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Sciences Politiques - Olivier DUHAMEL

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Professeur de droit constitutionnel à Sciences Po et ancien député européen, savant et politique donc, Olivier Duhamel  est aussi chroniqueur quotidien sur France Culture. Homme d’analyse et de convictions, il a pourtant toujours refusé, dans les amphis, au Parlement comme derrière le micro, aussi bien les analyses neutres et confortables que les convictions partiales et infondées.

Il a pris le temps de lire le texte de la conférence de Didier Gauvin sur la démocratie d’opinion [1] et nous a très aimablement envoyé cette « petite réplique ».

Il se demande si l’on ne doit pas en inverser la thèse. La politique est-elle subordonnée aux médias qui lui imposent donc sa logique et ses contraintes de type marchand ou bien est-ce, au contraire, les médias qui sont devenus dépendants du pouvoir politique qui neutralise leur prétendu contre-pouvoir ? « Audimat et diversion » pourrait-on sous-titrer. N’est-ce pas finalement une même dénonciation – celle de la domination du pouvoir financier – et une même crainte – celle du recul du sens critique – qui animent ces deux textes ?

 

Le politique et le journalistique

Petite réplique à Didier Gauvin

Olivier Duhamel

 

 

  

 

Sur bien des points, je me sens en plein accord avec Didier Gauvin. Aussi limiterai-je ma modeste contribution à vos réflexions à un thème, la démocratie d’opinion, et dans ce domaine, à lui porter contradiction, en forçant le trait, juste pour stimuler la discussion.

Partons de son point de départ :

« Hypothèse : le champ politique est aujourd’hui de plus en plus intégré au champ journalistique : il en fait partie. D’où le caractère décisif du fonctionnement du champ journalistique pour la structuration moderne du champ politique. Parce qu’ils ont perdu l’autonomie de production et de diffusion de leur information, les partis politiques sont devenus hautement dépendants des médias ; les hommes politiques (leurs attachés de presse) proposent, les médias disposent. ».

Tentons l’hypothèse strictement inverse : parce qu’ils ont perdu l’autonomie de production et de diffusion de leur information, les médias sont devenus hautement dépendants des politiques. Explicitons. En apparence, les médias ont conquis une autonomie plus grande : suppression du contrôle étroit du pouvoir politique sur la télévision et la radio, prolifération des chaînes publiques et privées, développement de groupes privés, etc. Malgré cela, deux facteurs contraires pèsent très lourdement. Du côté de la presse, la concentration des journaux, la raréfaction de leurs ressources, le poids accrû, direct ou indirect, total ou partiel, de grands groupes capitalistes. Et du côté de la télévision, la dépendance vis-à-vis de la recette publicitaire mais aussi des règles (ou du financement) qui dépendent du pouvoir politique.

Ne doit-on pas repérer, par exemple, dans la campagne présidentielle, de fortes inégalités de traitement entre les candidats,et pas seulement, comme le souligne Didier Gauvin, entre les deux « grands » du duopole Sarkozy-Royal, mais aussi, au sein de ce duo, entre le candidat UMP et la candidate socialiste. Il suffit pour s’en convaincre, de se livrer à un examen un peu précis du traitement des « erreurs » commises par l’une et l’autre. Pour la candidate de gauche, nous avons eu droit à un véritable feuilleton sur ses « bourdes », accouplé à la campagne de l’UMP visant à la disqualifier, à démontrer qu’elle n’avait pas la compétence requise pour exercer la fonction présidentielle. Quant au candidat de droite, ses erreurs furent à peu près passées sous silence, et, en toute hypothèse, jamais reliées à une interrogation sur sa « compétence ». Il fallut attendre François Chérèque pour souligner l’incroyable ignorance que révèle l’affirmation selon laquelle la moitié des Français sont payés au SMIC, alors qu’ils ne sont que 16%. Et la bévue fut bien peu relayée. Ne le fut quasiment pas la méconnaissance d’Al Qaida, le candidat, par ailleurs ministre de l’Intérieur n’étant pas en mesure de préciser que cette mouvance est sunnite, et non chiite.

Que nous démontre cet exemple ? Que l’indépendance journalistique s’est assez considérablement réduite dans notre pays. Qu’elle est assez en deçà de celle qui existe dans les autres démocraties européennes ou aux États-unis. Naguère, le « grand quotidien du soir » aurait immédiatement relevé ces erreurs, et naguère il donnait le ton aux journaux télévisés. Ces deux caractéristiques ont disparu, par atténuation de la dimension critique chez le premier, et transformation profonde des seconds en clips de faits divers ou évocation sur le mode soit people soit sportif de l’élection présidentielle. La presse remplit de moins en moins sa fonction de contre-pouvoir, tandis que les journaux télévisés, avec les faits divers, font diversion.

En vérité, il faut revenir au début de la proposition de Didier Gauvin, c’est-à-dire à l’imbrication entre le champ politique et le champ journalistique. Les deux font système, chacun a perdu son indépendance vis-à-vis de l’autre. Le monde médiatique impose ses exigences audimateuses, tandis que le pouvoir économique favorise la fraction politique qui se trouve le plus proche de lui.

La question de la démocratie d’opinion soulevée par Didier Gauvin comporte bien d’autres aspects très importants, qui animeront longtemps réflexions et débats. Il s’avère particulièrement stimulant de le faire sans tarder, et de suivre la campagne présidentielle pas seulement pour mieux déterminer ou fonder notre choix, mais aussi comme un révélateur de la nouvelle manière de faire de la politique qui se met en place, et de la façon d’en rendre, ou de n’en pas rendre compte.

 

 

 

 

Pour citer cet article

Olivier Duhamel, « Politique et journalistique. Petite réplique à Didier Gauvin », lrdb.fr, mis en ligne en mars 2007.



[1] Conférence du 17 février 2007, « La place du politique en France : déclin des idéologies et montée de la “démocratie d’opinion” », en ligne sur lrdb.fr. On lira aussi, à la fin de cette conférence, la réponse de Didier Gauvin à Olivier Duhamel.


Date de création : 06/03/2007 00:34
Dernière modification : 12/07/2007 07:31
Catégorie : Sciences Politiques
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