« Oeillets, ces merveilleux chiffons »,   F. Ponge

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Les contributeurs|Z - FRAISSE Geneviève

 

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Geneviève Fraisse sur www.lrdb.fr :

« Identité, normes et consentement. La politique, encore », La_Revue, n°5, janvier 2011

« La contradiction comme lieu du féminisme », La_Revue n°3, novembre 2008

« En finir avec la “condition” féminine ? », La_Revue, n°1, août 2007

« Les contretemps de l’émancipation des femmes » et « Nue est la philosophie », La_Revue, n°1, mars 2007

 

 

 

Philosophe, historienne, femme politique, Geneviève Fraisse (1948) est une intellectuelle engagée dans la cité. Titulaire d’un doctorat en philosophie (« penser la différence des sexes », recherche sur les fondements philosophiques du féminisme, 1977), entrée au CNRS en 1983, elle est aujourd’hui directrice de recherche – chercheuse, tient-elle à dire.

Elle s’engage très tôt dans le combat contre les discriminations et pour la cause des femmes. Membre fondateur en 1974, du CRIR (Centre de Recherches sur les Idéologies de la Révolte), à l’origine de la revue Les Révoltes logiques, animée par Jacques Rancière, elle participe aussi à la création du GEF (Groupe d’Études Féministes), autour de Michelle Perrot et Françoise Basch à l’Université de Paris VII.

Son engagement va ensuite s’institutionnaliser. De novembre 1997 à novembre 1998, elle préside dans le gouvernement Jospin une structure inédite, la délégation interministérielle aux droits des femmes, destinée à la reconnaissance et la promotion de ces droits. La transversalité était importante et renvoyait à la globalité de la question féminine mais elle fut « politiquement injouable ».

Députée au Parlement européen de 1999 à 2004, 2ème sur la liste Bouge l’Europe du Parti Communiste, non pas « pour » mais « avec » les communistes, en tant que représentante de la société civile, elle est membre de la Commission des droits de la femme et de l’égalité des chances. Européenne convaincue, elle voit en l’Europe – plus féministe que chacun de ses États membres, dont la France, très en retard en termes de représentativité féminine – une chance pour la cause de l’égalité des sexes. Elle a appelé à voter oui au référendum sur le traité constitutionnel européen.

Elle assure depuis 2004 une chronique hebdomadaire sur France Culture, « l’Europe des Idées», le dimanche soir.

Elle est membre fondateur (2007) du Réseau International des Femmes Philosophes (Unesco) et présidente du comité scientifique de l’Institut Émilie du Châtelet, pour le développement et la diffusion des recherches sur les femmes, le sexe et le genre.

Théorie et stratégie

Chercheuse et théoricienne, Geneviève Fraisse s’attache à frayer une voie entre l’opinion et la vérité, celle de la « controverse ». Ce moment est inévitable et l’on ne saurait faire l’économie d’une mise en perspective historique et d’un travail de conceptualisation.

Cependant, ce temps de la théorisation, pour nécessaire qu’il soit, n’en est pas pour autant suffisant. L’égalité, par exemple, n’est plus en débat, chacun s’accorde à en reconnaître la légitimité, rares sont ceux qui en contestent le principe, mais plus rares encore sont ceux qui travaillent à la rendre effective. Il n’est plus temps d’attendre un présumé cours naturel des choses et le progrès en la matière ne viendra que d’une détermination, un engagement, un travail sur le réel. Il faut vouloir l’égalité, il faut la produire, la « fabriquer », il faut alors aussi réfléchir en termes de stratégie et d’outils.

Un des outils les plus récents (il émerge vers 1995), qui semble être efficace, qui a au moins eu le mérite de relancer un féminisme un peu endormi, c’est la parité. La parité est un riche outil intellectuel qui ouvre un nouveau regard sur de nombreuses questions sociopolitiques, elle est aussi un révélateur qui rend visible et incontestable l’inégalité de fait, mais elle doit aussi être une « contrainte », c'est-à-dire qu’il ne faut pas seulement expliquer ou comprendre, il faut légiférer.

La parité

La parité n’a pas pour vocation de remplacer l’égalité, elle en est le vecteur, l’outil, le moyen. Elle n’est donc pas une fin, ni un nouveau principe républicain qui viendrait s’ajouter à la liberté, l’égalité et la fraternité. Il faudrait s’arrêter ici sur la fraternité qui atteste en creux que la République n’exclue pas tant les femmes que les sœurs. Celles-là, épouses, mères, filles voire maîtresses, occupent – tout occupées qu’elles sont à d’autres tâches – des lieux organisés hiérarchiquement et vidés de tout pouvoir politique effectif. Celles-ci, les sœurs, donnent à voir, quoique dans un champ, un temps et une aire culturelle limités, une possible égalité des sexes.

La parité vise l’égalité en favorisant l’accès des femmes au pouvoir. Ajoutons qu’il ne s’agit pas seulement de pouvoir politique, l’égalité est aussi à conquérir dans les domaines économique, médiatique et dans la vie familiale et privée.

Geneviève Fraisse fait même de la parité domestique « le combat du siècle ». Il ne faut pas se contenter de « concilier » les deux vies des femmes, il faut y inscrire le même partage du pouvoir, car vie privée et vie publique sont interdépendantes. Les droits politiques ne sont que de belles virtualités pour les femmes qui subissent encore, très largement, une répartition inégalitaire du travail domestique, ce deuxième travail, quoique « invisible » explique les inégalités professionnelle et politique réelles. « Les 35 heures : les hommes gagnent en loisirs, les femmes en repassage ».

La parité n’a pas de fondement naturel, elle n’est pas un idéal, mais un outil stratégique ; inversant une formule de Kant, la philosophe ajoute, elle est vraie et efficace en pratique quoique fausse en théorie

Enfin la parité doit aussi être linguistique parce que la langue est un lieu où le pouvoir, discrètement, s’exerce. Geneviève Fraisse dénonce la présumée neutralité qui veut que « homme » signifie à la fois, de façon neutre, homme au masculin et femme au féminin. La neutralisation ou l’asexuation masque et entérine, souterrainement mais efficacement et durablement, une domination masculine. Famille monoparentale, par exemple, désigne de manière neutre et correcte la mère célibataire (à 80%). La neutralisation est mensongère et idéologique.

Égalité et différence : la question de l’universel

Mais ce combat pour l’égalité n’est pas sans danger, il porte le risque de la confusion avec l’identité, et que l’on dise « Vive la parité, à bas les droits des femmes ».

La féministe se bat sur deux fronts, celui de la parité, pour un accès égal aux lieux de pouvoir mais aussi pour le respect de la différence des sexes qui passe par la revendication de droits propres (liés au corps, à la reproduction…).

Il y a droits propres parce qu’il y a différence, et cela ne doit pas aller en contradiction avec les droits universels parce que, par ailleurs, hommes et femmes doivent être égaux. Les différences ontologique et culturelle, qu’il faut reconnaître, et même défendre ou promouvoir, ne doivent pas nourrir une idéologie inégalitaire ; mais inversement, la quête de l’égalité ne doit pas se payer au prix d’une assimilation, d’une réduction identitaire. L’égalité n’est pas la similitude, pas plus que la différence n’est l’inégalité. Contre le repli identitaire, il faut vouloir un « déploiement » identitaire.

Le féminisme est un humanisme

Travailler à la parité c’est vouloir le progrès de l’humanité, ce n’est pas s’attaquer dangereusement à l’universalisme et en déchirer l’unité, c’est le mettre en accord avec lui-même. Un universalisme jusqu’ici mensonger qui croyait et voulait faire croire à un homme neutre, asexué, et qui, ce faisant, non seulement trichait sur l’incontestable dimension sexuée des êtres humains, mais de surcroît, sous couvert de neutralité, assurait la domination masculine.

Fabriquer de l’égalité et servir la liberté féminine, c’est faire progresser l’humanité, « le degré de liberté des femmes est le baromètre d’un état de civilisation et d’un état de société » (l’Humanité, 20 mars 2001)

Bibliographie

À côté du genre. Sexe et philosophie de l'égalité, Éditions Le Bord de l'eau, 2010, 470 p.

Service ou servitude. Essai sur les femmes toutes mains, (1979), Éditions Le Bord de l'eau, 2009, 295 p.

L’Europe des idées suivi de Touriste en Démocratie. Chronique d'une Élue du Parlement Européen 1999-2004, (avec Christine Guedj), Éditions l’Harmattan/France culture, 2008, 353 p. (CR de Stéphane Douailler sur le site Appareil).

Le Privilège de Simone de Beauvoir, Paris, Actes Sud, 2008, 140 p.

Du Consentement, Le Seuil, 2007, 135 p. (CR d’Anton Perdoncin, Tracés. Revue de Sciences humaines, 2008, n° 14.)

« En finir avec la “condition” féminine », in Féminin Masculin : Mythes et idéologies, (coll., dir. C. Vidal), Belin, 2006, 123 p.

Le Mélange des sexes, Gallimard jeunesse, 2006, 75 p.

Femmes Hommes. L’invention des possibles, (coll., dir. A. Touati, Actes du colloque juillet 2004), Cultures en mouvement, 2005, 184 p.

« À côté du genre », in Masculin – féminin. Pour un dialogue entre les cultures, (coll.), La Découverte, 2004, 154 p.

La Controverse des sexes, PUF, 2001, 326 p.

Les Deux gouvernements : la famille et la Cité, Gallimard, Folio, 2000, 220 p. (CR de ces deux livres par Jacques Guilhaumou, sur le site Clio, n°14, 2001.)

Les Femmes et leur histoire, Gallimard, Folio, 1998, 614 p. (CR par Éliane Gubin, sur le site Clio, n°12, 2000).

Deux femmes au royaume des hommes, (avec Roselyne Bachelot et Guislaine Ottenheimer) Hachette Littératures, 1999.

Les Nouvelles frontières de l’inégalité. Hommes et femmes sur le marché du travail,(coll., dir. Margaret Maruani), La Découverte, 1998, 288 p.

La Différence des sexes, PUF, 1996, 126 p.

Muse de la raison. Démocratie et exclusion des femmes en France, (1989),Gallimard, Folio, 1995, édition revue et complétée, 378 p. (CR de Sophie Wahnich, sur le site Clio, mis en ligne le 24 mars 2003). « Féminisme : appellation d’origine », court extrait sur le site Vacarme, 04/05, été 1997.

Histoire des femmes en Occident, tome IV, xixe siècle, (1991), (coll., dir. M. Perrot & G.Fraisse), Académique Perrin Éditions, 2002.

La Raison des femmes, Plon, 1992, 294 p. (Extrait disponible sur le site Pénélopes.org : « Le “privilège” de Simone Beauvoir »).

Clémence Royer. Philosophe et femme de sciences (1830-1902), (1985), La Découverte, 2002, 206 p.

Femmes toutes mains. Essai sur le service domestique, Le Seuil, 1979, 246 p.

Articles

« De la responsabilité en histoire », Pour la panthéonisation d’Olympe de Gouges et de Solitude, mars 2007.

« S. Royal, trop ou pas assez », sur le site Regards, 1er novembre 2006.

« Le public et le privé, une circulation nécessaire », sur le site Multitudes,septembre 1997

« Nature et droits de l’homme, des principes à la morale », table-ronde, Maison desSciences de l’homme à Paris, n°14, 1990.

Entretiens

« L’Europe est un moteur pour l’égalité des sexes », L’Humanité, 12 novembre 2003.

« Que les femmes aient la place de l’emblème qu’elles représentent », à propos des femmes afghanes, L’Humanité, 20 mars 2001.

« L’histoire continue », à propos des contradictions de la libération sexuelle, L’Humanité, 24 février 2001.

« Un intellectuelle dans la cité », portrait par Michèle Dessenne et Joelle Palmieri ; sur le site Pénélopes.org, le 30 janvier 2001.

« La parité fait partie des grands combats européens », L’Humanité, 29 janvier 1999.

« On n’a jamais produit d’égalité sans contrainte », l’Humanité, 15 décembre 1998.

« Droits de l’homme et/ou droits des femmes ? », sur le site Label France, Anne Rapin, 1998.

« Sœurs et frères », entretien avec Sophie Wahnich, pour la revue Drôle d’époque, 14 juin 1997.

« Le travail des femmes est un croisement de liberté et d’égalité », l’Humanité, 20 novembre 1997.

« L’égalité ne suffit pas », l’Humanité, 13 février 1996.

Vidéos

« Pouvoir et consentement », Fondation Gabriel Peri, 7 avril 2008

« Penser la controverse des sexes », entretien avec Margot Sputo-Mialet, , Archives Audiovisuelles de la Recherche, 4 avril 2008

« Égalité et pouvoir entre les sexes », Université de Tous les Savoirs, 12 mai 2000.

 

A.S., 19 mars 2007, 2010

 


Date de création : 14/01/2011 09:23
Dernière modification : 14/01/2011 09:23
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