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Communication - Philippe BRETON

Philippe Breton, docteur en sciences de l’information et de la communication, est chargé de recherche au CNRS et enseigne à l’Université Paris I Panthéon Sorbonne.

Spécialiste de la communication et des nouveaux médias, notamment internet, il nous a envoyé ce texte dans lequel il s’interroge sur la télévision. Les nouvelles émissions politiques à la télévision ne provoquent-elles pas l’effet inverse de ce qu’elles prétendent apporter, c'est-à-dire non pas l’information et la participation mais le rejet et le repli ?

 

 

 

Pourquoi les émissions politiques à la télévision provoquent-elles en nous un tel malaise ?

 

Vous aurez sans doute remarqué comme moi que la télévision a inauguré un nouveau genre d’émission politique, à l’occasion des présidentielles. TF1 nous offre le lundi soir une sorte de face-à-face entre un homme politique et un amphithéâtre rempli de « citoyens ordinaires » tirés au sort. France 3 nous propose un schéma plus complexe mais basé sur le même principe, mettre des hommes politiques en face de citoyens qui leur posent des questions directement.

Au fond, se dit-on, pourquoi ne pas donner la parole aux électeurs et leur permettre de s’adresser avec le minimum de médiation possible aux hommes politiques qu’ils sont chargés d’élire ? Tout cela a l’air apparemment démocratique. De plus on a l’impression d’être dans l’air du temps et d’avoir une sorte de télévision participative.

Mais cela n’entame en rien le sentiment de malaise et de léger écoeurement qui nous saisit en regardant ces émissions. Quelque chose cloche. D’abord on le voit bien, c’est une occasion renouvelée pour la télévision de faire du spectacle. Les mises en scène sont soignées, attractives, les couleurs chatoyantes, on pourrait presque regarder sans écouter. Ensuite on voit bien que les gens ordinaires qui sont là, même s’ils sont tirés au sort, ne sont pas tout à fait spontanés. Il y a un petit côté formaté qui contraste avec ce que l’exercice annonce.

On croit savoir qu’en fait, dans les heures qui précèdent l’émission, ces gens ordinaires sont travaillés au corps par des équipes de spécialistes, pour qu’ils ne disent pas quand même n’importe quoi. Du coup les questions sont assez standardisées, voilà une personne qui parle au nom des infirmières, qui est elle-même infirmière, et qui demande au bout du compte ce que l’homme politique qu’elle a devant elle, va bien pouvoir faire pour elle, précisément, et puis on passe aux kinésithérapeutes avant de s’attaquer à l’inévitable chef d’entreprise d’une PME. Au bout du compte on n’y croit plus.

Et cela donne à ses émissions un air de « qui veut gagner des millions ». La culture TF1 déteint bien évidemment y compris sur ses émissions politiques. Cette mise en scène témoigne d’un certain mépris pour les gens, réduit à n’être que les porteurs de cahiers de doléances à court terme.

Elle témoigne aussi d’un certain mépris pour les hommes politiques, enfermés dans le rôle de ceux qui distribue des millions. Le débat, ici, frise le niveau du sol. Il est sans doute vrai que la plupart des candidats, dont les programmes sont très proches, n’ont pas grand-chose à offrir comme vision et comme perspectives de changement. Mais les gens ont des choses à dire qui ne se résument pas à cette parodie de jeux télévisés.

Comment expliquer ce nouveau style ? En fait il est tout à fait conforme avec cette ambiance qui imprègne de plus en plus ces élections présidentielles et qui constitue une nouveauté pas très agréable, la démagogie. La plupart des grands candidats jouent de plus en plus sur le registre de la démagogie qui est une mise en scène de « moi et les autres », au niveau le plus bas possible du débat, et en jouant sur le registre de la fusion, du « je vous ai compris, je suis comme vous ». Cette véritable tare de la démocratie se déploie avec bonheur, si l’on peut dire, dans l’univers télévisuel, qui a fait du plaire sa vertu marketing essentielle.

Les candidats tout simplement sérieux, ceux qui parlent de l’intérieur, paraissent du coup marginalisés. Tout cela n’est pas une bonne nouvelle car le sentiment d’écoeurement que l’on a en regardant les émissions politiques à la télévision pourrait bien conduire certains à des formes de rejet qui ne sont guère souhaitables et qui elles n’auraient plus rien à voir du tout avec la démocratie.


Date de création : 18/03/2007 23:50
Dernière modification : 18/03/2007 23:51
Catégorie : Communication
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