elle avait commencé, souterrainement, depuis plusieurs décennies ? Et s’il n’était que temps de dénoncer cette dramatique imposture qui pousse au meurtre social de millions d’entre nous et mène à casser les logiques de solidarité et de transmission générationnelle sans lesquelles un pays n’est plus qu’un vaste supermarché de consommateurs déshumanisés ?

Jérôme Pellissier, écrivain et chercheur, est l’auteur de La nuit, tous les vieux sont gris (2003) et de Humanitude (avec Yves Gineste, 2005, 2007).

Cf. sur www.lrdb.fr, un article et une notice biobibliographique.

 

Jean-Philippe Pierron, Le Climat familial. Une poétique de la famille, Éditions du Cerf, 2009, 448 pages, 39 €

Comment penser la famille et, si possible, la comprendre ? Qu'est-ce qui fait l'être profond de la famille, si on ne le réduit ni à l'indice de la biologie ni au principe de la métaphysique substantialiste ? En choisissant de parler de « climat familial », nous voudrions saisir l'ambiance spécifique de la famille. Tout comme le climat, la famille connaît les atmosphères chaleureuses, pesantes, les ambiances glaciales, électriques ou orageuses. Chaque famille, dans l'histoire des familles contribue à en préciser un profil ou à en stabiliser la figure. Ni défense et illustration, ni attaque et condamnation, cet ouvrage propose de sonder la famille en tant qu'école des capacités. Il le fait plus particulièrement, dans une poétique, à partir des grandes images qui investissent la famille : le sang, les racines, le gène, etc. Celle-ci est moins envisagée comme une métaphore morte que comme un relais imagé grâce auquel nousapprenons à nous reconnaître dans un lignage.

Jean-Philippe Pierron, agrégé et docteur en philosophie, est maître de conférences (spécialité « éthique et droit ») à la faculté de philosophie de l'université Jean Moulin, Lyon III. Il est membre du Comité Régional d’Éthique de Bourgogne.

Sommaire sur le site de l’éditeur.

 

Guy POIRIER, Christine McWEBB, François PARÉ et Delbert W. RUSSELL (dir.), Dix ans de recherche sur les femmes écrivains de l'Ancien Régime : influences et confluences (Mélanges offerts à Hannah Fournier), Québec, PU de Laval, 2009, 296 pages.

À l'Université de Waterloo, en 2005, un peu plus de 10 ans après la première rencontre sur les femmes écrivains de l'Ancien Régime sous l'égide du groupe MARGOT, était organisé le colloque « Dix ans de recherche sur les femmes écrivains de l'Ancien Régime : influences et confluences » sous la présidence d'honneur de Hannah Fournier. C'est à la fois afin de rendre hommage à notre collègue, co-fondatrice du groupe MARGOT et pionnière des études sur les femmes, et de souligner le dynamisme et la diversité des études sur les femmes écrivains de l'Ancien Régime que nous avons décidé de regrouper, au sein du présent recueil, seize articles témoignant de la vitalité d'un champ de recherche si longtemps oublié. Du Moyen Âge au Siècle des Lumières, études d'œuvres de femmes écrivains, réflexions théoriques et analyses des conditions de production se succèdent afin de mieux explorer les « circonvolutions » du passé des femmes écrivains de l'Ancien Régime.

Avec des textes de Jean-Philippe Beaulieu, Edith Benkov, Evelyne Berriot-Salvadore, Maureen Boulton, Jane Couchman, Diane Desrosiers-Bonin, Philip Ford, Nancy Frelick, Madeleine Jeay, François Paré, Eugénie Pascal, Guy Poirier, Earl Jeffrey Richards, Delbert W. Russell, Barbara Selmeci Castioni, Sante A. Viselli.

Guy Poirier est professeur au Département d'études françaises de l'Université de Waterloo. Ses recherches portent sur la littérature française de la Renaissance et les littératures contemporaines d'expression française du Québec et de la Colombie-Britannique. Christine McWebb est professeure agrégée au Département d'études françaises de l'Université de Waterloo ; elle a publié dans les domaines de la littérature médiévale française et allemande ; elle est codirectrice du groupe de recherche MARGOT. François Paré enseigne la littérature québécoise et française à l'Université de Waterloo. Delbert Russell est professeur au Département d'études françaises de l'Université de Waterloo ; il a publié dans les domaines de la littérature française médiévale, et des études littéraires et bibliographiques d'auteurs contemporains ; il est membre fondateur du groupe de recherche MARGOT.

Sommaire.

 

Richard Poulin, Les Enfants prostitués. L’exploitation sexuelle des enfants, Éditions Imago, 2007, 206 pages, 20 €.

Chaque année, plusieurs millions d’enfants sont abusés sexuellement et prostitués. Ils sont enlevés ou achetés à leurs parents, puis livrés à des proxénètes - notamment pour alimenter le tourisme pédocriminel. Violé, torturé, l’enfant, devenu marchandise, se vend bien et constitue un profit très lucratif. Richard Poulin dénonce, chiffres à l’appui, le scandale mondial du commerce des enfants froidement planifié par des adultes sans scrupules. Il révèle que les États se font souvent complices de ces délits innommables favorisés par la mondialisation, et retrace les itinéraires internationaux de la traite - pays d’origine et pays de destination. Il montre que nos sociétés occidentales, clientes attitrées des pays pauvres, sont de plus en plus atteintes par ces pratiques mafieuses. Pour Richard Poulin, l’exploitation sexuelle des enfants constitue aujourd’hui l’un des aspects les plus sordides de la prostitution - cet esclavage moderne si bien toléré - qui brise d’innombrables vies dans le monde, et ce dans l’indifférence générale.

Richard Poulin, professeur de sociologie à l’Université d’Ottawa, a publié de nombreux ouvrages sur la question du commerce sexuel, dont La Mondialisation des industries du sexe (Éditions Imago, 2005) et Enfances dévastées. Tome 1. L’Enfer de la Prostitution, Éditions interligne, 2007.

Cf. sur www.lrdb.fr, notice et article : « Pornographie, rapports sociaux de sexe et pédophilisation », 2009.

 

Lionel Pourtau, Techno. Voyage au cœur des nouvelles communautés festives, Préface de Michel Maffesoli, Éditions du CNRS, 2009, 196 pages, 20 €

Dans un style vif et direct, au carrefour de la sociologie de la déviance, de la musique et de la jeunesse, Lionel Pourtau nous invite à plonger dans l’univers de la subculture technoïde. Résultat d’une enquête ethnographique de plusieurs années, son livre, Techno. Voyage au cœur des nouvelles communautés festives, présente « l’histoire, le mode de vie et le rapport au monde des technoïdes », ces « teuffeurs amateurs de free parties, profondément attachés à leurs pratiques et à leurs mœurs particulières - allant bien au-delà de la simple participation à des concerts techno [comme le font les technoïstes] -, et ayant radicalisé leur déviance au point de la constituer en subculture » (pp.18-19). Loin de l’image répandue d’une « jeunesse anémiée, de moins en moins impliquée et de plus en plus individualiste » (p.19), Pourtau rappelle ainsi, sans fard ni concessions, qu’il existe une vitalité propre au monde social et que la fête est bien l’un de ses vecteurs privilégiés. « Comment naît une subculture déviante et comment se développe-t-elle ? Pourquoi, à un moment donné de leur histoire et de l’histoire d’une culture plus globale, des individus ressentent-ils le besoin de changer les règles du jeu social dans lequel ils vivent ? Qu’est-ce qui ne « marche plus » et pourquoi construisent-ils une solution alternative ? » (p.17). Telles sont les questions qui guident l’enquête. Elles ouvrent également l’ouvrage. Lionel Pourtau y répond en quatre temps correspondant à quatre chapitres de taille sensiblement équivalente : « Qu’est-ce qu’une free party ? », « La transe techno », « La constitution en Sound System », « Donner une free party ». (Vincent Rubio)

Lionel Pourtau est sociologue et enseigne à l’université de la Sorbonne. Il a participé en 2008 à la mission parlementaire sur les grands rassemblements festifs techno.

CR de Vincent Rubio sur Rusca.

 

Beatriz Preciado, Testo junkie. Sexe, drogue et biopolitique, Document, Traduit de l’espagnol par l’auteur, Grasset, 2008, 389 pages, 19,90 €,

Ce livre n’est pas une autofiction. Il s’agit d’un protocole d’intoxication volontaire à base de testostérone synthétique. Pendant le temps de cet « essai corporel », deux impondérables : la mort de Guillaume Dustan et le tropisme du corps de Beatriz Preciado vers le corps de V.D. Sont enregistrées ici aussi bien les micro-mutations physiologiques et politiques provoquées par la testostérone dans le corps de Beatriz Preciado que les modifications théoriques et physiques suscitées dans ce corps par la perte, le désir, l’exaltation, l’échec ou le renoncement. Le lecteur ne trouvera pas ici de conclusion définitive sur la vérité de mon sexe, ni d’oracle sur le monde à venir. Je donne à lire ces pages qui dessinent les croisements des théories, des molécules et des affects, pour laisser trace d’une expérience politique dont la durée exacte a été de 236 jours et nuits et qui continue aujourd’hui sous d’autres formes. Si le lecteur trouve ici, assemblés sans solution de continuité, des réflexions philosophiques, des récits de session d’administration d’hormones, et des registres détaillés de pratiques sexuelles, c’est simplement parce que c’est le mode sur lequel se construit et se déconstruit la subjectivité.

Philosophe, Beatriz Preciado, disciple de Jacques Derrida, est l’auteure du Manifeste contra-sexuel (Balland, 2000), aujourd’hui devenu un classique de la théorie queer.

Cf. « Tête à queue », Cécile Daumas, Libération, 14 octobre 2008.

 

Sabine Prokhoris, La Psychanalyse excentrée, PUF, 2008, 224 pages, 24 €

A travers des textes écrits au fil de plus de vingt ans d'exercice de la psychanalyse, ce livre veut explorer les voies du « faire » psychanalytique et tâcher d'en mesurer quelques incidences sur notre temps. En questionnant le mouvement propre de la cure, autant que les étranges façons dont procède la théorisation psychanalytique, en revenant aussi sur le malaise dans la sexuation en débat aujourd'hui, il s'agit de faire partager au lecteur quelque chose d'une expérience singulière de la psychanalyse dans le monde contemporain.

Sabine Prokhoris est psychanalyste et philosophe.

Sommaire sur le site de l’éditeur

À lire sur www.lrdb.fr, « Chemins vicinaux » mis en ligne en avril 2009 et « Histoire de sexuation », mis en ligne en juin 2009.

 

Geneviève Pruvost, De la « sergote » à la femme flic, une autre histoire de l’institution policière (1935-2005), Paris, La Découverte, 2008, 312 pages, 25 €.

L’un des fondements de la division sexuelle du travail est de réserver aux seuls hommes le maniement des armes et d’interdire aux femmes l’accès aux métiers d’ordre qui font usage de la force. Dès lors, l’entrée des femmes dans l’institution policière constitue une rupture anthropologique qui met fin au monopole masculin de la force publique.

À partir d’un riche matériau d’archives et de récits de vie, le livre de Geneviève Pruvost montre qu’en France, il a fallu plus d’un demi-siècle de débats pour que les femmes passent du statut d’assistantes de police dévouées à l’enfance dans les années 1930 au statut de fonctionnaire de police à part entière. L’ouverture progressive de la police aux femmes, parce qu’elle transgresse les usages, est un levier pour explorer tout au long du siècle l’inédite collaboration entre police, travail social et féminisme réformiste, la dénonciation de la violence d’État par les policiers de la génération « 1968 », la constitution du féminisme d’État autour du principe d’égalité professionnelle, le rôle d’arbitrage joué par le conseil de l’Europe et les syndicats policiers, la fabrique médiatique de « battantes », enfin la place accordée aux minorités dans la police de proximité.

Cet ouvrage étudie les étapes successives de ce mariage improbable comme autant d’indices des changements qui ont affecté les rapports entre l’État et les citoyens, permettant à la fois de retracer une histoire du genre, du principe d’égalité, et de proposer une autre histoire de l’institution policière et du rapport à la violence.

Ancienne élève de l’École normale supérieure, Geneviève Pruvost est chargée de recherche au CNRS (CESDIP). Elle est l’auteure de Profession : policier. Sexe : féminin (Édition de la Maison des Sciences de l’Homme, 2007).

Présentation et sommaire sur le site de l’éditeur

CR de Quentin Deluermoz, sur le site La vie des idées, janvier 2009.

 

Geneviève Pruvost, Profession : policier. Sexe : féminin, Éditions de la MSH, 2007, 307 pages, 19 €.

L’accès des femmes aux pleins pouvoirs de police est récent. Depuis une trentaine d’années, les policiers de sexe féminin suivent la même formation, sont dotés des mêmes habilitations judiciaires et du même armement que les hommes. S’agit-il d’un changement profond dans la conception de l’ordre public? Ont-elles accès aux mêmes services et aux mêmes missions? Comment s’intègrent-elles à la sociabilité virile des commissariats ? Telles sont quelques-unes des questions auxquelles Geneviève Pruvost répond dans cet ouvrage pionnier qui constitue la première recherche française d’ampleur sur la féminisation de la police. L’étude fouillée - qualitative et quantitative - permet de suivre et de comprendre les trajectoires des " femmes policiers ", de la fabrique gestion familiale de la vocation à la gde la carrière, de la scolarité aux coulisses du métier, du travail sur la voie publique aux arrangements avec le conjoint, de l’accomplissement des tâches nobles au " sale boulot ". Elle montre comment, en adoptant les codes virils en vigueur, ces femmes tentent d’échapper aux stéréotypes de fragilité et d’indisponibilité qui leur sont encore trop souvent accolés. Ce livre met ainsi l’accent sur les arrangements, les processus d’« asexuation » et les possibles neutralisations d’un espace fortement sexualisé, tout en pointant les discriminations et les contraintes fortes qui entravent la progression des femmes dans la profession. Geneviève Pruvost cerne, au plus près et avec subtilité, la diversité des interactions entre hommes et femmes dans la police nationale. A l’originalité d’une démarche attentive à la mobilité de genre, s’ajoute celle d’une approche compréhensive des principes fondateurs de l’institution policière

Geneviève Pruvost est chargée de recherche au CNRS (Cesdip). Ce livre est issu de sa thèse sur « L’accès des femmes à la violence légale. La féminisation de la police (1935-2005) », soutenue à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales en 2005.

À lire le résumé de l’ouvrage

 

 

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Christine Raguet (Ed.), Traduire le Genre Grammatical : Enjeu Linguistique et/Ou Politique ?, Éditions Presses Sorbonne Nouvelle, 2008, 148 pages, 16,80 €

L’ouvrage aborde la notion complexe et ambiguë de genre grammatical. Le lecteur pourra appréhender comment ce genre constitue un imaginaire qui détermine des formes et des traductions, entre travestissement et transgression. De multiples exemples, issus de corpus variés et qui s’adressent d’abord aux spécialistes de la science linguistique et de la traductologie éclairent les enjeux et stratégies d’écriture tenant compte des contraintes linguistiques et culturelles. Cette dissection du système grammatical laisse aussi entrevoir, avec « l’illisibilité originaire du langage », d’autres enjeux plus politiques puisque sont débusqués les aspects connotatifs de représentation par-delà les problèmes purement dénotatifs. Ainsi, le genre qui est binaire en français mais ternaire en anglais peut « faire loupe sur les représentations sexuées, voire sexistes, d’une langue donnée ». Les analyses nous montrent les nombreuses manières de se jouer du conditionnement de l’écriture et/ ou de l’Histoire en empruntant des chemins de traverse qui ne soient pas trop infidèles, surtout lorsque l’on a affaire aux tentatives de subversion poétique d’un Rimbaud.

Christine Raguet est Professeur à l’Université paris III Sorbonne Nouvelle, directrice du centre de recherches en études de traduction (TRACT)

 

Anne-Claire Rebreyend, Intimités amoureuses. France 1920 – 1975, PU du Mirail, 2009, 340 pages, 31 euros

L’amour se vit et se fait. Mais comment se dit-il ? À travers la parole de Français ordinaires, Anne-Claire Rebreyend explore les frémissements du cœur, les élans du corps, et analyse les multiples combinaisons du désir et du plaisir. En exploitant des archives autobiographiques inédites (journaux personnels, récits de vie, correspondances), cet ouvrage pionnier d’histoire culturelle et sociale porte un regard neuf sur les pratiques et les représentations amoureuses dans la France des années 1920 aux années 1970. Cette histoire n’est pas seulement celle de la « libération sexuelle », mais d’abord celle d’une libération des discours sur l’intime, ce « privé du privé » des individus.

Docteure en histoire contemporaine (2006), Anne-Claire Rebreyend est spécialiste d’histoire culturelle et sociale.

À lire, sur www.lrdb.fr, « Autobiographies, genre et générations », mars 2009.

 

Juliette Rennes, Le Mérite et la nature. Une controverse républicaine : l’accès des femmes aux professions de prestige, 1880-1940, Fayard, 2007, 594 pages, 32 €

Quels sont les arguments disponibles pour justifier des inégalités en droit dans des régimes contraints par des normes égalitaires et libérales ? Telle est la question implicite qui se pose aux républicains antiféministes qui, de la fin du XIXe siècle à la veille de la Seconde Guerre mondiale, s’appliquent à interdire aux premières femmes le demandant l’accès aux professions de prestige. Bien que moins marquée par l’urgence de la décision publique, cette question se pose également aux essayistes, journalistes et romanciers qui, tout en s’opposant à l’égalité juridique des deux sexes, veulent montrer leur allégeance aux valeurs d’égale liberté prônées par la République. Dans cet ouvrage, sous le nom de controverse, Juliette Rennes explore simultanément les polémiques localisées sur l’accès de telle ou telle femme à tel diplôme, tel titre ou tel grade et le débat permanent relatif aux capacités et incapacités de sexe, aux conséquences sociales de l’égalité professionnelle, à ses effets sur les relations privées entre les hommes et les femmes. S’appuyant sur des pans extrêmement variés du discours social - des débats parlementaires au théâtre de boulevard en passant par les guides d’orientation professionnelle -, elle dresse une carte des arguments, des compromis et des présupposés partagés par les partisans et les opposants de l’accès des femmes aux professions, et propose un paradigme cognitif et discursif des controverses relatives à l’égalité en droit en régime démocratique.

Ancienne élève de l’École normale supérieure, docteure en science politique, Juliette Rennes est maîtresse de conférences à l’université Lyon 2.

CR de Sandrine Lévêque, sur EspacesTemps.net, 16/03/2009.

 

Régis Revenin, (dir.), Hommes et masculinités de 1789 à nos jours. Contributions à l'histoire du genre et de la sexualité en France, préface d'Alain Corbin, Paris, Editions Autrement, 2007, 293 pages, 20 €.

Paradoxalement, les hommes ne sont pas un objet d’études nouveau, puisque toute l’histoire de l’humanité a jusqu’à une période très récente été écrite au seul masculin… C’est de l’homme sexué et non pas universel dont il s’agit ici, dont la masculinité, loin d’être naturelle, est socialement et historiquement définie de 1789 à nos jours. Ce sont l’histoire des femmes, l’histoire des sexualités, et plus récemment les recherches et études lesbiennes et gays, qui ont permis l’émergence d’une histoire des hommes et des masculinités, une histoire résolument plurielle, tant la masculinité ne va pas de soi, tant elle n’est pas « naturelle », pas plus que la féminité, toutes deux variables selon les époques et les aires géographiques, et sensibles aux différences de classe, d’orientation sexuelle, de race ou de religion. Également « histoire résolument relationnelle qui interroge la société tout entière », pour reprendre les mots de Michelle Perrot et Georges Duby dans L’Histoire des femmes en Occident (1991), il ne s’agit certainement pas d’en exclure les femmes, à la fois objets mais aussi actrices de cette « nouvelle » histoire. Issue d’une journée d’études qui s’est tenue en septembre 2006 à Paris, cette publication collective est un projet inédit, original et largement exploratoire. A travers des contributions diverses et variées, de jeunes chercheurs pour l’essentiel (des historiens, mais aussi des littéraires et des politistes), il explore les problématiques du genre et de la sexualité par l’étude de cas précis et de contextes spécifiques. Le livre se présente sous la forme d’une galerie de portraits, balayant des périodes et des univers sociaux : l’homme romantique impuissant, le boxeur noir dans les années 1920, le garçon de café des années 1880 qui revendiquent le port de la moustache, le monde gay du Paris de la Belle Époque jusqu’aux jeunes garçons des banlieues de France des années 1990 à nos jours. Toutes figures d’hommes dont la virilité serait mise à mal selon les standards de représentation du masculin, tous confrontés à la construction de leur identité sociale et sexuelle d’hommes.

Sommaire sur Fabula

ATER à l’Université de Lille, doctorant en histoire contemporaine, Régis Revenin est aussi l’auteur de Homosexualité et prostitution masculines à Paris : 1870-1918, (L'Harmattan, 2005).

 

Claudine Ribéry et Claire Michard, , Sexisme & Sciences humaines. Pratique linguistique du rapport de sexage, Septentrion, 2008, 204 pages, 18 €

Comment se manifeste l’idéologie sexiste dans le discours des sciences humaines ? Pour répondre à cette question C. Michard et C. Ribéry ont choisi comme terrain d’analyse des textes de deux anthropologues (P. Clastres et M. Godelier) et d’un sociologue (P. Bourdieu). Elles fondent leur recherche sur une théorie linguistique de l’énonciation, exposée de façon concise, et démontrent avec précision le biais sexiste de ces textes, reconnus comme scientifiques, et donc objectifs. L’analyse fine des phénomènes énonciatifs (déterminations aspectuelles, modalisations, réseaux de repérage, etc.) leur permet de mettre en évidence un ensemble d’oppositions formelles, peu étudiées et non perçues. Ces oppositions, qui ne sont pas interprétables en tant que connotations dévalorisantes ou valorisantes, traversent l’ensemble des textes, et leur signification structure l’argumentation théorique : elles constituent par conséquent un élément fondamental dans la construction du sens. Pour conclure, C. Michard et C. Ribéry ancrent leur recherche linguistique dans une théorie sociologique des rapports de pouvoir et de leurs effets idéologiques, et interprètent les dissymétries sémantiques analysées comme l’expression directe, non assertée, de la pensée des sexes dans notre société. Ce document linguistique et sociologique, qui énonce son point de vue féministe, fait preuve d’une rare exigence, tant théorique que méthodologique.

Claire Michard, docteure en linguistique, a publié Le sexe en linguistique : sémantique ou zoologie ? (L’Harmattan, 2002) ; Claudine Ribéry, docteure en linguistique, est enseignante et formatrice d’enseignants.

Sommaire

 

Michèle Riot-Sarcey, Histoire du féminisme, La Découverte, Collection Repères, (2002), 2008, 128 pages, 9,50 €.

L’histoire du féminisme en France ne diffère guère de celle des autres pays occidentaux : fragmentée et en décalage avec l’histoire politique. Depuis la Révolution française, les femmes ont cherché à sortir de la sphère du privé. Lentement, avec difficulté, elles ont surmonté les obstacles et conquis peu à peu des fonctions longtemps réservées aux hommes. Mais la barrière la plus insurmontable fut sans doute celle du politique. Les droits civiques « accordés » très tardivement (octobre 1944) au « deuxième sexe » ne mirent pas un terme aux interdits, particulièrement celui de l’exercice du pouvoir qui est resté un privilège de la masculinité. L’ouvrage retrace les itinéraires conflictuels et les multiples aspects des luttes en faveur de l’égalité, jusqu’à l’actualité de la « parité » dont le succès peut masquer le maintien des inégalités. Cette nouvelle édition s’apparente à une « histoire du féminisme et du genre », car l’auteure est parmi les premières à user de la méthode introduite par le concept. En ce sens, le féminisme exprime la réaction critique à l’encontre d’une identité sociale genrée.

Michèle Riot-Sarcey, professeure d’histoire contemporaine à l’université Paris-VIII, historienne du XIXe siècle, du politique, du féminisme et des utopies.

Présentation et sommaire sur le site de l’éditeur

CR de Mathilde Dubesset de l’édition de 2002, sur le site Clio

 

Florence Rochefort, (dir.), Le Pouvoir du genre. Laïcités et religions 1905-2005, PU du Mirail, 2008, 272 pages, 19 €

Revisiter l’histoire de la laïcité du point de vue du genre : tel est le défi de cet ouvrage. L’étude débute en amont de la loi de séparation des Églises et de l’État de 1905 et se poursuit jusqu’à l’aube du 21e siècle. La perspective pluridisciplinaire ici adoptée amplifie le questionnement qui porte initialement sur la France pour interroger l’actualité mondiale : elle s’efforce de montrer en quoi le genre, les droits des femmes et les sexualités constituent l’axe central d’un nouveau paradigme politico-religieux.

Chargée de recherche au GSRL (Groupe de Sociologie des Religions et de la Laïcité) CNRS, Florence Rochefort est historienne, spécialiste d’histoire des féminismes.

CR de Anne Gauvillé sur nonfiction.fr

 

Rebecca Rogers, Les Bourgeoises au pensionnat. L’éducation féminine au XIXe siècle, traduction Céline Grasser, préface de Michelle Perrot. Rennes, PUR « Histoire », 2007, 390 pages, 22 €

Quelle éducation reçoivent les femmes de la bourgeoisie qui peuplent l’imaginaire des Français grâce aux romans et aux peintures du XIXe siècle ? Les Bourgeoises au pensionnat offre une réponse en étudiant l’émergence d’un système d’enseignement secondaire pour jeunes filles antérieur aux lois républicaines de 1880. A travers l’étude d’établissements très divers, religieux comme laïcs, se dessine un portrait des jeunes filles au pensionnat ainsi que des « instruiseuses », pour reprendre le qualificatif qu’utilise Lamartine pour désigner les nombreuses femmes qui vivent de l’enseignement. L’analyse des programmes d’études, des manuels d’instruction et des rapports d’inspection met au jour les enjeux de cette éducation visant à faire de bonnes mères et épouses. La lecture de discours de distribution de prix, de correspondances, de mémoires et de journaux intimes révèle l’autre facette du processus, un univers scolaire où les jeunes filles apprennent des leçons qui sont en réalité plus complexes. La culture scolaire transmise au pensionnat ne s’arrête pas aux frontières de l’Hexagone. L’éducation catholique des jeunes filles fait partie de la « mission civilisatrice » française, les bonnes sœurs qui dirigent les pensionnats en métropole se lançant également à la conquête des âmes en Afrique comme aux États-Unis. Si l’on connaît bien l’influence culturelle des Jésuites dans le monde, ce livre témoigne d’un modèle d’éducation féminine « à la française » qui fait partie d’une histoire transnationale en voie de construction, histoire expliquant en partie l’image de la femme française qui fascine tant les observateurs étrangers, notamment Outre-Atlantique.

Rebecca Rogers est professeure en histoire de l’éducation à l’université Paris Descartes. Spécialiste de l’éducation des filles, elle a publié des travaux sur les demoiselles de la Légion d’honneur, ainsi que sur l’histoire des enseignantes et de la mixité.

CR de Jean-Michel Chapoulie sur le site Le Mouvement Social

Présentation, sommaire et introduction sur le site de l’éditeur

 

Jaume Roig, Miroir. Le Livre des femmes trad. de Marie-Noëlle Costa, suivi de L’Unique femme, Stéphane Sanchez, Paris, Anacharsis, 2008, 259 pages, 19 €

« Sur mille hommes, on n’en trouve pas un de vil, et s’il s’en trouve un, un vilain perdu entre mille, sa femme en est la cause ; n’importe laquelle le souille et sa mère aussi. »

Le Miroir est un traité encyclopédique de la détestation universelle des femmes. Jaume Roig, médecin de son état, réalisa cette somme de misogyne médiévale à Valence au XVe siècle, lui imprimant la forme d’un roman en vers − ici rendu dans une traduction en prose − qui compte parmi les chefs-d’œuvre du Siècle d’or de la littérature catalane. Par la voix d’un narrateur centenaire prodiguant ses bons conseils à la gent masculine, Roig compose un roman multiforme, qui mêle les genres et les thèmes dans une langue à la fois ciselée, rythmée et foisonnante. D’un même élan, il anticipe sur le burlesque cruel du roman picaresque, sermonne son auditoire et énonce des sentences acerbes à travers des récits d’aventures domestiques tragi-comiques où Villon, Rabelais et Sade auraient mélangé leurs plumes. Car, outre la lumière crue qu’il projette sur les fondements de la misogynie en Occident, ce Miroir, comme le démontre I’Unique Femme de Stéphane Sanchez, réfléchit aussi bien à notre intention les alchimies amères de l’amour, du désir et de la haine.

Né à Valence au début du XVe siècle, mort en 1478, Jaume Roig exerça en tant que médecin des fonctions prestigieuses dans sa ville et occupa une place importante dans le monde des lettres catalanes.

Marie-Noëlle Costa est maître de conférence à l’université de Perpignan. Stéphane Sanchez est philosophe.

 

Brigitte Rollet et Delphine Naudier, (eds), Genre et légitimité culturelle. Quelle reconnaissance pour les femmes ? L’Harmattan 2007, 165 pages, 15 €.

La « création » est une affaire d’hommes ; les femmes sont lectrices, spectatrices, animatrices,mais non point créatrices. Les conditions historiques seules n’expliquent pas les obstaclesrencontrés par les femmes, leur absence dans certains arts ou le manque de postérité de leursœuvres. Voici un éclairage sur ces questions de légitimité pour les femmes écrivains et lesfemmes artistes, des pionnières des Beaux-Arts au cinéma de l’après-guerre.

Docteure en sociologie, Delphine Naudier est chargée de recherche au CNRS depuis 2001, affectée à l’unité mixte de recherche « Cultures et sociétés urbaines », CNRS/Université. Brigitte Rollet, est maîtresse de conférences, Université de Londres, Institut de Paris.

 

Didier Roth-Bettoni, L’Homosexualité au cinéma, La Musardine, 2007, 747 pages, 34,90 €

Unique en son genre, ce livre offre un panorama très complet des multiples représentations des gays et des lesbiennes dans le 7e art, de son invention à nos jours. Un tour d’horizon qui ne se limite pas au cinéma gay ni aux grands films parlant d’homosexualité (Mort à Venise, L’Homme blessé, Victor Victoria, Le Secret de Brokeback Mountain...) mais qui englobe des genres plus secrets (le western, le flirt noir) ou plus inattendus (les duos comiques à la Laurel et Hardy, les comédies franchouillardes, le cinéma d’horreur), sans oublier l’érotisme. La manière dont le cinéma parle d’homosexualité est tout sauf neutre : que les homosexuels soient réprimés ou tolérés, les films en portent la trace. C’est cette histoire complexe, où se mêlent des aspects purement cinématographiques et d’autres de nature plus politique, que cet ouvrage s’efforce de retracer. Greta Garbo, Rainer Werner Fassbinder, Rock Hudson, Barbara Hammer, Wong Kar-wai, Youssef Chahine, Jean Cocteau, Gus Van Sant, Pedro Almodovar, François Ozon, Pier Paolo Pasolini et Rose Troche font partie de ce voyage à la fois chronologique et géographique à travers plus de 5 000 films et 600 photographies.

Didier Roth-Bettoni est journaliste et critique de cinéma. Ancien rédacteur en chef du Mensuel du Cinéma, de La Saison cinématographique et du magazine culturel gay Ex æquo, il dirige actuellement le magazine Illico, tout en continuant à écrire régulièrement sur le cinéma.

CR de philippe Ariño sur nonfiction.fr

 

Patricia Roux et Olivier Fillieule, Le Sexe du militantisme, Presses de Sciences Po, 2009, 359 pages, 24 €.

Le Sexe du militantisme propose une analyse de la (re)production des rapports de pouvoir au travers des pratiques militantes, saisissant les logiques par lesquelles les inégalités de genre, de classe et de race imprègnent le militantisme, qu'il soit de gauche ou de droite, progressiste ou conservateur. Premier ouvrage en français à explorer le militantisme dans une perspective de genre à partir de recherches empiriques sur les partis, les syndicats et les mouvements sociaux, il rassemble des politistes, sociologues, anthropologues et historiennes dont le souci est de ne pas appréhender les luttes politiques comme si elles étaient « neutres » et non sexuées. Une contribution majeure à l'étude des mobilisations collectives qui complète les analyses classiques, aveugles aux rapports de genre.

Ont contribué à cet ouvrage : Martina Avanza, Marie Buscatto, Geneviève Dermenjian, Xavier Dunezat, Francis Dupuis-Déri, Hélène Duriez, Elsa Galerand, Stéphanie Guyon, Yannick Le Quentrec, Jean-Yves Le Talec, Dominique Loiseau, Sabine Masson, Valérie Pouzol.

Professeur de sociologie politique à l'Université de Lausanne, Olivier Fillieule est directeur de l'Institut d'études politiques et internationales (IEPI) et directeur de recherche au Centre de recherches politiques de la Sorbonne (CRPS, Université Paris-1-Panthéon-Sorbonne, CNRS).

Docteure en sociologie et anthropologie, Patricia Roux est professeure associée en Études Genre à l’Université de Lausanne. Elle est aussi responsable du réseau LIEGE (Laboratoire interuniversitaire en études genre et co-rédactrice responsable, avec Christine Delphy (CNRS, Paris), de la revue francophone internationale Nouvelles Questions Féministes.

Sommaire détaillé.

 

 

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Laetitia Sansonetti, Sandrine Parageau, Marlène Bernos, (dir.), Les Femmes et leurs représentations en Angleterre de la Renaissance aux Lumières, Éditions Nouveau monde, 2009, 250 p., 49 euros

L’image des femmes dans la société et dans la littérature suscite un intérêt croissant dans les milieux académiques. La critique anglo-saxonne a ouvert la voie en développant les gender studies. À partir de ces travaux pionniers, dont le bilan est riche et constitue un prélude à toute réflexion dans ce domaine, nous souhaiterions contribuer à tracer une voie française, évitant les anachronismes et les jugements de valeur sur des phénomènes passés qui nécessitent une remise en contexte précise. Entre la reine et la prostituée, la femme écrivain et le personnage de fiction, les écarts semblent irréductibles. Et cependant, la vie et la pensée des femmes de l’époque sont « déterminées » – et ce, quel que soit leur statut – par leur image dans la société patriarcale et leur perception de cette image. Ainsi, « les femmes et leurs représentations » doit s’entendre des deux façons : à la fois les représentations des femmes elles-mêmes et les représentations qu’on se fait des femmes de la Renaissance aux Lumières. Se révèlent alors les attitudes souvent contradictoires de ces femmes à la fois respectueuses de l’ordre social établi et cependant prêtes à contester le système patriarcal.

ATER à l'université Paris I-Panthéon-Sorbonne, Marlène Bernosest doctorante en civilisation anglaise ; normalienne, agrégée d'anglais, Sandrine Parageau est ATER à l'université Paris VII-Diderot, elle vient d'achever une thèse sur la contribution des femmes au débat philosophique anglais de la seconde moitié du XVIIe siècle ; normalienne, agrégée d'anglais, Laetitia Sansonetti est ATER à l’ENS-LSH (Lyon), elle prépare une thèse sur les représentations du désir dans la poésie narrative élisabéthaine (Shakespeare, Spenser, Marlowe et Chapman).

 

Peggy Sastre, Ex Utero. Pour en finir avec le féminisme, Éditions La Musardine, 2009, 182 pages, 14 €.

Et si les femmes étaient au fond les premières responsables des injustices dont elles sont encore victimes ? Et si le désir d’enfant dans un couple et la grossesse étaient nos principaux adversaires ? Et si, pour changer réellement les choses, il fallait avant tout s’atteler à connaître l’histoire de l’évolution féminine, son inscription dans les gènes, dans les corps et dans les comportements ? Telles sont quelques unes des nombreuses questions que pose Ex utero de Peggy Sastre où se côtoient, dans un mélange pour le moins détonnant, biologie, philosophie et mythologie, mais aussi pornographie, sadomasochisme, libertinage et prostitution. Un regard absolument neuf sur des questions où les préjugés ont la dent dure et où la science a tôt fait d’être vue en ennemie. Un texte d’une rare intelligence qui incitera toutes les femmes qui ne se reconnaissent ni dans le « vous » complaisant de certains hommes ni dans le « nous » censeur et moralisateur du discours féministe officiel, à dépasser ce que leur sexe a fait d’elles pour peut-être, enfin, en finir avec le féminisme.

Peggy Sastre est née en 1981. Doctorante en philosophie des sciences, elle collabore au magazine Chronic’art où elle tient, entre autres, la chronique web l’Ère de rien. Auteur d’essais de vulgarisation scientifique comme Sexe Machines (avec Charles Muller, aux éditions Max Milo en 2007), elle est aussi traductrice.

Entretien avec Dahlia et Loïc sur Discordance.fr, le 16/03/2009.

 

Jane Sautière, Nullipare, Éditions Verticales, 2008, 148 pages, 12,90 €

« Je voudrais interroger l’ahurissant mystère de ne pas avoir d’enfant comme on interroge l’ahurissant mystère d’en avoir. » Lors d’une mammographie, la narratrice entend le radiologue la classer dans la catégorie des « nullipares » (femmes n’ayant jamais enfanté). Point de départ d’un questionnement plus large, ce choc lexical conduit l’auteur à une exploration de soi. Dans « nullipare », il y a aussi « nulle part ». C’est pour elle l’occasion de sonder sa part nomade, ses perpétuels déménagements, choisis ou subis, qui révèlent d’autres fêlures. Sensible au regard porté par la société sur « l’ahurissant mystère de ne pas avoir d’enfant », elle reconstitue le puzzle, à la fois tragique et drôle, de ce destin. L’écriture devient l’exercice d’une liberté chargée d’émotions où peuvent se résoudre les tensions grâce à la distance juste d’un regard d’écrivain.

À la fois douce et brutale, intime et distanciée, cérébrale et charnelle, la langue de Jane Sautière s’attaque à l’un des derniers tabous de la condition féminine contemporaine.

Écrivaine et essayiste, Jane Sautière (1952) travaille en milieu pénitentiaire. Elle est l’auteure du très remarqué Fragmentation d’un lieu commun, Verticales, 2003.

Extraits lus par l’auteur. Sur le site de Libération

« Ni mère ni amère », Anne Diatkine sur Libération, 12 janvier 2009

CR de Fabienne Swiatly, septembre 2008, sur remue.net

 

Caroline Schuster Cordone, Le Crépuscule du corps. Images de la vieillesse féminine, Éditions InFolio, Suisse, 2009, 320 pages, 25 €

Éprise de beauté et de jeunesse éternellement féconde, notre époque redoute le déclin physique, en particulier celui du corps féminin. Ce sujet, comme les peurs et les obsessions qu’il suscite, n’est pas récent. Ses ancrages picturaux et théoriques remontent à l’aube de l’époque moderne, époque où émerge une iconographie fascinante et polémique autour de la figure de la vieille femme. Le présent ouvrage montre comment la Renaissance se représentait la femme vieillissante, sa place dans la vie sociale et son déclin physique, entre idéalisation spirituelle et dénigrement malveillant. Il aborde aussi les domaines plus transgressifs de la sénescence, de la sexualité, de la sorcellerie et de la maternité tardive.

Caroline Schuster Cordone, docteur en histoire de l’art, est conservatrice au Musée d’art et d’histoire de Fribourg (Suisse) et membre du Max Planck International Research Network on Aging (MaxnetAging).

Entretien avec Dominique Hartman sur Feminisme.ch, 20 février 2009

 

Joan W. Scott, Théorie critique de l’histoire. Identités, expériences, politiques, Fayard, 2009, 150 p., 17 euros

Comment les individus sont-ils fabriqués comme différents les uns des autres ? Quelles sont les opérations à l’œuvre dans la construction des identités de « classe », de « genre », de « race » ou « sexuelles » ? Dans les trois essais qui composent ce livre, considérés comme des références majeures de la réflexion contemporaine, Joan Scott s’interroge sur la production des catégories et des identités, et sur leur articulation. Elle discute la manière dont les grands historiens marxistes définissaient la notion de « classe » en faisant l’impasse sur le genre ou la race. Elle insiste également sur le fait que l’analyse des identités doit se concentrer sur les discontinuités, sur la transformation des catégories.

C’est tout l’édifice classique de l’Histoire qui se trouve ainsi ébranlé. Joan Scott propose de renouveler la pratique historique en la mettant au contact des instruments les plus radicaux issus de la psychanalyse, des études postcoloniales, des travaux sur le genre et la sexualité ou encore des œuvres de Foucault ou Derrida. Contre la tendance actuelle à promouvoir un type de travail centré sur les « faits » et se réclamant des valeurs d’impartialité et de neutralité, elle appelle à une Histoire résolument théorique et politique – c’est-à-dire critique.

Historienne mondialement célèbre pour ses travaux sur le genre, Joan W. Scott est membre de l’Institute for Advanced Study de Princeton (États-Unis). Elle est l’auteure notamment de La Citoyenne paradoxale. Les féministes françaises et les droits de l’homme (Albin Michel, 1998) et de Parité ! L’universel et la différence des sexes (Albin Michel, 2005).

 

Réjane Senac-Slawinski et Pierre Muller, Genre et action publique. La frontière public-privé en questions, L’Harmattan, 250 pages, 23 €.

La définition des catégories de public et de privé est au fondement de l’exclusion des femmes du pouvoir au nom d’une « nature » féminine incompatible avec le règne de la raison et de « l’intérêt général ». C’est pourquoi la mise en questions de cette dichotomie est essentielle pour comprendre la manière dont les arbitrages dans l’action publique confortent ou modifient les rapports sociaux de sexe. Dans cette perspective, cet ouvrage propose une réflexion sur une question de plus en plus centrale aujourd’hui, tout en restant encore peu étudiée : quel est l’impact des politiques publiques sur la redéfinition des frontières public-privé et sur la structure genrée de la société ? De nombreuses politiques publiques ont en effet un impact direct ou indirect sur le déplacement et le brouillage de ces frontières. Cela concerne non seulement les politiques portées explicitement comme vectrices d’égalité entre les sexes - de la promotion de la présence des femmes à des postes à responsabilité et de la conciliation à la lutte contre les violences faites aux femmes – mais aussi celles qui sont dites « neutres » comme les politiques sociales ou la fiscalité. En interrogeant les interactions entre le genre de l’action publique et les frontières public-privé, l’enjeu est de rendre lisible ce qui relève du non dit, voire de l’impensé.

Pierre Muller est directeur de recherche au CNRS à Sciences Po. Réjane Senac-Slawinski est chargée de recherche au CNRS au Centre Maurice Halbwachs (CNRS-EHESS- ENS).

 

Réjane Sénac-Slawinski, La Parité, PUF, Que sais-je ?, 2008, 127 pages, 8 €

Après avoir fait l’objet de polémiques sur la pertinence du recours à des mesures de discrimination positive et sur le sexe de la République, le terme de " parité est devenu une expression consensuelle, presque un slogan, désignant l’exigence d’égalité entre les sexes. Cet ouvrage interroge l’originalité des lois françaises dites sur la parité, s’appliquant aux élections politiques, en particulier aux municipales, au regard des multiples stratégies mises en place dans le monde pour compenser la sous-représentation chronique des femmes en politique. Il montre comment le succès du mot parité pose, en filigrane, la question d’un ordre sexué de notre société.

Chargée de recherches au CNRS affectée au Centre Maurice Halbwachs (MESS-ENS) dans l’Équipe de recherche sur les inégalités sociales (ERIS), Réjane Sénac-Slawinski enseigne la science politique à l’Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3. Elle a été secrétaire générale de l’Observatoire de la parité entre les femmes et les hommes, service institué auprès du Premier Ministre (2001-2003). Elle est l’auteure de L’Ordre sexué. La perception des inégalités femmes-hommes, (PUF, 2007).

À lire aussi sur www.lrdb.fr, « petit dialogue sur la parité », Sénac/Sgier

Et, sur www.lrdb.fr,Geneviève Fraisse, notice et articles.

 

Réjane Sénac-Slawinski, L’Ordre sexué. La perception des inégalités femmes-hommes, PUF, 2007, 376 pages, 29 €

Les mentalités évolueraient-elles plus vite que les pratiques en terme d’égalité entre les sexes ? La presse rivalise de sondages tendant à le démontrer. Plus de femmes aux responsabilités, voire une femme à l’Élysée, telle est la demande sociale si l’on en croit les médias. A travers une enquête qualitative sur la perception des différences légitimes et illégitimes entre les femmes et les hommes, ce livre questionne la boîte noire des mentalités en examinant les liens entre les ordres jugés justes, en particulier l’ordre naturel, social et politique. Au-delà de la polysémie de la notion d’ordre renvoyant à la fois au registre du classement, de la hiérarchisation et à celui de l’autorité, l’analyse de « l’ordre sexué » éclaire les enjeux des stéréotypes sexués dans les conceptions du lien social. Il s’agit donc d’interroger les liens entre les différences « naturelles », les inégalités construites et les politiques d’égalité entre les sexes en se fondant sur l’analyse des représentations et non des pratiques. Ce choix part du constat du décalage entre la richesse des travaux universitaires et des enquêtes institutionnelles sur les inégalités entre les sexes et le peu d’études sur les significations qui sont données à ces inégalités aussi bien au niveau individuel que social.

Chargée de recherches au CNRS affectée au Centre Maurice Halbwachs (MESS-ENS) dans l’Équipe de recherche sur les inégalités sociales (ERIS), Réjane Sénac-Slawinski enseigne la science politique à l’Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3.

Présentation et sommaire sur le site de l’éditeur

CR de Frédérique Giraud sur liens-socio.org

 

Sylvie Sesé-Léger, L’Autre féminin, Campagne Première, 2008, 288 pages, 19 €

Le féminin est à la féminité ce que le sens latent du rêve est à son sens manifeste. Ainsi cet ouvrage envisage-t-il d’une façon inédite la question du féminin, habituellement confondu avec le maternel ou la féminité. À partir d’une riche pratique de la psychanalyse, dont témoigne la partie clinique du livre, et d’une interprétation précise des textes de Freud et de Lacan, Sylvie Sesé-Léger analyse avec pertinence les différents aspects de l’identité sexuelle : virginité, transsexualisme, homosexualité... Elle démontre que le féminin, pour l’homme comme pour la femme, est la rencontre avec l’altérité.

Sylvie Sesé-Léger est psychanalyste, membre associé de la Société de psychanalyse freudienne, ancienne Analyste de l’École au sein de l’École freudienne de Paris. Elle a participé à de nombreux ouvrages (L’Identité sexuelle. Sur le transsexualisme, AFI, 1996, Invention du féminin, L’Extrême droit, Le Malaise adolescent dans la culture).

CR de Jean-Michel Louka, sur oedipe.org.

 

Catriona Seth, Anne Deneys-Tunney et Hélène Cussac, (dir.), Les discours du corps au XVIIIe siècle : littérature-philosophie-histoire-science

PU de Laval (Québec), 2009, 370 pages, 45,95 dollars canadiens.

Un débat, réunissant philosophes, littéraires et historiens, s’est engagé, lors du XIIe Congrès international des Lumières, autour de la question du corps. En effet, le corps des Lumières est un objet qui méritait encore d’être questionné sur des plans épistémologique, anthropologique ou esthétique. Le présent ouvrage se veut le reflet de ces questionnements. Suivant la voie de l’époque qui récusait la séparation systématique des discours, il cherche à montrer combien l’écriture du corps entre dans une transdiscursivité. Discours scientifique, romanesque, philosophique ou social, entre autres, dialoguent au cours d’une période passionnée par l’émergence d’une nouvelle culture du corps. Les trois parties qui organisent le volume ? : « Science, techniques et médecine du corps », « Gouvernement du corps » et « Représentations idéologiques du corps » mettent en relief les cohérences et subversions, les conjonctions et prolongements de ces idées essentielles.

Avec des textes de Mladen Kozul, Brice Koumba, Anne Deneys-Tunney, Abraham Anderson, Adrien Paschoud, Anouchka Vasak, Nathalie Kremer, Capucine Lebreton, Hélène Cussac, Masano Yamashita, Philippe Barr, Karen Santos Da Silva, Laurent Turcot, Naoko Seriu, Catriona Seth, Catherine Gallouët, Constance Naji, Stéphanie Genand, Marie-Françoise Bosquet, Marie-Hélène Chabut, David Diop, Gilles Barroux, Odile Richard-Pauchet.

Sommaire sur le site de l’éditeur

Hélène Cussac, docteure en littérature, Université Blaise Pascal, Clermont-Ferrand (France) ; Anne Deneys-Tunney, normalienne, docteure ès lettres, visiting professeur (HDR) à l’Université Paris 7, enseigne à New York University (U.S.A.) ; Catriona Seth est professeure de littérature à l’Université de Nancy (France)

 

Shahla Sherkat, Zanân. Le Journal de l’autre Iran, Préface de Christian Bromberger, traduction de Azita Hempartian, Éditions du CNRS, 2009, 188 pages, 35 €

1979 L’Iman Khomeiny demande la création d’une presse féminine « islamique ». 1992, Shahla Sherkat fonde Zanân, « Femmes », qui s’impose très vite comme le premier, le plus libre, le plus critique, et le plus détonnant des magazines iraniens. 2009, trente ans après la révolution islamique et le retour de l’Iman Khomeiny.

De A comme Ayatollah à Z comme Zarathoustra, en passant par la société, le droits des femmes, les droits tout court, la politique, l’éducation, les mentalités, mais aussi la littérature, la mode, le cinéma, la fête, la cuisine… c’est cet autre Iran, inconnu, insolite, et surtout inattendu, vibrant, vivant, que dévoile Zanân.

Journaliste et écrivaine iranienne, Shahla Sherkat est une des pionnières du mouvement féministe en Iran.

 

Mariette Sineau, La Force du nombre. Femmes et démocratie présidentielle, Éditions de L’Aube, 2008, 203 pages, 17 €.

« Bien qu’elles aient accédé au droit de vote en 1944, les Françaises sont restées en état de dépossession démocratique jusqu’en 1965, date de la première élection du président de la République au suffrage universel. C’est à partir de ce bouleversement constitutionnel qu’elles vont pouvoir “prendre en main leur avenir”, pour reprendre le slogan de François Mitterrand lors de sa première campagne présidentielle ».

C’est forte de cette constatation que Mariette Sineau nous entraîne dans une passionnante analyse de la place des femmes dans notre démocratie. Une place pour le moins tardive, et pourtant aujourd’hui majoritaire : on compte en France 20 millions d’électeurs pour 23 millions d’électrices. Cet avantage a-t-il entraîné des effets bénéfiques sur le sort de celles-ci ? Lors de la présidentielle de 2007, où pour la première fois une femme était présente au second tour, cette situation inédite a-t-elle favorisée la candidate socialiste ? Pas sûr, à en croire Mariette Sineau, directrice de recherche au CNRS. Un essai pertinent.

Mariette Sineau, docteure en science politique, est directrice de recherche CNRS au CEVIPOF, Centre de recherches politiques de Sciences Po.

Entretien du CEVIPOF à propos du livre, décembre 2008.

 

François de Singly, L’Injustice ménagère, (Armand Colin, 2007), Hachette Littératures, 2008, 318 pages, 9,90 €.

Malgré le féminisme, malgré une évolution incontestable des mentalités, une évidente inégalité persiste entre hommes et femmes dans la répartition des tâches ménagères. Maintien de la domination masculine ? Intériorisation séculaire par les femmes de leur « rôle » d’âme du foyer ? Dans cet ouvrage fondé sur des enquêtes de terrain d’une grande richesse, les auteurs analysent avec minutie les liens entre inégalités et injustice ménagère, dissipant au passage les explications toutes faites. Au-delà d’un mécontentement sous-jacent, les femmes « justifient », voire revendiquent cette distribution inégalitaire du travail domestique, pouvant aller jusqu’à rejeter l’intervention masculine sur ce territoire de leur quotidien. Comment dès lors lutter contre l’injustice ménagère ?

Sociologue, François de Singly est professeur à Paris Descartes, et directeur du Centre de recherches sur les liens sociaux. Ont participé à cet ouvrage Isabelle Clair, chargée de recherches au CNRS, Sandra Gaviria, maîtresse de conférences, Muriel Letrait, ingénieure, Sana Mougel-Cojocaru, maîtresse de conférences, et Mireille Paris, ingénieure.

Présentation rapide par céline Costechareine sur ses.ens-lsh.fr

Présentation de Bruno Modica sur Clionautes.

 

François de Singly, Les Adonaissants, Hachette Littératures, 2007, 399 pages, 10 €

A peine entrés au collège, les préadolescents de 10-11 ans déconcertent les adultes par leurs désirs d’autonomie. Pourtant, ils ne veulent pas devenir de petits tyrans domestiques renversant l’autorité de leurs parents. Plutôt bien intégrés dans la vie de famille et se soumettant à ses contraintes, ils s’individualisent en douceur. Ils s’émancipent en prenant surtout appui sur les codes culturels de leur génération. Ils oscillent entre deux appartenances, la famille et les copains. Au cours de nombreux entretiens conduits avec un grand sens de l’écoute, François de Singly a su faire entendre la parole de ces « adonaissants ». Il permet ainsi de répondre aux questions angoissées que se posent les parents : comment se comporter face à ce mouvement d’individualisation précoce ? Comment accompagner sans intrusion leur progressive maturation ? Comment concilier le souci des études et le respect de la liberté de leur adonaissant ?

François de Singly, professeur de sociologie à l’université Paris Descartes, est l’auteur de nombreux ouvrages, notamment Les Uns avec les autres (Pluriel, 2005).

Entretien sur le site Cahiers pédagogiques, 2007

 

Patrick Snyder, Trois figures du diable à la Renaissance. L’enfant, la femme et le prêtre, Éditions Fides, 2009, 144 pages, 18 €

La figure du diable et le thème de la possession continuent d’exercer une fascination constante - à preuve les nombreuses productions cinématographiques - chez un public qui a pourtant déserté les églises. Trois figures du diable à la Renaissance est un ouvrage d’histoire qui permet de mettre en lumière les mécanismes entourant la diabolisation des figures de l’enfant, de la femme et du prêtre à la Renaissance. Patrick Snyder démontre bien comment la répression barbare qui entourait les accusations de possession était le fait des pouvoirs civils et non pas ecclésiaux. Voyage étonnant et fascinant au cœur d’une époque troublée, mais aussi invitation à analyser des réflexes qui provoquent, encore aujourd’hui, l’ostracisme envers certaines personnes dans nos sociétés.

Patrick Snyder est professeur à la faculté de théologie, d’éthique et de philosophie de l’Université de Sherbrooke. Il est l’auteur de Représentations de la femme et chasse aux sorcières, XIIIe-XVe siècles et La femme selon Jean-Paul II aux Éditions Fides.

 

Anne-Marie Sohn, « Sois un homme ! ». Construction de la masculinité au XIXe siècle, Le Seuil, 464 pages, 23 €.

Comment devient-on un homme ? Comment se construit l’identité masculine ? En traquant l’incident, si minime soit-il, la rixe même, en un siècle prompt à manier le couteau et le bâton, Anne-Marie Sohn saisit autant d’occasions pour observer sur le vif la façon dont se forge un tempérament d’homme. Elle suit ainsi les jeunes Français dans les épreuves qu’il leur faut surmonter, au cabaret et à l’usine, au lycée et sur la place publique, pour s’approprier les mots et les rites masculins. Elle révèle ce que cette socialisation doit à l’intervention des pères qui sont, pour leurs fils, tout à la fois des modèles, des mentors et des censeurs. Elle montre surtout le déclin d’une masculinité fondée sur la force, le courage et l’honneur, au profit d’une masculinité apaisée où la parole remplace le geste, où l’affrontement cède devant la médiation, phénomène étroitement lié à l’avènement des procédures démocratiques. Cette histoire de la masculinité juvénile dessine également en creux le modèle qui régit la socialisation des filles et pèse sur leur émancipation.

Anne-Marie Sohn est professeur d’histoire contemporaine à l’ENS Lettres et Sciences humaines, à Lyon. Elle a publié, entre autres, Chrysalides. Femmes dans la vie privée (xixe-xxe siècles) (Publications de la Sorbonne, 1996) et Âge tendre et tête de bois. Histoire des jeunes des années 1960 (Hachette, 2001).

CR de David Valence sur nonfiction.fr, juin 2009

 

Anne Solaz, Ariane Pailhé, (dir.), Entre famille et travail. Des arrangements de couples aux pratiques des employeurs, Préface de Thomas Picketty, La Découverte, 2009, 512 pages, 27 €

Comment le travail imprègne-t-il la vie familiale et inversement ? Comment les naissances modifient-elles l’organisation des couples et le partage des rôles ? Comment s’organise-t-on quand on est une famille nombreuse ou que l’on a des horaires atypiques ? Comment les pères s’investissent-ils auprès de leurs enfants ? Pourquoi tant de femmes travaillent-elles à temps partiel ? Les femmes sacrifient-elles leur carrière pour celle de leur conjoint ? Quelles mesures les employeurs mettent-ils en place pour aider les familles ? Qui sont les salariés en bénéficiant ? Les hommes se sentent-ils autant concernés que les femmes ? Voilà quelques-unes des questions auxquelles ce livre répond. À partir des résultats de l’enquête « Familles et employeurs », réalisée en 2005 par l’Ined auprès d’environ 10 000 hommes et femmes et 2 700 entreprises, ses auteurs montrent la diversité et la dynamique des relations entre vie familiale et vie professionnelle. Réunissant les contributions de démographes, sociologues ou économistes, cet ouvrage confronte les déclarations des employeurs et des employés et analyse les évolutions récentes, des dispositifs officiels aux petits arrangements informels. La persistance de fortes inégalités de genre et de conditions de travail témoigne que l’équilibre entre famille et travail reste toujours à trouver. Cet ouvrage s’adresse à toutes celles et tous ceux, chercheurs, professeurs, étudiants, acteurs politiques, directeurs des ressources humaines, gestionnaires, chefs d’entreprises, citoyens, qui s’intéressent aux interactions entre travail et famille.

Ariane Pailhé et Anne Solaz, chercheuses à l’Institut national d’études démographiques, économiste et démographe, ont assuré la direction scientifique de cet ouvrage, issu des travaux du groupe d’exploitation de l’enquête « Familles et employeurs ».

Sommaire sur le site de l’éditeur

 

Joy Sorman, Gaëlle Bantegnie, Yamina Benahmed Daho, Stéphanie Vincent, 14 Femmes : Pour un féminisme pragmatique, Gallimard, 2007, 156 pages, 11,50 €

Nous sommes nées dans les années 70 et féministes à la fin des années 2000. Le féminisme, drôle de mot. Au choix : ringard, inutile, aigri, sectaire. Pas vraiment à la mode. Aujourd’hui on dit "parité", plus neutre, moins agressif. Mais le féminisme est toujours d’actualité ; si on veut bien le récupérer, le réformer et l’activer. C’est ce que proposent ces 14 portraits de femmes, connues et inconnues. Comment les femmes vivent, dans le détail, au quotidien, est la seule question qui mérite d’être posée, la seule à laquelle on puisse répondre. Le reste n’est que vanité des discours, stérilité des jugements, théories désincarnées. Nous proposons donc, à rebours des pensées victimaires et de la morale culpabilisatrice, un féminisme joyeux, démocratique et pragmatique qui considère qu’il n’y a que des situations, et des femmes qui les prennent à bras-le-corps.

CR de Marta Segarra sur nonfiction.fr

CR sur mouvementdunid.org

 

Sylvie Steinberg et Jean-Claude Arnould, (éd.), Les Femmes et l'écriture dans l'histoire, 1400-1800, Publications des universités de Rouen et du Havre, 2009, 552 pages, 23 €

Les études historiques menées depuis une trentaine d’années ont assez démontré que les femmes avaient une histoire et qu’il était désormais possible de l’écrire en se fondant sur des sources parfois lacunaires, d’interprétation souvent difficile, mais nombreuses. Cependant, s’il est désormais acquis, chez les historiens, que les femmes ont appartenu aux Res gestae, ce sont surtout les spécialistes de la littérature qui ont attiré l’attention sur le fait qu’il a aussi existé, à la fin du Moyen Âge et sous l’Ancien Régime, une Historia rerum gestarum, c’est-à-dire des récits qui ont consacré aux femmes une place particulière et ont témoigné du souci de conserver les traces de la vie de certaines femmes illustres. Certains de ces textes, dont le plus fameux, celui de Christine de Pizan, sont dus à la plume de femmes et d’autres femmes consacrèrent du temps à écrire des mémoires, relater des événements ou insérer des faits historiques dans des romans.

Sommaire

Sylvie Steinbergestmaîtresse de conférences en histoire moderne à l’Université de Rouen

Jean-Claude Arnould est professeur de littérature à l’université de Rouen

 

Bernard Stiegler, Prendre soin : Tome 1, De la jeunesse et des générations, Flammarion, 2008, 342 pages, 22 €

Le biopouvoir que Michel Foucault s’est si puissamment attaché à décrire n’est plus ce qui trame notre époque : l’enjeu est désormais le psychopouvoir, où il s’agit moins d’« utiliser la population » pour la production que de la constituer en marchés pour la consommation. Foucault décrit la genèse de l’État s’acheminant vers la révolution industrielle avec la conquête du pouvoir par la bourgeoisie et les conditions de formation du capitalisme typique du XIXe siècle, tel que l’aura analysé Marx, où la première préoccupation est la production. Or, la seconde moitié du XXe siècle rencontre de toute autre question : il s’agit d’organiser la révolution des modes d’existence humains, voire leur liquidation, comme modes de consommation éliminant les savoir-vivre dans ce qui devient une économie industrielle de services dont les industries de programmes sont la base. La science de cette nouvelle mobilisation totale est moins la cybernétique, comme le croyait Heidegger, que le marketing. Le psychopouvoir apparaît de nos jours pour ce qu’il est : ce qui fait des enfants les prescripteurs de leurs parents, et de ces parents, de grands enfants - le marketing détruisant ainsi tout système de soin et, en particulier, les circuits intergénérationnels. Il en résulte une destruction systématique de l’appareil psychique juvénile. Les psychotechnologies monopolisées par le psychopouvoir sont des cas de ce que Platon, critiquant l’usage de l’écriture par les sophistes, appelait un pharmakon : un poison qui peut aussi être un remède. Au début du XXIe siècle, la reconstitution d’un système de soin exige de renverser la logique du psycho-pouvoir pour mettre en œuvre une politique de l’esprit. Cela requiert l’élaboration d’une pharmacologie qui analyse les caractéristiques des psychotechnologies contemporaines et d’une thérapeutique qui les mette au service d’un nouveau système de soin.

Docteur de l ‘École des hautes études en sciences sociales Bernard Stiegler est actuellement directeur du département du développement culturel au Centre Georges-Pompidou, où il dirige également l’Institut de recherche et d’innovation (IRI), créé à son initiative en avril 2006.

Entretien audio sur Espace 2 ; entretiens audio 1 et 2 sur arsindustrialis ;CR de Julien Gauttier sur le site skhole.fr.

 

 

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Michel et Daisy Tarrier, Faire des enfants tue. Éloge de la dénatalité, Éditions du Temps, 2008, 143 pages, 13,50 €.

Faire des enfants nuit gravement à la planète. Homo sapiens est la pire espèce invasive. Notre monde est passé de 250 millions à quasiment 6,7 milliards d’habitants depuis l’an 1 de l’ère chrétienne. En augmentant de 4 milliards, la population planétaire a triplé depuis 1950. Stop, ou encor ? Nous avons toutes les preuves que la planète ne pourra pas nourrir 9 milliards de Terriens en 2050 ou 17 milliards en 2100. Faire des enfants nuit gravement à la survie de l’humanité. Si on aime les enfants, il ne faut pas en faire. Vivre moins nombreux pour que tout le monde puisse tout simplement vivre. Tout pacte écologique devrait sous-tendre l’idée d’un pacte antinataliste.

Entomologiste et spécialiste de Méditerranée occidentale, Michel Tarrier est aussi un écologue particulièrement motivé par la conservation des habitats. Après trois décennies de prospections naturalistes en France, en Italie et en Espagne, il décide, en 1992, de se tourner vers le Maroc. Il explore depuis quinze ans les écosystèmes de ce pays où il collabore à des expertises écologiques, notamment de la cédraie du Moyen Atlas. Daisy Tarrier s’investit dans une association de protection de l’environnement.

Présentation par l’auteur.

 

Françoise Tétard, Claire Dumas, Filles de justice. Du Bon-Pasteur à l’Éducation surveillée (XIXe-XXe siècle), Éditions Beauchesne, 2009, 500 p., 32 euros

Les filles de justice, décidément, sont bien embarrassantes. Depuis deux siècles, elles ont été sans cesse transférées de prisons en prisons, et toujours maintenues derrière la clôture. Ces mineures sont passées devant un juge, elles ne sont pas forcément délinquantes, mais elles pourraient l’être, elles ne sont pas forcément prostituées, mais on pense qu’elles sont au bord de l’être. L’État se sentant impuissant a « confié » la rééducation de ces filles à des congrégations religieuses, sous forme d’une mission de service public.

Cette situation a perduré même sous la Troisième République, au moment du vote des lois 1901 et 1905. En plein conflit entre confessionnels et laïques. Les établissements du Bon Pasteur, spécialisés dans la prise en charge des filles perdues et des brebis égarées, ont ainsi acquis un monopole, qu’ils ont gardé jusqu’aux années 1960. Au printemps 1968, le ministère de la Justice a décidé de racheter le Bon Pasteur de Bourges pour y installer une équipe de jeunes éducatrices fraîchement recrutées, avec l’objectif de mener ses propres pédagogies d’éducation surveillée.

Françoise Tétard, historienne, est ingénieur au CNRS. Elle a travaillé au CRIV (laboratoire associé au ministère de la Justice) à partir de 1975 et, depuis 1995, elle est rattachée au Centre d'histoire sociale du XXe siècle (Paris-1). Elle s'est spécialisée sur les politiques sociales et éducatives en direction de la jeunesse, sillon qu'elle creuse au fur et à mesure de la découverte de fonds d'archives inédits. Claire Dumas, éducatrice, a fait partie de la première équipe laïque de l'Éducation surveillée, arrivée à Bourges en 1968. Professionnelle de terrain, elle a consacré toute sa carrière aux jeunes en difficulté. Elle organisa une rencontre entre les deux directrices, la religieuse et la laïque, entourées de leur personnel et c'est alors qu'a germé l'idée de cet ouvrage.

Sommaire sur le site de l’éditeur.

 

Françoise Thébaud et Geneviève Dermenjian (dir.), Quand les femmes témoignent. Histoire orale, Histoire des femmes, Mémoire des femmes, Éditions Publisud, 2009, 28 €

Qu’est-ce que la parole des femmes ? Une source pour l’histoire contemporaine ? Un lieu de construction identitaire ? L’expression d’une mémoire individuelle ou collective ? Que peut en faire l’historien ou l’historienne en quête d’une histoire des femmes et du genre ?

Cet ouvrage, issu d’un colloque qui a rassemblé à l’Université d’Avignon des générations et des nationalités diverses, explore en trois points les articulations présentes et passées entre histoire orale, histoire des femmes et mémoire des femmes. Le premier point offre des synthèses historiographiques et méthodologiques. Le second examine à travers des études de cas les apports de l’histoire orale en histoire des femmes et du genre. Le troisième interroge les enjeux de subjectivité et de mémoire inscrits au cœur de la pratique de l’enquête orale.

Lu dans son ensemble ou par chapitre, cet ouvrage invite à revisiter les convergences de deux pratiques historiennes qui restent encore marginales en France. Dans une historiographie qui est cependant de plus en plus sensible aux trajectoires des acteurs, à la dimension individuelle des phénomènes et aux archives de soi, il entend contribuer à réintroduire comme à transmettre les débats de méthode et d’interprétation. Pour une histoire ouverte, de qualité et « sans adjectif », comme l’appelle de ses vœux l’historienne Mercedes Vilanova qui a beaucoup œuvré en ce sens.

Françoise Thébaud est une historienne française, spécialiste de l'histoire des femmes. Ancienne élève de l’École normale supérieure de Fontenay-aux-Roses, elle a enseigné l'histoire contemporaine à l'Université d'Avignon et des Pays de Vaucluse jusqu'en 2007. Geneviève Dermenjian est maître de conférences habilitée en histoire contemporaine à l’IUFM d’Aix-Marseille

 

France Théoret, Écrits au Noir. Essais, Montréal, Éditions Remue-Ménage, 2009, 172 pages, 23, 45 €

Je suis politisée. Au passé et au présent, je suis une écrivaine connue pour mes prises de position, ma participation à des manifestations, ma présence à des réunions politiques, mon travail d’essayiste. Je n’ai pas été, je ne suis pas et je ne serai sans doute jamais une écrivaine qui prend la parole en public, qui se prononce à haute voix, justifie ses positions devant les autres. La parole m’a été enlevée de tout temps et m’est encore enlevée. J’ai une pensée féministe et politique que je livre par écrit. Dans Écrits au noir, France Théoret signe un parti pris d’écriture. Elle y décrit le féminisme comme une œuvre au noir, dévoile les sources littéraires de la féminisation de la langue. Invoquant ses affinités, de Claude Gauvreau, Antonin Artaud, Hannah Arendt, Simone de Beauvoir, Gabrielle Roy à Elfriede Jelinek, elle prend position en faveur de l’engagement politique. Elle refuse la littérature intimiste et ses dérives. Par des réflexions passionnées, l’écrivaine réfute inconditionnellement les langues de bois, les pirouettes formalistes et la marée noire du bavardage.

Poète, romancière et essayiste, France Théoret a été membre du comité de rédaction de la revue La Barre du jour de 1967 à 1969, cofondatrice du journal féministe Les Têtes de pioche en 1976 et du magazine culturel Spirale, qu’elle a dirigé de 1981 à 1984. Elle a publié une vingtaine de titres, dont le plus récent est le roman Une belle éducation (Boréal, 2006).

 

Irène Théry et Pascale Bonnemère (dir.), Ce que le genre fait aux personnes, Éditions de l’EHESS, 2008, 320 pages, 26 €

Les études consacrées au genre sont à un tournant crucial, au point de renouveler la conception de la différence sexuelle en Occident. La dimension relationnelle de l’individu, ignorée jusque-là dans nos sociétés et découverte dans les sociétés traditionnelles, renouvelle la question même de la personne. L’Occident a conçu la distinction de sexe d’une manière très particulière : la femme est l’être qui porte par définition, dans son esprit et dans son corps, la « différence » sexuée et sexuelle ; les sociétés sont composées d’individus de deux sexes. L’observation des sociétés traditionnelles, où les corps masculins et féminins sont fabriqués rituellement, a révélé la dimension relationnelle de l’individu. Admettre qu’il existe une dimension sexuée de la vie sociale permet d’échapper à l’alternative entre étudier « l’individu » (universel mais asexué) ou les « rapports hommes-femmes » (sexués mais séparés).

Dans cette perspective novatrice, le genre est considéré comme une modalité des relations, et non un attribut des personnes. Et loin de n’organiser que des relations de sexe opposé, le genre organise simultanément des relations de même sexe, de sexe indifférencié, et même de sexe combiné. Les sciences sociales doivent appréhender les personnes sexuées non pas à partir d’un ensemble de propriétés et d’attributs substantiels, mais à partir des modes d’action et de relation. De là le titre de ce livre. Il veut indiquer que ces deux notions, du genre et de la personne, s’éclairent mutuellement : chacune sort redéfinie de la confrontation à l’autre.

En renouant avec une anthropologie comparée et historique, les sociologues, anthropologues, historiens et philosophes réunis invitent à revenir sur ce que nous entendons par un individu, une société, une action, une passion ou encore une relation spécifiquement humaine.

Docteure en anthropologie sociale, Pascale Bonnemère est directrice de recherche au CNRS. Agrégée de lettres, docteure en sociologie, Irène Théry est directrice d’études à l’EHESS.

Présentation de l’éditeur.

 

Irène théry, La Distinction de sexe. Une nouvelle approche de l’égalité, Odile Jacob, 2007, 676 p., 33 €.

Qui sommes-nous ? Homme ? Femme ? Homme dans un corps de femme ou femme dans un corps d’homme ? Est-ce vraiment notre sexe qui détermine notre identité ? Pour comprendre les questions d’identité que posent les nouvelles formes d’alliance et de parenté, Irène Théry repense de fond en comble les distinctions de sexe. Ce n’est pas la nature qui nous fait hommes ou femmes, c’est la société qui nous attribue des rôles masculins et féminins. On n’est pas un homme ou une femme, on agit comme un homme ou comme une femme. Mais aussi, et le plus souvent, comme une personne tout à la fois partenaire d’une vie sociale, congénère de l’espèce humaine, mâle ou femelle d’une espèce naturelle et dépositaire des valeurs humaines. Irène Théry remet en question les mythes de nos sociétés individualistes à partir d’une comparaison avec les sociétés traditionnelles. Et propose une pensée inédite des relations sociales. Son livre ouvre de nouvelles voies à notre quête démocratique de l’égalité de sexe.

Agrégée de lettres, docteure en sociologie, Irène Théry est directrice d’études à l’EHESS.

CR de Laura Lee Downs sur le site La vie des idées, 05/11/2008.

CR de Philippe Chanial,Revue du MAUSS permanente, 12 juin 2008

 

Louis-Georges Tin, L’Invention de la culture hétérosexuelle, Éditions Autrement, 2008, 201 p, 20 €.

Le monde qui nous entoure est tout entier obsédé par l’imaginaire du couple hétérosexuel. Les contes de l’enfance, les magazines des adultes, le cinéma et la télévision, la publicité et les chansons populaires, tout célèbre à l’envi le couple de l’homme et de la femme. C’est un empire invisible, la nature la plus "naturelle". Or, Louis-Georges Tin montre que les sociétés humaines n’ont pas toujours accordé au couple homme-femme cette place éminente dans les représentations culturelles. En Occident, cet état de fait n’a commencé qu’à partir du XIIe siècle, avec le développement de l’amour courtois ; et les groupes dominants, le clergé, la noblesse, puis le corps médical, n’ont cessé de développer des stratégies de résistance pour s’y opposer. Avant de devenir la norme, le couple homme-femme a donc été très longtemps contesté... En définitive, l’auteur nous invite à accomplir une véritable révolution : sortir l’hétérosexualité de l’ordre de la Nature" et la faire entrer dans l’ordre du Temps", c’est-à-dire dans l’Histoire. Une histoire de l’hétérosexualité ! A côté de l’histoire des femmes et de l’histoire de la sexualité, Louis-Georges Tin propose ainsi à la recherche universitaire un champ nouveau...

Louis-Georges Tin est maître de conférence à l’IUFM d’Orléans, il a dirigé en 2003 le Dictionnaire de l’homophobie aux PUF. Il est le fondateur de la Journée mondiale de lutte contre l’homophobie. Il est aussi président du Centre des mémoires lesbiennes, gaies, bi et trans de Paris.

Présentation vidéo sur Le Monde.fr, 21/10/2008

CR de Florence Tamagne sur nonfiction.fr, 26 février 2009.

 

Priscille Touraille, Hommes grands, femmes petites. Une évolution coûteuse. Les régimes de genre comme force sélective de l’adaptation biologique, Préface de Dominque Pestre, Éditions MSH Paris, 2008, 442 pages, 47 €.

Imaginons une société dans laquelle les hommes seraient en majorité plus petits que les femmes (ou les femmes plus grandes que les hommes, selon le point de vue). Impossible, pensons-nous ? Parce que tout ce que fait la Nature est « bien fait » ? Et si, en la matière, la Nature était loin de produire des adaptations positives ? Et si, en plus, cette différenciation morphologique n’était pas l’œuvre de la Nature ? Si elle était plutôt l’indice de sélections non naturelles constituées par une entreprise de catégorisation sociale millénaire : le genre ? L’auteur discute dans cet ouvrage des explications évolutives du dimorphisme sexuel de taille corporelle entre mâles et femelles dans le monde vivant. Elle attire l’attention sur l’absence d’un modèle robuste qui rende compte de l’écart sexué de la stature dans l’espèce humaine ; en confrontant des données et des modèles disponibles dans des champs disciplinaires éloignés, elle fait peu à peu émerger une hypothèse inédite. Cette recherche illustre le besoin de questionnements transdisciplinaires qui se montrent seuls ici capables de renouveler les termes d’une investigation remarquablement gelée depuis le XIXe siècle.

Priscille Touraille est docteure en anthropologie sociale de l’EHESS. Ce livre est issu de sa thèse, soutenue en décembre 2005. Actuellement chercheur associé au laboratoire d’Éco-anthropologie et d’Ethnobiologie du Muséum national d’histoire naturelle au Musée de l’Homme, Paris, elle poursuit une réflexion épistémologique pour montrer que l’articulation des modes de pensée des sciences sociales et des sciences de la vie est nécessaire pour affronter la problématique hommes/femmes.

Présentation et sommairesur le site de l’éditeur.

 

 

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Octave Uzanne, Diversités galantes sur les femmes et l'amour,, Diversités galantes sur les femmes et l'amour, Manucius, 2009, 50 pages, 5 €

Sept petites histoires ciselées sur les femmes, le désir et le sentiment amoureux. Petit recueil de nouvelles extraites de l’ouvrage d’Octave Uzanne paru en 1879 sous le titre Le Bric à Brac de l’amour. Les sept textes ici présentés et que l’auteur qualifiait joliment de « Petit escadron d’idées » sont exclusivement consacrés aux femmes, au désir et au sentiment amoureux. A l’instar de La fin des livres l’écriture y est fluide et brillante ; et le lecteur se délectera avec gourmandise de ces petites histoires parfaitement ciselées où l’auteur est sans conteste un fin connaisseur de la gente féminine, mais également un redoutable séducteur. « Une femme qui aime passionnément et qui est aimée de même se reconnaît de suite; elle possède ce calme heureux, cette quiétude de satisfaction et de joie intime, qui rayonnent sur son visage; elle impose par son amour même le respect le plus grand aux inconnus qui la regardent passer, baignée d’amour, au bras de son amant. Il y a dans son allure une fierté nonchalante, un accent d’abandon réservé pour lui seul, et dans son regard, une froideur, une indifférence, un dédain extrême pour tout ce qui n’est pas lui. Elle semble, en un mot, imperméable aux désirs qui gravitent autour d’elle, – si surtout elle est jeune et jolie. Elle vit dans la dévotion de sa passion, dans l’extase de son ivresse et dans l’ivresse de son extase ; elle passe comme une communiante, les yeux fermés aux choses et aux personnes qui l’environnent. Chez une femme, au contraire, qui s’est donnée par caprice, qui s’est livrée par ennui, qui a pris un amant comme on reçoit une pièce de monnaie sans en regarder l’effigie, on retrouve ce je-ne-sais-quoi d’aventurier, de vicieux qui distribue l’espérance par le regard ; chez cette femme qui considère sa liaison comme éphémère, qui, tout en possédant l’amant du jour, oublie celui de la veille et songe à celui du lendemain, on peut s’inscrire pour une audience, par la lubricité d’une œillade pleine de désirs ».

Octave Uzanne, (1851-1931), homme de lettres, bibliophile, éditeur et journaliste français est aussi l’auteur de La fin des livres.

 

 

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Claude Valentin, La Fabrique de l'enfant. Des lumières et des ombres, Édition du Cerf, Avant-propos du Professeur Marcel Rufo, 2009, 416 pages, 33 €

Aimer un enfant est-il un acte naturel ou culturel ? A-t-on toujours porté un intérêt affectif à l'enfant ? Peut-on véritablement penser qu'une histoire du sentiment puisse être écrite ? En se détachant de l'actualité immédiate et de ses poncifs, une réflexion philosophique touchant à l'histoire de l'enfant peut être tentée afin de resituer les questions les plus fondamentales du temps présent. L'auteur, pédiatre auprès d'adolescents marginaux, docteur en philosophie et en théologie, s'est donné comme projet de répondre à ces interrogations en scrutant les trois civilisations (Mésopotamie, Grèce, Israël) qui ont construit notre manière de penser l'enfant. Autant de coutumes, de rites, de mythes, de raisonnements que la présente génération récapitule dans la vision qu'elle a de l'enfant, prélude à un statut que l'enfant aura demain. [L'intégralité desdroits d'auteur de ce livre sera versée à « Pédiatres du Monde »]

Claude Valentin est docteur en médecine, en théologie, en philosophie et en psychanalyse. Pédiatre libéral, il collabore au sein d’associations à la réinsertion d’enfants et d’adolescents marginalisés.

Sommaire sur le site de l’éditeur.

 

Éliane Victor, Profession Femme, Grasset et Fasquelle, 2008, 218 pages, 17,50 €.

Éliane Victor est une exception : sans doute l’une des premières « superwomen » de la presse, née en 1918, toujours vaillante, séductrice, drôle et ne résistant pas à un bon mot. Mariée en 1936, à l’âge de dix-sept ans, avec l’un des héritiers de la haute société protestante, Alain Pieyre de Mandiargues, cette jolie jeune femme ne sait pas encore qu’elle voudra divorcer, chose impensable alors. Descendant d’un traîneau pendant les vacances de l’hiver 1938 à Saint-Véran, c’est l’explorateur Paul-Émile Victor qui vient la dérober à une vie de conventions. Entre deux expéditions polaires, Éliane apprend qu’une femme doit conquérir son indépendance affective, financière, familiale.

Hélène Lazareff, alors aux côtés du tout-puissant patron de presse Pierre Lazareff, lui fait écrire son premier article : un reportage sur l’opération rarissime à cœur ouvert de son fils Jean-Christophe aux États-Unis. La voici journaliste ! Des coulisses de la presse féminine aux amitiés avec Simone de Beauvoir, Sartre, Henri Matisse, les époux Maeght ou Françoise Giroud, du féminisme en actes à son affection pour Claude Lanzmann, de la direction de Elle à la fièvre de Bayreuth, Éliane Victor c’est : une vie toujours et encore en mouvement. Pour la première fois, la mouvante Éliane s’arrête et regarde le monde qu’elle a traversé, en première de cordée.

Éliane Victor a été l’une des premières femmes parmi les journalistes de la télévision, aux côtés de Pierre Lazareff et de Pierre Desgraupes à Cinq colonnes à la Une, puis productrice de l’émission Les femmes aussi, avant de rejoindre la presse écrite, entre autres, à la tête de l’hebdomadaire Elle.

 

Catherine Vidal, Hommes, femmes, avons-nous le même cerveau ?, Le pommier, 2007, 64 pages, 4,60 €

Hommes, femmes, avons-nous le même cerveau ? La différence des sexes s’expliquerait-elle, dès la naissance, par une différence de structure entre le cerveau des garçons et des filles ? Nos identités d’hommes et de femmes seraient alors irrémédiablement déterminées ? Et si nous quittions Mars et Vénus pour nous intéresser aux recherches les plus récentes sur le sujet et aux formidables capacités d’un organe vraiment pas comme les autres : notre cerveau ?

Catherine Vidal est neurobiologiste, directrice de Recherche à l’Institut Pasteur, membre du Comité Scientifique « Science et Citoyen » du CNRS.

Vidéo d’une conférence « le cerveau a-t-il un sexe ? », Université de Lyon 2, sur le site lplm.

 

Éliane Viennot, La France, les femmes et le pouvoir. (Tome 2), Les résistances de la société (XVIIe-XVIIIe siècle),Éditions Perrin, 2008, 504 pages, 25 €

Le deuxième volume de cette grande enquête au cœur de l’exception française commence avec l’arrivée au pouvoir d’Henri IV, premier roi à parvenir sur le trône au nom de la « loi salique ». Il se termine deux siècles plus tard, à la veille de la Révolution française. Croisant les différents domaines où se jouent les rapports de force entre hommes et femmes (politique, économie, droit, culture, religion...), Éliane Viennot met en lumière le double mouvement, très conflictuel, qui caractérise toute cette période : d’une part le début de la « longue marche » vers l’égalité ; d’autre part la nouvelle offensive qui se met en place pour bloquer cette perspective, au nom du respect prétendu de la « différence naturelle des sexes ». Que la querelle sur les femmes soit ancienne, nous le savions déjà. Qu’elle ait rebondi avec cette vigueur d’une génération à l’autre, de l’égalité des droits à la masculinisation de la langue française, en passant par l’accès au savoir et la capacité des femmes à gouverner, voilà qui n’avait encore jamais été montré.

Professeure de littérature française de la Renaissance à l’université de Saint-Etienne, Éliane Viennot est membre de l’Institut universitaire de France, présidente de la Société internationale pour l’étude des femmes de l’Ancien Régime et fondatrice de l’Institut Emilie du Châtelet. Elle avait consacré le premier volume de cette vaste recherche, paru en 2006 chez Perrin, à l’invention de la loi salique (Ve -XVIe siècles).Le dernier volume prolongera la recherche jusqu’à nos jours.

Sommaire, introduction et premières pages sur le site de l’éditeur

Dossier sur le site La France des femmes

Long entretien avec Laurent Angard sur Fabula ;org, 30 janvier 2009

 

 

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Agnès Walch, Histoire de l’adultère. XVIe - XIXe siècle, Éditions Perrin, 420 pages, 23,50 €

Le cocu aura fait beaucoup rire, inspiré nombre de mélodrames, des comédies humaines semble-t-il aussi anciennes que l’homme. Pourtant, l’adultère a pu tourner au drame, suscitant nombre d’affaires ou d’histoires qui en disent plus long qu’on ne le croirait sur leurs époques. Il y a la belle Angélique qui n’en pouvait plus, Perette et ses amants, Jean dont le retour n’est pas attendu ni même souhaité, les dames galantes, les maîtresses royales ; il y a monsieur de Montespan et sa calèche à cornes, des aventures sanglantes, joyeuses, terribles et tristes aussi. Les histoires d’amour finissent parfois mal, celles de l’adultère en apportent souvent la preuve. L’infidélité n’a pourtant pas été considérée ni réprimée de la même façon au cours de l’histoire. A la Cour par exemple, le roi se montre en majesté avec sa maîtresse sans craindre de scandaliser la bourgeoisie qui n’autorise aucun écart. Depuis la fin du Moyen Age, une législation sévère et inégalitaire pour la femme s’applique en effet à l’ensemble du royaume de France. il faudra attendre la loi sur le divorce de 1884 pour que le déséquilibre sexuel s’estompe, et surtout le XXe siècle pour que le répression cesse... Mais ce que montre aussi l’historienne Agnès Walch, c’est la difficulté de nouer une relation conjugale solide lorsque les parents font pression, lorsque des problèmes d’argent surgissent ou que l’entente sexuelle ne peut être trouvée. Question posée à la condition féminine, à la conception du mariage d’amour, à la législation matrimoniale, l’inconstance conjugale parle de sexe, de passion, de haine, de provocation, de dérision, et au final fait écho à nos préoccupations contemporaines.

Agrégée de l’Université, Agnès Walch est maître de conférences en histoire moderne à l’université d’Artois (Arras). Elle est l’auteur de plusieurs ouvrages sur l’évolution du sentiment amoureux et sur l’histoire du mariage, du XVIe au XXe siècle.

Sommaire et introduction sur le (très beau) site de l’éditeur

 

Michel Wieviorka (dir.), Nos enfants, Les entretiens d’Auxerre, Éditions des Sciences Humaines, 2008, 291 pages, 22 €

La question aujourd’hui suscite généralement des réponses amères, teintées de nostalgie : enfants gâtés par une civilisation du « tout, tout de suite », enfants rois survalorisés par les médias, enfants irrespectueux ou violents, promis à un avenir à coup sûr plus dur que celui des générations précédentes. Ce livre, à travers une approche pluridisciplinaire et internationale, le prouve à l’envi : les choses sont plus contrastées qu’il n’y paraît. La place de l’enfant a considérablement évolué dans l’histoire : la notion de « droits de l’enfant » – le droit à vivre une enfance digne de ce nom – est désormais acquise, ce qui n’empêche pas les violences nombreuses que nous leur faisons subir, ici ou ailleurs. Pourtant, à travers différents portraits singuliers (« adonaissants », individus à la recherche de leur identité, cybernautes…) on découvre, au fil des pages, des jeunes avides de nouvelles solidarités, attachés aux valeurs de la démocratie, prêts à s’engager pour la planète, curieux, adaptables et bien dans leur peau…

Alors, que devons-nous transmettre aux générations futures ? « Des racines et des ailes ! », conclut joliment cet ouvrage qui, sans esquiver les responsabilités des adultes, donne plutôt envie de connaître un avenir… celui que nous préparent nos enfants.

Sociologue, Michel Wieviorka est actuellement le Président de l’Association internationale de sociologie. Directeur d’études à l’EHESS, il y dirige le Centre d’Analyse et d’Intervention Sociologiques fondé par Alain Touraine en 1981. Avec notamment les contributions deFrançois de Singly, Serge Tisseron, Hervé Le Bras, Claire Brisset, BernardDefrance, jean-Pierre Rosenczveig, Anne Muxel.

Sommaire.

 

Monique Wittig, La Pensée Straight, (The Straight Mind and other Essays, 1992), trad. Marie-Hélène Bourcier, Éditions Amsterdam, 2007, éd. rev. et augm. (Balland, 2001), 117 pages, 13 €

En 1978, Monique Wittig clôt sa conférence sur « La Pensée straight » par ces mots : « Les lesbiennes ne sont pas des femmes. » L’onde de choc provoquée par cet énoncé n’en finit pas de se faire ressentir, aujourd’hui encore, dans la théorie féministe et au-delà. En analysant l’aspect fondateur de la « naturalité » supposée de l’hétérosexualité au sein de nos structures de pensées, que ce soit par exemple dans l’anthropologie structurale ou la psychanalyse, Monique Wittig met au jour le fait que l’hétérosexualité n’est ni naturelle, ni un donné : l’hétérosexualité est un régime politique. Il importe donc, pour instaurer la lutte des « classes », de dépasser les catégories « hommes »/ »femmes », catégories normatives et aliénantes. Dans ces conditions, le fait d’être lesbienne, c’est-à-dire hors-la-loi de la structure hétérosexuelle, aussi bien sociale que conceptuelle, est comme une brèche, une fissure permettant enfin de penser ce qui est « toujours déjà là ».

La Pensée straight, recueil d’articles, représente l’apport fondamental - véritable changement de paradigme de Monique Wittig à la théorie politique moderne. Quel est-il ? C’est la renversante idée que la matrice du pouvoir, ou de la domination, n’est pas la division en classes, ni peut-être même en races, mais cette chose si normale, ce dispositif le plus normal du monde : l’hétérosexualité. Depuis Monique Wittig, nous savons que l’hétérosexualité est un régime politique.

Monique Wittig (1935-2003) est une romancière et théoricienne féministe française.

 

 

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Pierre Zoberman (dir.), Queer. Écritures de la différence ? deux volumes

1. Autres temps, autres lieux, L’Harmattan, 2008, 284 pages, 27 €

Décalé, dérangeant, contestataire: le mot queer, traditionnellement utilisé comme terme de dérision pour désigner les homosexuels, est devenu, même hors de l’anglais, un mot d’ordre, et le support de toute une réflexion sur les identités (sexuelles) et la remise en cause de la répartition sociale des rôles masculin et féminin – ce qu’on appelle l’ordre « hétéronormatif ». Alors que les États-Unis ont depuis longtemps pensé l’identité en termes ethniques ou sexuels, la mentalité française a longtemps été hostile à toute identité qui ne serait pas nationale. Contre cette résistance, les articles réunis dans Queer.Écritures de la différence ? développent la problématique de l’identité dans des perspectives neuves, parce que plurielles.

Autres temps, autres lieux, le tome 1, explore des textes, des schémas sociaux et leurs manifestations culturelles, d’hier et d’aujourd’hui, pour éclairer la manière dont ont pu se percevoir, se définir ou se construire les identités sexuelles dissidentes ou « dérangeantes » avant que la notion même d’identité sexuelle n’ait été formalisée. Comment s’écrit, se décrit, se construit, ou se proscrit la différence dans d’autres contextes que la culture occidentale?

2. Représentations : artistes et créations, 2008, 170 pages, 18 €

Représentations : artistes et créations, second volet de Queer. Écritures de la différence ?, part d’une réflexion sur les rapports entre réalité et fiction et sur les limites que l’inscription dans une société historique concrète impose a priori à la dissidence. Il explore la fécondité des problématiques queer et l’importance de leurs enjeux – d’une remise en cause de la hiérarchie sociale à la prise en compte du sida plus spécifiquement dans des réflexions sur la littérature et les arts visuels (cinéma et photographie). La perspective queer problématise de manière urgente le rapport entre l’œuvre et l’artiste et la place de l’artiste dans son œuvre. Les articles ici réunis étudient non seulement la représentation des identités lesbiennes, gay ou bisexuelles et la contestation de toute identité dans et par l’œuvre, mais aussi la représentation même de l’artiste et sa construction d’une identité, dans et par ses affirmations, son œuvre, voire sa vie.

Pierre Zoberman est professeur de littérature à l’Université Paris 13.

Sommaires sur Fabula.org

 

 

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Date de création : 20/07/2009 19:56
Dernière modification : 09/08/2009 07:11
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