« Terre qui vint à nous / Les yeux fermés / Comme pour demander / Qu'une main la guide. »,    Y. Bonnefoy

--- PRESENTATION ---

ECRIVAINS

2010-11 NORMAL

2009-10 DON ECHANGE

2008-09 LE GENRE

2007-08 LA VILLE

2006-07 LE POLITIQUE
+ 0. PRESENTATION
+ 1. Philosophie et politique
+ 2. Architecture & politique
+ 3. Sociologie & politique
+ 4. Théâtre & politique
+ 5. Entreprise et politique
+ 6. Psychanalyse (intro.)
+ 7. Psychanalyse politique
+ 8. Histoire et politique
+ 9. Economie et politique
+ I0. Art et politique

Brèves (archives)

Recherche





ILE MAURICE - Ananda DEVI - S. Meitinger

Télécharger au format pdf

 

 

Professeur de littérature à l’Université de la Réunion, spécialiste de Mallarmé, Serge Meitinger est aussi un amateur de littérature océanindienne. Loin du commentaire scolaire classique, il accompagne ici les nouvelles de la romancière mauricienne Ananda Devi, qui marient poésie et anthropologie, mythologie et sociologie en une sorte de métaphysique du quotidien. Étranges et familiers, ces nombreux personnages et ces événements divers posent, différemment, toujours la même question, celle du devenir humain tiraillé entre le poids d’un destin et l’envol du désir.

Ananda Devi a écrit une quinzaine d’ouvrages, elle a obtenu le prix des cinq continents de la Francophonie 2006 pour son livre ève de ses décombres, (Gallimard, 2006).

 

 

 

 

 

Le vol librement choisi de l’oiseau

À propos des nouvelles d’Ananda Devi

Serge Meitinger

 

 

 

 

L’épigraphe du troisième recueil, à ce jour, des nouvelles d’Ananda Devi et qui lui fournit également son titre : La fin des pierres et des âges, nous propose une phrase de Tristan Tzara, bien énigmatique : “… elle se doit de vivre le vol librement choisi de l’oiseau jusqu’à la mort et jusqu’à la fin des pierres et des âges…”. Cette citation fait en effet sentir un paradoxe : il y a une manière de contradiction entre l’injonction initiale qui semble en appeler au devoir tout comme à l’honneur qui engage et “le vol librement choisi de l’oiseau”. Quelle est donc la nature exacte de la liberté laissée à ce “vol”, puisque qu’il est comme imposé (de l’extérieur et/ou de l’intérieur) d’en adopter “jusqu’à la mort” la libre évolution ? On ne saurait mieux souligner que la liberté n’est jamais gratuite ou détachée de tout mais qu’elle éclôt dans et par un “choix” pris déjà dans une mouvance orientée. De la sorte, l’exigence où l’on est placé de choisir la liberté délivrerait tout en réassujettissant à un ordre ou à un cycle qui, paradoxalement, aurait besoin de notre liberté pour s’enclencher et s’accomplir “jusqu’à la fin”. C’est une étrange et difficile conception de la liberté, toujours considérée dans son acte, et qui efface doucement l’habituelle opposition entre nécessité et libre-arbitre. Chez Ananda Devi, en effet, même les êtres naturels (un arbre, un lézard) choisissent d’accomplir ce qui passerait pour la pure et simple loi de la nature. Et, de la même manière, les humains, de leur côté, ne subissent pas plus leur destin qu’ils ne l’inventent, quelle qu’en soit la figure, bonne, heureuse ou maléfique. Car cette invention n’efface pas le côté noir, abrupt, mortifère de la destinée : elle lui fait sa juste place mais elle peut aussi l’intégrer au mouvement d’ensemble et induire ainsi l’élan vers une transcendance qui arrache à ce monde physique en déployant la fécondité du mourir et/ou en accomplissant un sacrifice parfois lié à une initiation qui est une véritable épreuve engageant tout l’être. La rédemption de la sorte entrevue par l’homme agissant ne se sépare pas d’un libre choix et qui est d’acquiescer au cours même de ce qui arrive et que l’acte fait venir et parachève. Il y va certes au total d’une foi et dans la présence surplombante d’une volonté comme d’une justice transcendantes et dans la puissance déterminante d’un récit — du récit — dont certaines modalités renvoient à la mythologie indienne comme au christianisme mais l’écrivain met cette foi à l’épreuve du texte qu’elle écrit quand elle ne met pas, explicitement, le texte même, comme “méta‑nouvelle”, à l’épreuve de cette foi !

La loi naturelle ou la libre nécessité

Dans la nouvelle Lézardicide (in La fin des pierres et des âges), c’est un lézard domestique qui parle et nous suivons avec minutie les investigations d’une conscience inquiète s’efforçant de se faire une juste idée de son sort, de son monde. Placé en marge, dans un univers dominé par ce monstre terrifiant et protéiforme qu’est l’homme, l’animal évoque un destin peu enviable dont les voies et les habitudes sont strictement déterminées par une systématique stratégie d’évitement : il faut échapper au regard de l’être humain animé d’une fureur “lézardicide” dès qu’il voit la bestiole. Cela dessine, pour cet être vivant potentiellement apte comme tous les autres à occuper la quasi totalité de la nature, un monde lacunaire et limité dont les zones interdites restent infiniment prometteuses et tentantes bien que l’exigence de survie en implique le contournement. Le jeune lézard en vient à se demander si une telle vie (où la liberté doit délibérément se placer sous la plus stricte limite) vaut la peine d’être vécue et il envie et déifie quelque peu l’être qui lui semble échapper à ces contingences et qui pourrait même en être l’inventeur, en tant que maître-créateur de l’espace et du temps. Mais le même lézard, devenu adulte et éprouvant cet attrait d’abord indéfini par où commence l’instinct sexuel, découvre par ce biais une tout autre dimension qui lui révèle une vérité supérieure. L’instinct tel qu’il en vit l’éclosion en lui-même à partir d’un cri qu’il perçoit à la fois comme extérieur et intime n’entraîne nullement la précipitation et le déchaînement mécanique des organes, satisfaisant tout de go l’exigence de l’espèce. Au contraire l’accomplissement de l’instinct exige un apprentissage et un apprivoisement réciproques des êtres sexués qui s’unissent en une danse, certes réglée par des lois immémoriales et fixes mais que les deux partenaires sexuels ne parviennent à exécuter correctement et pleinement qu’à condition de s’y investir pleinement, avec toute leur capacité inventive, avec toute leur liberté créatrice :

“Cela fait plusieurs nuits qu’on s’exerce. Il faut bien que l’harmonie soit réalisée avant et comprise dans son ensemble. L’exécution du ballet n’en est que plus exaltante, plus ponctuelle, plus intuitivement rythmée. Puisque nous ne disposons que de quelques heures, d’un temps très limité par d’insolites contingences, cela vaut la peine d’y mettre tout l’effort requis.” (p. 93)

Ce faisant, l’individu “lézard” bien que remplissant le devoir de perpétuation de l’espèce, conduit son existence et sa liberté à leur “seule, unique signification” qui est aussi et d’abord pleinement sienne car elle est œuvre et effort, prise de risque et saut dans le vide… C’est l’invention la plus pure, destinée, dit le lézard, à “culminer dans un unique moment de communion qui viendra au bout du parcours, qui ne durera certes pas longtemps, mais sera le jaillissement de nos êtres en dehors de nous‑mêmes” (p. 109). Rien de mécanique donc dans la loi de nature qui passe pour une nécessité commune mais il faut une stricte combinaison d’art, de volonté et d’inventivité pour saisir l’instant juste où s’enclenche et s’ajuste les orbites du vivant :

“On attend une heure précise. Une heure ? Non. Plutôt une minute, une séquence de secondes parmi lesquelles une seule contiendra la combinaison exacte, la mise en marche du mouvement de rotation, comme une orbite enchaînée à sa planète.” (p. 93)

Les orbites du vif associent liberté et nécessité, l’enchaînement n’est pas arbitraire et strictement préétabli, il dépend d’une volonté qui s’ajuste selon une exactitude extérieure et intime, dont la vérité est supérieure à la nécessité comme au libre‑arbitre. C’est ce que semblent dire aussi, à leur manière, chez Ananda Devi, l’arbre et la tourterelle… L’arbre de la nouvelle qui ouvre le recueil Le poids des êtres, choisit de mourir en se déracinant lui‑même la nuit de Noël afin d’apaiser la redoutable querelle née au sein de la famille à qui appartient le jardin. Ce faisant, il apporte la paix, d’une manière qui relève du merveilleux (ce qui fait aussi du texte un conte de Noël), mais en même temps il respecte et magnifie la loi de la nature puisque, dans la même nuit, apparaît un bourgeon : sur “la place du vieil arbre, un jeune avait germé” assurant ainsi “la continuité des choses, le lien obscur et magique qui unifie tous les êtres vivants” (p. 7). Une conscience végétale a accompli en toute liberté le nécessaire passage : n’est-ce pas aussi ce que suggère à l’héroïne la tourterelle dans la nouvelle qui porte ce titre (in Solstices) ? L’oiseau a été comme le “dieu intime” d’une fillette grandie à la campagne et ce chant liquide qui l’emplissait lui a révélé aussi la puissance universelle de l’aimer auquel elle s’est vite livrée tout entière jusqu’à devenir prostituée. Une terrible maladie liée à son activité la détruit désormais et elle revient mourir à la campagne où le chant de la tourterelle, seul, l’apaise et la délivre de ses angoisses, de sa malédiction et des tourments d’une sensualité inassouvie car elle l’invite à acquiescer au mouvement d’ensemble, au “reflux des marées de sable”, au chant même de l’oiseau qui “déploie ses ailes au‑dessus des arbres, s’arrache la gorge à force de chanter et tombe, à côté, dans une vieillesse heureuse et inachevée, immortelle comme une goutte d’eau dans la mer” (p. 49). Que la petite prêtresse de l’amour qui a dispensé sa beauté à tous vents, qui a choisi de le faire, n’en regrette pas les conséquences puisqu’elle s’est offerte et sacrifiée à un mouvement qui la dépasse, englobe et justifie ! Elle a vécu l’épreuve et le sacrifice tout en inventant sa vie : n’a-t-elle pas droit de mourir dans la douceur avec le sentiment d’avoir accompli “ce qu’elle doit” et se doit ? Le chant et “le vol librement choisi de l’oiseau” lui en (re)tracent la voie. Combien de destins humains répondent ainsi à ce qui les dépasse, par des figures à la fois libres et nécessaires, convenues et tout à fait inventives, austères, monotones et pourtant pleines d’un bonheur inconnu, secrète et divine étincelle !

Des figures du destin ou l’invention

La nécessité qui engage la vie humaine relève plus du social que du naturel et la loi est celle de la famille, du clan, du groupe, de la classe, du sexe, de la race ou de la nation. Ananda Devi évoque souvent la vie étriquée et sans perspective des femmes d’origine indienne dans les classes les plus laborieuses de la société mauricienne où le poids des coutumes tribales et ethniques, rurales et religieuses s’impose sans aucune contrepartie possible. L’image de la claustration et celle d’un univers carcéral vont de soi. Pourtant cet apparent désespoir qu’aucune révolte factuelle ne saurait vraiment secouer est susceptible d’inverser son signe en des moments privilégiés où tout se rassemble dans un sens illuminé, dans la glorification de ce qui est. Dans Le don de Lakshmi (in Le poids des êtres) une humble paysanne voit, chaque année, lors de la célébration du jour de Divali, renaître en elle l’espoir que cette année la déesse la comblera enfin du don qu’elle réserve à ses fidèles les plus méritants. Bien sûr elle envisage d’abord ce don comme une gratification matérielle, un gain à la loterie, un héritage qui permettrait à elle et à sa famille d’améliorer leur niveau de vie et de participer enfin à la société de consommation. Un rêve prémonitoire lui assure d’ailleurs que cette année est la bonne ! Et le don lui arrive en effet mais pas du tout comme elle l’avait imaginé. Au déclin du jour, juste avant la fête, le monde s’éclaire soudain pour elle avec une intensité inconnue : “Il lui sembla qu’elle n’avait jamais vraiment regardé les choses autour d’elle, et que, aveugle, elle recouvrait la vue au moment précis où la nature acquérait sa plus étincelante beauté” (p. 48). La révélation a lieu et la déesse offre à sa fidèle adepte l’image vivante de l’emboîtement “autour d’elle, en une étroite chaîne de connivences, [des] éléments disparates de sa vie” (p. 49). L’unité est manifestée et rassemblée dans “l’immense trésor d’amour caché au fond d’elle-même” et les lampes qui s’allument une à une lui révèlent un à un ses biens les plus précieux, les visages épanouis de ses cinq enfants… Le don de la déesse a été de lui révéler que sa vie en apparence si terne, si peu gratifiante, si insignifiante ne cessait pourtant d’inventer et de perpétuer la seule richesse qui vaille, celle de la vie qui ne trouve son sens et sa justification qu’en elle-même, celle de l’amour qui sous‑tend et invente à tout moment cette poussée vivante. Une autre nouvelle intitulée Une vie banale (in La fin des pierres et des âges) dit la même chose mais a contrario. Une femme de cinquante-cinq ans, d’une classe urbaine et un peu plus aisée que la paysanne mais à peine, se retrouvant veuve, découvre la solitude après les longues années d’une vie entièrement dévouée à l’entretien de sa famille. Ses enfants, deux fils qui l’ont largement déçue, sont loin et vivent en étrangers vis-à-vis d’elle. Elle entre dans un temps et un monde de liberté dont elle ne sait que faire. Le bilan de sa vie est négatif car elle a l’impression de n’avoir rien bâti, rien créé, tout perdu, même l’amour de ses enfants et son amour pour eux bien qu’il y ait, dit-elle, “une éternité d’amour dans une mère” (p. 70)… Et cette liberté qui vient trop tard et pour rien, elle comprend qu’elle n’est pas tout à fait la vraie… La vraie eût été, outre les quelques moments de détente volés au monde carcéral qu’elle éprouva comme sien, celle de mieux coïncider, dans le moment même de son effort quotidien, avec l’amour qui en elle inventait chaque jour, sans le savoir, et de se laisser porter par lui (mais, juste à la fin, sur le seuil de sa maison, le rire de son voisin qui l’étonne et amuse va peut-être ouvrir quelque chose de nouveau…). La même force libre et inventive de l’amour se fait jour, positivement cette fois, dans les deux vieillards amoureux de la nouvelle Le Bois vivant (in Le poids des êtres) et elle va naître ou renaître chez Vasanti qui laisse enfin un homme lui parler dans l’autobus et accepte son invite (Vasanti, ibidem). Toutefois, bien que cette force traverse victorieusement et la nécessité naturelle et la contrainte sociale, il s’agit ici encore, malgré l’épreuve quotidienne vécue et assumée, malgré la monotonie et une apparente insignifiance, du versant éclairé de la vie, de la spire illuminée du cycle vital : il faut aussi tenir compte de l’autre versant, d’une tout autre spire, de l’obscur décours qui conjugue la haine, la souffrance et le mal et où le sacrifice est plein de douleur et parfois de sang mais susceptible aussi de procurer une manière de rédemption.

Impouvoir et humiliation ou la destruction

Habile à faire surgir, fût-ce en filigrane, ces moments privilégiés où apparaît la plénitude inouïe et heureuse qui caractérise le mouvement de l’amour prenant conscience de lui-même et de son pouvoir sur le tout comme liberté nécessaire, Ananda Devi connaît et déploie tout aussi nettement que le cycle du bonheur possible, celui de l’impouvoir et de la haine auquel elle voudrait souvent substituer celui du sacrifice et de la délivrance. Dès la première nouvelle de son premier recueil Solstices, datée de 1974, Les Cerfs-volants, une petite compétence, l’habileté d’un gamin à réaliser et à animer des cerfs-volants, se trouvant humiliée par le surgissement impérieux d’une concurrente plus jeune et plus douée, l’enfant s’arrangera pour éliminer physiquement sa rivale : l’envol final, quasi métaphorique, de la fillette emportée par le trop grand cerf-volant machiné par le garçon est l’image d’une haine active et efficace dans son désir de vengeance. De nombreuses autres nouvelles lieront impouvoir, humiliation et destruction : Ganesh (in Le poids des êtres) est un enfant que son aspect physique (ses cheveux crépus parmi les cheveux lisses des indiens de caste) voue à la bâtardise et à la vindicte sociale qui s’y attache ; bloc de souffrance humiliée, il étranglera dans son lit son père putatif et peut‑être bien réel ; le héros africain du Fuyard (ibidem), diplômé voué à la déréliction du chômage et du déclassement, tue la femme qui l’humilie chaque jour dans sa dignité et sa virilité par son attitude et ses sarcasmes ; le couple du Purgatoire (ibid.) dont chacun des membres s’exaspère de son impuissance sur la personne et la vie de l’autre s’invente in extremis, à l’agonie du jeune mari, une torture purement verbale dont le retentissement, pour la vieille épouse, sera plus fort que la mort ; le jeune homme qui, dans L’Étudiant (ibid.), est l’humilié absolu, est détruit, lui, par un pouvoir anonyme et féroce qui n’a rien à lui reprocher si ce n’est d’être une potentielle conscience de l’oppression. Car le despotisme du tyran et les flots de haine qu’il répand tout comme son mépris ricanant envers ceux qu’il humilie et détruit ne sont que les manifestations d’un impouvoir essentiel, de l’incapacité à maîtriser et autrui et le cours du monde dans leurs inflexions intimes : il en résulte une rage nihiliste portant sur la totalité physique de ce qui est, ce que métaphorise la nouvelle La mort du Président (in Le poids des êtres) par le pourrissement vivant du corps du chef suprême, devenu un cadavre ambulant. Le ministre, dont la nouvelle L’Antichambre (in La fin des pierres et des âges) nous fait connaître les multiples solliciteurs, est démasqué à nos yeux par la conscience de sa femme qui révèle son égoïsme, sa lâcheté et le pouvoir de destruction qu’il exerce sur ses intimes. Le mal est ici dénoncé et circonscrit et la mort qui est ou sera souvent l’issue de ces brèves intrigues semble sans appel ni rebond, la fin d’un cycle noir et négatif que rien ne compense, nulle part. Pourtant, même dans cet apparent triomphe du mal, il y a parfois quelque notation d’une tout autre nature que d’autres textes éclaireront. Dans Ganesh, le héros dont le nom divin n’est pas ici risqué au hasard revêt aux yeux du narrateur (un sage un peu marginal, imprégné de religiosité) une aura quasi sacrée : il a quelque chose d’un dieu vengeur, détenteur qu’il est d’une puissance noire mais pure, parfaite à sa façon. De même, le jeune Africain du Fuyard, poursuivi par les villageois qu’il vole pour se nourrir dans sa fuite, est paradoxalement soulagé quand ces derniers l’attrapent pour le tuer : il sent se réaliser, s’actualiser enfin une justice transcendante, terrible et brutale mais finalement rassurante :

“À présent, son tour était venu. En tuant [Marie-la-Chauve], il avait désigné sa propre mort. Il fut brusquement heureux de percevoir cet ordre intemporel. C’est bien ainsi, se dit-il, nous ne sommes pas seuls. Quelque chose nous contrôle et nous régit. Est-ce Dieu ? Est-ce le démon ? peu importe. L’important, c’est que nous ne soyons pas seuls, qu’il y ait une justice altière et incorruptible qui nous guette au tournant et nous attend pour nous décimer. Nous avons tous une gueule béante qui s’ouvre pour nous seuls…” (p. 156)

La question de ce “quelque chose”, qui est peut-être terrible et seulement terrible, ouvre le dilemme où se trouve vite pris celui qui veut envisager le mouvement du tout en sa réelle globalité et qui ne lâche tout de même pas l’idée ou l’espoir que, quelles que soient les circonstances, même les pires, ce qui nous attend soit juste au sein d’une “justice altière et incorruptible” à laquelle notre liberté collabore en inventant notre vie et que nous sollicitons sans cesse, dût-elle garantir et nous appliquer le plus dur châtiment.

Fertilité de la mort, initiation et sacrifice ou la délivrance

Si nous ne sommes pas seuls et que la mort subie, infligée, acceptée ou recherchée ne soit pas pure perte sans fond, pur non‑sens, parce qu’un ordre en régit la venue et la voie, un espoir est permis et cet espoir est sacré : il relève de la dimension que nous appelons “le sacré” et, dans le monde des nouvelles d’Ananda Devi, il s’enveloppe lui‑même de l’onction propre à cette dimension bien qu’empruntant librement et libéralement aux divers dogmes existants. Tout un groupe des nouvelles du premier recueil Solstices déploie cette tonalité religieuse voire mystique et propose un parcours quasi initiatique qui va jusqu’à une manière de sacrifice. Dans Ophélie, un photographe d’art, dont l’imprudence provoque le suicide de sa jeune amante, métamorphose l’image de son cadavre flottant sur les eaux en la figure mi mythique mi réelle d’une Ophélie rimbaldienne susceptible de perpétuer un type idéal de beauté et c’est comme s’il l’avait sacrifiée, dans sa religion de l’art, à la déité du Beau pour lui assurer une éternité tout esthétique. Les nouvelles qui suivent immédiatement : Le Cimetière et Les Immortelles, associent, elles, la mort et la tombe à la puissance innominée de la nature et de ses éléments, à l’“élan vert” qui traverse et transcende toutes les créatures de la Mère-Nature. La première met en rapport le sacrifice du Christ avec cet élan comme promesse de résurrection, la seconde semble plus proche de rites et de croyances indiens mais toutes deux s’achèvent sur une mort prématurée librement consentie et qui n’est que le premier pas dans un cycle nouveau et éternel. Toutefois ce pas au-delà semble exclure et dévaloriser l’ordinaire communion humaine et en particulier l’accouplement plénier entre homme et femme ; la puissance à la fois génésique et mortifère de la Nature laissée à son formidable cours se substitue à l’élan proprement humain matérialisé en la force virile dont l’essor a en soi quelque chose de divin. C’est pourquoi les deux dernières nouvelles de ce livre, allégoriques et mythiques, tentent de rétablir l’équilibre entre les deux élans, naturel et humain, qui ne sont pas contradictoires ou exclusifs. L’Araignée invente et promeut un mythe indien où Maya des illusions, belle, douce, illusoire et Sûrma, l’enfant à l’araignée, noire, violente, haineuse, plus que réelle, rivalisent autour du mâle humain, dont elles essaient l’une l’autre d’enchaîner la beauté qui tient en son harmonie la beauté même du monde. Maya l’emporte apparemment et sacrifie sa virginité à cet être “solitaire attentif aux appels de l’aube” (p. 115), lui ravissant d’ailleurs son extase. Et Sûrma, “petite étoile de meurtre, qui grandit, sous la poussée d’un vent d’opprobre” (p. 108), entreprend de se venger : pour ce faire, elle utilise les pouvoirs de l’araignée, qui, devenue immense, universelle sur son immense toile, rejette Maya au flux bourbeux des origines mais Sûrma se trouve balayée en même temps, n’ayant pas saisi qu’elle et Maya ne formaient de fait qu’une seule et même entité, unissant la joie, l’insouciance, la beauté radieuse des commencements pléniers et “la petite étoile vicieuse” (ibidem) qui est un concentré de haine et de meurtre. Reste l’araignée qui “s’achemine lentement, suivie de l’eau, vers l’homme endormi” (p. 116) : elle va retisser pour lui, à la fois avec et contre lui, la trame même du monde de la vie, gommant à ses yeux l’appel impérieux et innocent de l’aube pour accomplir “une mission”, “peut‑être destructive”. L’évanouissement toutefois des figures mythiques laisse l’homme seul avec l’araignée, sa conscience, et il récupère sa capacité de choisir entre l’illusion heureuse qui berce son désir et la douleur latente et noire du destin ; sa voie vers l’acte et l’unité de l’être reste à frayer. Ce qu’emblématise le cheminement initiatique et libérateur du Mausolée, ultime nouvelle du premier recueil, tendant ainsi à fonder un mythe. Le pèlerin progresse d’une manière quasi onirique vers un sanctuaire qui s’avère être un mausolée qu’il perçoit comme une ruine. Et il se sent coupable de l’état même du monument : ce délabrement résulte de son péché qui est d’avoir renié en lui‑même l’enfant, l’être des aurores, et d’avoir sous‑estimé la puissance génésique maternelle et naturelle pour se livrer à une débauche sans foi ni loi. Le beau petit garçon qu’il découvre sous l’arbre de vie au centre de l’édifice ruiné le lui apprend et, se réincorporant, au sens propre, l’enfant qui est son fils et sa propre innocence, le myste atteint la “délivrance”, “apothéose” et “absolution” (p. 129). Alors tout reprend sa place, le monument récupère son intégrité, l’ordre du monde a pardonné les incartades du pécheur. Le sacrifice, ici, n’est plus la mort réelle ou métaphorique assurant le dépassement mais le dépouillement du vieil homme et ce rajeunissement permanent de l’être qu’il faut à sa manière ne cesser d’accompagner.

 

Toutefois, ce mythe final et total où la part maudite est intégrée et dépassée porte en soi un optimisme métaphysique dont Ananda Devi ne conservera pas exactement la teneur : les deux recueils suivants promeuvent une visée plus déchirante du sacrifice, de l’oblation et une évidente incertitude se fait jour en ce qui concerne la réelle possibilité de délivrance visible et sensible. Dans le recueil Le poids des êtres, la nouvelle africaine La Petite de Ganvié conduit le cinéaste européen envoûté par la personne d’une petite marchande de fruits vers une mort sacrificielle où, à travers la figure de la petite et en raison de l’amour inexorable qu’il nourrit pour elle déjà morte, il s’offre à l’Afrique comme entité spirituelle et métaphysique. Mais cet holocauste résulte des tours et des ruses d’une magie ratée ; le sens même de cette fin semble reposer sur une méprise, sur une interférence néfaste entre civilisations. C’est, dans le recueil La fin des pierres et des âges, la nouvelle Le Chemisier rouge qui pousse au plus cruel la conception même du sacrifice. Visitant l’Afrique du Sud, pays opaque pour un étranger mais où, de fait, rien n’est jamais gratuit ni insignifiant, un Européen fasciné par l’invite écrite au dos de son chemisier rouge suit une femme qui le mène vers une installation minière où un conflit vient d’opposer ouvriers blancs et ouvriers noirs. Le corps ensanglanté d’un jeune Noir pend au dessus du campement comme un bœuf écorché et la contemplation de ce cadavre dépecé, qui paraît animé d’un mouvement intérieur, semble ramener les adversaires à la raison et au calme. L’on apprend qu’il s’agit de Victor, un ami proche de la femme au chemisier rouge, et que son acte sacrificiel a eu quelque chose de délibéré, qu’il s’est offert à la violence pour mieux endiguer la violence, pensant que la vue de son corps martyrisé ferait réfléchir l’ensemble des protagonistes qui tous l’aimaient et estimaient, pensant que son nom, son exemple et son image resteraient dans l’histoire de l’apartheid comme un jalon et seraient peut‑être même le pivot d’un retournement. Les plaisanteries douloureuses et quasi blasphématoires proférées à son encontre par ses propres amis, choqués et blessés en leur amour pour lui, et que ne contrebalancent pas tout à fait les prières et la grave sérénité de la femme au chemisier, laissent toutefois quelque doute sur l’efficacité de ce sacrifice volontaire et christique et sur la délivrance qu’il est susceptible d’apporter. Bien que, dans ce cas, “l’immolation de soi [puisse] aussi être un acte d’amour”, est‑il si sûr que “toute souffrance [puisse être] heureuse du moment qu’elle a une cause” (p. 92) ? Et cette cause (raison et motivation, sens potentiel et premier moteur), si l’on veut l’élargir, lui faire déborder les causes humaines, trop humaines pour lui restituer aussi, surtout un sens cosmique, universel, quelle forme et quelle allure revêtira-t-elle ? Sera‑ce, comme l’espérait le fuyard assassin, celles d’une “justice altière et incorruptible” ou celles d’un cycle à la fois naturel et transcendant, engrenant les rouages de la vie des éléments comme des espèces, des mers, des continents, du ciel et de la terre, de l’humain et des divers règnes naturels ? Ou celles, synthétiques, d’une justice de la vie même ?

Déchéance et devenir ou tout continue

Paradoxalement, les deux nouvelles du troisième recueil La fin des pierres et des âges qui s’avancent le plus loin sur cette voie, sont des récits de décadence et de déchéance, les chroniques amères et sereines à la fois d’une fin annoncée. Un Oiseau mort rapporte les derniers moments d’une tribu africaine que la sécheresse décime et le récit l’accompagne jusqu’à son extinction. Mais le plus intéressant pour nous c’est la façon dont les indigènes, une fois qu’ils ont compris le sens même de ce qui leur arrive, travaillent délibérément à parfaire leur anéantissement, y investissant leur volonté et tout ce qu’il leur reste de force. La sécheresse est attribuée d’abord, comme dans la plupart des sociétés traditionnelles, à une vengeance des esprits punissant une faute des hommes. Et les sages chamans travaillent à purifier et à expier, traquant méfaits et coupables. Rien n’y fait et la mort progresse. C’est quand les ultimes survivants voient s’abattre à leurs pieds un énorme oiseau multicolore qu’ils comprennent : cet oiseau est l’oiseau même de leur mythe fondateur, sa mort signifie donc la fin de leur âge, “leur donnant la preuve qu’une inexprimable volonté guid[e] le destin de l’univers” (p. 13) et alors, en effet, ils se doivent de vivre le vol librement choisi de cet oiseau jusqu’à la mort, jusqu’à leur mort (désormais proche) ; ils ont “le devoir” de “laisser être” leur fin en l’accompagnant librement, “de clore leur destinée, afin que ce peuple inconnu du monde ne laissât pas sur son passage des traces de mort et de destruction” (ibidem). À ce moment dernier, toute leur volonté se tourne vers leur propre holocauste, hommes et objets, toutes les traces vivantes et culturelles réunies sur le même bûcher ! Mais une fois le rituel parachevé, “un gros nuage, noir et boursouflé, s’avanc[e] à l’horizon” (p. 14) car la vie continue ici et ailleurs, sous une autre forme ou sous la même, quelle qu’elle soit, pour d’autres que ces êtres condamnés par une “justice altière et incorruptible” dont nul ne peut rien dire si ce n’est en un récit, religieux, mythique, épique, si ce n’est en une histoire inventée (fabriquée / découverte) qui se tienne et fasse sens. Le rituel radical mis en œuvre associe, avec une évidente connotation de pureté et de perfection, d’inventivité nue et de pur désespoir, l’esthétique et le métaphysique en ce point final placé à ce qui a fait vivre et mourir leur tribu, c’est-à-dire à un récit, celui de l’oiseau multicolore, fondateur de leur race, inventeur et destructeur de leur âge.

 

L’autre nouvelle, intitulée Herculanum, nous situe en une île Maurice repensée et revécue dans les termes mêmes de la mythologie propre à Malcolm de Chazal qui a animé l’île et ses montagnes en une géographie hantée, inspirée, transhistorique. Le narrateur sent venir sa fin et celle‑ci est liée à l’approche d’un cataclysme qui va ravager l’île pour la faire entrer dans une ère nouvelle comme, à l’origine de l’île présente, il y eut la catastrophe géo‑climatique qui, selon Chazal, engloutit le monde des Lémuriens. Mais cette fin annoncée est liée aussi au pressentiment d’“une autre vie, absurde, déracinée, qui annonçait le recommencement, qui”, dit le narrateur, “se mettait à grouiller de milliers de petites pattes velues contre les parois internes de mon corps et cherchait à déchirer l’enveloppe charnelle pour jaillir” (p. 127). Jouant les prophètes, comme Chazal aimait à le faire, le narrateur évoque au passage la naissance possible, probable, en ce monde rénové, de “l’homme‑arbre, plus simple et plus dense que l’humain” (p. 139) et son récit prémonitoire, qui écarte les images de l’Atlantide comme celles d’Herculanum parce qu’elles pétrifieraient d’emblée l’univers issu du cataclysme, s’achève, après l’engloutissement, sur une renaissance : “L’Hercule enseveli sous les cendres bouge lentement ses membres atrophiés. Sur le sable blond et mou, un mollusque s’éveille” (p. 141). La nouvelle s’amplifie donc en un récit mythique et cosmique mais à la différence du mythe du Mausolée, celui-ci ne promeut aucune délivrance personnelle : la leçon est que “tout continue” pour faire passer l’ensemble de ce qui est en une nouvelle phase métamorphique de l’être. La volonté, la liberté de l’homme apparaissent ainsi strictement engagées dans le mouvement du tout qu’elles ont à charge d’accompagner et d’actualiser, de contribuer à perpétuer. Et nous semblons nous tenir ici en équilibre entre l’optimisme métaphysique qui referme Solstices (parce que le renouveau envisagé reste tout de même prometteur) et la sombre justice qui règle souvent le sort des individus comme des ethnies (parce que la survie du tout efface et refond toutes les particularités antérieures, individuelles et collectives).

Entre quatre murs ou l’impossible sortie

Mais dans l’ultime texte de son troisième recueil, Quatre murs, Ananda Devi semble répondre en contrepoint et à l’optimisme métaphysique dont elle fit preuve à ses débuts et puis par accès, et au pessimisme souvent imprégné de réalisme dont elle tempéra ensuite son propos, ce, en nous situant délibérément, en une sorte de “méta‑nouvelle”, dans l’âme écrite d’un personnage. Cette vieille femme à sa fenêtre, “née à quatre‑vingts ans” (p. 145), comme certains personnages de Beckett, de par la seule imagination créatrice de son auteur, se révolte contre sa condition et elle souhaiterait se rassembler toute pour se tourner vers la porte, dans son dos, quasi interdite, et sortir enfin… Car, en guise de viatique, elle a tout de même été dotée (mais par qui ?) d’une “âme” vive et pleine d’espérance :

“Entre les visières de son existence carcérale, elle avait tout de même reçu un don, peut-être empoisonné. Le sens certain qu’un idéal, quelque part existait, et était peut-être à sa portée, pour peu que la porte s’ouvrît devant elle et à la vision illuminée de sa liberté.” (p. 151)

Mais un personnage n’a pas d’autre monde que celui que lui impose son auteur se soumettant lui-même aux règles du récit et à la “logique” qui régit “l’ordre des choses” (p. 149)… Un personnage n’est que nécessité et la vieille ici ne peut percevoir, de sa fenêtre, qu’un square sinistre enserré entre quatre murs d’immeubles, elle-même enserrée entre les quatre murs de sa chambre… Agissant contre cette claustration, elle réussit tout de même à se retourner, à ouvrir la porte d’un violent coup de pied mais c’est pour retomber, poupée disloquée, devant le spectacle d’“un kaléidoscope, reflétant la même image” (p. 153), celle du square désert et mortifère, à l’infini… Le texte n’a pas plus de dehors que le personnage de véritable libre‑arbitre.

Qu’est-ce à dire ? Non que l’auteur est libre d’imposer son arbitraire ou tout à fait prisonnier lui‑même de la contingence qui semblerait alors disposer de tout mais que nul récit n’est en mesure de quêter sa vérité en dehors de lui‑même, qu’il n’y a pas, pour une fiction, de poursuite en appel qui lui permettrait de tenir sa preuve d’une extériorité matérielle ou transcendante enfin mieux probante. Quand Ananda Devi écrit Le Mausolée, elle semble promouvoir une promesse rédemptrice et une possibilité de pardon qui viendraient de l’ordre même des choses ; quand elle écrit Le Chemisier rouge ou Un Oiseau mort elle décrit un état très dégradé de la destinée humaine qui tourne d’abord vers une image tristement réaliste du monde réel et de l’ordre des choses. Mais, Quatre murs le révèle, les nouvelles que nous dirions réalistes et pessimistes ne sont pas plus véridiques que le mythe de salut : elles sont issues du même jeu de suggestions, de connotations et de dénotations strictement liées aux mots et aux sens qu’ils véhiculent, et les personnages de ces différents récits dépendent entièrement des inflexions que leur délègue l’imagination créatrice de l’auteur. Un récit n’a pas de dehors et, si on le force à s’ouvrir brutalement, en dépit de son ordre propre, il ne pourra que (re)produire indéfiniment la même imagerie : texte, intertexte, paratexte, mimétisme et/ou mimique, on ne sort pas de la duplication et de la lettre…

Il faut donc se tourner vers l’intérieur du texte, vers ce qu’il s’y joue et déploie, en son intimité, de dynamique et de toujours moteur, d’encore inachevé, inarrêté, en considérer l’essor et le tracé dans leur détail inventif plus que la loi, “l’idée” ou la ligne droite de ce que l’on sait d’avance, plus que la finalité ou le sens ultime… Nécessité ou libre‑arbitre ? Ni l’un ni l’autre, ou les deux à la fois, comme dans le “vol librement choisi de l’oiseau” ! L’être naturel, l’être social, l’être physique et métaphysique ne choisit pas les règles, il les trouve, parfois ordonnées déjà en un récit fondateur ou en une table des valeurs, mais il ne les actualise qu’en se risquant, qu’en s’essayant, qu’en dynamisant sur son fonds propre, grâce à ses propres forces, le projet qu’elles esquissent de loin sans en imposer a priori le trajet, la courbe, l’envol et “le vol”… Le récit ne rejoint la vie qu’à cette condition intérieure, intime, pure : il se doit de vivre et de faire vivre jusqu’à son point final le vol librement choisi de l’homme-oiseau où “tout passe par le détail, les tours et détours, la densité de la langue, l’épaisseur du temps” (1).

 

_______________

 

(1) Leslie Kaplan, Le Psychanalyste, Depuis maintenant 3, Folio-Gallimard, Paris, 2001, p. 82.

 

 

Bibliographie de l’article

[Les trois recueils de nouvelles d’Ananda Devi cités dans l’article sont parus à l’île Maurice]

 

Solstices, Éditions Patrick Mackay, Port-Louis, 1976, (1e édition) ; Éditions Le Printemps, Vacoas, 1997, (2e édition, citée dans l’article).

Le poids des êtres, Éditions de l’Océan Indien, Stanley, Rose-Hill, 1987.

La fin des pierres et des âges, Éditions de l’Océan Indien, Stanley, Rose-Hill, 1992.

 

 

 

Pour citer cet article

Serge Meitinger, « Le vol librement choisi de l’oiseau. À propos des nouvelles d’Ananda Devi », (2004), lrdb.fr, mis en ligne en avril 2007.


Date de création : 06/04/2007 20:21
Dernière modification : 24/09/2007 15:40
Catégorie : ILE MAURICE
Page lue 4293 fois


Prévisualiser la page Prévisualiser la page     Imprimer la page Imprimer la page


En bref / En marge

Depuis décembre 2006

   visiteurs

   visiteurs en ligne


La_Revue, n°6

La_Revue, n°5

La_Revue, n°4

La_Revue, n°3

La_Revue, n°2

La_Revue, n°1

Océan Indien - voire +

^ Haut ^

Responsable et coupable : Arnaud Sabatier

Rigoureuse mise en œuvre : Patrick Boissière

Amicale assistance technique : Richard Muller

Affectueuse hotline polyvalente : Timothée Sabatier

Avec le concours généreusement efficace d’Icare de chez GuppY

GuppY, un créateur de site très recommandable


  Site créé avec GuppY v4.5.19 © 2004-2005 - Licence Libre CeCILL

Document généré en 0.8 seconde