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Economie - Michel HUSSON

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Économiste, spécialiste en économétrie, Michel Husson (1949) est chercheur à l’IRES (Institut de Recherches Économiques et Sociales).

Il nous a envoyé ce texte dans lequel il révèle un « grand secret » : l’économie ne serait pas ce qu’elle prétend être – une science.

Il dénonce le « grand bluff » qui consiste à faire passer des choix idéologiques pour des nécessités scientifiques, des règles du jeu arbitraires pour des théorèmes mathématiques. Sans doute plutôt que d’être la caution technique du pouvoir, sous couvert d’expertise, l’économie devrait-elle éveiller le citoyen, non pas lui transmettre, avec suffisance, la vérité économique mais l’accompagner, avec humilité, et à côté d’autres sciences sociales, l’aider dans le travail difficile d’invention de la société de demain.

 

Le grand secret

Michel Husson

 

 

 

 

 

 

Et si, tous comptes faits, l’économie n’existait pas ? Bien sûr, il y a toute une série de choses, de phénomènes et d’activités humaines que l’on peut observer, étudier et analyser sous l’étiquette « économie ». En ce sens, bien sûr, l’économie existe et on peut même dire qu’elle guide le monde, tout particulièrement ce monde dominé par le capitalisme, et qu’elle y décide de tout. C’est pourquoi d’ailleurs les économistes sont si arrogants, et pourquoi aussi leur discipline est ressentie comme impérialiste. En un certain sens, tout est économie et cette prétention est d’ailleurs poussée jusqu’au délire par la « science » économique la plus formalisée qui est intimement persuadée qu’aucune facette de la vie en société n’échappe à ses lois et à ses modélisations, que ce soit le crime, la corruption, ou la séduction.

Il existe bien sûr des contraintes économiques, qui résultent des forces productives accumulées de manière tellement inégale d’un pays à l’autre, et voilà pourquoi on ne demande pas un salaire minimum mondial à 1 000 dollars. Vouloir nier la réalité économique, en la balayant comme un discours vide sans importance, rendrait d’ailleurs un fier service à ceux qui entendent bien fonder la suprématie du capital sur le terrain de l’évidence.

Et, malgré tout, l’économie n’existe pas. Il s’agit là d’une vieille idée marxiste qui consiste à dire que « le capital est un rapport social ». Derrière ce que des milliers d’idéologues sont payés pour présenter comme des lois intangibles, voire naturelles, il y a en réalité des relations établies entre les individus qui composent la société. Qu’est-ce qui fixe le salaire, par exemple ? Certainement pas un théorème mathématique pur et parfait, mais plus prosaïquement une règle du jeu de la vie en société. Elle consiste à dire par exemple : tu travailleras pendant huit heures et en échange de cette journée de travail tu recevras un bon à valoir sur la richesse globale qui équivaut grosso modo à ce qu’un travailleur moyen met cinq heures à produire. Avec le reste, que nous nous attribuons pour services rendus, nous saurons faire œuvre utile en créant de nouvelles sources de richesse. C’est notre droit, et notre privilège, de choisir les domaines où il est urgent d’investir, en fonction de critères qui s’imposent à toi, évidemment, mais aussi à nous-mêmes.

Pourtant aucune loi économique ne détermine cet arrangement social. On pourrait aussi bien décider d’augmenter, ou de baisser, ou de distribuer autrement, cette fraction de la richesse produite qui revient aux salariés par différents canaux. On pourrait surtout imaginer d’autres choix quant à l’utilisation de ce surplus. Aucune loi économique absolue ne force par exemple à construire des cages à lapins pour les pauvres et de luxueuses maisons pour les riches. Aucune contrainte intangible n’oblige nos sociétés à consacrer plus d’argent à la publicité qu’à la recherche médicale. Chaque année qui passe, des milliers de choix sont ainsi effectués, qu’on appelle économiques, mais qui en réalité portent sur des relations nouées entre des gens. Au bout de longues chaînes compliquées, le fait que Monsieur Durand place son argent de telle ou telle façon aura par exemple pour conséquence le licenciement de Monsieur Dupont. Durand et Dupont pourront avoir le sentiment, l’un et l’autre, que ce sont des lois économiques totalement étrangères à leur libre arbitre qui déterminent l’enrichissement de l’un et l’appauvrissement de l’autre. Ils auront tort et raison à la fois. Ils auront le tort de commettre le péché de réification, qui consiste à prendre des rapports entre hommes pour des rapports entre choses (la pire des choses étant l’argent). Ils auront raison en ce sens que la société capitaliste a effectivement réussi à objectiver ces rapports humains en lois immanentes.

Monsieur Durand n’a pas vraiment intérêt à changer de point de vue, et Monsieur Dupont n’a pas les moyens de le faire tout seul. Il lui faut faire un pas de côté, en discuter avec Monsieur Dupond, se construire une vision d’ensemble de la société, bref entamer une pratique de classe qui n’a au fond rien de spontanée. Il faut prendre à rebrousse-poil les dogmes et les évidences de l’économie. Et, finalement, on est amené à faire de l’économie, mais pour mieux défaire cette économie-là qui fait obstacle à une vraie prise en main de la société par celles et ceux qui en sont les membres.

 

 

 

Pour citer cet article

Michel Husson, « Le grand secret », lrdb.fr, mis en ligne en février 2007.


Date de création : 19/02/2007 23:12
Dernière modification : 11/07/2007 13:54
Catégorie : Economie
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