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ILE MAURICE - Polémique de Chazal

Malcolm de Chazal, parutions « récentes »

 

Polémique à propos de la parution récente des deux livres de Bernard Violet sur Malcolm de Chazal : À la rencontre de Malcolm de Chazal et Malcolm, La Princesse et le dromadaire, Éditions Philippe Rey, 188 p., 16 € chacun.

 

− La présentation élogieuse de JMG Le Clézio

« Malcolm de Chazal, poète sous tension », JMG Le Clézio, Le Monde, 6 octobre 2011

− La réponse critique de Robert Furlong, Président du Malcolm de Chazal Trust Fond

« Pour contrer la dictature des égouts », Le Mauricien.com, 11 octobre 2011

 

Pour compléter on pourra lire ou écouter sur lrdb.fr

− Malcolm de Chazal, présentation et anthologie

− « Malcolm de Chazal, un artiste intégral », conférence de Robert Furlong

−  « Malcolm de Chazal, poète et artiste intégral », Robert Furlong

− « Malcolm de Chazal : corps de l’île et poétique du fragment », Serge Meitinger

 

 

« Pour contrer la dictature des égouts », Robert Furlong, Le Mauricien.com, 11 octobre 2011

Cela faisait longtemps que Malcolm de Chazal n’avait eu les honneurs de la presse française, notamment ceux du Monde des livres qui en 1974 avait, sous la signature de Franck André Jamme, salué « le retour du magicien » lors de la parution de L’homme et la Connaissance.

 Le plus récent en date est celui du Magazine Littéraire de septembre 2011, intitulé Malcolm de Chazal, le magicien mauricien. Et voici que la machine s’emballe en ce début d’automne parisien 2011 et que plusieurs signatures – et non des moindres – s’associent pour mettre en valeur l’œuvre chazalienne. Là où le bât blesse est que cette mise en valeur part de produits très contestables fraîchement sortis des presses d’une maison d’édition. Le concert de louanges entourant la parution de deux ouvrages signés Bernard Violet chez l’éditeur Philippe Rey est largement disproportionné au regard de leur contenu.

Qu’en est-il au juste ? Le premier ouvrage s’intitule A la rencontre de Malcolm de Chazal qui n’est que la réédition sous un autre titre de l’ouvrage intitulé L’ombre d’une île Malcolm de Chazal paru en 1994 à l’Éther Vague à Toulouse. Mis à part un changement de dédicace, une réécriture maladroite de l’introduction devenue ‘prologue’, plusieurs photos en moins (et de moins bonnes) et un entretien inédit avec le poète-président sénégalais Senghor, cette réédition n’apporte rien de nouveau. En 1994, la parution de cet ouvrage méritait d’être saluée comme un événement : les chazaliens et le public en général découvraient tout à coup de nouvelles clefs pour comprendre Chazal et, surtout, pléthore de photos de celui qui n’aimait plus être photographié. Par contre, la recherche a évolué et cette réédition nous apporte la preuve que l’auteur tente de nous faire prendre des vessies pour des lanternes. En effet, l’édition de 1994 nous présentait sept textes inédits de Malcolm de Chazal que l’édition de 2011 reprend. Entre temps, cependant, il est apparu que deux d’entre eux, présentés comme des réflexions isolées, ne sont que des parties d’une plus vaste réflexion sur Le Message de Sens-Plastique, dont la Fondation Malcolm de Chazal détient aujourd’hui le manuscrit grâce à Martine Hatswell, que Malcolm de Chazal écrit en août 1960 et que la Fondation a publié in toto dans le numéro 25-26 de la revue mauricienne L’Atelier d’écriture (juillet-août 2011). Mais sans doute l’auteur l’ignorait-il !

Le second ouvrage, détestable pour le moins, intitulé Malcolm, la princesse et le dromadaire, est une œuvre de paparazzi tournant autour de la rencontre de 1969 entre Malcolm de Chazal et la Princesse Indira Devi – la deuxième rencontre, car Malcolm de Chazal et la Princesse s’étaient déjà rencontrés brièvement à Maurice en 1968 fort heureusement en l’absence de M. Violet. En 170 pages plus quelques annexes, l’auteur de cet ouvrage va s’efforcer de – dit-il - « replonge(r) dans (s)es souvenirs lointains » et dans ses « archives de l’époque » pour en sortir « un Malcolm de Chazal ébouriffant » et ajoute-t-il, goguenard, « tout y passe : grossièretés, délires, manigances » sur fond d’images de cette rencontre avec, pour commentaires, des aphorismes de Malcolm de Chazal. Mais, au bout du compte, une fois ces 170 pages lues en dépit de leur voyeurisme désagréable et de leur constante détermination à cultiver l’effet du paparazzi déversant le contenu d’une poubelle pour se faire valoir, qu’avons-nous appris ? Que pouvons-nous tirer de cette insistance nauséabonde à transformer Malcolm de Chazal en une espèce d’épouvantail, de comploteur, d’enfant mal élevé se complaisant dans de basses intrigues ? Apprenons-nous un élément, un seul, qui permette de mieux apprécier l’auteur de Petrusmok, le révélateur de cette île Maurice mythique qui manquait à notre imaginaire ? Non : nous avons seulement perdu notre temps et 32 euros… Violet rend hommage dans son avant-propos à son « éditeur tenace » : vous me permettrez de ne pas m’associer à cet hommage !

Finalement, heureusement que pour nous, insulaires confortablement et heureusement loin de ces acrobaties tendant à faire prendre des vessies pour des lanternes et des nullités pour des génies, nous avons eu notre événement à notre humble échelle. Il y a eu notre modeste 2011 année Malcolm de Chazal pendant laquelle 200 personnes ont entendu une conférence inédite sur Malcolm de Chazal et la politique, 600 collégiens à travers l’île ont été sensibilisés à cet artiste intégral, 300 enfants de 10 à 14 issus de villages et de quartiers ont peint à la Malcolm, 700 spectateurs ont assisté aux représentations du 1er Festival du théâtre chazalien sortant de l’ombre deux pièces jamais jouées datant de 1954, plusieurs inédits ont été publiés en France et localement avec pour la première fois des volumes de contes, … et j’en passe !

Comme Malcolm de Chazal l’écrivait en 1970 dans Le Mauricien concernant la révolution de l’art qu’il apportait, « que ce message vienne de l’île Maurice – ce point dans l’océan – c’est cela qui est extraordinaire ». Et, finalement, le seul à avoir raison est encore Malcolm de Chazal ! Dans Autobiographie spirituelle (dont Christophe Cassiau-Haurie et moi avons assuré l’édition chez L’harmattan en 2008 suite au don généreux et désintéressé du manuscrit par Jeanne Gerval-Arouff), Malcolm de Chazal écrit : « Ce papillonnement c’est tout Paris. – Le brillant prime sur le profond. »

Vous saviez la vérité, déjà, il y a 35 ans ? Merci, Malcolm : laissons donc les parisiens à leurs conjectures.

 

************

 

« Malcolm de Chazal, poète sous tension », JMG Le Clézio, Le Monde, 6 octobre 2011

La parution, aux éditions Philippe Rey, de deux essais sur Malcolm de Chazal est un événement qu'il faut souligner. D'abord parce qu'ils apportent sur le grand poète moderne de la langue française un éclairage nouveau, plus près de la personne réelle, plus humain. Particulièrement sur la relation de Malcolm avec les femmes, et sur son amour pour une femme d'exception, Indira Devi, appelée ici "princesse" - Malcolm a toujours usé de beaucoup de pudeur à ce sujet. On savait le poète mauricien misogyne, farouche, malhabile. Lui-même, dans ses carnets, s'est confié sur cette réputation détestable : "A l'île Maurice, écrit-il en janvier 1949, je suis calomnié, vilipendé, accusé et flétri à chaque seconde. (...) Une des calomnies est que je suis un impuissant sexuel, farce absurde, mais qui devient sinistre quand on sait que le sexe chez le génie est lié à l'érection spirituelle du cerveau." Il ajoute, sans fausse modestie : "Si l'on avait chargé le Christ d'impuissance, son œuvre n'aurait pas survécu."

Mais les deux essais de Bernard Violet sont un événement surtout parce que, plus de soixante ans après la parution de Sens-Plastique, Malcolm de Chazal reste un poète inconnu, méconnu, incompris du grand public. Que les critiques littéraires soient inconstants, cela ne saurait surprendre. A la fin du XIXe siècle, Arthur Rimbaud était considéré comme un poète mineur, et ce qu'on disait de lui était caricatural, un dévoyé, un voyou, un symboliste illisible, ayant fini dans la peau d'un trafiquant. On lui préférait Verlaine, voire Richepin ou Sully Prudhomme. Quant à Lautréamont, il s'en est fallu de peu qu'il ne sombrât complètement dans l'oubli, emporté par la vague du "frénétisme".

Malcolm s'est, d'une certaine manière, plu à édifier son image négative. Sa tenue vestimentaire, son refus des honneurs, sa grandiloquence comme ses sarcasmes, ont braqué contre lui la plupart de ses contemporains, qui n'ont vu que son apparence loufoque, sa provocation délibérée, sa caricature en somme. Tous ceux qui l'ont croisé ont retenu cette image, l'homme tiré à quatre épingles, petit chapeau et grosses lunettes, petit mimi (nœud pap') et tente de vacoas (cabas) dans laquelle il fourrait des liasses de papiers, pour parfois saisir une feuille vierge et y parapher trois mots d'une écriture impétueuse ! Peu avant l'indépendance de Maurice, il se lança dans la politique, prononçant des discours véhéments et incompréhensibles pour ses contemporains - mais ses articles dans la presse sont toujours d'une grande force logique et pleins de vérité. En somme, Malcolm figura bien dans la galerie des personnalités originales dont Maurice - comme la Cadaqués de Salvador Dali - détient le secret.

La réalité est tout autre. Lisant, relisant son œuvre, et à la lumière des remarquables entretiens que Bernard Violet publie aujourd'hui, on mesure la profonde authenticité du poète, son éthique, et la surprenante puissance de sa création. La grande affaire aura été pour lui, non pas seulement l'écriture fiévreuse et impérieuse de ce livre unique, Sens-Plastique, mais la vie tout entière, qui à la fois précède, engendre et justifie l'art. Publié à compte d'auteur, puis édité en 1948 en France par Gallimard, ce livre fut salué à sa parution par plusieurs esprits éclairés de l'époque : Duhamel, Dubuffet, Breton, et surtout Paulhan, qui osa même le mot de "génie, ce nom et aucun autre". Malcolm se crut un instant élu par le destin pour un renouveau de la pensée en Occident, sans doute comme d'autres y crurent avant lui, tels Swedenborg ou Nietzsche. Puis il fut délaissé par ceux-là même qui l'avaient encensé. On le lut, mais on le critiqua, on chipota, bref on se lassa - engouement éphémère.

A Maurice, dans des difficultés morales et économiques, Malcolm s'obstine, multiplie les messages, les missives (à Breton, Sartre, Guénon, Gandhi, Einstein), les appels. Chaque fois qu'il le peut, il défend publiquement son œuvre, qu'il juge plus grande que lui-même. "Ce texte inouï, commente-t-il, la poésie y touche à des plans inrêvés. La langue y subit une incroyable plasticité. L'immatériel y est géantisé." Il termine par cette vision : "Je m'attends à un effet foudroyant de cette oeuvre en France." Ailleurs : "Je dois vous dire que mon œuvre est une révolution, rien de moins." Après 1948, il se heurte à la frilosité de Marcel Duhamel, à son hypocrisie, car, au moment de le trahir, son éditeur lui écrit encore que "s'il s'abstient de défendre Malcolm en public, c'est par peur de dynamiter toute l'élite intellectuelle et écrivante de ce pays" (lettre du 15 février 1948). Dubuffet, lui, objecte les faibles ventes de Sens-Plastique, argument que Malcolm ne peut évidemment recevoir : "Pour moi, lui répond-il, vente est synonyme de diffusion (...). Je ne cherche pas le succès, la "popularité", le retentissement des "applaudissements". La vérité cloîtrée n'a aucun sens pour les illuminés et les êtres messianiques. Ils veulent répandre leur lumière sur le plus grand nombre, et c'est leur unique but." On mesure à quel point Malcolm de Chazal aura été la victime d'un malentendu, celui-là même dont souffre la littérature quand on l'oppose à l'industrie du divertissement.

La solitude, Malcolm de Chazal l'accepte comme sa souffrance intime. Trahi par Paris, moqué par les bien-pensants de son île natale, il jette ce cri : "Ici je nage dans une totale incompréhension, dans le summum de la solitude morale. Les gens ne croient pas plus en mon oeuvre qu'en la possibilité d'un chien d'articuler des mots."

Il continue sa lutte, contre tous les modes de pensée qu'il juge incomplets : le surréalisme, l'existentialisme. "Moi, j'accrois le "voltage humain" et je le projette dans la nature." Si sa condition de vie est moins que médiocre, il habite, dit-il, "l'hôtel aux mille chambres de la vie". Le surréalisme, qui l'a un instant sollicité, lui est aussi étranger "qu'un balbutiement inarticulé". A ceux qui en douteraient, Malcolm annonce : "Ma poésie est cohérente." Et à l'intelligentsia parisienne qui le piétine : "La littérature est trop politique et beaucoup trop littéraire. Les gens sont trop intelligents et pas assez sensibles. Les écrivains éblouissent trop et n'émeuvent pas assez." Quant à la critique, Malcolm la juge sévèrement : "Je préférerais de beaucoup le critique qui parlerait comme on parle à un enfant." L'on pense à Lautréamont (Poésies I) : "Je veux que ma poésie puisse être lue par une jeune fille de quatorze ans."

Guindé, chapeauté et lunetté

Aujourd'hui, soixante-trois ans après la parution de ce livre absolu, Sens-Plastique, il est encore possible d'être renversé, chahuté, bouleversé par la parole de Malcolm de Chazal, comme si cela venait d'apparaître. Bernard Violet, que Malcolm lui-même, avec son sens aigu de l'humour et cette capacité toute mauricienne à inventer des sobriquets, avait surnommé "le dromadaire des déserts chazaliens", nous donne à voir dans ces deux essais un feu d'artifice de réflexions, de définitions, d'axiomes, de paradoxes et d'interrogations qui tracent le portrait du génie de Floréal. Il nous offre aussi un rare portfolio de photos du poète (car Malcolm, comme Michaux, savait fuir la persécution de l'image). Certains de ces portraits ont acquis une légende, tel Malcolm parlant à Indira Devi, ou cette photo qui montre Malcolm guindé, chapeauté et lunetté arpentant à grands pas la plage de corail blanc du Morne (son désert ?). Images, monologues, interrogations qui ne sont pas vains car ils nous persuadent du lien incroyablement charnel qui unit pour toujours le poète de l'infini et du chaos de la Lémurie à ce petit morceau de volcan jailli de l'océan il y a cent millions d'années.


Date de création : 12/10/2011 07:32
Dernière modification : 05/11/2011 20:17
Catégorie : ILE MAURICE
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