| Pourquoi des Rencontres ? On aurait pu dire lycée ouvert ou populaire, université de tous les savoirs, on aurait pu parler de partage républicain, de pensée engagée… et l'on aimerait qu’il y ait un peu de tout cela dans ces Rencontres. Mais ce sera les Rencontres de Bellepierre. Le mot parle d’abord de proximité ; entre la promiscuité et la désolation, il faut trouver la bonne distance. Mais il y a du contre aussi dans la rencontre qui conduit à s’exposer, prendre le risque de s’opposer, aller là où rien ne s’impose naturellement et va de soi. Enfin, la rencontre porte en elle quelque chose de fortuit, d’imprévisible – trouver par rencontre signifiait trouver par hasard – et peut apprendre parfois à se déprendre et se laisser surprendre. Mais qui rencontre qui ? Des savoirs ou des pratiques très différents, un économiste et un psychanalyste, des mondes séparés, l’école et la société dite civile, l’opérationnel et le culturel… Il s’agit beaucoup plus de bousculer que d’harmoniser, de déplacer, provoquer que d'unir. Faire asseoir un enseignant ou parent à la place de son élève ou enfant, faire parler un journaliste de l’écriture, proposer à l’acteur une autre scène, demander à l’architecte de construire ou déconstruire… des discours. Parler du monde, dire ce que l’on en sait, ce que l’on en pense, avec des voix différentes, non pour le rendre tout à coup miraculeusement limpide et lisible, mais pour rester éveillés et vigiles. Parce que l’ignorance finit par devenir complice et la résignation coupable. Si l’optimisme est aujourd’hui indécent, le pessimisme serait indigne. Indigne et irresponsable. Telle est alors sans doute la rencontre majeure à travailler, celle de la pensée et de l’action. Parce qu’une pensée sourde au monde, inféconde et suffisante, tout autant qu’une action aveugle et mécanique, démesurément pauvre, sont des dénis d’humanité.
Date de création : 22/07/2009 17:45
Dernière modification : 22/07/2009 17:45
Catégorie : L'esprit des lieux
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