« C'est ainsi qu'ils devisent / et la discussion / devient si difficile / qu'ils perdent la raison »,   J. Tardieu

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Art - Nicolas ROMEAS

Fondateur et directeur de la revue Cassandre, Nicolas Roméas se bat, avec énergie et inquiétude, pour faire comprendre que la question de l’art et de la culture est liée à des questions qui se posent dans d’autres champs, crise politique de la représentation, crise écologique, crise sociale… et qui se résument à l’hégémonie du marché et de la marchandisation. L’art est de l’ordre du symbolique et du relationnel, et ses productions, immatérielles et inquantifiables, sont une part constitutive de notre humanité. Perçoit-on suffisamment ces enjeux politiques de l’art ?

Il a bien voulu nous envoyer ce texte inédit sous cette forme.

 

 

 

L’eau et le feu.

 

Art. Si l'on veut que le mot ait un sens pour les générations à venir dans notre société, il faut d'abord que cette société reconnaisse fortement la valeur de ce qui est immatériel et ne se monnaye pas. Les idées, les mythes, les utopies, la mémoire, les formes de l'art et les émotions qu'il provoque et par lesquelles il s'inscrit en nous. Ce qui constitue au fond, depuis les Grecs, le fond même de ce qui nous est transmis d'une culture partagée. Un univers de signes et de langages qui agissent en deçà et au-delà du dicible et nous font exister autrement que comme producteurs ou consommateurs. Tout ce qui est de l'ordre du symbolique.

Quelle place ménageons-nous aujourd'hui à cette part essentielle de l'humain ?

Embarqués malgré nous dans une société de plus en plus matérialiste, chaque jour un peu plus inféodée au mode de vie et de pensée « anglo-saxon » qui n'accorde qu'une valeur très marginale au spirituel, nous sommes évidemment très loin du compte.

On peut indéfiniment se payer de mots en évoquant la « force de l'art » et ses vertus subversives (et on ne s'en prive pas), mais en réalité, du moment que nous acceptons de laisser progressivement s'imposer les contraintes qui transforment nos lieux de vie commune en espaces contrôlés où ce qui échappe à l'échange marchand est prohibé, le symbolique est condamné.

Il s'agit d'une lutte vitale entre deux conceptions de l'existence. La conception symbolique est le principal adversaire d'une vision du monde quantitative, « économique » au sens marchand, c'est pourquoi celle-ci s'efforce en permanence de la soumettre. Mais il y a une chose simple et essentielle qui ne se dit presque jamais : soumis à cet « économique », le symbolique disparaît. Pourquoi ? Parce que ces deux conceptions fondamentales de la vie en société sont comme l'eau et le feu : conférer une valeur marchande à un moment, un geste ou un objet artistique, c'est en détruire la valeur symbolique. Ce moment, ce geste ou cet objet n'ont de valeur qu'humaine, civilisationnelle. C'est ce qui est véhiculé dans l'entre-deux relationnel qui donne sa valeur au moment, au geste, à l'objet (qui n'est que la trace d'un instant). En quantifiant cela, vous en effacez la valeur symbolique, par définition inquantifiable.

Les arts vivants, ce n'est pas de la consommation. C'est du partage, de la relation, de la transmission, une transformation de notre relation entre individus et une refondation de notre lien au groupe. Une façon d'entrer en contact avec l'autre et les autres en passant par des symboles chargés de sens.

Pour que l'art puisse agir, pour que le symbole vive, il faut un état d'esprit, un climat propice au partage, au ressenti, à l'émotion. Chacun, en entrant dans un lieu d'art, doit percevoir que sa présence est irremplaçable, qu'il n'est pas là parce qu'il a payé un billet. Si l'on veut créer ce climat dans un lieu qui est en fait un lieu de commerce et de contrôle, on tombe dans le piège : ce que le moment artistique doit délivrer ne peut y advenir. On accrédite alors le fait que l'art peut être produit et consommé, ce qui est un mensonge. Lorsqu'il s'agit de production et de consommation, il ne s'agit pas d'art : l'essentiel disparaît. Il est important, par exemple, de rester dans une salle de théâtre pour parler avec la troupe et les gens présents. C'est important car cela montre que le théâtre (ou l'art en général) n'est autre que le vecteur d'une relation.

Tout est lié. Si nous laissons s'installer un climat ultrasécuritaire dans notre pays, il deviendra impossible que des pratiques artistiques agissent sur nos vies. Les artistes sont là pour rappeler notre humanité, c'est-à-dire notre fragilité derrière le rôle social, le costume, le masque. Ils sont les témoins du réel, un réel profond, fait d'émotion, de mémoire, d'imaginaire commun. C'est sur ce réel qu'ils agissent. Dans un contexte aseptisé où sont interdites les transgressions à un soi-disant « ordre » - qui n'est qu'un formatage de l'individu sur un modèle unique - ils ne peuvent agir sur ce réel. Ils ne peuvent que produire de l'ersatz, du divertissement ou une fausse provocation qui ne transforme rien mais légitime les contraintes de cet « ordre ».

C'est pour cela que les artistes vrais ont une forte attraction pour les lieux de « difficulté » où sont à la fois questionnés les cadres de l'art et le statut social de l'individu : les hôpitaux psychiatriques, les prisons, les lieux d'accueil de « sans domiciles fixes »… lieux de relégation où vibre la réalité de ce que nous payons pour une société qui exclut.

Si nous voulons que les arts soient vivants, il faut refuser de n'être que consommateurs, de n'être que spectateurs.

Pour que cela soit possible il faut un minimum de liberté, d'invention, d'inattendu, d'attention à l'autre. Dans un espace asséché, « sécurisé », où la flamme de l'échange est éteinte, où l'on ne peut décider de la façon dont les œuvres sont reçues et partagées parce que tout est sous contrôle et soumis à l'argent, agir sur la relation humaine est impossible. Le moment artistique est castré, désactivé, détruit, sa réception réduite à la consommation d'un produit moyennant une certaine somme, sans possibilité de dialogue avec ceux qui constituent le « public ».

Ces obstacles invisibles à la circulation de l'art et de la pensée dans la société française contemporaine sont les plus redoutables. Et ce sont ceux que nous allons devoir affronter. Contourner ou surmonter ces obstacles suppose de la part des responsables, experts et autres commentateurs, une véritable prise de conscience de ces réalités invisibles. Et un certain courage, celui de placer la défense des valeurs humaines portées par les pratiques de l'art avant celle de leur propre parcours professionnel. C'est pourquoi il y a en l'occurrence de quoi être assez pessimiste.

L’apparente incompréhension des vrais enjeux politiques de l’art dans la société contemporaine, de la part de nombre de ceux qui sont en charge des affaires culturelles de notre pays, est très inquiétante. Ces enjeux, s’ils sont ressentis par beaucoup, le sont souvent très superficiellement et ils ne sont pas affirmés ni explicités par ceux qui devraient s’y employer.

Tout se passe comme s’il ne pouvait jamais s’agir, pour la place de l’art dans la société moderne, que d’un alibi au service du pouvoir politique dans son acception la plus triviale. Une cinquième roue du carrosse qui peut aussi parfois servir de roue de secours.

Personne ne niera que la France reste (pour combien de temps ?) l’un des pays du monde les mieux dotés en matière de service public culturel. Mais le système dans lequel nous évoluons - qui n’a pas perdu son arrière-plan féodal - nous oblige à accepter l’attitude superficielle de responsables publics face à des questions essentielles.

Ce n’est pas, à vrai dire, que tous les politiques français n’entendent rien à l’art ni à la culture de leur temps. Souvent ils en ont même une connaissance assez nette, y compris des franges où s’inventent les expériences les plus audacieuses, qu’ils évoquent souvent, en privé, avec délectation. Mais ils semblent ignorer (volontairement ou non) qu’ils puissent en faire un autre usage que celui d’instrument de leur propre pouvoir. Ce qui, en même temps que d’une conscience de la puissance de l’outil, est la preuve d’une part, d’une grave sous-estimation de leur propre responsabilité, et d’autre part de ce que la culture et l’art ont de transcendant par rapport à cet usage séculier.

Leur désillusion, (ou plutôt leur manque endémique de réelle conviction) est telle, leur cynisme si profond, que, même ceux qui furent mus, à leurs débuts, par une croyance en la force de l’art, sont finalement incapables de relier ce qu’il reste de cette foi initiale à leur vision désenchantée du monde. Vision que l’épreuve des rapports de force politiques leur fait accepter comme seule réalité.

Campés sur ce constat d’échec, ils s’adonnent alors à une pauvre realpolitik une politique au petit pied indigne des combats passés de ce pays, qui les fait céder devant des puissances d’argent, mais aussi devant des « barons de la culture » dont la légitimité est bien plus ancienne et solide que la leur.

Il s’agit bien d’un abandon. D’un renoncement, qui est à l’origine d’une terrible « schizophrénie ». On adore souvent en privé ce que l’on prétend ne pouvoir soutenir publiquement, et l’on finance ce que l’on sait peu essentiel, mais sans risque, car reconnu. On constate, et l’on « fait avec » les rapports de force existants.

Or, ce dont nous avons besoin - si nous ne sommes pas aveugles ou rendus impuissants par la soif de confort -, ce n’est pas de constats, mais de courage.

 

Ce que l’on entend de plus en plus souvent, c’est que l’art est aujourd’hui sorti de la sphère de la liberté créatrice et de l’échange - de l’expression symbolique de la collectivité - pour entrer dans l’ère de la production/consommation. À laquelle il faudrait se soumettre. Ces constats présentés comme objectifs masquent le fait que la défense des valeurs artistiques et culturelles demande, toujours, une vraie volonté politique. Et que l'absence de cette volonté est en fait une volonté politique destructrice.

Et ce à quoi l’on nous invite, c’est bien au renoncement à toute volonté, considérée comme une tendre utopie, de replacer l’art au centre de nos préoccupations politiques. De lui rendre cette force agissante dans la société dont il fut pourvu à certains moments de l’histoire et qu’on lui dénie aujourd’hui.

Ce que l’on assène à ceux qui se battent pour créer de la beauté et du sens dans un dialogue avec des populations - qui ne sont pas seulement des « publics » -, c’est qu’il faut se plier aux normes, aux formatages, aux labels (fondés comme pour le marketing, sur le concept fictif et superficiel de « nouveauté ») qu'une presse presque entièrement « marchandisée » et des institutions mal vieillies, ne cessent d'inventer pour permettre aux artistes et aux équipes de trouver sans effort leur place dans un paysage culturel français aujourd’hui superbement « maillé ».

Et en effet, notre tuyauterie nationale est assez au point. C’est bien le moins après la bataille de la Décentralisation théâtrale, l’époque Malraux et la gestion des années Lang. Mais les plus beaux tuyaux ne suffisent pas à communiquer la joie ni à provoquer l’échange.

L’argent non plus, ne suffit pas. Il faudrait être en lutte pour autre chose que du prestige ou quelques miettes de pouvoir. Il faudrait un état d’esprit. État d’esprit qui induit généralement le refus des labels officiels.

Cette démarche politique qui consiste à ne rien changer au réel tout en prétendant être progressiste, suppose l’usage de mots que l’on a vidés de leur réalité : celui de « démocratisation culturelle », concept que l’on oppose généralement à celui de « démocratie culturelle ». Mais si le premier concept - la volonté de mettre les plus grandes œuvre de l’esprit à la disposition du plus grand nombre - est aujourd’hui considéré comme allant de soi, on oublie un peu vite que des hommes, dont Jean Vilar, durent en leur temps se battre pied à pied pour en pénétrer les esprits.

Et qu’un autre combat, aussi rude, s’ouvre aujourd’hui. Quant à celui de démocratie culturelle - rendre possible l’expression de la créativité de chacun - il est au mieux considéré comme une utopie régressive à peine digne d’un tardif accès de delirium post-soixante-huitard.

A quoi bon se battre pour une conception plus large et plus forte des pratiques culturelles ?

On nous incite à la raison. Il faut l’admettre : tout va pour le moins mal dans le moins pire des mondes possibles. Et la plupart des acteurs culturels, riches ou pauvres, le clament à l’envi, ils n’ont qu’un objectif : le théâtre citoyen, l’art dans la cité. Consensus délétère, dominant le microcosme français (parisien ?) de l’art et de la culture - qui paralyse en laissant entendre que tous sont en lutte pour la même cause. Qu’entre les différentes démarches il ne saurait y avoir de rupture, mais une implicite continuité qui verra les uns suivre le chemin des autres. Rares, dans ce contexte, sont ceux qui se risquent au dissensus.

 

Dans ces conditions, en effet, à quoi bon se battre pour une conception plus large et plus forte des pratiques culturelles ? Il suffit d’attendre son tour : la compétence et le talent finissent toujours par être reconnus...

Comment expliquer, dans ce cas, le comportement de boutiquiers (gérants d’épiceries fines ou de supermarchés) de tant de responsables de lieux culturels, faisant fructifier leurs acquis - sans aucune remise en jeu de la relation à l’art -, avec la perspicacité du revendeur madré qui sait calculer ses risques et par conséquent n’en prend pas ?

Comment expliquer que ce principe actif au cœur de toute œuvre : la stigmatisation de la pauvreté de nos existences, la valeur donnée au spirituel, au devenir humain, l’appel à la force collective du symbole, ne soit plus au cœur de leurs actions ? Est-il ici question de gestion, ou, comme l’a écrit Peter Brook, de relation ?

On voit ici la distinction entre une bonne gestion culturelle et une attitude artistique jusques et y compris dans la façon d’accomplir et de partager l’acte. Tout le monde ne se bat pas pour la même cause. Et le consensus en question mérite qu’on fasse plus qu’en dénoncer le caractère fallacieux : qu’on marque ici un point de rupture. Les mots ne sont pas innocents. Si nos adversaires emploient les mêmes, nous devrons en forger d’autres.

Tout et son contraire finissant toujours par devenir une mode, par servir des intérêts politiques ou de carrière, comment croire au poids de nos idées ? Comment, dans cet environnement débilitant, imaginer faire évoluer cette civilisation, dont un drôle de prophète nous a prédit que sans un regain de spiritualité, elle s’arrêterait ?

Debord marquait le caractère essentiel du combat sémantique dans la résistance aux normes sociales : « Pour nier la société », disait-il, « il faut attaquer son langage ».

Il ne s’agit pas aujourd’hui de nier, mais d’attaquer, certainement.

Cherchons nos mots et disons avec ces mots que l’art et la culture ne nous passionnent que dans la mesure où ils se préoccupent tous deux de notre existence. Dans la mesure où ils sont issus de - et s’adressent à - la communauté réelle des humains avec lesquels nous vivons chaque jour.

Affirmons que dans les campagnes et dans les villes de notre pays, des hommes et des femmes se battent pour contourner les obstacles, les labels, les normes, la non-reconnaissance, pour mettre en œuvre en temps réel l’échange artistique. Et que, si les mots ont un sens, ce qu’ils font s’appelle « art ».

Disons que le surgissement contemporain du phénomène des squats, friches reconverties, collectifs d’artistes, peut être de la plus haute importance, à la condition expresse que l’on garde un regard critique sur leur fonctionnement réel, que l’on en perçoive la dimension politique. Que l’on n’en fasse pas une nouvelle mode à suivre aveuglément, pour - sans plus de réflexion que jadis - se débarrasser du problème.

Le phénomène de récupération que l’on appelle « mode » fait perdre toute force à des démarches originellement subversives, favorise un état d’esprit entrepreneurial et « libéral », dans ces lieux où l’on espérait trouver un peu de sens et de pensée politique. Il serait salutaire - sans enfermer ces pratiques dans des catégories poussiéreuses -, de réfléchir sérieusement à la notion de cahier des charges, qui impose un devoir face à la collectivité et à l’argent public. S’il s’agit de lutter contre le consumérisme, ce devoir est, entre autres, de ne pas tout confondre. De savoir dans quelle direction on souhaite entraîner les pratiques partagées de l’art. Et, en conséquence, avec quels partenaires travailler.

Nous ne serons ni aux côtés d’un art valorisé par l’argent, favorisant la mainmise des nouveaux saigneurs de la mondialisation, ni de la renaissance du « socioculturel », concept forgé par des politiques qui avaient intérêt à éloigner l’art du champ social pour mieux piedestaliser une « élite ».

 

Nous nous battrons pour l’art et ce mot nous suffit.

Car il contient une exigence inextinguible d’interrogation humaine et politique.

 

La pensée essentielle qui, d’un créateur à l’autre, traverse l’histoire connue de l’art, montre à qui veut l’entendre qu’il n’y a aucun clivage qui tienne entre une activité créatrice à caractère social et une œuvre de nature « purement artistique ». Quelle que soit l’apparente distance provoquée par le détour symbolique, il n’y a pas d’art sans relation dialectique - passionnelle - au monde.

L’unique chance - en ce moment historique - de faire avancer la réflexion, c’est de revenir à la parole de l’artiste, tout en ouvrant la fenêtre à des modes de pensée extérieurs au ghetto culturel.

Voici l’un des plus puissants moteurs d’évolution dont nous puissions disposer : un lieu d’échange symbolique, d’aller-retour incessant entre la communauté humaine et elle-même, par le biais du poète. Voilà qui pourrait être pris en considération par ceux qui disent se préoccuper de l’avenir de notre civilisation. Voilà qui mériterait d’être hautement valorisé, lorsque l’on prétend se soucier de démocratie et de « lien social ».

Or, comme tout ce qui échappe aux critères marchands ou aux impératifs économiques visibles, on ne sait pas, dans les Villes, les Départements, les Régions, ou même l’État, mesurer la valeur et l’impact dans le temps, - un temps peu compatible avec les échéances électorales - de la culture et de l’art. Cette valeur incommensurable est invisible à l’œil du technicien.

Ce qui doit affleurer à la conscience de nos responsables publics - avec autant d’acuité que les drames socio-écologiques qui explosent tardivement dans les médias - c’est que la culture et l’art sont au cœur des questions vitales que doit se poser, si elle ne veut pas voir son proche avenir virer au cauchemar, une civilisation en passe d’être asphyxiée par l’utilitarisme généralisé et l’obsession de l’argent.

Si cette prise de conscience est laborieuse, c’est qu’analystes, chroniqueurs, journalistes spécialisés ou non, n’ont guère intérêt, comme l’écrivit Pierre Marcabru en évoquant l’hypothétique sincérité du critique : « à scier la branche sur laquelle ils sont assis ».

L’interdépendance socio-économique entre les acteurs dominants et les divers « commentateurs » - chez qui l’échange de pouvoirs est la coutume -, dicte la loi d’un conformisme faussement novateur, confiné à la sphère de l’« Art pour l’Art », qui réussit parfois à épater le bourgeois.

L’unique chance de faire avancer la réflexion, c’est de revenir à la parole de l’artiste, tout en ouvrant la fenêtre à des modes de pensée extérieurs au ghetto culturel. Les artistes ne peuvent échapper à la question. Beuys, Duchamp, Miro, Tàpies, Bond, Brook... tiennent ensemble ces extrêmes de la pensée qui permettent de ne pas oublier ce que l’art doit continuer à être pour ne pas mourir : un principe actif de notre vision du monde et de l’Autre.

La force commune de la transformation se constituera par capillarité entre des centres d’énergie complémentaires, encore trop cloisonnés pour se renforcer mutuellement. Il faut interpeller des sociologues, des ethnologues, des historiens, des philosophes, afin de relier les questions entre elles et reprendre conscience de la place de ces pratiques dans nos vies, notre histoire contemporaine. Le mouvement social, les interrogations de la science, celles des poètes, la pensée de politiques sincèrement engagés, nous sont indispensables.

 

Il nous faut être politiques.

 

Si nous voulons agir dans et avec l’ensemble de la société et non nous contenter de conforter quelques lobbies intéressés, ou une nouvelle « avant-garde » circonscrite à son territoire, il est essentiel de faire apparaître une vue d’ensemble des différentes avancées historiques.

Il est de toute première importance de relier la question de la culture à celles qui se posent dans d’autres groupes actifs de la société, notamment par rapport à la « globalisation » du commerce, à la « marchandisation » du monde. S’il s’agit d’une question de civilisation, la prise de conscience doit être aussi brutale en ce domaine que dans ceux de l’agriculture, de l’alimentation, de l’écologie, de la démocratie...

Cette révolution lente nécessitera de la témérité, de l’ambition, de la ténacité et du temps. Mais cette perspective laisse entrevoir une possibilité réelle de résister au monde parfaitement désensibilisé qui se construit sous nos yeux.


Date de création : 30/03/2007 15:40
Dernière modification : 18/04/2007 18:52
Catégorie : Art
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