« C'est un homme à un seul étage : il a sa cave dans son grenier »,   J. Bousquet

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2011 - Périphéries - 1. J-J RABEARIVELO

Les Rencontres de Bellepierre

 

« Écrivains »

 

le Théâtre du Grand Marché, CDOI

 

 

 

 

 

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Jean-Joseph Rabearivelo

 

présenté par

Serge Meitinger

extraits en malgache et en français lus par Sariaka Razeriselina Raozimbolanoro et Gaston Dubois

Théâtre du Grand Marché, Saint Denis

jeudi 24 mars, 18h30

 

 

 

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Ecouter la conférence :

1 (20') ; 2 (20') ; 3 (15') ; 4 (25')

(Extraits lus, cf. infra)

 

Jean-Joseph Rabearivelo

« Prince des poètes malgaches » selon le mot de Senghor, Jean-Joseph Rabearivelo est assurément l’un des grands écrivains du XXe siècle. Né le 4 mars 1903 au nord d’Antananarivo, il fait des études médiocres et très courtes. Autodidacte au talent précoce, il va se forger une solide culture littéraire et acquérir une maîtrise parfaite du français.

Fasciné par l’Europe et proche des milieux coloniaux, il se passionne pour la littérature française et correspond avec des écrivains du monde entier, cherchant à étancher sa « soif brûlante d’Ailleurs ». Mais c’est aussi un fin connaisseur et un usager subtile de sa langue maternelle. Il va beaucoup traduire, les poètes français en malgache et de nombreux poèmes et contes traditionnels en français. Il entretient une relation complexe et difficile avec ces deux langues : le français « qui parle à l’âme » et le malgache qui « murmure au cœur » (Presque-Songes) ; le génial et généreux passeur de cultures est comme refoulé par les deux rives et vérifie que l’« interférence » est moins un double éclairage qu’une alternance d’intuitions lumineuses et d’inquiétudes sombres. À l’âge de 34 ans, il se suicide après avoir décrit la préparation de son geste dans son journal, Les Calepins bleus, (encore inédit jusqu’à la parution du tome 1 de ses Œuvres complètes en 2010).

« Prince des poètes », il aura été un « prince sans trône », jamais reconnu que par une poignée d’amis de son vivant, il sombrera ensuite dans un quasi anonymat. Il aura fallu attendre presque 70 ans pour enfin pouvoir le lire et réaliser, peut-être, son « vœu impossible » :

Il y aura, un jour, un jeune poète qui « te relira/ à la seule lueur de son cœur où rebattra le tien […] /. Il lèvera la tête/ et sera sûr que c’est dans l’azur,/ parmi les étoiles et les vents,/ que ton tombeau aura été érigé », (Traduit de la nuit).

(Plus de détails sur www.lrdb.fr : Jean-Joseph Rabearivelo)

 

 

Serge Meitinger

Agrégé de lettres modernes, docteur ès Lettres, Serge Meitinger (1951) est professeur de littérature à l’Université de La Réunion où il vit et enseigne depuis 1988.

Spécialiste de Stéphane Mallarmé et de la poésie insulaire (océan Indien), il est enseignant, écrivain et poète. Son dernier ouvrage s'intitule Miroir brûlé, miroir des analogues, (Le Chasseur abstrait éditeur, 2010).

Il co-dirige l’édition des Œuvres complètes de Jean-Joseph Rabearivelo.

(Plus de détails sur www.lrdb.fr : Serge Meitinger)

 

 

 
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Extraits de Jean-Joseph Rabearivelo



1. Presque-Songes, « Mamaky teny / Lire » et « Ny tononkira / Le poëme »

 

Mamaky teny

 

Aza migadona, aza miteny :

hamaky ala ny maso, ny fo,

ny saina, ny nofy...

 

Ala miafina, na azo tsapaina ;

ala.

 

Ala miraom-panginana

ala nandosiran'ny voron-kofinandrika,

ny voron-kofinandrika hasaina mihira

na hasai-mitomany –

 

hasaina mihira, hasai-mitomany

ny toera-nahafoizany.

 

Ala. Vorona.

Ala miafina, voro-miery

ao anaty tànanao.

 

 

« Lire »

 

Ne faites pas de bruit, ne parlez pas :

vont explorer une forêt les yeux, le cœur,

l’esprit, les songes…

 

Forêt secrète bien que palpable :

forêt.

 

Forêt bruissant de silence,

forêt où s’est évadé l’oiseau à prendre au piège,

l’oiseau à prendre au piège qu’on fera chanter

ou qu’on fera pleurer.

 

A qui l’on fera chanter, à qui l'on fera pleurer

le lieu de son éclosion.

 

Forêt. Oiseau.

Forêt secrète, oiseau caché

dans vos mains.

 

 

« Ny tononkira »

 

Tonon-kira, hoy hianao, tonon-kira,

ry tenin-drazako,

tonon-kira mba ho enti-milaza

ny hevitra efa notorontoronin'ny saina efa ela

izay teraka izao ka mitombo,

mitanty teny –

teny mbola mavesatry ny fisalasalan'ny abidy

sy tsy mbola afa-miara-mandihy amin'ny teny fiteny,

fa tsy mbola kinga toy ny firindran'ny fehezan-teny,

nefa efa mihira ao amin'ny molotra

toa andian'angidi-manga eo amoron'ny ony,

miarahaba ny hariva.

 

Tonon-kira, hoy hianao, tonon-kira

tonon-kira mba ho enti-milaza

ny ako malian'ny hira ao anaty

izay mitombo sy miraondraondraona

te-handrendrika ny fanginan'ny boky,

sy ny efitry ny fahatsiarovana,

na ny morona hain'ny molotra

sy ny taintainan'ny fo.

 

Ary mihavelona hatrany ny tonony,

izay ninoanao ho mikatsaka hira ;

saingy mihanaka koa izy, ary miha-malia

toa ity tsio-drivotra avy any amin'ny fandrana lavitra any

izay maty ery an-tendro-mampipendrampendrana.

Ary mihatonga hira hatrany izy,

tonga izy – izay tena izy

hatramin'izao – raha ny marina no lazaina.

Ary te-hanova aho, te hanitsy

sy hilaza hoe :

hira mitady tonony

mba honina ao amin'ny fanginan'ny boky

ny hamboly ny efitry ny fahatsiarovana,

na mba hamafy voninkazo ao amin'ny morona hain'ny molotra

ny hanavotra ny fo,

ry tenin-drazako

mamelovelo eo am-bavan'ny velona

toy ny vahy izay mamony eny ambony fasana.

 

 

« Le poëme »

 

Paroles pour chant, dis-tu, paroles pour chant,

ô langue de mes morts,

paroles pour chant, pour désigner

les idées que l’esprit a depuis longtemps conçues

et qui naissent enfin et grandissent

avec des mots pour langes -

des mots lourds encore de l’imprécision de l’alphabet,

et qui ne peuvent pas encore danser avec le vocabulaire,

n’étant pas encore aussi souples que les phrases ordonnées,

mais qui chantent déjà aux lèvres

comme un essaim de libellules bleues au bord d’un fleuve

salue le soir.

 

Paroles pour chant, dis-tu, paroles pour chant,

paroles pour chant, pour désigner

le frêle écho du chant intérieur

qui s’amplifie et retentit,

tentant de charmer le silence du livre

et les landes de la mémoire,

ou les rives désertes des lèvres

et l’angoisse des cœurs.

 

Et les paroles deviennent de plus en plus vivantes,

que tu croyais en quête du Chant ;

mais elles deviennent aussi de plus en plus fluides et ténues,

comme cette brise qui vient des palmiers lointains

pour mourir sur les cimes sourcilleuses.

Elles deviennent davantage des chants,

elles deviennent elles-mêmes – ce qu’elles ont toujours été

jusqu’ici, en vérité.

Et je voudrais changer, je voudrais rectifier

et dire :

chants en quête de paroles

pour peupler le silence du livre

et planter les landes de la mémoire,

ou pour semer des fleurs aux rives désertes des lèvres

et délivrer les cœurs,

ô langue de mes morts

qui te modules aux lèvres d’un vivant

comme les lianes qui fleurissent les tombeaux.

 

 

 

« Fresques de décembre », extrait de Le Vin lourd

 

C’est décembre. Il pleuvra ; nous ne sortirons plus,

la nuit, Lys-Ber, pour voir la maison de nos belles,

ni pour nous dire les charmes des livres lus.

 

Et nous nous ennuierons si, voluptés nouvelles,

le sanglot de la pluie et le cri de nos toits

ne balancent notre âme et la tristesse en elle,

 

tandis que nous jouerons avec le chat matois

que j’aime tant, que j’ai, tu dis, gâté, peut-être

comme une femme aimée, et qui mordra nos doigts,

 

doucement. Nous rirons ; soudain, de la fenêtre,

après les éclairs de l’orage commençant,

nous verrons qu’un reflet doré vient de paraître ;

 

puis des voix nous viendront qu’en les reconnaissant

nous saurons être de nos parents de la Côte,

porteurs, pour la Noël, de fruits couleur de sang.

 

Ils monteront. Le chat, pour la corbeille haute

au parfum de poissons qu’un servant posera,

nous quittera d’un bond, tel un félin qui saute.

 

* * *

 

Dans une cage en bois des îles, un ara

jasera, cependant que, déroulant son pagne

à ramages, un oncle, avant d’ouvrir les bras,

 

attendra. Essayant de plaire, sa compagne,

qui nous est inconnue et qui a des accents,

nous offrira les fruits muscats de sa campagne.

La chambre s’emplira de parfums languissants,

et nous dégusterons de tendres randzalies

tandis que l’inconnue, en des mots caressants,

 

mais graves pour avoir de la mélancolie,

évoquera pour nous son rivage lointain

où, sous les vents marins, de grands palmiers se plient.

 

Nous fermerons nos yeux pour mieux voir ces matins

bleus, intensément bleus qui chantent sur ses lèvres

des plaisirs abolis et des charmes éteints

 

et qui lui donneront d’amollissantes fièvres.

 

* * *

 

Et notre soif, Lys-Ber, notre soif d’Inconnu

sera plus avivée en ce soir de décembre

où nous écouterons une âme mise à nu,

 

au milieu des regrets qu’elle a des pays d’ambre,

de fougères, de paix et d’amples visions

où des soleils de feu tombent parmi des pampres,

 

chanter le bel attrait des nouveaux horizons,

et des forêts à miel, et des huttes fragiles,

par le rythme nombreux de ses tristes chansons !

 

Lys-Ber, allons-nous-en ! Quittons nos murs d’argile !

 

Extraits de Chants pour Abéone

 

X

Ta barque ! Qu'elle soit comme celle d’Ulysse !

Que près d'une rade fleurie,

altière et triomphale, elle vogue et se glisse !

Et je reverrai ma patrie,

fort comme celui-là que chanta Du Bellay

d'expérience et de raison,

et sachant divertir mon grand cœur désolé

dans les fanes de sa saison

première, et de marcher sans l’ombre matinale

ni la fraîcheur ensoleillée

du printemps ! Exhorter sa tristesse automnale

de verger aux fleurs dépouillées

par la promesse encor vivante en ses rameaux

que plie et courbe le Regret,

et par les sons ardents et nouveaux des pipeaux

qu'en ses débris je taillerai !

 

Jeunesse à disperser, demain, parmi le sable

brûlant d'une terre étrangère,

je ne me plaindrai pas que, charme périssable,

grâce d'une heure passagère,

tu me quittes, pourvu que je puisse élever,

ô toi qui ne reviendras plus,

des chants ! Et la pitié fidèle cultiver

autour de ton vain tumulus !

 

XI

De ma jeunesse le tombeau,

ainsi qu'un bleu mirage,

surgira du fond d'un naufrage

de barque à la Rimbaud ;

et sur son tertre maritime,

au gré des flots mouvant,

égorgera, pieux, le vent

du large des victimes. –

L'opalescence de la mer,

la pureté de l'onde

où couve un mystérieux monde

mourra, tandis qu’amer

un cri de colombe étranglée,

qu’on prit sous d'autres cieux,

pleurera ses bocages bleus

au pied du mausolée

sous les inexorables crocs

d'un fier oiseau sauvage

venu d'un aride rivage

tout hérissé de rocs...

Son sang de pourpre ardente et sombre,

coulant sur d'éternels

couchants, sera quels solennels

dons à porter à l'ombre

avide, errante en ce tombeau

qui, comme un bleu mirage,

survivra seul à ton naufrage,

ô barque de Rimbaud !

 

« Variations sur d'anciennes chansons des pays hova »

 

pour Pierre Camo.

 

1.

 

Au nord, au sommet d'Imanga,

il est un arbre inconnu.

Quel arbre, quel arbre donc ?

Un arbre bleu dont les branches jouent des

oiseaux.

 

Au sud, en face d'Imanga,

il est un arbre inconnu.

Quel arbre, quel arbre donc ?

Un arbre qui ploie sous ses fruits.

 

A l'est d'Imanga, ô vous autres,

il est un arbre inconnu.

Quel arbre, quel arbre donc ?

Un arbre qui verse son ombre là-bas.

 

A l'ouest d'Imanga, ô vous autres,

il est un arbre inconnu.

Quel arbre, quel arbre donc ?

Un arbre qui garde le tombeau des aïeux.

 

 

2.

 

— C'était au bord d'un fleuve

cilié d'herbes

que nous nous sommes vus,

ô bien-aimée !

 

— C'était au bord d'un fleuve

très glissant

que nous nous sommes vus,

ô bien-aimé.

 

— Il était si glissant,

ce bord de fleuve.

 

— Et si je ne vous avais rencontré,

ô bien-aimé.

 

— Sinous ne nous étions rencontrés,

ô bien-aimée,

l'un de nous aurait glissé !

 

— Puis vous m'avez aidée à épauler

ma cruche d'argile,

ô bien-aimé !

 

— Aidez-moi donc à épauler à mon tour

mon cœur de chair,

ô bien-aimée !

 

 

3.

 

— Ne marchez donc pas sur mon lamba

car le soir approche.

 

— Si je marche sur votre lamba,

c'est par amour de vous, amie.

 

— Ne soyez pas si précieux dans ce que vous dites :

votre amour ne fait que de naître dans votre bouche !

 

— Si l'amour parvient aux lèvres, c'est qu'il jaillit du cœur.

 

— Quoi ? un amour conçu par les yeux !

Mais on ferme ces yeux, et il est dissipé !

 

— Le mien est un amour conçu par les yeux :

j'en vivrai jusque dans mon sommeil !

 

Parus dans Le Journal des Poètes de Bruxelles en septembre 1935

 

 

 

Les Calepins bleus (1933-1937)

 

a) Première rencontre avec celle qui va devenir Paula, 9/6/33, p. 116-117

 

Vers 10 h, ce matin, une visite – celle de Mme Célestin Rabenja, fille du Richard Callixte et belle-fille du fameux Rabenja Michel

Il s’agissait de gloser sur des chansons malgaches qui seront dites, le 11, au cours d’une soirée offerte par les Dames malgaches de la Croix-Rouge. Également de remercier les donateurs et les annonciers – en vers !

Cette charmante femme est revenue l’après-midi m’apporter des petits papiers. Elle était bien parée, et plus que ce matin.

Autant je l’avais désirée, pour sa grâce native, avant ces deux entrevues directes et ces coups de main et de chapeau, autant elle me dégoûte maintenant. Et pourtant comme elle est charmante et… civilisée !

Mais voilà ! c’est peut-être cette dernière qualité – toute superficielle, à mon avis – qui me détourne d’elle… et mes intentions. C’est que rien ne m’horripile autant que… les masques – et les manières cultivées en sont un.

Dans tous les cas, me voici décidément, sacré poëte… national – civique – civil.

Une nouvelle corvée !

 

 

b) L’affaire Lavie 30/8/33, p. 194

 

Voici une histoire bête et qui ne se distinguerait guère de la banalité quotidienne si avec elle toute la Cause française aux colonies n’était en jeu.

Convoqué ce matin vers 9 h par le chef de mon canton, je me suis présenté au bureau de ce dernier, comme écrit, à 14 h. C’était – mais je ne m’en étais pas douté – pour mes impôts. On m’a dit d’attendre un adjoint au chef du district, qui n’est arrivé que vers 15 h.

Un tout jeune homme paraissant neurasthénique – peut-être pour avoir l’air d’être sévère – du nom de Lavie. Un Européen pur. Il a aussitôt procédé à l’interrogatoire. Quand ce fut mon tour, il a commencé par me demander si j’étais exempté de l’Indigénat.. J’ai répondu que j’étais membre de l’Académie malgache et que, comme tel, j’étais exempté de droit des peines disciplinaires. Il n’en a point fait cas, et m’a collé trois jours de prison…

J’ai préféré me taire devant cette ignorance et cette étroitesse d’esprit, et me suis contenté d’écrire à Vidalie pour venir me délivrer.

L’ami, accompagné de Malvoisin, n’a pas tardé à venir. M. Lavie était déjà parti – et moi, j’attendais l’arrivée d’un policier pour m’amener au violon.

Le Montmartrois était venu en taxi. Après quelques explications aux fonctionnaires malgaches, il m’a « enlevé ». Et jusqu’à la rue Amiral-Pierre où j’ai été déposé, ce ne fut que des plaisanteries et des… souvenirs.

On a naturellement parlé de Muselli que Vidalie, alors qu’il était encore millionnaire, avait sauvé des griffes de la police parisienne après une beuverie carabinée et force tribulations plus étourdissantes les unes que les autres.

Arrivé à la Tribune, je fus littéralement entouré puis ovationné.

Essuyant des larmes de joie, ce grand cœur qu’est Moutien m’a embrassé en disant :

– Ç’aurait tout de même été malheureux de voir un Académicien au violon !

– Oui, ai-je répliqué rêveur, maintenant, si vous ne comprenez pas pourquoi il y a des gens qui sont ici montés contre la France, ne cherchez pas d’autres causes.

Je l’ai répété, vers 18 h, chez Vidalie. Il a été de mon avis, et m’a même incité à mener une campagne de presse…

Ne suis rentré que vers 21 h. J’ai appris que Paula était malade, et j’ai immédiatement oublié mes propres déboires. Ai déposé un baiser attendri sur son bouquet de violettes et me suis endormi en pensant à elle.

 

 

c) La mort de Voahangy, 2/12/33, p. 277-281

 

Voici que, déjà, un mois solaire tout entier est allé rejoindre l’éternité, l’épaississant de tout notre malheur et de toutes nos douleurs…

Un mois révolu déjà que notre Voahangy n’est plus de ce monde – ou, du moins, qu’on l’a reléguée, loin de nous, sous une motte de terre et d’herbes, dans le royaume des pierres, aux côtés des créateurs de ma dynastie…

Et si j’ai attendu l’évolution d’une lune avant de relater ce triste et épouvantable événement qui fut aussi imprévu et violent qu’une tempête, c’est tout simplement aux fins de me sentir au strict milieu de mes souvenirs et pour pouvoir composer de leurs fleurs une gerbe… identique, fidèle.

J’ai déjà raconté comment, dès après l’onction, l’enfant eut l’air absolument sauvée à nos yeux, et comment elle eut peu après un sommeil reposant.

J’ai oublié de consigner les bienfaits instantanés et tenant presque du miracle, d’une inhalation d’herbes bouillies, qui refit et recomposa sa figure. Immédiatement ma petite Voahangy rentra en possession de tous ses mouvements, et elle put même faire un tour jusque dans la grande salle.

Craignant les effets d’une fatigue possible, je ramenai doucement l’enfant au lit où je tâchai de l’amuser comme faire se pouvait tandis que ma femme vaquait aux petits soins du ménage.

Tout cela, dans l’après-midi.

Comme devinant ma pensée, Voahangy obéissait. Elle reposait même sa belle petite tête contre ma poitrine, et, cependant que je lisais Les Contemplations – me flattant de ne point en être là et savourant ces belles choses qui, me disais-je, ne seront que littérature pour ce qui me concerne – elle passait gentiment et tendrement, comme c’était son habitude, ses menottes caressantes dans mes cheveux.

A la chute du jour, notre blanchisseuse parut. Relevant un peu la tête, l’enfant répondit au salut formulé avec des mots pleins de santé et quelque peu espiègles.

– Voahangy est gâtée par vous, Seigneur ! me dit Rafara en riant, et, s’adressant à la petite convalescente :

– Tu fatigues trop ton père, vilaine !

– Laissez-la faire, répondis-je pour deux. Je condescends, voyez-vous, Rafara, à tous les caprices de cette vilaine petite Voahangy.

Et tous de rire, mon enfant la première qui, en même temps, offrait sa main à la blanchisseuse en disant :

Veloma,, Rafara.

Peu après vinrent mon beau-père et sa femme. On eut un bon petit bout de conversation, ma belle-mère s’enquérant des désirs de l’enfant.

– Des biscuits, grand’mère, et un canard, répondit Voahangy.

On se sépara. 17 h avaient depuis quelque temps sonné.

Mary prit une main de Voahangy, et nous passâmes tous dans la grande salle. Nous mangeâmes avec d’autant plus d’appétit que la petite nous paraissait à tout jamais sauvée.

Revenus dans la chambre à coucher, nous nous disposâmes tous pour dormir. Mary, dans le but de donner plus de place à l’enfant, s’allongea à nos pieds – dans le sens de la largeur.

Chacun était en train de somnoler, bougie allumée, lorsque, vers 21 h, Voahangy se réveilla en sursaut et, les mains entourant sa « petite cruche », s’en plaignit douloureusement et réclama des cataplasmes chauds.

Nous sortîmes tous du sommeil – mais moi, avec encore un bout de rêves, et c’est Mary qui s’affaira seule, en réalité, jusqu’à 22 h.

Quand je me réveillai tout à fait à mon tour, je vis que Voahangy souffrait atrocement et qu’elle changeait sans cesse de place : du lit aux bras de sa mère.

Accalmie vers minuit. Elle se mit à chantonner sa chanson favorite – aux paroles déformées par sa bouche malhabile :

 

Ny vonino-boasary, Les fleurs de l’oranger,

nararalsa teto on les a effeuillées ici !

(au lieu de : niraraka teto elles se sont effeuillées ici !)

 

Je repris courage et espoir. Mary aussi. Ce n’était qu’une illusion, hélas ! Elle ne tarda pas à s’évanouir, à se dissiper – plutôt à s’oublier au milieu de transes inhumaines !

Voahangy demanda sans cesse à boire. Et elle hoquetait…

– Je vais rentrer, disait-elle en fermant les yeux à demi et en tendant sa main à sa mère.

Puis :

– Je souffre ! Le ventre me brûle ! Je meurs ! Père ! Mère ! Des cataplasmes chauds ! Des inhalations ! De l’eau !

Mais chaque fois que Mary lui offre à boire, je vois que l’enfant souffre davantage.

– Assez de cette eau, mon amie ! Tu vois bien que cela ne lui fait aucun bien…

Alors ma femme de répondre qu’il n’y a plus ni eau, ni Vichy, ni lait.

Voahangy somnole dans ses bras, puis, dans un sursaut, va dans les miens pour revenir dans ceux de sa mère, et ainsi de suite.

Profitant d’un calme fugace – Voahangy garda toute la lucidité de ses sens jusqu’au bout – je me glissai plus près d’elle vers 2 h du matin. Ses yeux étaient si beaux, ses traits si calmes… mais comme toute sa petite personne, mon Dieu, respirait la souffrance ! Elle soupira un instant, puis sourit, puis soupira encore. Seule l’expression de ses yeux était… mais voilà une de ces choses qui vous sagaient le cœur, rien qu’en voulant y revenir par la pensée !

Voahangy alors se releva tout entière et, après une rapide hésitation, m’appliqua violemment cinq doigts sur les lèvres. J’en fus abasourdi, fou de douleur. J’étais à un brin de cheveu de pleurer. Ce voyant, revenue à de meilleurs sentiments… – mais non ! ce n’est pas le mot… mais aussi bien que dirais-je à la place ? – ma fille sourit de nouveau.

– Pourquoi me bats-tu, mon enfant, ma chère Voahangy ? lui balbutiai-je.

Elle se releva encore, plus preste, plus volontaire et plus forte qu’avant…

– Voici alors, Père, un baiser, un bien doux baiser ! me dit-elle en s’accrochant longuement à moi, rachetant sa gifle par une ineffable, une inoubliable tendresse…

Je l’aidai à se recoucher. Elle avait effroyablement pâli.

– Mary ! Mary ! Elle va ravoir ses convulsions ! Vite, de l’alcool pour lui frictionner les mains et les pieds !

Il était 2 h 15 en punto..

Les doigts de l’enfant se crispaient. Ma femme et moi les frictionnions sans cesse.

Ses yeux nous regardaient. Ils étaient comme embués de larmes.

– Un médecin, mon ami ! Un médecin !

– Te laisser seule en ce moment ? Mais non, ma chère !

Nous frictionnions toujours les belles petites menottes. Les yeux nous regardaient toujours, – d’un bleu inouï, d’un bleu d’azur qu’envelopperait une légère couche de nuage.

Sept minutes après, à 2 h 22, plus de convulsions, moins de pâleur…

Je m’habillai en hâte et vins courir chez Mère pour aller chez le docteur…

Mais j’ai oublié un détail : après le baiser si long et si doux de ma fille, la voyant faible et défaite, une idée me passa un instant dans/par la tête. Je la confiai à Mary :

– Sa grand’mère veut la reprendre, mon amie ! J’en suis sûr : nous ne sommes pas allés sur sa tombe hier, jour des morts !

Et, courant dans la grande salle, j’y pris de l’eau fraîche et vins l’asperger du côté du coin dit des ancêtres...

Est-ce cela qui a précipité les événements ? Je l’ignore. Dans tous les cas, je développerai cela une autre fois, ailleurs…

.

Nous sommes allés, Dadamparany et moi, aussitôt, chez Ramangalahy.

Une heure après, nous étions au chevet de Voahangy qui était toujours inanimée.

Plutôt, j’y ai précédé les deux hommes d’un bon quart d’heure. Mary m’accueillit à la porte en ces termes :

– Dis-moi : que signifient les bruits sourds que j’entends sortir de la gorge de Voahangy ?

– Quels bruits sourds, dis-je, en m’y rendant moi même…

Le médecin frappa. Il entra puis eut un imperceptible sursaut devant l’enfant. Le corps de l’enfant était, des pieds à la tête, couvert d’innombrables petites taches rouges.

– De l’éther ! de l’éther ! cria-t-il presque après avoir tâté le pouls.

Puis, après avoir ausculté le cœur :

– Non ! c’est inutile ! Plutôt de l’alcool !

Il en frictionna le cœur, se démena encore en procédant à plusieurs autres choses…

Quand je surpris un de ses doigts sur la « peau des yeux » de Voahangy, je compris que tout était fini. Du reste, il finit par dire lui-même :

– Il n’y a plus aucune réaction !

Sanglots dans toute la chambre.

Mais moi, j’avais les yeux secs, le cœur me serrant horriblement ! J’avais comme perdu complètement la tête. Je courus près de ma fille, bousculant tout et tous, et la pris dans mes bras !

– Du calme, mon pauvre ami ! me dit Ramangalahy, ému lui-même, en me saisissant par une épaule. Laissez-la tranquille, cela ne se fait pas, n’est pas des coutumes des hommes !

Je remis le corps de mon enfant en place, bien malgré moi, puis, après l’avoir contemplé longuement, vins m’accrocher au cou de mon petit père qui bramait, lui aussi, de douleur.

On se sépara un instant après, pour aviser toute la famille.

– Idiot ! triple idiot ! lançai-je méchamment, mais entre les dents, dans la direction du médecin qui sortait. Tu n’es même pas capable de ranimer mon enfant qui n’est pas encore morte !

Et, aussitôt, je me mis à allumer notre petit réchaud à pétrole.

– Elle n’est pas morte, Mary ! je lui redonnerai tous ses sens ! Tu vas voir, après le lavement, qu’elle est encore en vie, qu’elle n’est qu’en syncope !

Et je continuai à pomper... Cela ne prit pourtant pas ! mais ce ne fut qu’au bout d’une heure d’efforts fous que je m’en aperçus comme de ma propre idiotie, de ma propre folie de vouloir lutter contre la mort et les faits accomplis !

L’évidence… la terrible, l’épouvantable évidence !

 

 

d) Avec Javotte 30/12/34, p. 723-724

 

Ne cesse de me répéter ces jolis mots échangés vendredi avec Javotte.

Comme nous venions de marcher, de marcher tout le temps (mais la Franzia n’est pas la forte « hongroise tétonnière et fessue » d’Apollinaire, ni moi le Juif errant du même ! et comme, assis au bout au divan, nous tâchions de reprendre haleine, Javotte se détacha soudain de mes côtés et, me considérant longuement, me dit en se tenant les côtes :

– Je peux dire maintenant que je t’ai vu sous toutes tes faces !

– Et moi, répliquai-je en caressant les superbes colonnes de sa perverse personne, que je te connais sous toutes tes fesses !

Nous en rîmes abondamment. Puis, elle, toujours spirituelle et ne vous accordant jamais d’avoir le dernier mot :

– Une faute d’orthographe, en somme – peut-être une simple défaillance élocutive –…

 

*

**

 

Avons vu l’espace de quelques courtes minutes, ma femme et moi, ma chère Paula. Elle avait une « numérote » chez elle – en l’occurrence, une métisse fort ingénieuse, née Mépoint mais, à ce jour, devenue combien de fois éphémèrement Mme X. Y. Z., etc., etc. !

Une bonne, une géniale marchande, dans tous les cas, qui sait bonnement et génialement mettre sa petite marchandise en valeur – et tout aussi bonnement, tout génialement, retenir sa clientèle dans le réduit triangulaire de sa boutique.

Une, en somme, qui pourrait faire mentir Musset – qui s’y connaissait pourtant, et comment ! en coucheries ! – peut-être au point de modifier un vers fameux qui, alors, deviendrait :

Ah ! frappe-toi le cul : c’est là qu’est le génie !

Cul, bien entendu, étant ici, pour le nombre, un euphémisme. Ou presque.

Mais finissons-en là avec cette garce qui n’a même pas l’excuse d’être palpitante – et revenons-en à PAC.

Éclairage, ou quoi ? Rarement je l’avais vue aussi vieillie et flasque, mais rarement aussi… aussi bien en train et charmante !

Serais-je à ce point vieilli moi-même, et donc devenu plus raisonnable, que l’acide promis par les fruits verts ne me sourirait plus autant que le fondant des pulpes en maturation ?

 

 

e) Réactions au Front populaire 18/5/36 p. 1033

 

18/5/36

Où va la France ? Où va sa belle civilisation ?

Je me le demande avec anxiété qui me suis toujours moqué du reste. Et si je souffre ainsi de toute mon âme, c’est parce que m’a révolté l’avènement en France de ce qu’on appelle le Front Populaire.. On en a eu l’écho hier ici – un écho exagéré, démesuré. En l’espèce, un grand banquet chez Gay en l’honneur du mouvement, pour le fêter.

Et 13 – treize… puisse le chiffre porter malheur aux organisateurs de la chose – 13 Malgaches avaient tenu à y prendre part…

Ah ! si au moins ces bouffeurs de gigot de chien savaient ce que c’est que le triomphe des Gauches – d’autant qu’ils sont tous, plus ou moins, personnellement capitalistes !

Où va la France ? Où va sa belle civilisation ? Où allons-nous, nous-mêmes, pour qui les Humanités sont encore choses plus précieuses que l’… Humanité ?!

25/9/36

J’ai prêché le calme. J’ai dit aussi et surtout que la Politique des partis doit être bannie de Madagascar. Et l’on m’en veut au point de me menacer de mort. Pire : moi et ma femme, et mes enfants – ceci, du moins, m’a été raconté au milieu d’abondantes larmes, ce matin, par Mère. Étaient présents, avaient été convoqués tout exprès pour, Ramily et mon beau-père.

J’ai répondu presque grossièrement – le Dieu de ma mère m’en pardonne ! Et l’on s’est quitté en « pure perte » – on voulait me faire renoncer à ma Politique.

Bon Dieu ! parce que je dis que la Politique des partis sème la discorde et les plus fratricides luttes, l’on en veut maintenant à ma petite famille – moi compris !

Alors ! allez-y, Messieurs mes compatriotes ! Que je sois la première victime de ladite Politique – je m’en moque dès maintenant !

Mais demain, je vous le jure, demain, vous serez en pleine « Kermesse noire » (pour reprendre une belle trouvaille des Leblond) et, alors, les feux de la frénésie éteints en vous, en vous voyant des bosses et après avoir été mainte fois au cimetière enfouir vos morts, vous penserez amèrement à moi, à nous, qui ne verrons plus rien, sous les herbes, de ce que je prévois ici.

29/9/36

Hier, un attentat fut sur le point d’être commis. Le premier attentat politique.

Sur la personne d’un obscur vicaire malgache, le P. Emmanuel Randrianasy.

Œuvre ratée d’un fou, d’un ancien pensionnaire de l’asile, du nom de Raberiaka (Jérôme ou Gustave).

À l’essence, à la mode espagnole.

J’ai vu en rentrant tout un attroupement devant l’Église de mon quartier. Croyant à quelque office, j’ai suivi mon chemin. Sans plus.

Ce ne fut que ce matin que j’ai tout appris.

Je n’y insisterai pas outre mesure, d’autant plus qu’il s’agit d’une tentative avortée.

Mais le fait donne à penser ; et, si nous avions ici une administration plus énergique… Glissons. Haut la tête.

Demain, ce sera peut-être notre tour.

Une vie de moins. Qu’est-ce ?

Ne pensons même pas à l’homme qui eût pu être d’action. Qui se fût, dans tous les cas, honoré à l’être – mais qui, « fidèle à son douloureux programme »…

5/10/36

Les élections ont eu lieu ici hier. Des élections pour rigoler, il est vrai – mais, n’empêche ! elles n’en furent pas moins sérieuses, et graves (si le mot était juste), en ce sens que c’est le sort de la Colonie qui est engagé, qui va être joué, pour quatre ans.

Étaient sur la ligne, tentant chacun sa chance, pour notre circonscription, notre zone : MM. Lassalle, Mager, Poletti et Dosimont.

Le premier, frère du président de notre Cour et lui-même Député des Landes. Une haute personnalité financière et politique. Qui a, dans tous les cas, et pour tout résumer, beaucoup d’autorité et d’influences à la Chambre.

On peut convenir qu’il n’a rien fait, directement, durant ses mandats successifs, pour la Colonie. Il n’aura cependant pas manqué de travailler indirectement pour nous. Il y était intelligemment secondé par son collègue Boussenot.

Le deuxième est un vieux singe – ou bien, pour dire vrai, pour ne pas être ingrat, un lion devenu vieux : un des pionniers de la Politesse madécasse puisqu’il arriva ici pour la première fois lors de l’Occupation – sinon avant. Il a même été l’auteur, le père, de la loi d’annexion..

Le troisième est un impotent : paralysé d’une main et d’un pied. Un ancien fonctionnaire subalterne, un ancien négrier effectif – un malgachophobe cent pour cent.

Personnellement je lui en veux parce qu’il eut la salope idée de vouloir ravir, au temps de nos amours, ma Carlotta. Il s’adressa à l’oncle qui, naturellement, déclina le message et l’offre, en prétextant que, dans la famille, nulle femme n’avait jamais accepté un mariage mixte – et si encore ç’avait été un vrai mariage ! Mais non, mon ogre était un homme marié.

Le quatrième, enfin, est un colon qui se pique d’être journaliste. Un candidat pour rire – et qui le savait.

Et c’est l’impotent qui a été élu avec une majorité écrasante.

La Justice, certes, est boiteuse – et ici, plus qu’ailleurs. Mais était-ce une raison pour qu’on envoyât un boiteux au Parlement ?!

Pauvres de nous !

Nous paierons cher, pendant longtemps, la « hardiesse » de nos citoyens…

 

Traduit de la Nuit, 10 et 30

 

10

 

Indro hianao,

mijoro sy mihanjaka.

Dilatra hianao, ary tsaroanao izany ;

nefa, raha ny marina, dia zanaky ny aloka tera-bao hianao,

izay mivoky fampandotsoam-bolana,

dia maka endri-batankazo miadana hianao

eo ambonin’ity tamboho iva dinganin’ny nofim-boninkazo

sy ny hanitry ny fahavaratra miato.

 

Mahatsiaro, mino fa misy faka mitsiry amin’ny tongotrao,

ary miezaka ary miolana toa bibilava mangetaheta

mankany amin-doharano ambany tany,

na mifantsika amin’ny fasika

ka mampitohy anao aminy sahady, hianao mbola velona

hazo tsy fantatra, hazo tsy voafantatra

izay manomana voa hotazanao ihany.

 

Ny tendronao

ao anaty volonao hetsehin’ny rivotra,

dia manafina ankanim-borona tsy àry vatana ;

ary rehefa miverina mandry eo am-parafarako hianao

ka fantatro indray, ry rahalahiko mpirenireny,

ny fifanilana aminao, ny fofonainao sy ny hanitry ny hoditrao

dia hampiteraka feon-kelatra saro-pantarina

hatrany amin’ny vavatanin’ny torimaso.

 

 

Te voilà,

debout et nu.

Limon tu es et t’en souviens ;

mais tu es en vérité l’enfant de cette ombre parturiante

qui se repaît de lactogène lunaire,

puis tu prends lentement la forme d’un fût

sur ce mur bas que franchissent les songes des fleurs

et le parfum de l’été en relâche.

 

Sentir, croire que des racines te poussent aux pieds

et courent et se tordent comme des serpents assoiffés

vers quelque source souterraine,

ou se rivent dans le sable

et déjà t’unissent à lui, toi, ô vivant,

arbre inconnu, arbre non identifié

qui élabores des fruits que tu cueilleras toi-même.

 

Ta cime,

dans tes cheveux que le vent secoue,

cèle un nid d’oiseaux immatériels ;

et lorsque tu viendras coucher dans mon lit

et que je te reconnaîtrai, ô mon frère errant,

ton contact, ton haleine et l’odeur de ta peau

susciteront des bruits d’ailes mystérieuses

jusqu’aux frontières du sommeil.

 

 

30

 

Zava-poana avokoa ve ireto tombantombana rehetra

izay te-hanome elatra antsika

ary mampanantena

fa hamabo Martiana vavy isika indray andro any ?

Zava-poana koa ve ilay nofy

izay namery an’Icare

mihoatra noho ny hainandro

nisotro ilay savoka mahagaga ?

Nefa tena fandresena azo antoka

no efa ambaran’ireto marika rehetra ireto

ifanaovan’ny tany sy ny lanitra

eo amoron’ny torimaso :

 

eto amin’ny vohistika velona,

hatramin’ny tranotomboka mahantra indrindra

no mamaly ny antso-afo

mipoitra eny amin’ny kintana terabao.

 

 

Vaines, toutes ces anticipations

qui veulent nous donner des ailes

et qui promettent

que nous séduirons un jour quelque Martienne ?

 

Vain aussi, le rêve

qui perdit Icare

plus que le soleil

qui but la cire merveilleuse ?

 

Mais quel triomphe certain

n’annoncent déjà tous ces signaux

que terre et ciel s’envoient

à l’orée du sommeil :

 

dans nos cités de vivants,

jusqu’aux plus humbles huttes

répondent aux appels de feu

jaillis des étoiles naissantes.


Date de création : 16/03/2011 12:51
Dernière modification : 23/06/2011 09:23
Catégorie : 2011 - Périphéries
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