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Littérature - SJ PERSE, S. Meitinger

La_Revue

 

n° 6, 2011-2012

 

 

« Vues d’ailleurs »

 

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« Vents de Saint-John Perse ou la récitation occidentale », Serge Meitinger

 

Écrivain et poète, Serge Meitinger est professeur de littérature à l’Université de La Réunion, il propose ici une analyse originale du recueil Vents du poète Saint-John Perse (a)

 

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(a) Pour une première rencontre avec le poète, on pourra lire sur lrdb.fr « Saint-John Perse, poète à la lampe d’argile. Présentation et extraits », Arnaud Sabatier

 

 

 

 

Vents de Saint-John Perse

 

ou la récitation occidentale

 

Serge Meitinger

 

 

 

 

Renouvelant en son siècle le genre de l’épopée, Saint-John Perse l’arrache délibérément à tout héroïsme monovalent, monolithique, cautionné par les valeurs restreintes d’un groupe national, ethnique ou culturel, pour l’élargir à l’humanité en son ensemble dont il veut célébrer et louer l’aventure, c’est-à-dire le constant dynamisme et la marche en avant. Cependant cet élan qui porte potentiellement à l’horizon, et ne cesse d’y porter l’homme, n’interdit jamais au poète de singulariser avec une justesse tout évocatoire. Ainsi il circonscrit dans la chair même de leurs aîtres, le lieu du prime essor, le cosmos historique, géographique et naturel où s’est nourrie l’envie même de partir, où a grandi l’appétit, sensible et sensuel, de conquête, où a résonné l’appel d’une quête et le lieu aussi d’arrivée, les îles, les continents et les paysages du désir, du rêve puis de l’initiation. Et c’est à plus d’un titre que l’on peut qualifier le vaste poème qu’est Vents (1945) d’épopée « occidentale » : l’on y voit l’humanité européenne — que l’on dit elle-même occidentale — happée par le besoin de s’ouvrir des terres nouvelles et un sort inédit en ce nouveau monde qui se tient à son occident. C’est comme si les vents d’ouest répandaient l’appel des territoires encore inconnus, éveillaient l’espoir de l’inouï et scellaient ainsi à leur façon le destin de contrées anciennes entrant, pour renaître ailleurs, dans une frénésie que l’on pourrait plus précisément définir comme « occidentée » (puisque l’on utilise le terme d’« orienté » pour la polarité adverse). Cette polarisation spécifique se place sous le signe du risque, de l’effort et de la difficulté, de l’ascèse, du travail et d’une certaine sécheresse à la fois spirituelle et minérale : la vitalité, âpre, y est celle des grands cycles naturels, des minéraux, des végétaux, des animaux, des courants marins et aériens, des vents donc toujours. L’aimantation qui tourne vers le couchant prélude d’ailleurs à une possible transgression, de la nuit, de la mort, du divin et du mystère de l’Être ; elle s’oppose à l’éclosion du levant, à l’accueil qu’est l’aurore et à la contemplation muette de ce qui vient avec le soleil. Le choix de l’Ouest engage donc une destinée qui déborde les contingences historiques de tout un continent et les circonstances diverses liées aux vies individuelles, pour situer ceux que l’on appelle les « Occidentaux » dans un particulier rapport à l’être même de ce qui est, dans un rapport qui est plus d’ingérence que de connivence, de maîtrise — voire de violence — instrumentale et instrumentée que de respect, d’équité et de gratuite complicité. Une telle destinée, marquée par l’âpreté et l’intransigeance, par une certaine agressivité aussi, est ici portée par une voix qui s’émancipe immédiatement de toute identité close, restreinte à l’individu, afin de manifester la vigueur, polymorphe et une à la fois, d’un agent multiple, d’un sujet collectif non assujetti aux limites de la finitude ordinaire. La voix qui tend à se confondre avec la force même du chant scande et récite plus qu’elle ne raconte, « incante » pour faire être, apostrophe et interpelle pour se susciter un autrui qui devient très vite un alter ego. La voix qui fait le choix de l’Ouest et accueille le message des Vents produit — fabrique, construit, modèle et module — le Chant et produit — fait venir sur le devant de la scène, manifeste comme être et/ou dans l’Être — un Maître du Chant, puissamment énigmatique et qui doit le rester.

 

La récitation — où la manière de dire importe autant au sens que ce qui est explicitement énoncé et raconté, où le dire est faire — est assumée, nous allons le voir, par plusieurs instances, entités, personnes ou personnifications quasi contradictoires parfois, mais tenues en une même équanimité qui assure le ton soutenu, grave et louangeur du poème. Nous tenterons d’en éclairer le jeu (comme on le dit, positivement ou non, pour les pièces d’un ensemble mécanique) et de cerner ensuite les diverses polarités de l’« occidentation » propre au mouvement d’ensemble, assumant une tension — voire une discorde — qui, loin de nuire à l’unité de la quête ou conquête, la propulse et promeut. Ce faisant, la récitation, proprement « occidentée », génère sa propre temporalité et se régule elle-même selon l’ordre de son discours, instaurant un questionnement pressant, presque obsédant, sur « l’instant » dans son rapport au « dire », sur la nature de « la chose même » et la capacité du poème à son endroit. Car le poète est homme du « vivre » plus que du bien dire ou du discours justicier qui tranche entre les antagonistes, du maintenant que du passé ou du futur et il se doit d’accompagner ses pairs et contemporains « sur la chaussée des hommes » en pleine alliance avec le Vent. C’est alors qu’il répond le mieux aux exigences du Maître du Chant, assumant avec lui « violence », « mésintelligence » et « litige », pour promouvoir les signes bifides d’une improbable conciliation.

Instances de la récitation

Le fond — voire le fonds — du texte est tenu par une instance que l’on dirait tout simplement « narrative » en contexte fictionnel : un narrateur omniscient entame un récit appuyé d’abord sur l’imparfait, le passé composé, le passé antérieur et le passé simple. On peut l’assimiler au « poète » ou à l’auteur, et celui-ci associe facilement à son monde le lecteur par un « nous » qui embrasse l’humanité. Cette instance ouvre et ferme le poème et ne cesse au fil du texte de reprendre la main :

C’étaient de très grands vents sur toutes faces de ce monde… (I, 1)

 

C’étaient de très grandes forces en croissance sur toutes pistes de ce monde… (I, 3)

 

Des hommes dans le temps ont eu cette façon de tenir face au vent… (III, 1)

 

…C’était hier. Les vents se turent. — (IV, 1)

 

Quand la violence eut renouvelé le lit des hommes sur la terre…

(IV, 7)

Toutefois, avant la fin du tout premier mouvement, de cette instance impliquée et discrète surgit une instance exposée qui s’exprime au style direct et promeut une dimension performative sur le mode du souhait et même de l’injonction :

Très grand arbre mendiant qui a fripé son patrimoine, face brûlée d’amour et de violence où le désir encore va chanter.

 

« Ô toi, désir, qui vas chanter…» Et ne voilà-t-il pas déjà toute ma page elle-même bruissante… (I, 1)

L’évocation du « désir » prenant forme de chant, ou s’insérant dans le chant comme dynamisme, passe du mode « récit » au mode « discours », passe du pur constat d’un fait pressenti et imminent à l’énoncé d’un vœu en voie de s’exaucer lui-même. Ici, le poète impliqué assume la responsabilité de cet élan verbal qui vaut élan performatif, associant dire et faire, dire et sentir. Le chant affleure, mais se soumet au maître de la page. Or, dès le mouvement suivant, cette attribution vacille :

« Ô vous que rafraîchit l’orage… Fraîcheur et gage de fraîcheur…» Le Narrateur monte aux remparts. Et le Vent avec lui. Comme un Shaman sous ses bracelets de fer… (I, 2)

Qui parle ici au style direct et à qui s’adresse-t-il ? Le poète impliqué s’adresse-t-il à ses lecteurs qu’il s’imagine pris dans le monde de son poème ou au « Narrateur » exposé comme une hypostase de son dire ? Ce « Narrateur », accompagnant son acte, parle-t-il à ses auditeurs ou « Écoutants », aux lecteurs et/ou au narrateur impliqué ? En particulier, à qui s’adresse la quasi injonction dont nous déchiffrerons ultérieurement la valeur temporelle exemplaire ?

« Et vous avez si peu de temps pour naître à cet instant ! » (I, 2)

Cette impatience, qui incite aussi à rompre « l’enchaînement du chant », à « se hâter » comme c’est le propre de la vie, à qui faut-il l’attribuer ? Il semble qu’un doute doive subsister sur le sujet même d’une telle profération qui s’autonomise et tend à incarner la pleine puissance d’un verbe actif et poussant à l’action. Il ne serait pas non plus absurde que le chant, ici, aille presque à se contredire et se comporte comme une unité en elle-même différant, reniant ce qui, en son mouvement, resterait tributaire d’une marche trop réglée et contraignante, toujours retardataire ; mettant en œuvre son propre déchirement. Le chant cherche certes à s’adjoindre le pouvoir ancestral de la divination, des songes et des rites pour s’assurer la « faveur du dieu » et pour « parler en maître », comme le souhaitent à la fois « l’Écoutant » et le double narrateur, mais il a surtout à forger d’abord la loi de son propre essor.

 

Ainsi le texte oscille entre récit et discours sans que l’usage des guillemets soit toujours déterminant pour discriminer les moments où l’un ou l’autre domine. Ainsi tel ou tel fragment au style direct a beau être attribué à tel ou tel locuteur censément discernable (I, 6) : le narrateur ou le « Narrateur », « le philosophe babouviste » ou bien le « Poète » (avec majuscule), la teneur de leurs propos ne se distingue guère et elle ne diffère pas de ce qui a été proféré plus haut par la voix inassignable ; c’est toujours le même appel à l’action et au départ, la même aspiration à l’ouverture et au « monde entier des choses ». Quand le Poète parle plus longuement en son propre nom (III, 5 et 6), l’on ne s’étonnera pas que ses mots reprennent des formules déjà consacrées. Ou, quand c’est le Vent qui s’exprime (IV, 5), les mêmes tournures résonnent toujours ! Un fond de discours l’emporte et impose une tessiture souvent uniforme, leçon seulement modulée et comme musicalement variée.

 

Le chant est pourtant capable de s’en prendre, parfois, au « poète » en personne (sans majuscule, cette fois) pour le rabrouer, le distinguant alors du « Poète » comme hypostase idéale :

« Je t’ai pesé, poète, et t’ai trouvé de peu de poids… » (I, 7)

Il n’y a toutefois que dans la troisième partie que les revendications prêtées aux différents conquistadores de la chair et de l’esprit (III, 2 et 3), tranchent, par leur désir de maîtrise matérielle et égoïste, par leur hybris, sur la leçon d’ensemble. À ce moment, les paroles s’individualisent en un rêve précis de domination, physique, spirituelle et intellectuelle, des êtres et des choses : il s’agit du désir des gens de Papauté et des grands Réformateurs, des illuminés de tout bord, des sectateurs et des spirites, des hommes de science enfin qui veulent arracher son secret à la nature :

« […] nous cherchons, dans l’amande et l’ovule et le noyau d’espèces nouvelles, au foyer de la force l’étincelle même de son cri !… » (III, 2)

Les mêmes iront, par « l’insulte et la menace » envers la matière, jusqu’à la transgression suprême exprimée en manière de blasphème (nous sommes en 1945 et la bombe atomique est devenue une effrayante réalité) :

« Tu te révéleras ! chiffre nouveau : dans les diagrammes de la pierre et les indices de l’atome… » (III, 3)

Ici, « l’Exterminateur », « mûrissant un extraordinaire génie de violence », fait désormais face à « l’Officiant » et mesure égale avec lui. Le « Poète », lui, nous ramène brutalement, en un geste salutaire, à la dimension même de l’homme « dans sa présence humaine » (III, 4) : la hâte qu’il célèbre n’est pas celle de la raison et du calcul violateurs de la matière et qui risquent d’anéantir notre terre, mais celle de la Vie.

 

Qu’est-ce à dire et quelle est donc la loi que veut promouvoir le chant ? Le chant, quand il se tient à hauteur d’homme et qu’à sa façon, il tient l’homme, assume l’élan vital, sans cesse réenclenché, qui est une dialectique d’essors contraires, discords, sans négativité ni synthèse. Le Chant est alors comme le locuteur de son propre dire, le sujet premier et principal de la parole poétique, car il parle la Vie et celle-ci n’a pas peur de la « discorde » ou de la « mésintelligence », ni de « l’erreur » ou de la « violence ». Au contraire, les « grandes forces en croissance » nourrissent leur croît de ces failles et dissensions, de ces combats à la fois intestins et cosmiques, internes et externes à l’humanité. La Vie n’a pas peur de la Mort et n’en fait ni son ennemie ni son contradictoire : elle la dépasse en l’englobant dans l’entièreté de son déploiement. La leçon est impitoyable, sans appel, pour l’individu tel que notre civilisation en particulier l’a fait naître ; sublime pour la race, l’espèce et la nature dans sa plénitude de cycle en expansion. Et le narrateur comme le « Narrateur » sont persuadés que pour les humains de notre vieux continent, de notre « Europe aux anciens parapets » (Rimbaud), le salut vient de l’aventure à l’Ouest, de la réponse favorable accordée aux Vents qui suggèrent cette direction, « ce sillage encore de splendeur vers l’Ouest » (I, 7). La marche vers le ciel du soir est « montée de choses incessantes », garante de « purs ferments d’ombre prénatale — fraîcheur et gage de fraîcheur ».

« Occidentation »

À l’Occident de notre origine et de notre désir, s’actualise la promesse d’un monde nouveau et toute la seconde partie du poème va déployer la munificence de ce continent, y traçant ou plutôt y perpétuant un mouvement d’attraction qui conduit toujours plus à l’Ouest en opposition à un Sud obéré par une vitalité foisonnante et dite « dépravée ».

… Des terres neuves, par là-bas, dans un très haut parfum d’humus et de feuillages,

Des terres neuves, par là-bas, sous l’allongement des ombres les plus vastes de ce monde… (II, 1)

À ces territoires considérés en leur force vive s’adjoint l’image d’« une Bible d’ombre et de fraîcheur dans le déroulement des plus beaux textes de ce monde ». Ainsi la Nature ne se sépare pas du dire et de l’écrire pour produire le jardin terrestre décrit par la Bible comme par les « grands Livres de Mécènes » et la découverte du nouveau monde accomplit une promesse en réalisant un rêve plénier qui est d’accroissement et de maîtrise dans la beauté du monde naturel. Toutefois, en ce cosmos inédit, se dessinent deux polarisations antagonistes, également attirantes mais divergentes : le Sud apparaît dans sa pléthore et sa touffeur tropicales comme un engluement menaçant dans les formes hypertrophiées du vivant, comme infatuation et infection, comme potentielle perdition, et c’est l’image des bayous et de la Louisiane qui transparaît ; l’Ouest permet un essor ascétique et continu vers une purification. D’une part l’évocation d’un excès et d’une déchéance, située moins sur le plan de la morale que sur celui de la juste perpétuation des lignées :

Ainsi dans le foisonnement du dieu, l’homme lui-même foisonnant… Ainsi dans la dépravation du dieu, l’homme lui-même forlignant… (II, 5)

De l’autre une épreuve bénéfique dont résultera une légitimité :

Nos routes dures sont en Ouest, où court la pierre à son afflux. S’émacier, s’émacier jusqu’à l’os ! à bout de vol et d’acier fin, à bout d’antennes et de rémiges, vers ce pays de pierre et d’os où j’ai mes titres et créances. (II, 5)

Les deux versants seront toutefois unis dans le Chant qui fera fleurir « nos écritures nouvelles, aux feuilles jointes des grands schistes » (II, 6) : il saura rendre compte de l’épopée réelle, associant à la visée idéale les intéressements plus grossiers mais tout aussi nécessaires. Et le Poète connaît et comprend la goinfrerie et l’hybris des conquérants soumettant à leur orgueil et à leurs faims les richesses des terres vierges et il prédit :

Aux porcheries du soir vont s’élancer les torches d’un singulier destin ! (III, 2)

Ce destin, « l’irruption du dieu nouveau », sera, résultant d’un besoin absolu de clarté et de maîtrise où le nom même d’Occident — en toutes ses dimensions — atteint son apogée, la conquête de l’atome. Le Poète n’est pas insensible à cet enthousiasme qui exalte le désir dans le sens de l’intellect, il n’est pas vraiment impressionné par « l’insulte et la menace en toutes langues » (III, 3), opposées par l’homme de science à la matière, mais il refuse ce qui risque de détruire l’humanité de l’homme même et de l’arracher à son « vivre » spécifique en favorisant outrageusement, et jusqu’au désastre potentiel, un seul versant de l’être et de la présence. Il récuse le privilège exclusif accordé au calcul, à la raison et à la logique au détriment du sentiment et de l’intuition, de l’imagination comme de l’« illumination du cœur » (III, 6). L’homme doit garder un lien puissant avec la réalité sentie et sensible et ne pas exclusivement s’obnubiler à propos du « chiffre perdu », du secret quantifiable de la matière et de l’être. Ce retour à l’humain, au plus simplement humain, risque pourtant de priver de l’un de ses ressorts essentiels l’élan vers l’Ouest qui apparaît alors dans son inutile démesure : à l’Ouest du nouveau continent, la côte du Pacifique une fois atteinte, qu’espérer encore de neuf en d’improbables et désertes îles de Pâques ? À quoi sert-il à l’homme d’aller seulement mourir un peu plus loin ? À quoi lui aura-t-il servi de venir enterrer sa vie dans des lieux et des rites surannés qui ne valent pas mieux, au total, que ceux qu’il a quittés ?

Une rupture, sensible en IV, 3, ramène brutalement au point de départ et renverse le sens de toute l’entreprise :

Et à celui qui chevauchait en Ouest, une invincible main renverse le col de sa monture, et lui remet la tête en Est. « Qu’allais-tu déserter là ?… »

Il ne s’agit pas, toutefois, d’une régression ou d’un retour à l’immobilisme des racines ; il faut à l’homme parti en Ouest se souvenir « de l’écart où maintenir, avec la bête haut cabrée, / Une âme plus scabreuse » (IV, 3). Et cet « écart », cabré et scabreux (par contagion phonique et sémantique), est assumé, même dans le monde du retour où l’on risquerait de reprendre les ornières que l’on a voulu d’abord fuir, par la force du Vent, par son appel repris et maintenu… Car « le Vent, ah ! le Vent ! sa force est sans dessein et d’elle-même éprise » (II, 6) et il n’a, en fait, à nous fournir que le modèle et l’exemple actifs de son allant perpétuel, de son essor sans pourquoi. Le Vent offre à notre visage, en lui s’ouvrant, la fraîcheur des départs et le désir des horizons, peu importe d’où il souffle et vers où il pousse : l’essentiel est de se tenir aux aguets, disponible, et de se mettre en mouvement, de se mettre en route, juste à temps pour saisir l’instant et le vivre. L’attention, la tension et la hâte, perceptibles jusque dans le monde du retour, ne sont pas tant le fruit d’une impatience effrénée et gourmande que celui de l’inquiète patience de l’Être. Tel serait le sens ultime et intime de notre « occidentation » !

« Naître à cet instant » c’est-à-dire à « la chose même »

Et si c’était alors la question du temps, de la temporalité plutôt, qui déterminait et la portée même de la voix, tenant le Chant qui vraiment chante, et l’orientation exacte de l’homme dans l’espace où il se situe par son élan ? La quadruple occurrence d’une expression fermement modulée comme un leitmotiv nous le donne à entendre. Dès le second mouvement de la toute première partie, nous avons vu apparaître, en l’énigmatique exclamation d’une voix s’exprimant au style direct, cette formule déjà citée plus haut :

« Et vous avez si peu de temps pour naître à cet instant ! » (I, 2)

Le vieil arbre du langage n’en finissait plus de ratiociner ses proverbes et clichés, de moudre la poudre des siècles et la cendre des coutumes, quand un coup de vent met soudain tout en branle, faisant se lever d’un seul bond le désir et le chant. Alors du narrateur inclus émane le « Narrateur » exposé, grâce à l’orage qu’il subit et/ou qu’il promet. Ce « Narrateur », harnaché en Shaman, s’apprête à célébrer l’Office même de la vie et il manifeste une impatience proprement humaine, apte à troubler le Chanteur, car la hâte devient le mot d’ordre quitte à « rompre l’enchaînement du chant » et l’homme, Narrateur, Chanteur, Shaman, vit alors, plus qu’une attente, un devoir envers l’instant. La promesse de « fraîcheur », d’absolue nouveauté, faite par l’orage et par le vent, implique de vivre pleinement l’instant présent, l’instant nouveau, chaque instant, comme émergence créatrice et non pas comme reprise, ressassement ou réplique. Ou de transmuer, sur le champ, toute émergence vive en présence continuée. Il en résulte une impression d’imminence et d’urgence à la fois qui suscite l’inquiétude et le doute : le Chant sera-t-il assez rapide et labile et habile pour saisir ce qu’il convient de saisir c’est-à-dire le neuf de l’instant ? Cette saisie n’est en rien établissement ou prise de possession, mais situation, position ou positionnement dans l’Être, naissance. N’est-elle pas l’« occidentation » même ?

 

Après la transgression qui a violé le cœur de la matière (III, 3), le Poète prend l’initiative de la rupture en rappelant à l’homme et à « son renouement » (III, 4), mais en refusant de trancher judiciairement le litige entre la rationalité débridée où peut porter l’esprit de conquête et l’humanité sensible et active se fondant sur l’intuition, le savoir-faire et le tour de main comme de cœur (III, 5). Ainsi son témoignage pour l’humain, qui est un appel au « vivre » pur et simple, reste tributaire du devoir envers l’instant et l’inquiétude persiste qui est elle du Chanteur : il lui faut célébrer l’« Enchantement du jour à sa naissance » (III, 6), l’incessante nouveauté de l’Être, qui sont aussi sa propre naissance à l’enchantement du jour, à cette nouveauté et à l’Être, mais :

« À moins qu’il se hâte, en perdra trace mon poème… Et vous aviez si peu de temps pour naître à cet instant… » (III, 6)

Se situant comme dans l’après-coup de la découverte du Nouveau monde et après même le triomphe de l’esprit de conquête, le Poète met pour un bref moment toute sa tentative au passé et rappelle ainsi la précarité de sa vocation, l’échec latent ou patent qui toujours le guette : ne pas réussir à faire coïncider le poème et l’instant, le poème et la vie, le poème et « la chose même » car :

Son occupation parmi nous : mise en clair des messages. Et la réponse en lui donnée par illumination du cœur.

Non point l’écrit mais la chose même. Prise en son vif et dans son tout.

Conservation non des copies, mais des originaux. Et l’écriture du poète suit le procès-verbal. (III, 6)

Cette exigence, à la fois ontologique, esthétique et éthique, réenclenche le processus créateur dont le Poète précise quelles sont les nouvelles conditions, au moment exact où il se situe dans son propre poème, c’est-à-dire dans la postérité des grandes conquêtes territoriales. Il accepte l’homme moderne dans son intégralité et dans son intégrité, avec son hybris, sa volonté de puissance, son avidité et sa culpabilité contagieuses, avec son appétit intact d’élan, de départ et de croissance, et, s’insérant par le « nous » dans la communauté présente et vivante, il l’accompagne pour faire du cortège où il se tient avec les autres le lieu toujours possible de la révélation même de l’instant, assimilable au « cri du dieu » :

Et le Poète encore est parmi nous… Cette heure peut-être la dernière, cette minute même, cet instant !… Et nous avons si peu de temps pour naître à cet instant ! (III, 6)

Le « nous », qui englobe le Poète dans l’humanité réelle, lui confère la charge éminente d’une lucidité collective et fait de lui une sorte de « Voyant », capable de faire éclore le vrai, même à l’ultime instant où le monde s’abolirait par la seule faute de l’homme. Le « cri perçant du dieu sur nous » sera peut-être le dernier et inutile avertissement car l’urgence a pris une tout autre tournure, insérée dans l’Histoire !

L’Histoire contraint à rectifier et l’orientation (l’« occidentation ») et la géographie :

… C’était hier. Les vents se turent. — (IV, 1)

La conquête est passée, il n’y a plus de territoires à reconnaître et à saisir en Ouest, « l’homme en mer » peut seulement faire reculer un peu le lieu de son dernier soupir. Est-ce à dire que tout s’arrête et que chacun se renferme en son clos originel ? Oui, si l’on veut désormais s’en tenir à des us et coutumes, à des racines, ou qu’on y revient comme superstitieusement. Non, si l’on sait rester à l’écoute du Vent et le plier ou le porter encore et toujours à la mesure de ses propres désirs et ambitions :

Et le Vent, ha ! le Vent avec nous, dans nos desseins et dans nos actes, qu’il soit notre garant ! (Comme l’Émissaire d’autres contrées, de l’autre côté des grandes chaînes désertiques,

Qui a longtemps couru et voyagé pour rapporter bouture de feu dans son pavot de fer ; ou qui s’avance, s’écriant : semences nouvelles pour vos terres ! vignes nouvelles pour vos combes ! Et les gens du pays se lèvent sur leurs maux.) (IV, 4)

Le retournement du cavalier parti à l’aventure vers l’Ouest a eu lieu et la tête de son cheval a été, de force, tournée vers l’Est (IV, 3). Toutefois, revenu, il veille à maintenir l’écart, à se tenir cabré comme sa monture et scabreux en esprit, la tête orientée encore vers l’ailleurs, vers l’au-delà des monts, accueillant ce qui vient avec le vent comme une promesse de renouvellement et d’essor nouveau apte à arracher aux douloureux enfouissements. Le Vent devient le symbole de cette tournure et ouverture, compagnon de l’homme au labour comme il le fut de l’homme en mer. Le Vent parle désormais en « Maître du chant » :

« Je hâterai la sève de vos actes. Je mènerai vos œuvres à maturation.

Et vous aiguiserai l’acte lui-même comme l’éclat de quartz ou d’obsidienne ;

[…]

Et le poète est avec vous. Ses pensées parmi vous comme des tours de guet. Qu’il tienne jusqu’au soir, qu’il tienne son regard sur la chance de l’homme !

[…]

Ô fraîcheur, ô fraîcheur retrouvée parmi les sources du langage !… Le vin nouveau n’est pas plus vrai, le lin nouveau n’est pas plus frais.

 

« …Et vous aviez si peu de temps pour naître à cet instant ! » (IV, 5)

Le constat établi ici par le Chant est positif : l’homme, de par la grâce renouvelée du Vent, devenu garant, n’a cessé de renaître à l’instant, lui qui a été fortifié en ses desseins et en ses actes, lui qui a été constamment rafraîchi par le langage vivant et l’instant renaissant. Et ce constat est aussi une promesse car le Vent parle au futur. Une temporalité maîtrisée tient le passé, le présent et l’avenir : le chant est orienté ou « occidenté » ad libitum… Et nous sommes à l’antépénultième moment du poème (IV, 5) : nous sommes ainsi préparés à une fin heureuse, optimiste, idéale… Pourtant « la chose même » n’a été ni arrêtée ni mesurée et la récitation doit continuer à assurer, à assumer la voie — la voix — propre à celui qui marche « sur la chaussée des hommes », pour le meilleur et pour le pire. Nous proposons, pour rester dans la chair du chant, un bref retour amont qui nous permettra de conclure, avec plus de justesse et de justice, et sur « l’occidentation » et sur la maîtrise espérée.

De la récitation « sur la chaussée des hommes »

La pénultième section de l’ultime partie de cette petite épopée (IV, 6) se donne pour la synthèse d’une dialectique sans synthèse ni réelle négativité. Une paronomase y tient lieu d’abord de résolution des dissonances ou des contradictions, permettant tout de même, semble-t-il, la coïncidence des opposés — concordia discors ou discordia concors — :

…C’étaient de très grands vents sur la terre des hommes — de très grands vents à l’œuvre parmi nous,

Qui nous chantaient l’horreur de vivre, et nous chantaient l’honneur de vivre, ah ! nous chantaient et nous chantaient au plus haut faîte du péril,

Et sur les flûtes sauvages du malheur nous conduisaient, hommes nouveaux, à nos façons nouvelles. (IV, 6)

Les points de suspension qui ouvrent ce passage, comme ils l’ont fait en maintes autres occurrences (surtout dans la seconde partie), posent le signe de l’immémorial qui nous situe en un inéluctable après-coup. Ici, ils soulignent la reprise en cours destinée à ramasser et à conclure ; ils assoient la portée d’un final symphonique, s’opposant et concordant, à sa manière, avec l’insistance placée sur la nouveauté. Les expressions : « l’horreur de vivre » et « l’honneur de vivre » souhaitent, elles, s’équilibrer et équilibrer le chant alors qu’une belle et solide allitération (« faîte », « flûtes », « façons ») harmonise « péril », chant et renouveau. Le monde nouveau qui s’ouvre ainsi favorise « de nouvelles épousailles » et de « grandes houles en croissance » vont porter l’homme en un essor régulier, rythmique, associant, sans contradiction, le risque propre au mouvement de la nage en pleine mer et la sûreté sous le « pied » de « l’ourlet des sables immobiles » : une puissante douceur éteint doucement la contagion du malheur et renverse même la force des vents :

Chante, douceur, à la dernière palpitation du soir et de la brise, comme un apaisement de bêtes exaucées.

Et c’est la fin ce soir du très grand vent. La nuit s’évente à d’autres cimes. Et la terre au lointain nous raconte ses mers.

[…]

Des Messagers encore s’en iront aux filles de la terre, et leur feront encore des filles à vêtir pour le délice du poète.

Et nos poèmes encore s’en iront sur la route des hommes, portant semence et fruit dans la lignée des hommes d’un autre âge —

Une race nouvelle parmi les hommes de ma race, une race nouvelle parmi les filles de ma race, et mon cri de vivant sur la chaussée des hommes, de proche en proche, et d’homme en homme,

Jusqu’aux rives lointaines où déserte la mort !… (IV, 6)

 

Le soir est en son ciel d’apothéose — ciel d’Occident hypostasié qui congédie les vents — la conciliation même et il ouvre la promesse d’une continuité qui déborde la mort. Toutefois cette ultime envolée, nous le savons, nous le sentons, a sciemment émoussé toutes les aspérités du « litige ». Plus de « péril », plus de conflit entre « horreur » et « honneur », violence et douceur, force sauvage et conciliation, viol et épousailles, coutume et hors coutume, routine et révolution… Une alacrité, en consonance avec le jeu brutal des bourrasques, parfois peu amène et qui donnait sa saveur « occidentale » à la quête comme à la récitation, s’est tout entière édulcorée ! Qu’on en juge :

Les vents sont forts ! la chair est brève !… […] Qu’on m’enseigne le ton d’une modulation nouvelle !

 

Et vous pouvez me dire : Où avez-vous pris cela ? — Textes reçus en langage clair ! versions données sur deux versants !… Toi-même stèle et pierre d’angle !… Et pour des fourvoiements nouveaux, je t’appelle en litige sur ta chaise dièdre,

Ô Poète, ô bilingue, entre toutes choses bisaiguës, et toi-même litige entre toutes choses litigieuses — homme assailli du dieu ! homme parlant dans l’équivoque !… ah ! comme un homme fourvoyé dans une mêlée d’ailes et de ronces, parmi des noces de busaigles ! (II, 6)

 

La nouveauté évoquée à ce moment du chant, à la fin de la seconde partie, n’a en rien la tiédeur doucereuse d’une conciliation telle que le Chanteur veut la promouvoir à la fin ; au contraire, tout y est à vif et en conflit et le Poète y est bien, lui-même, le Janus « bilingue » — biface, bifrons — de cette entreprise de « mise en clair des messages » qui est « son occupation parmi nous » (III, 6). Car cette clarté ne fait pas l’économie du déchirement et de l’hybridité, « des noces de busaigles ». Et l’équivoque que doit assumer le Poète est celle de « la chose même », toujours donnée en deux « versions » au moins, « sur deux versants ». Le « litige » partage la parole du Chanteur, sa figure et même sa personne : ce dernier n’est pas là pour trancher entre les versions ou versants, pour choisir et juger, mais pour produire sur son propre fonds — mettre en œuvre, mettre en scène, faire venir devant nous — « toutes choses bisaiguës ». En l’occurrence, que le poète soit inspiré, frappé par « le cri du dieu sur nous », ou le tenant d’un discours plus rassis visant encore la clarté des raisons, il risque le même « fourvoiement », l’équivoque qui transforme la véracité en énigme, la précision et l’acuité en « mêlée d’ailes et de ronces ».

 

Le « litige », ce qui ne cesse de scinder l’Être en lui-même différant, de le tenir un-et-scindé, ne peut, de fait, être réduit, transcendé, ni tranché par un choix, ni dépassé en une synthèse univoque. Sous la puissance de l’Être, indéfiniment créateur, fécondant, producteur de forces, de formes et de nouveauté, se tient, « Soleil d’en bas », la « férocité de l’Être sans paupières » (II, 6) dont l’« œil de puma » est pétrifiant, destructeur et sans recours puisque rien n’arrête ni ne modère jamais son rayonnement. Et le Vent et le Chant ne peuvent donc qu’incarner à leur manière le jeu interminable de cette interne et nécessaire déhiscence, qu’assumer l’incessant renversement où se culbutent l’un l’autre, l’Être du croît et l’Être qui néantise. Marchant « sur la chaussée des hommes », parmi eux et sans privilège aucun par rapport au commun des mortels, le Poète qui a renoncé à l’exclusivité d’une conquête transgressive qui verrait l’homme s’ériger en dieu maléfique aux pieds d’argile, se fait donc le récitant d’un chant qui se produit dans le litige, par le litige, d’un Chant qui est d’emblée litige et qui le demeure. La qualité « occidentale » et « occidentée » de ce Chant résulte sans doute surtout de sa propension à sauver, en toute circonstance, « l’écart » (IV, 3) qui, interdisant toute coïncidence fusionnelle avec quelque origine que ce soit, avec une version ou un versant « choisi » de l’Être, préserve la possibilité même de l’élan, du mouvement, du renouvellement de l’espèce « jusqu’aux rives lointaines où déserte la mort ! » (IV, 6). Et il s’agit bien, ici, en l’ultime verset de la pénultième section, de l’espèce non des individus car « la chair est brève » (II, 6) !

Conclusion : « Maître du chant » ?

L’épopée « occidentale » a ainsi rejoint l’épopée de l’espèce dont le Poème s’ingénie, par tous ses moyens, à entretenir l’essor. Pourtant la problématique occidentale, illustrée par la découverte et la conquête du Nouveau monde par l’Europe, a nourri le poème, lui offrant une chair sensible irriguée par la géographie et par l’Histoire et lui dessinant un destin en forme de ciel du soir et de transgression. La voix volontariste et énigmatique qui porte presque tout le mouvement du texte — voix irréductible à quelque sujet univoque — se fait progressivement le seul et unique Maître du Chant. Ce Chantre assume pleinement la discorde comme la violence qui le partagent et meuvent et il prend à plus d’un moment l’allure d’un « Maître de camp » (I, 7) bardé de fer et qui lance ses chevaliers à l’assaut. Et tour à tour il endosse la figure du Poète et celle du Vent, du Narrateur et de l’Écoutant, de l’Exterminateur et de l’Officiant : il est l’Homme de l’espèce et celui de la conquête, le contempteur à la fois fasciné et rebuté du grand Sud et le grave laudateur de l’Ouest… Le Chantre de la Vie qui n’a pas peur de la Mort. Et le gardien — le garant — de l’Être en lui-même différant, scindé et tenu par le litige. Il a posé des signes nombreux de son engagement et de sa détermination. Déployé des tableaux de la splendeur du monde exploré par son désir. Laissé des indices tournant vers « la chose même » :

Et de tels signes sont mémorables — comme la fourche du destin au front des bêtes fastidieuses, ou comme l’algue bifourchue sur sa rotule de pierre noire. (IV, 4)

Et ces signes restent précieux et stimulants, inspirants. Il a œuvré, récité et s’est hâté « sur la chaussée des hommes ». Il a livré le principe de « l’occidentation ». Pourtant il laisse un doute sur sa maîtrise et ce doute vrille comme un trou noir la présence même du Poème, ce doute incite à en sonder la face cachée, à en rappeler et rechercher « le chiffre perdu » : « A-t-il vraiment trouvé le temps pour naître — et faire naître —à cet instant ? »

 

 

Pour citer cet article

« Vents de Saint-John Perse ou la récitation occidentale, Serge Meitinger », La_Revue, n° 6, www.lrdb.fr, février 2012.


Date de création : 24/02/2012 13:29
Dernière modification : 02/03/2012 11:48
Catégorie : Littérature
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