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Sociologie - Jean-Yves LE TALEC

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La_Revue, n° 3

 

Genres & générations

 

 

« Être homosexuel en politique. Entre nature et Culture », Jean-Yves Le Talec

     Sociologue, Jean-Yves Le Talec enseigne à l’université de Toulouse. Ses recherches portent sur l’homosexualité masculine, son rapport à la santé, l’évolution de ses représentations (a), ses liens à la question lesbienne. Il s’intéresse ici à la place et la visibilité de l’homosexualité sur le terrain politique.

     Jean-Yves Le Talec dresse un inventaire relativement exhaustif des coming out d’hommes politiques français en les resituant dans leur contexte sociopolitique et culturel. Le constat est sans appel, les révélations sont très récentes (il faut attendre la dépénalisation de l’homosexualité en 1982), fort peu nombreuses, rarement militantes et concernent exclusivement l’homosexualité masculine « sérieuse » (pas de lesbiennes en politique et encore moins de transsexuels !). La comparaison avec les autres pays européens, si elle confirme cette analyse montre néanmoins qu’une spécificité distingue la France : la privatisation de la sexualité assurée par une législation stricte et sévère. Cela signifie que la vie privée n’est pas politique − à l’inverse d’une ancienne revendication féministe − mais aussi, en retour, cela suggère que le politique n’a pas de vie privée. Or l’évocation de la vie privée des hommes publics, homosexuels le cas échéant, ne serait-elle pas l’occasion d’élargir les modèles et d’assouplir une norme hétérosexuelle quasi hégémonique, quoique désuète et réductrice. Le coming out reste très limité et rigidement cadré par la logique du secret qui régit la vie privée : l’homme politique avance − sexe − masqué, il paraît désincarné et privé de sexualité (b).

     S’il en allait autrement, même si cela devait alimenter un voyeurisme toujours avide et cupide et tout en se méfiant des réductions communautaristes qui virent vite à la ghettoïsation, on peut se demander si ce n’est pas toute la société qui gagnerait ainsi à ce que l’on rende la pluralité visible et la diversité banale. Car ce qui est, pour un homme ou une femme publics, un secret confortablement protégé par la loi, peut être, pour un homme ou une femme ordinaires, un interdit douloureusement inavouable.

 

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(a) On pourra prolonger cet article par la lecture de son ouvrage récent, Folles de France. Repenser l’homosexualité masculine, (La Découverte, 2008).

(b) Même si le contexte et l’approche diffèrent, on pourra rapprocher cette réflexion sur l’invisibilisation de la sexualité des politiques de l’article de l’anthropologue Monique Selim, « Femmes invisibles. Neutralisation sexuelle et occultation du corps chez les femmes politiques au Bangladesh ».

 

 

 

Être homosexuel en politique

 

Entre nature et Culture

 

Jean-Yves Le Talec

 

 

 

 

Le quelque peu surprenant coming out de Roger Karoutchi, en janvier 2009, a brièvement relancé la curiosité des médias sur la condition d’homosexuel en politique. De plus, au moment de cette divulgation publique soigneusement orchestrée, ce leader de l’opposition UMP au Conseil régional d’Île-de-France, ancien député européen et ancien sénateur, était ministre en exercice dans le gouvernement de François Fillon (1), ce qui en fait une exception dans l’histoire récente du monde politique français. Le coming out de Roger Karoutchi, et la publication de son ouvrage Mes quatre vérités (2), précèdent de peu la sortie très attendue en France du film Milk, de Gus Van Sant (3), mais à vrai dire, le cacique gaulliste se situe à des années lumières de l’activisme gai des années 1970, à San Francisco.

Cet article porte sur la visibilité de l’homosexualité dans le monde politique, essentiellement en France durant l’actuelle Ve République, et s’intéresse surtout aux hommes, dans la mesure où les exemples de visibilité lesbienne restent en politique particulièrement rares. Les femmes en effet subissent avant tout les effets du sexisme, malgré le vote de la loi sur la parité, puisque seulement 18,5 % de femmes siègent à l’Assemblée nationale (législatives de 2007) et 21,9 % au Sénat (sénatoriales de 2008) (4). Quant au gouvernement actuel (5), il ne compte que 13 femmes pour 26 hommes (soit 33 %), et seulement 4 femmes pour 15 hommes parmi les ministres en titre (soit 21 %). Être une femme en politique, c’est d’abord surmonter les rapports de genre ; être une lesbienne en politique, c’est de surcroît s’imposer dans un contexte hétérosexiste. Dans de telles conditions, seule Françoise Gaspard a assumé publiquement d’être lesbienne et femme politique en France, une position dont elle a souligné les difficultés, notamment en regard d’une « injonction au mariage » dont elle fut l’objet comme condition pour être éventuellement nommée ministre en 1981. Elle indique avoir été outée « par un article de Guy Hocquenghem dans Libération, en 1979 » et évoque publiquement son homosexualité à la fin des années 1990 (6). Elle met fin à sa carrière politique en 1989, après avoir été maire de Dreux, eurodéputée et députée. Elle conserve cependant une activité d’expertise sur le droit des femmes auprès d’organismes internationaux, en qualité de sociologue (maîtresse de conférences à l’École des hautes études en sciences sociales).

Du côté des hommes, les exemples d’une homosexualité rendue publique au cours d’une carrière politique se comptent à peine sur les doigts de trois mains. L’exemple emblématique reste celui du socialiste Bertrand Delanoë, alors sénateur, qui choisit de faire son coming out lors d’une émission télévisée en 1998 (7), avant d’entrer en campagne pour les municipales de 2001 et d’emporter le siège de maire de Paris, qu’il occupe toujours après sa réélection en 2008.

Les quelques exemples français de révélations en cours de carrière politique seront évoqués et discutés, notamment sur le plan du contexte politique, des engagements des uns et des autres, des rapports entre genre et sexualité, des représentations de l’homosexualité et de la dialectique, très hexagonale, vie privée/vie publique. Pour finir, un bref panorama européen permettra de développer quelques points de comparaison avec la situation française.

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(1) Roger Karoutchi a été nommé secrétaire d’État auprès du Premier ministre, chargé des relations avec le Parlement, une fonction qu’il a perdue lors du remaniement ministériel du 23 juin 2009.

(2) Karoutchi R., Mes quatre vérités, Paris, Flammarion, 2009.

(3) Milk évoque la vie et le combat d’Harvey Milk, militant gai élu en 1977 au conseil municipal de San Francisco et assassiné le 27 novembre 1978 avec la maire George Moscone (Milk, long métrage, couleur, 128’, Gus Van Sant, USA, 2008).

(4) Loi votée le 6 juin 2000 ; voir Martin J. (dir.), La parité, enjeux et mise en œuvre, Toulouse, PUM, 1998 ; Sénac-Slawinski R., La parité, Paris, PUF, coll. « Que sais-je », 2008 ; Observatoire de la parité, URL : http://www.observatoire-parite.gouv.fr/.

(5) Gouvernement Fillon, nommé le 23 juin 2009.

(6) Voir Martin M.-H., « Élus n’ayez plus peur ! Entretien avec Françoise Gaspard », Le nouvel observateur 1999, n° 1796, 8 avril ; voir également Bleu, banc, rose, documentaire en deux parties, noir et blanc et couleur, 74’ et 66’, Yves Jeuland, France, 2002.

(7) Sur M6, dans l’émission d’actualité Zone interdite, le 22 novembre 1998.

 

 

« Révélations » à la française

 

S’agissant de politique des homosexualités sous la Ve République, il convient de distinguer trois périodes. Jusqu’à la « révolution gaie », au début des années 1970 (1969 aux États-Unis, après les émeutes du Stonewall et 1971 en France avec la création du Front homosexuel d’action révolutionnaire), l’homosexualité est considérée comme une maladie mentale et un délit pénal (8). Durant cette période, l’expression coming out n’a aucun sens et la révélation de l’homosexualité, qui plus est d’un personnage public, peut s’avérer très lourde de conséquences. Ensuite, jusqu’en 1982, l’homosexualité demeure pénalisée, mais perd son caractère « pathologique » à partir de 1973 (9). Le coming out prend un sens militant : la société découvre les gais et les lesbiennes dans les medias, au théâtre, au cinéma et dans la vie courante. Certains des hommes dont il est question ici ont commencé leur carrière politique durant cette période (Bertrand Delanoë, Roger Karoutchi), voire auparavant (André Labarrère). Enfin, à partir de 1982, l’homosexualité est dépénalisée en France, selon la promesse qu’avait faite François Mitterrand avant son élection à la présidence de la République. C’est uniquement durant cette période, de 1982 à nos jours, que l’homosexualité de quelques personnalités politiques vient à être connue du grand public.

Sont évoqués ici des hommes politiques, élus nationaux ou locaux, parfois ministres, des personnalités de la vie civile ayant participé à un ou plusieurs gouvernements, ou encore quelques militants ayant rendu publique leur homosexualité, notamment au sein de leur parti. Plusieurs cas de figure sont possibles : il peut s’agir d’une déclaration personnelle (coming out) relayée par les médias, ou bien d’une révélation faite par autrui, là encore relayée par les médias, et parfois posthume. Reste la rumeur, plus ou moins insistante, circulant dans les milieux « bien informés » : il est difficile d’évoquer ici les personnalités visées, dans la mesure où, en France, la protection de la vie privée expose de telles allusion nominatives à des poursuites judiciaires. Il faut néanmoins noter que ces rumeurs sont tenaces, qu’elles concernent des personnalités politiques parfois de tout premier plan, presqu’en plus grand nombre que celles dont l’homosexualité est effectivement publique… D’ailleurs, ces dernières ont le plus souvent fait l’objet de telles rumeurs, avant de sortir du placard (10).

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(8) Pénalisation héritée du gouvernement de Vichy (1942) et aggravée par l’amendement Mirguet en 1960. En mai 1991, quelques sénateurs tentent de repénaliser l’homosexualité (Lamien E., « Réforme du code pénal. Sénat danger majeur », Gai Pied Hebdo 1991 ; 472 : 10-12).

(9) Retrait de l’homosexualité du Diagnostic and Statistical Manual par un vote de l’American Psychiatric Association en 1973. Il faut attendre le début des années 1990 pour que l’OMS fasse de même.

(10) Les rumeurs sont parfois entretenues par les révélations « masquées » : voir Surzur R., « Député et gai, propos secrets… », Gai Pied Hebdo 1990 ; 439 : 54-55.

 

Du coming out à l’outing

Comme indiqué précédemment, il n’y a pas d’exemple de coming out avant 1982. Le vétéran en la matière est André Labarrère (1928-2006), un professionnel de la politique, membre du Comité directeur du Parti socialiste, qui a exercé tous les mandats nationaux possibles : député, sénateur, conseiller général, conseiller régional et surtout maire de Pau sans interruption de 1971 à 2006, également ministre sous François Mitterrand (11). Connu par les Palois-e-s sous le sobriquet de « Dédé », il pratiquait l’autodérision, en se surnommant lui-même « l’embrayage, la pédale de gauche ». Ce potentat local, solidement ancré dans sa ville, son département et sa région a été l’objet durant la plus grande partie de sa carrière des fameuses rumeurs et choisit de rendre publique son homosexualité assez tardivement, en janvier 1998, lors d’une interview radiophonique. Au fil de sa carrière, cependant, il faisait de moins en moins mystère de ses préférences pour les hommes et les avait déjà évoquées dans ses écrits romanesques (12).

À plus de dix ans d’écart, on peut se risquer à un parallèle entre Bertrand Delanoë et Roger Karoutchi. Ils ont tous deux des racines au Maghreb, l’un en Tunisie et l’autre au Maroc, et sont tous deux politiciens de longue date, l’un au Parti socialiste, l’autre au RPR puis à l’UMP ; leur champ de bataille est l’Île-de-France, l’un au Conseil de Paris, l’autre au Conseil régional, mais ils ont tous deux exercé des mandants nationaux (députés, sénateurs (13) ; enfin, l’un est maire de Paris, l’autre souhaite présider le Conseil régional, et c’est peut-être le point commun majeur de leurs coming out. Delanoë se dévoile le 22 novembre 1998, au cours d’une interview télévisée largement arrangée avec la chaîne M6, avant d’entrer en campagne pour les municipales de 2001. Un mobile politique est largement évoqué, en l’occurrence pour capter « l’électorat gai » ou « branché » de la capitale, et surtout pour désarmer les rumeurs et les attaques sur ce terrain, ce dont l’intéressé s’est défendu. Néanmoins, une fois élu, Bertrand Delanoë se refuse à aborder de nouveau ce sujet dans les médias : l’affaire semble classée (14) … Il n’y revient qu’en mars 2007, dans un nouvel entretien diffusé à l’occasion du vingtième anniversaire de la chaîne M6. Roger Karoutchi, quant à lui, organise une véritable campagne médiatique (15) en vue de rendre publique son homosexualité, deux mois avant les « primaires » qui visent à désigner la tête de liste UMP aux élections régionales de 2010 et qui l’opposent à Valérie Pécresse. Celle-ci met en avant avec insistance sont statut de « mère de famille » durant sa campagne – et c’est ce que lui reproche Roger Karoutchi, qui se sent visé. Pécresse l’emporte largement en mars : l’opération coming out, dont l’objectif électoral était assez transparent, n’a pas suffi à améliorer la popularité de Roger Karoutchi.

Christophe Girard, Jean-Jacques Aillagon et désormais Frédéric Mitterrand ont également de nombreux points communs. Ce sont moins des ténors partisans que des personnalités de la société civile choisies pour occuper des fonctions politiques importantes dans un domaine commun, celui de la Culture (16) (nous y reviendrons). Surtout, ces trois hommes ont rendue publique leur homosexualité avant leur « entrée » dans la vie politique. En la matière, Christophe Girard est un précurseur, puisqu’il l’évoque dans un entretien accordé à Gai Pied Hebdo dès 1991 (17), puis à plusieurs reprises dans divers médias, tout en s’engageant plus récemment en faveur de l’homoparentalité (18). Frédéric Mitterrand apparaît aussi dans Gai Pied, mais n’y parle pas de sa vie personnelle (19). Au petit écran, il cultive sur une sorte d’ambiguïté transparente et de camp à la fois érudit et mélancolique, qui le rendent unique ; il évoque sa sexualité dans un livre autobiographique qui paraît en 2005 (20). Jean-Jacques Aillagon, enfin, qui ne fait pas mystère de son homosexualité, la rend formellement publique dans un entretien accordé au Monde le 18 mars 2002, avant de prendre ses fonctions rue de Valois, ce qui en fait le premier ministre ouvertement homosexuel de la Ve République.

Restent ceux dont l’homosexualité a été révélée par autrui, qu’il s’agisse d’outing (21) ou de la conséquence d’une enquête publique. Dans ce dernier cas, on peut citer l’exemple de Jean-Claude Poulet-Dachary, conseiller municipal d’extrême-droite et bras droit du maire de Toulon, assassiné en 1995 par l’un de ses amants. L’enquête de police révèle son homosexualité, une information que le Front national cherche activement à masquer en défendant l’hypothèse d’un meurtre politique, thèse qui sera abandonnée par la police et la justice. Dans le cas de Renaud Donnedieu de Vabres, on se trouve face à une réelle menace d’outing : le 31 janvier 1999, ce député UDF d’Indre et Loire a participé avec d’autres personnalités politiques de droite à la manifestation anti-Pacs où des slogans homophobes sont lancés. Il fait partie de la liste de parlementaires homosexuels qu’Act Up-Paris menace d’outer, sans passer à l’acte. Son homosexualité se trouve évoquée par la suite (outing à retardement…) dans plusieurs publications, alors que l’intéressé est ministre de la Culture (2004-2007) (22). Renaud Donnedieu de Vabres n’a jamais confirmé ni infirmé ; il évoque toutefois sur son blog des comportements homophobes à son égard lors des législatives de 2007 (23) … Reste l’exemple de Jean-Luc Roméro, conseiller régional d’Île-de-France et président de l’association des Élus contre le sida, outé dans le périodique gai E-male en octobre 2000, dans un article portant sur la campagne municipale de Philippe Seguin, alors candidat à la mairie de Paris. L’intéressé ne dément pas mais proteste contre la méthode, en soulignant qu’il comptait faire sous peu son coming out lui-même (il obtient d’ailleurs gain de cause en justice fin 2003) (24). Depuis 2002, il est le seul homme politique français à avoir rendue publique sa séropositivité (25).

Il convient aussi de citer Philippe Meynard, élu local UDF à Barsac en Gironde, qui fait son coming out devant le conseil municipal à l’été 1999 ; l’information est relayée par la presse, puis sur différents plateaux de télévision, mais devant l’ambiance délétère qui s’installe à Barsac, il démissionne de son mandat en avril 2000 (26). En 2001, sa liste remporte les municipales, mais une alliance de circonstance droite-gauche au Conseil permet au leader de gauche, Liberto Paniagua, de lui ravir le siège de maire… Philippe Meynard ne le récupère finalement qu’en 2004, lorsque cette alliance se délite. Il est réélu maire en 2008, avec le soutien du MoDem et de l’UMP.

Enfin, ce tour d’horizon serait incomplet sans mentionner l’émergence d’une génération de militants, à gauche, dont le point commun est d’avoir débuté leur parcours politique en tant que gais visibles. Pas de coming out à proprement parler dans leurs cas, mais plutôt une visibilité de principe. Michel Teychené a ancré sa carrière politique dans le Sud-Ouest (il est conseiller municipal de Pamiers, dans l’Ariège) depuis son adhésion au Parti socialiste au début des années 1980. Membre du Conseil national du PS depuis 2003, il entre au Parlement européen en 2008 (en remplacement de Robert Navarro, élu au Sénat), mais n’est pas réélu en 2009. Philippe Ducloux milite au sein de l’association Homosexualité et socialisme, qu’il a présidée de 1986 à 1993, et au PS. Il est aujourd’hui élu au Conseil régional d’Île-de-France et au Conseil de Paris. Patrice Bessac, quant à lui, a adhéré au Parti communiste en tant que gai affiché en 1997. Après avoir occupé diverses fonction au sein du Parti (dont l’animation du Collectif de lutte contre les discriminations liées à l'orientation sexuelle), il est élu conseiller régional d’Île-de-France en 2004, puis secrétaire de la Fédération de Paris et membre de la direction et porte-parole du parti en 2006. Pierre Gandonnière, enfin, a animé la Commission nationale gaie et lesbienne des Verts, fondée un an après la candidature de Dominique Voynet aux présidentielles de 1995. Il devient également secrétaire régional Rhône-Alpes des Verts, mais n’a jamais été candidat à un mandat électif, faute d’avoir été présenté par son parti, et c’est bien ce qui attise sa colère, lorsqu’il se retire de la politique en 2003.

Ce tour d’horizon assez exhaustif (quelques oublis sont possibles) cumule un peu plus d’une douzaine de personnalités, à rapprocher des 998 parlementaires nationaux et européens, des quelques 6 000 conseillers régionaux et généraux, sans compter le demi million de conseillers municipaux et les quelques 36 000 maires de France…

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(11) Ministre délégué chargé des relations avec le Parlement, sous les trois gouvernements Mauroy puis sous celui de Laurent Fabius (22 mai 1981, 20 mars 1986).

(12) Labarrère A., Le bal des célibataires, Paris, Ramsay, 1992 ; Le baron rouge, Paris, Ramsay, 1997.

(13) Bertrand Delanoë a été député de 1981 à 1986 et sénateur de 1995 à 2001 ; Roger Karoutchi a été député européen de 1997 à 2000 et sénateur de 1999 à 2007. Ils se donc croisés au Sénat !

(14) Bertrand Delanoë ouvre cependant régulièrement la Marche des fiertés, chaque année à Paris.

(15) Un entretien dans le magazine L’Optimum, une déclaration à l’AFP, une interview à TF1 puis à i-Télé et la sortie d’un ouvrage, Mes quatre vérités, publié chez Flammarion.

(16) Christophe Girard est depuis 2001 adjoint au maire de Paris, chargé de la Culture, Jean-Jacques Aillagon a été président du Centre Georges Pompidou (1996-2002), puis ministre de la Culture (2002-2004) ; Frédéric Mitterrand, après une longue carrière d’homme de télévision, est nommé directeur de la Villa Médicis, puis ministre de la Culture le 23 juin 2009.

(17) Le Talec J.-Y., « Sous l’œil de Marianne », Gai Pied Hebdo 1991 ; 496 : 30-31.

(18) Girard C., Père comme les autres, Paris, Hachette Littératures, 2006.

(19) Charfe Y., « Christophe Girard et Frédéric Mitterrand. L’écot de la mode contre le sida », Gai Pied Hebdo 1990 ; 440 : 28-29.

(20) Mitterrand F., La mauvaise vie, Paris, Robert Laffont, 2005.

(21) L’outing consiste à rendre publique l’homosexualité de personnalités qui la tiennent secrète et qui nuisent activement ou passivement aux droits des personnes LGBT. Cette arme de « dissuasion » a été brandie par plusieurs groupes militants, d’abord aux États-Unis et au Royaume Uni, au début des années 1990 (Durand C., Lestrade D. et M. J., « Outing. Panique dans les placards homo », Gai Pied Hebdo 443 ; 1990 : 58-62).

(22) Birenbaum G., Nos délits d’initiés, mes soupçons de citoyen, Paris, Stock, 2003 ; « Ministre de la Culture : Donnedieu. Méprisant et insultant », Les Inrockuptibles, 7 au 13 avril 2004 ; Lestrade D., The end, Paris Denoël, 2004, p. 266 sq.

(23) URL : http://www.rddv.fr/blog/2007/06/19/francois-hollande-repondra-t’il/

(24) Roméro J.-L., On m’a volé ma vérité, Paris, Seuil, 2001.

(25) Roméro J.-L., Virus de vie, Paris, Éditions Florent Massot, 2002.

(26) Meynard P. Le prix de la différence, Paris, Michel Lafon, 2000.

 

Le contexte politique et les discours sur l’engagement

Il serait vain de chercher une explication partisane à cette visibilité – quasi anecdotique – de l’homosexualité dans le monde politique. Huit de ces personnalités sont affiliées à la gauche (PS, PC ou Verts) et les six autres adhèrent à l’UMP ou au MoDem, ou bien font – ou ont fait – partie d’une gouvernement de droite (sans oublier en outre le cas particulier du conseiller municipal Front national). Tout au plus peut-on dire que les hommes de gauche n’ont jamais fait l’objet d’un outing

Cette égale répartition se reflète dans l’intérêt des partis – très relatif – pour la diversité des sexualités. Tous, ou presque, connaissent ou ont connu l’existence d’un groupe ad hoc : les associations Homosexualité et socialisme (HES dès 1983) et Gays pour les libertés (GPL, 1984) affiliées au Parti socialiste ; les Gays libéraux (giscardiens) ; l’association Progrès, espoir, liberté (APEL, 1992) au RPR ; la Commission nationale LGBT des Verts (1996) ; le Collectif Fier-e-s et révolutionnaires, de lutte contre les discriminations liées à l'orientation sexuelle au Parti communiste (1995) ; GayLib à Démocratie libérale puis à l’UMP (2002) ; la Commission lesbienne gay bi trans et intersexe du Nouveau parti anticapitaliste (suite du même groupe à la LCR). Ces groupes semblent toutefois avoir une influence limitée sur leurs partis respectifs, surtout lorsqu’ils sont au pouvoir : on se souvient de l’ambiguïté du Parti socialiste durant les débats sur le Pacs (27), ou du soutien implicite de l’UMP apporté à Christian Vanneste lors des législatives de 2007, après sa condamnation pour « injures en raison de l’orientation sexuelle »  (28).

Car les manifestations homophobes de l’État et des partis sont loin de cesser après 1982 : elles connaissent même plusieurs vagues : le début des années 1990, avec la tentative de repénalisation de l’homosexualité sous l’impulsion du sénateur centriste Charles Jolibois et les propos plus que douteux sur l’homosexualité tenus par Édith Cresson, alors Premier ministre (29) ; les années 1998-1999, avec le débat sur le Pacs et les délires homophobes de certains parlementaires de droite (30) ; les années 2004-2005, avec les questions de l’homophobie et du droit au mariage (31). C’est la période des débats sur le Pacs qui semble dessiner une certaine temporalité des coming out en France, puisqu’au moins six des personnalités mentionnées ont évoqué publiquement leur homosexualité entre 1997 et 1999.

Pour autant, les discours qui accompagnent ces révélations publiques font souvent peu référence à un éventuel engagement militant spécifique sur les questions gaies et lesbiennes (ou dans le champ de la lutte contre le sida). Les plus engagé-e-s seraient Françoise Gaspard (mais plutôt après sa carrière politique), Christophe Girard (avant et pendant ses mandats, au point que certains de ses détracteurs l’ont accusé de prosélytisme en tant qu’élu), Jean-Luc Roméro (sur les questions liées au VIH/sida, mais aussi de sexualité, ce qui a entraîné sa rupture avec l’UMP) et bien sûr les animateurs de commissions ou d’associations qui ont milité spécifiquement sur les questions de genre et de sexualité. Certains évoquent une préoccupation globale en faveur de l’égalité des droits, comme Bertrand Delanoë qui précise : « Je suis militant de la Ligue des droits de l’Homme, de plusieurs associations contre le racisme et l’antisémitisme et je me suis rendu très souvent à des débats , des colloques organisés par la communauté homosexuelle […] Pour moi, même si j’ai un vécu particulier, tout ça c’est le même combat pour la liberté de l’individu, son droit à l’égalité […] »  (32). Certains prennent parfois des positions contraires à cette égalité des droits : Renaud Donnedieu de Vabres, présent aux côtés des anti-Pacs, ou André Labarrère, opposé au mariage gai. D’autres n’évoquent enfin aucun engagement particulier (Roger Karoutchi ou Frédéric Mitterrand, mais ce dernier s’est impliqué dans la lutte contre le sida (33).

L’engagement explicite dans le champ des sexualités semble donc limité, sans doute par le risque d’être taxé de « communautarisme ». Si Bertrand Delanoë se place en 1998 dans un contexte homophobe spécifique (« À l’occasion du débat sur le Pacs on voit ressortir un certain nombre d’idées qui me paraissent extrêmement liberticides et surtout assez stupides ; je sais qu’il y a dans notre société des millions de femmes et d’hommes qui vivent mal cette discrimination, le fait qu’ils ont l’impression de ne pas être tout à fait égaux […] »), il prend soin de ne pas se placer exclusivement sur ce terrain, de ne pas apparaître comme un militant gai, en affirmant « On ne doit pas se faire élire, ou pas élire d’ailleurs, sur ce thème-là [l’homosexualité] » (34). Certes, une telle révélation publique peut aider d’autres citoyen-ne-s à mieux vivre leur homosexualité, comme le souligne Delanoë (35), ou encore Jean-Jacques Aillagon qui explique qu’« en affirmant ma liberté de vivre ma sexualité, et ce dans un contexte historique, géographique (la province), et dans un contexte familial très répressif, j'ai agi politiquement. Au-delà de mon sort, c'est la situation de tous les homosexuels qui était concernée par mon engagement. » (36) Une telle position n’est pas unanimement partagée : Philippe Meynard conclut son livre sur un plan essentiellement personnel, « en espérant qu’il aidera chacun à comprendre, comme il m’a aidé à comprendre moi-même, combien il est parfois long et difficile de trouver son chemin, et de l’accepter »  (37). Quant à Roger Karoutchi, il refuse de se prononcer sur l’adoption ou le mariage des couples de même sexe, en déclarant qu’il n’est pas un « militant communautariste », une profession de foi résolument universaliste qu’il confirme en ajoutant : « Ma seule communauté, c’est la France » (38).

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(27) Borrillo D. et Lascoumes P., Amours égales ? Le Pacs, les homosexuels et la gauche, Paris, La Découverte, 2002.

(28) Condamnation annulée en novembre 2008 par le Cour de cassation.

(29) Cauchy J.-C. et Le Talec J.-Y. « Cresson l’anti homo : intolérance », Gai Pied Hebdo 1991 ; 484 : 52-55.

(30) Fourest C. et Venner F., Les anti-Pacs ou la dernière croisade homophobe, Paris, Prochoix, 1999 ; voir également l’Observatoire du Pacs, URL : http://obspacs.free.fr/deputes.htm

(31) Éribon D. et Borrillo D., « Manifeste pour l’égalité des droits », Le Monde 2004, 17 mars ; Noël Mamère, maire de Bègles, procède au mariage de Stéphane Chapin et Bertrand Charpentier le 5 juin 2004.

(32) Interview de Bertrand Delanoë, Zone interdite, diffusée le 22 novembre 1998.

(33) Charfe Y., « Christophe Girard et Frédéric Mitterrand. L’écot de la mode contre le sida », op. cit.

(34) Interview de Bertrand Delanoë, Zone interdite, diffusée le 22 novembre 1998.

(35) Sous ses mandatures la Mairie a soutenu des associations telles que le Centre LGBT, SOS Homophobie, le festival de films gais et lesbien et accru ses engagements dans la lutte contre le VIH/sida.

(36) Interview de Jean-Jacques Aillagon, Le Monde du 18 mars 2002.

(37) Meynard P., Le prix de la différence, op. cit., p. 223.

(38) Interview de Roger Karoutchi sur i-Télé, diffusée le 28 janvier 2009.

 

Le genre, la nature et la Culture

Ce qui frappe avant tout dans le monde politique, c’est la très inégale répartition de la visibilité homosexuelle en termes de catégorie de sexe, puisque ce phénomène concerne presque exclusivement des hommes. Les lesbiennes sont quasi invisibles, certainement parce qu’elles doivent avant tout s’imposer en tant que femmes dans un mode d’hommes, qui plus est lourdement hétérosexiste. Quant aux transgenres et transexuel-le-s, leur absence est totale, à l’unique exception de Camille Cabral, élue municipale dans le 17e arrondissement de Paris en 2001, sur la liste des Verts (39).

Dans les discours, on est bien loin de la critique du système genre/sexualité des années 1970 et des avancées théoriques initiées par le mouvement féministe dans l’analyse des rapports entre sexe, genre et sexualité. On est loin, aussi, de toute variation sur le genre et d’une quelconque liberté prise avec le masculin et la virilité : on se situe dans les limites étroites d’une homosexualité « sérieuse » (40). L’histoire récente et les acquis fragiles des mobilisations collectives lesbiennes, gaies et queer sont notamment escamotés au profit d’un modèle classique d’analogie entre sexe et genre, conforme à l’hétéronorme (41). Très rares sont les hommes politiques qui font un lien explicite entre sexisme et homophobie, comme Pierre Gandonnière qui déclare, au moment où il quitte les Verts en juin 2003 : « La politique reste un jeu de mâles dominants qui se partagent le pouvoir ente eux. Si on les laisse faire, ils éliminent tout ce qui ne leur ressemble pas : les femmes, les minorités, dont bien sûr les gais et lesbiennes. Il n’y a pas de place pour tout le monde. » Bien entendu, les groupes ad hoc liés aux partis politiques tiennent un discours plus approfondi, essentiellement centré sur le thème de l’égalité des droits et beaucoup moins tourné vers l’analyse de la construction sociale du genre et des sexualités et de ses effets politiques. Il s’agit là d’un discours militant, certes accessible au grand public, sur Internet par exemple, mais qui reste fort peu diffusé dans les médias de masse.

D’une manière subtile, on sent poindre chez certains hommes politiques un référentiel naturaliste, étroitement associé au caractère résolument privé de leur sexualité. L’opposé, somme toute, du slogan féministe « le privé est politique » ! En évoquant le fait d’avoir été invité par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, à des mondanités politiques accompagné de son compagnon, Roger Karoutchi déclare : « C’était très sympathique et, comment dire, naturel, voilà, le vrai mot c’est ça […] ». Et d’ajouter : « Ma vie, elle n’a rien d’extraordinaire, rien d’extravagant, je vis avec un compagnon, point ». La dimension politique d’être homosexuel, ministre et de côtoyer à l’UMP des personnalités dont l’homophobie a été évoquée, y compris en justice (Christian Vanneste, par exemple) est évacuée au bénéfice de la vie privée. En 1998, Bertrand Delanoë insistait aussi sur ces mêmes thèmes : « Je n’ai absolument pas parlé de ma vie privée, disait-il ; j’ai parlé de nature qui existe dans la société et je vous ai parlé de qui j’étais ». Lorsqu’il accorde un nouvel entretien à M6, quelques années plus tard, il insiste de nouveau sur cette dimension : « Il faut toujours prendre le risque de la vérité et du naturel […] », explique-t-il à propos de son coming out ; et d’ajouter : « C’est simplement essayer d’engager un dialogue avec les citoyens basé sur le naturel » (42).

À force d’insister, on aura compris que « l’idée de nature » (43) joue un rôle clé dans la manière de présenter au public un mode de vie marginal, que l’on prend soin de cantonner dans un espace strictement privé. Pourtant, à l’examen des carrières des hommes politiques visiblement homosexuels, c’est plutôt à un certain essentialisme de la République auquel on penserait. En effet, quatre d’entre d’eux occupent ou ont occupé des positions clés dans le champ de la Culture : ministres pour trois d’entre eux (Renaud Donnedieu de Vabres, Jean-Jacques Aillagon et Frédéric Mitterrand), adjoint au maire de Paris chargé de la Culture pour le dernier, Christophe Girard. Un autre registre d’emploi (un « rôle » aurait dit Mary McIntosh (44)) semble largement représenté, celui de la communication et de la médiation : ainsi, Pierre Gandonnière a été porte-parole des Verts, tandis que Patrice Bessac est l’actuel porte-parole du PCF ; André Labarrère fut longtemps ministre chargé des relations avec le Parlement, de même que Roger Karoutchi dans le deuxième gouvernement Fillion. Sans faire abstraction des motivations et des jeux d’appareil ayant conduit à ces nominations, on ne peut s’empêcher de penser que le monde politique se représente les homosexuels comme dotés de certaines qualités pour l’entregent, la diplomatie et la communication et entretient l’image d’hommes cultivés, d’esthètes raffinés, amateurs d’art et amis des artistes (un milieu connu pour sa marginalité) dans les limites, comme nous l’avons vu, d’une orthodoxie hétérosexiste et universaliste de rigueur. Cet essentialisme de la République s’étend d’ailleurs à quelques autres personnalités notoirement gay friendly, telles que Michel Guy (45), secrétaire d’État à la Culture dans le premier gouvernement du président Giscard d’Estaing ou Jack Lang (46), également ministre de la Culture à plusieurs reprises sous François Mitterrand puis Jacques Chirac (pendant le cohabitation).

Reste enfin un point étonnant : de manière implicite, ce contexte de la révélation publique de l’homosexualité de personnalités politiques reste strictement franco-français. En la matière, aucune perspective européenne ou internationale ne vient enrichir les discours, comme si cette problématique avait en France des caractéristiques spécifiques (et on peut penser ici au très hexagonal universalisme républicain). Voyons donc si la situation diffère en Europe, et si oui, en quoi.

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(39) Camille Cabral est médecin, fondatrice du Groupe de prévention et d’action pour la santé et le travail des transsexuel-les (PASST).

(40) Le Talec J.-Y., Folles de France. Repenser l’homosexualité masculine, Paris, La Découverte, 2008 (voir le chapitre 10, « Lesfolles sérieuses », p. 270-308).

(41) Le Talec J.-Y., « Genre et militantisme homosexuel. L’importance des folles et du camp », in Fillieule O. et Roux P. (dir.), Le sexe du militantisme, Paris, Presses de Sciences Po, 2009, p. 205-222.

(42) Interview de Bertrand Delanoë, M6 empêche tout le monde de dormir, diffusée le 6 mars 2007.

(43) Guillaumin C., Sexe, race et pratique du pouvoir. L’idée de nature, Paris, Côté-femmes, 1992.

(44) McIntosh M., « The Homosexual Role », in Stein E. (dir.), Forms of Desire. Sexual Orientation and the Social Constructionist Controversy, New York, Routledge, 1992, p. 25-42.

(45) Michel Guy, grand amateur d’art et ami d’Andrée Putman, fonda le Festival d’automne à Paris, en 1972. Il passe pour avoir été le premier ministre homosexuel de la Ve République, bien qu’il ne fit jamais de coming out. Il dînait régulièrement au Sept, haut-lieu gai de la rue Sainte-Anne dans les années 1970 (Garcia D., Les années Palace, Paris, Flammarion, 1999, p. 40 sqq.).

(46) Jack Lang a apporté son soutien à de nombreuses reprises à des revendication LGBT. Lang J. et Borrillo D., Homosexuels quels droits ?, Paris, Dalloz-Sirey, 2006.

 

 

Le contexte européen

 

On pourrait penser qu’à l’instar de la parité, la France marque un retard sur le plan de la diversité des sexualités en politique. La situation reste beaucoup plus nuancée, bien qu’a priori, il n’existe pas de réelles données statistiques à ce sujet.

 

L’exception reste la règle en Europe comme en France

Les institutions politiques européennes ne comptent que deux structures visiblement LGBT : d’une part, l’European Parliament's Intergroup on Gay and Lesbian Rights, qui réunit des élu-e-s et des assistant-e-s parlementaires de divers horizons politiques, sur le thème de l’égalité des droits en matière de sexualité, et d’autre part, le groupe Equality in Diversity qui rassemble quelques dizaines de fonctionnaires, diplomates et agents LGBT du Conseil de l’Europe. Rien n’indique que l’intergroupe ne réunisse que des gais, des lesbiennes, des bisexuel-le-s ou des transgenres ; il s’agit officiellement d’une structure gay friendly, fondée durant la législature 1999-2004 par l’eurodéputée néerlandaise Joke Swiebel, ouvertement lesbienne, à laquelle a succédé de 2004 à 2009 l’eurodéputé britannique Michael Cashman, ouvertement gai. Les intergroupes du Parlement européen – il y en a vingt-quatre – fonctionnent de manière informelle et transversale, à la manière de lobbies internes, afin de faire émerger, de relayer et de coordonner les mobilisations collectives de la société civile et de les traduire en termes de travail parlementaire (47). Quant à « Égalité dans la diversité », il s’agit plus d’une association professionnelle, comme il en existe dans d’autres administrations ; elle n’a pas de fonction politique officielle, mais se propose – classiquement – de promouvoir la diversité et de lutter contre les discriminations fondées sur l’orientation sexuelle, tout en se présentant comme un espace de solidarité et de convivialité.

Dans les états membres de l’Union européenne et les pays voisins, les hommes et femmes politiques ayant rendu publique leur homosexualité restent des exceptions. On doit sans doute accorder un rôle précurseur à la classe politique britannique : si le nombre de parlementaires ouvertement homosexuels élus aux communes reste modeste – une douzaine dans l’actuelle législature, selon le quotidien The Guardian, soit un peu moins de 2 % des sièges (48) – le phénomène est surtout ancien, puisque le député travailliste Chris Smith a fait son coming out dès 1984, puis a évoqué sa séropositivité en 2005. Cette même année, il est élevé à la baronnie et siège depuis à vie à la chambre des Lords (49). Depuis lors, les « sorties du placard » d’hommes et de femmes politiques se sont succédé au Royaume-Uni, parfois forcées par la presse (Peter Mandelson, Nick Brown) ce qui n’a pas semblé nuire à leurs carrières, puisque plusieurs ont exercé des fonctions ministérielles (Chris Smith, secrétaire d’État à la Culture ; Lord Peter Mandelson, plusieurs fois ministre et Commissaire européen ; Nick Brown, ministre de l’Agriculture ; Angela Eagle, ministre du Trésor ; Ben Bradshaw, ministre de la Santé ; Chris Bryant, secrétaire d’État aux Affaires étrangères…) (50).

Dans les pays d’Europe du Nord, les exemples restent aussi relativement rares, alors que de nombreuses mesures ont été votées en faveur de l’égalité des droits en Scandinavie, en Belgique, aux Pays-Bas (partenariat civil, mariage, adoption). L’Allemagne a connu une vague récente de coming out, soit parmi les leaders régionaux (Klaus Wowereit, maire et ministre-président de Berlin ; Karin Wolff, vice-présidente du Land de Hesse), soit parmi le personnel politique (Volker Beck, Guido Westerwelle, Klaus Lederer). Parmi les hommes politiques belges qui ont rendu leur homosexualité publique, Elio du Rupo reste le plus connu (il a été ministre-président de Wallonie, maire de Mons, et préside le Parti socialiste). Aux Pays-Bas, Joop Wijn a sans doute été l’homme politique gai le plus en vue (ancien parlementaire et ancien secrétaire d’État aux Affaires économiques puis aux finances (51), avec l’incontournable Pim Fortuyn, leader d’extrême droite élu à Rotterdam et assassiné en 2002. Paradoxalement, très peu d’hommes et de femmes politiques ouvertement homosexuels sont référencés en Scandinavie, peut-être parce qu’une telle situation est jugée banale dans ces pays très progressistes ; on peut citer l’ancien ministre des Finances norvégien Per Kristian Foss, vice-président du Parti conservateur, et la socialiste Jóhanna Sigurdardóttir, nommée Premier ministre d’Islande en février 2009.

En Europe du Sud, les exemples restent très exceptionnels. L’Espagne connaît quelques coming out, y compris chez les conservateurs du Parti populaire surtout depuis l’ouverture du mariage aux personnes de même sexe (José Araùjo, en Galice). Nichi Vendola, président de la région des Pouilles, fait figure d’exception en Italie, avec Paola Concia, seule parlementaire ouvertement homosexuelle. Ces situations sont encore plus rares dans les pays ayant le plus récemment rejoint l’Union européenne (Klara Ungar, en Hongrie, par exemple).

 

Quelques points de comparaison avec la France

La visibilité homosexuelle en Europe reste avant tout une affaire d’hommes et les exemples de femmes politiques lesbiennes restent plus rares. Elle semblerait plus fréquente dans les partis de gauche, bien que l’étiquette politique ne joue pas un rôle absolument déterminant, tout comme en France. Au Royaume-Uni, les travaillistes tiennent la corde, puisque Alan Duncan semble être le seul parlementaire conservateur à avoir fait son coming out, en 2002. Cette situation est sans doute liée au climat plus tolérant instauré par Tony Blair et ses gouvernements successifs, après la longue période conservatrice, peu favorable aux minorités sexuelles (Margaret Thatcher puis John Major furent Premier ministre entre 1979 et 1997). En Belgique également, les socialistes ou apparentés sont plus nombreux, en Wallonie comme en Flandre. Mais en Allemagne, le tableau reste très partagé, entre parti conservateur (Karin Wolff et le maire outé de Hambourg, Ole von Beust), parti libéral (Guido Westerwelle), parti socialiste (Klaus Wowereit et Klaus Lederer) et Verts (Volker Beck), soit un match nul si l’on raisonne en termes droite-gauche. Dans les pays de l’Union, un certain nombre de conservateurs ont révélé publiquement leur homosexualité (Joop Wijn aux Pays-Bas, Per Kristian Foss en Norvège…) ; le cas de Pim Fortuyn, à l’extrême droite reste unique.

L’examen détaillé des discours accompagnant les coming out de personnalités politiques européennes demanderait un travail de recherche qui dépasse l’ambition de cet article et leur teneur ne sera pas discutée ici. Remarquons simplement que des formes très affirmatives sont parfois utilisées. Ainsi, en 1984, le vétéran britannique ouvrit-il l’une de ses interventions publiques par cette phrase : « My name is Chris Smith. I'm the Labour MP for Islington South and Finsbury, and I'm gay (Je m’appelle Chris Smith, je suis député travailliste d’Islington sud et de Finsbury, et je suis gai) », ce qui lui valut une ovation de plusieurs minutes (52). En 2001, Klaus Wowereit alors en campagne municipale à Berlin, utilisa la même tactique dans un meeting du Parti socialiste (SPD) en déclarant : « Ich bin schwul, und das ist auch gut so (Je suis gai, et c’est aussi bien comme ça) » (53). Le recours à l’humour est aussi possible, ce qui n’a jamais été le cas en France, à l’exception peut-être d’André Labarrère ; Nick Brown, outé en 1998 par le quotidien News of the World alors qu’il était ministre de l’Agriculture, aurait confirmé ainsi l’information lors d’une apparition publique (tout en regrettant le procédé) : « It's a lovely day, the sun is out, and so am I (C’est une belle journée, le soleil se montre, et moi aussi) (54).

Ces cas de outing par la presse constituent une solide différence avec la France, où de telles situations restent hautement improbables. La sortie du placard de Jean-Luc Romero dans le magazine E-male reste exemplaire : elle a valu à son auteur, le journaliste Alain Royer, d’être condamné en justice, alors même que la véracité de l’information divulguée était confirmée par l’intéressé. Le tribunal a en effet jugé qu’il y avait atteinte à la vie privée de M. Romero (55).

Car ce sont bien ces frontières mouvantes entre le privé et le public qui constituent une différence fondamentale ; en France, une législation très stricte protège le domaine de la vie privée et fournit un paravent derrière lequel les personnalités publiques peuvent s’abriter et si besoin se défendre de toute intrusion. De manière assez démonstrative, aucun politique français n’a révélé le moindre détail de sa vie personnelle en évoquant son homosexualité, à l’exception de Françoise Gaspard qui a rendu public son Pacs avec Claude Servan-Schreiber en 2000. Le contexte est tout autre chez nos voisins européens, sans doute parce que la notion de vie privée n’y a pas tout à fait le même sens, ni le même cadre légal. Les hommes et femmes ouvertement homosexuel-le-s y ont une « vie privée » connue du public, d’abord parce que l’identité de leurs compagnes ou compagnons est régulièrement dévoilée. Ainsi, quand Bertrand Delanoë se retranche le caractère « privé » de sa vie personnelle, sans rien en dévoiler, on apprend que le maire de Berlin, Klaus Wowereit a rencontré le neurochirurgien Jörn Kubicki en 1993 et qu’ils vivent ensemble depuis 2005. Ainsi, quand Roger Karoutchi évoque « un compagnon » qui l’accompagne lors de certaines réceptions, sans plus, les lecteurs de la presse britannique savent que Chris Smith a rencontré Dorian Jabri lors d’une manifestation contre la Clause 28 (56), qu’ils vivent ensemble et ont été invités tous deux à Buckingham en 1997… et ceux de la presse allemande, que Guido Westerwelle, leader du centre-droit, a été invité aux cinquante ans d’Angela Merkel avec son compagnon Michael Mronz, directeur du Concours hippique international d’Aix-la-Chapelle…

L’orientation sexuelle semble d’ailleurs s’effacer devant les événements « privés » dont les médias sont friands. Pour n’évoquer que les événements les plus récents, le partenariat civil de la ministre britannique du Trésor avec sa compagne Maria Exall est annoncé dans la presse en 2008, de même que celui du parlementaire conservateur Alan Duncan. En Belgique, le mariage du député réformateur Jean-Jacques Flahaut avec son compagnon Pierre Jacob a les honneurs de la presse, en 2009. Cette même année, le socialiste berlinois Klaus Lederer, qui s’était longtemps présenté comme célibataire, annonce publiquement son partenariat civil, et la presse s’associe également au deuil du député écologiste Volker Beck, dont le compagnon Jacques Teyssier vient de mourir d’un cancer.

On peut ainsi multiplier les exemples de perméabilité de la sphère privée chez nos voisins européens, alors qu’en France, l’étanchéité reste de règle. Cela tient sans doute à un courant de pensée politique qui a tenté de théoriser une reconfiguration de l’homosexualité contemporaine dans un cadre universaliste, au tournant des années 2000, qui aurait fait suite à une évolution historique communautaire ou « communautariste ». Ce changement aurait impliqué dès la fin des années 1990 une valorisation du couple au détriment du multipartenariat sexuel et mis également en jeu une orientation politique gaie plus universaliste, allant de pair avec un déplacement du vécu de l’homosexualité dans la sphère privée (57). D’une part, cette reconfiguration a rapidement trouvé ses limites, celles de l’universalisme républicain déjà soulignées de longue date par les féministes et les politistes (58), sur l’écueil du mariage entre personnes de même sexe et de l’homoparentalité. D’autre part, les mobilisations collectives communautaires ne se sont pas éteintes pour autant, que ce soit dans le champ du genre et des sexualités (on peut citer le combat contre l’homophobie ou l’émergence récente du mouvement transsexuel et transgenre), ou dans celui de la lutte contre le sida.

Cette privatisation du sexuel, bien spécifique à la France (et peut-être partagée par quelques autres pays du Sud de l’Europe), renforce sans doute encore cette obsession des personnalités politiques homosexuelles françaises pour l’absolu secret qui recouvre leur vie privée. Pourtant, il ne fait pas de doute qu’en Europe les législations en faveur de l’égalité des droits des homosexuel-le-s, d’abord sur le thème de la conjugalité (partenariat dès 1989 au Danemark, mariage dès 2001 aux Pays-Bas), puis sur celui de la famille (homoparentalité, adoption), ont dans bien des cas constitué un support et un argumentaire aux personnalités politiques souhaitant faire leur coming out. Le fait que celles-ci laissent d’une certaine manière les médias divulguer quelques aspects de leur vie privée, au-delà de l’aspect people de telles informations, développe la banalisation, voire la normalisation, d’une homosexualité donnée à voir dans l’espace public et confère une épaisseur et un vécu au coming out qui, en France, reste largement désincarné : nos politiques, certes homosexuels, n’ont en fait pas de vie privée – à force de la cacher – et en filigrane, pas de sexualité tout court.

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(47) Parmi ces mouvements, on peut citer la section européenne de l’International Lesbian, Gay, Bisexual, Trans and Intersex Association (ILGA-Europe), ou le réseau Rainbow Rose, qui regroupe des commissions ou des associations affiliées aux partis socialistes, sociaux-démocrates ou travaillistes européens.

(48) Beckett A., « The Commons is a gay-friendly environment compared to provincial England or working for a shipbuilder », The Guardian, 27 janvier 2006.

(49) Comme Lord Smith of Finsbury, Lord Alli of Norbury (Waheed Alli) est aussi ouvertement gai.

(50) Parmi les parlementaires ouvertement gais, on peut également citer le conservateur Alan Duncan, les travaillistes Clive Betts, Chris Bryant (nommé en 2009 sous-secrétaire d’État aux Affaires étrangères)…

(51) Joop Wijn a quitté la vie politique en 2007 et a rejoint le secteur privé.

(52) Campbell D., « The pioneer who changed gay lives. By coming out Chris Smith transformed attitudes », The Observer, 30 juin 2005.

(53) Von Bernd M., « Ein Bürgermeister zum Kuscheln », Der Tagesspiegel, 19 septembre 2007.

(54) Hencke D., « Profile : Nick Brown », The Guardian, 3 octobre 2008.

(55) Garrigos R., « Romero, élu “outé” contre son gré, est vengé », Libération, 11 mars 2003.

(56) La Clause 28, ou Section 28, votée en 1988 sous Margaret Thatcher, stipulait qu’aucune autorité publique ne pouvait intentionnellement promouvoir l’homosexualité. Elle a été abolie en 2003.

(57) Le Talec J.-Y., Folles de France. Repenser l’homosexualité masculine, op. cit., p. 273-277. ; Adam P., « Bonheur dans le ghetto ou bonheur domestique ? Enquête sur l’évolution des expériences homosexuelles », Actes de la recherche en sciences sociales 1999 ; 128 : 56-72 ; Adam P. « Lutte contre le sida, Pacs et élections municipales. L’évolution des expériences homosexuelles et ses conséquences politiques », Sociétés contemporaines 2001 ; 41-42 : 83-110.

(58) Delphy C., « L’humanitarisme républicain contre les mouvements homo », Politique, la revue 1997 ; 5 : 19-22 ; Chambon L., « Le placard universaliste : quand la République se fait particulariste contre les gays », Mouvements 2005 ; 38 : 34-40.

 

 

Le courage de dire « nous »…

 

La visibilité homosexuelle dans le monde politique français contemporain dessine donc un tableau complexe, difficile à résumer, sinon qu’il s’agit avant tout d’une affaire d’hommes, qui a peu à voir avec la couleur politique… Les situations sont suffisamment diverses, quant au mode et au moment de la révélation, mais aussi en termes d’engagement militant dans le champ du genre et des sexualités, pour hésiter à proposer un « portrait type » de l’homme politique gai (qui n’est donc, sauf rare exception, ni une lesbienne, ni une folle, ni un transgenre)… La plupart d’entre eux, d’ailleurs, rejettent une telle étiquette, en se présentant comme des hommes politiques qui se trouvent être gais dans leur vie privée. Une forme de naturalisme vient à l’appui de ce discours : elle permet de slalomer entre deux écueils dangereux dans un monde politique foncièrement hétérosexiste et universaliste : celui d’une réelle analyse de la construction sociale du genre et celui du « communautarisme ». Bonne mère, la République considère ces enfants-là avec les qualités de leur défaut, avec un essentialisme si évident qu’il reste en quelque sorte tabou : aucun politique ne le mentionne…

Entre nature et Culture, donc, les politiques français proposent somme toute une image bien désuète et datée de l’homosexualité, totalement désincarnée et désexualisée derrière le sacro-saint rempart de la « vie privée », dans le sens le plus universaliste qui soit. La nouvelle génération engagée en politique dans les groupes ad hoc affiliés aux partis politiques n’a pas encore pleinement accès aux médias grand public. Il lui appartient pourtant de faire évoluer cette image de l’homosexualité assumée en politique vers une réalité plus conforme au vécu de leurs concitoyen-ne-s et vers une analyse plus élaborée des liens entre sexe, genre et sexualité. Comme le soulignait Pierre Gandonnière, « J’en ai marre d'entendre les copines et les copains gais, dans tous les partis, dire “les gais et les lesbiennes”. Tout changera lorsqu'ils auront le courage de dire “nous”. »

 


Références

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Von Bernd M., « Ein Bürgermeister zum Kuscheln », Der Tagesspiegel, 19 septembre 2007.

 

 

 

Pour citer cet article

Jean-Yves Le Talec, « Être homosexuel en politique. Entre nature et Culture », La_Revue, n° 3, www.lrdb.fr, mis en ligne en août 2009.


Date de création : 24/08/2009 06:33
Dernière modification : 26/08/2009 05:07
Catégorie : Sociologie
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