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Politique - André BELLON

 

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Homme politique et écrivain, André Bellon est ancien député, ancien président de la Commission des Affaires étrangères à l’Assemblée nationale

Il nous a aimablement autorisé à mettre en ligne cet article paru le 26 octobre 2006 sur le site République ! Groupe de réflexion sur les questions républicaines.

Il y dénonce l’usage idéologique de l’expression « société civile » et son instrumentalisation au profit d’une nouvelle aristocratie. Loin de servir la cause qu’il prétend défendre – donner la parole à ceux qui ne l’ont pas – le recours à la dite « société civile » confère une « légitimité » politique aux intérêts privés ; se substituant au suffrage universel, il est un déni de démocratie.

 

 

 

 

 

 

Et Dieu créa la société civile…

mais le peuple inventa le suffrage universel

par André Bellon

 

 

 

 

Dans son discours d’adieu aux Français, Jacques Chirac a proclamé son refus de « brader notre modèle français », et son exigence de voir l’Europe devenir le garant de celui-ci. Il a rejoint ainsi l’ultra-gauche refusant la mondialisation libérale, le PS réticent à l’égard du blairisme et la résistance populaire face à une Europe symbolisée par la directive Bolkenstein. Comment comprendre cet attachement quand ce modèle est hautement soupçonné d’empêcher la France de trouver sa place dans le monde et de combattre le chômage ?

 

On trouve en France une conception de l’homme et la société qui a fait preuve d’une telle capacité à traverser les aléas de l’histoire qu’il serait illusoire de prétendre s’en affranchir. Les Français veulent aujourd’hui un statut comme dans l’Ancien Régime ils étaient en quête de privilèges. Les « hors-statut », les « précaires », sont perçus comme des sortes de hors-caste à qui est refusée une pleine appartenance à la société. C’est, en France, en tant que possesseur d’un état que l’on existe socialement, que l’on est « quelqu’un ». De plus, dans une France républicaine aussi passionnément attachée à l’égalité qu’éprise de hiérarchie, le statut est l’instrument magique qui permet de concilier les inconciliables. Qui dit statut dit hiérarchie : professeur agrégé et professeur certifié, vrai professionnel et « technicien de surface ». Mais, si les droits et prérogatives attachés à la position de chacun, si modeste soit-elle, sont pleinement respectés, si, protégé par son statut, le petit peut tenir tête au grand, si il peut du moins éviter que celui-ci ne le traite selon son bon plaisir, une sorte d’égalité symbolique de dignité est atteinte. Les Français croient infiniment plus à cette forme d’égalité qu’à l’égalité devant la loi, chère au monde anglo-saxon.

 

Ceci dit, la défense de notre modèle social sert trop souvent de prétexte à l’immobilisme. Le refus de déchoir peut dégénérer en défense pied à pied du moindre privilège. On a parfois au moins des doutes ; quand certains (tels les conducteurs de métro) affirment que la pénibilité de leur métier exige une retraite précoce mais refusent de se reconvertir avec l’âge ; quand d’autres (tels les intermittents du spectacle) refusent d’admettre qu’il doit exister un rapport entre le nombre de ceux qui trouvent leur gagne-pain dans un secteur d’activité et le nombre d’emplois que ce secteur propose. Il faut alors réformer.

 

Mais comment séparer le bon grain de l’ivraie ? Plutôt que de chercher à maintenir un modèle social proprement français, l’adoption en France du fameux « modèle danois » (les entreprises peuvent licencier facilement, mais les salariés sont très bien indemnisés et vigoureusement épaulés quand ils cherchent un emploi) ne ferait-elle pas l’affaire ? En fait une des conditions de l’efficacité danoise est l’intensité des pressions qui y visent à faire accepter, spécialement aux jeunes, les emplois qui se présentent ; il n’est pas question au Danemark de dire qu’on est ceci ou cela et qu’on n’acceptera pas un emploi indigne de sa qualification. On voit mal la France suivre cet exemple sans autre forme de procès. Si l’on veut vraiment aller de l’avant et ne pas se heurter à des résistances sociales insurmontables, il faut se soucier, beaucoup plus que cela n’est fait au Danemark, de raccorder les exigences du marché et les questions de statut. Quelques expériences ponctuelles (on pense par exemple à l’expérience d’Arcelor qui a attiré l’attention en 2005) montrent que cela n’est pas impossible. Encore faut-il que ceux qui consentent à occuper des postes plus modestes que ceux qu’ils perdent n’aient pas le sentiment, comme c’est trop souvent le cas quand ils sont l’objet de « plans sociaux », d’être jetés comme des malpropres. Entre d’un côté une vision pure et dure du fonctionnement du marché du travail, selon laquelle chacun, responsable de son « employabilité », n’aurait qu’à se satisfaire de ce qu’il résulte pour lui du jeu de l’offre et de la demande, et de l’autre le maintien indéfini des « droits acquis », une voie se cherche encore. C’est dans la mesure où elle prendra vraiment corps que le « modèle social français » pourra, plus qu’un boulet, redevenir une promesse.

 

 

Pour citer cet article

André Bellon, « Et Dieu créa la société civile… mais le peuple inventa le suffrage universel », (2006), lrdb.fr, mis en ligne le 1er mars 2007.


Date de création : 01/03/2007 09:30
Dernière modification : 08/07/2007 19:38
Catégorie : Politique
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