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2012 - Vues d'ailleurs - 6. Derek WALCOTT

Les Rencontres de Bellepierre                Le Théâtre du Grand Marché

 

 

 

CONFÉRENCE

 

 

 

 

 

 

 

 

derek.jpg 

 

Derek Walcott

 

présenté par

 

Jean-Yves Mondon

 

extraits lus par

 

Laure Fontaine

 

Théâtre du Grand Marché, St Denis, jeudi 3 mai, 18h30

 

 

 

 

 

 

 

 

« Je ne suis qu'un nègre rouge qui aime la mer,

j'ai reçu une solide éducation coloniale,

j'ai du Hollandais en moi, du nègre, et de l'Anglais,

et soit je ne suis personne, soit je suis une nation. »

 

Derek Walcott

 

Connaissez-vous Derek Walcott ? Et Sainte Lucie qui l’a vu naître ?

Prix Nobel de littérature, Derek Walcott est à l’origine d’une œuvre poétique et théâtrale magistrale, il est injustement méconnu en France qui pourtant l’a fait commandeur dans l’ordre des arts et des lettres en 2005.

L’auteur d’Omeros est né en 1930 à Castries, dans la petite île de Sainte Lucie, au sud de la Martinique. Il grandit dans une famille mixte au sein de la communauté méthodiste minoritaire dans son île. Son père, homme de culture et peintre peu reconnu, meurt alors qu’il est encore enfant, sa mère donne des leçons de couture « et la Singer ne se taisait que le dimanche ». Enfant partagé entre deux cultures, entre deux langues, son écriture se souviendra de ce double héritage, « l'anglais paternel du savoir et le créole maternel de la mémoire ».

Poète précoce, il publie son premier recueil, 25 Poems, à l'âge de 19 ans.

La compréhension qu'il a de son propre travail est manifestement tributaire du contexte géographique et culturel. « Nous nous sentions comme en état de siège, dans une île “française” catholique – et le catholicisme provincial de Sainte Lucie était très rigide, gonflé de préjugés, médiéval, quelque chose comme un catholicisme aux aguets ». Dans cet environnement il en vient donc à dire : « Je n'ai jamais séparé l'écriture d'un poème de la prière. Et j'ai mûri avec l'idée que la poésie était une vocation religieuse ». Mais il s'agit d'une prière peu orthodoxe s’il est important que « les jeunes écrivains doivent être hérétiques ».

On peut ainsi comprendre une bonne partie de l'œuvre de Derek Walcott : questionner ce qui se présente et s'impose comme une Autorité, mettre en question le monopole qu'elle revendique sur la parole en fixant les formes et en figeant les contenus de ce qui est à transmettre. C'est de cette façon qu'il pose dans les années 70 les difficultés de l'écriture dans un monde qui a tout perdu des formes de vie indigènes et qui n'a presque rien à faire valoir au titre d'identité nationale : « nous sommes tous des étrangers ici, nos corps pensent dans une langue et se meuvent dans une autre ». Mais cette double privation constitue « notre privilège ». Il s'agira alors d'écrire sur les lieux et les peuples, sans nier l’existence d’une tradition coloniale (Dickens, Defoe...), « pour la première fois ».

En 1990, il publie l’œuvre qui lui assurera une audience internationale, Omeros, qui reprend librement l’épopée homérique en la transposant aux Antilles. Aquarelliste de talent, même s’il s’en défend, immense poète, Derek Walcott est aussi un grand dramaturge, on lui doit plus de trente pièces. En 1959, il fonde un atelier de théâtre (Trinidad Theatre Workshop) à Trinidad.

Il est remarquable que Walcott ait circulé pendant toute sa formation dans les Caraïbes : il a étudié à l'université de Kingston en Jamaïque, puis s'est installé à Trinidad Il a enseigné tardivement aux États Unis et un peu en Angleterre. Il se présente lui-même comme un écrivain « absolument caribéen » qui s'est efforcé de donner un sens aux terribles dévastations de la période coloniale. Voyageur curieux, son œuvre reste singulièrement ancrée dans sa Caraïbe natale à l’histoire douloureuse et à l’identité multiple et vivante.

 

Jean-Yves Mondon est philosophe et traducteur.

 

 

Œuvres traduites

 

Rêve sur la montagne au singe[Dream on Monkey Mountain, 1967], Théâtre, traduit par Claire Malroux ; ill. de Derek Walcott, Demoures, 2000

Ti Jean et ses frères, [Ti-Jean and His Brothers, 1970], Théâtre, traduit par Paol Keineg, Circé, 1997

Une Autre vie [Another Life, 1972], traduit et présenté par Claire Malroux, Gallimard, 2002

Le Royaume du fruit-étoile[The Star-Apple Kingdom, 1975], édition bilingue, traduit par Claire Malroux, Circé, 1998

Raisins de mer [extraits de Sea grapes, 1976], traduit par Claire Malroux, ill. de François Demoures, Demoures, 1999

Heureux le voyageur [The Fortunate Traveller, 1982], édition bilingue, traduit par Claire Malroux, Circé,1993

La Lumière du monde [Arkansas Testament, 1987], édition bilingue, traduit par Thierry Gillybœuf, Circé, 2005

Café Martinique, [What the Twilight Says, 1998] traduit par Béatrice Dunner, Éditions du Rocher, 2004

Le Chien de Tiepolo. Poème à Camille Pissarro, [Tiepolo's Hound, 2000], traduit par Marie-Claude Peugeot, Éditions du Rocher, 2004

 

 

Extraits

 

« Poursuivez votre route, il n'y a rien pour vous par ici.

Ici il y a des bougies et des coutumes différentes, les morts

sont différents. Des coquillages différents veillent sur leurs tombes.

Il y a des distinctions par-delà le paradis

de notre horizon. Ce n'est pas la mer Égée couleur muscat.

Il n'y a pas de vin par ici, pas de fromage, les amandes sont vertes

les raisins de mer amers, le langage est celui des esclaves »

 

« Bois canot, bois campêche

Chuintant : Ce que tu attends de nous

n'arrivera jamais,

Tes mots sont de l'anglais

Ils viennent d'un arbre différent », La Lumière du monde, p. 24

 

« Où sont vos monuments, vos batailles, vos martyrs ?

Où est votre mémoire tribale ? Messieurs,

Dans ce coffre gris. La mer.

La mer les a enfermés. La mer est l’histoire. », « Sea is History », Le Royaume du fruit-étoile

 

« Nous, gens des colonies, nous partions de ce constat fiévreux, débilitant, que rien, jamais, ne pourrait se construire parmi ces cases croulantes, ces arrière-cours déchaussées, ces toitures moisies : qu'étant pauvres, le théâtre de toute notre existence était d'ores et déjà dressé. Ainsi, nous nous distribuions tout naturellement le rôle du martyr, avec la conviction mélodramatique que nous étions porte-parole de toute une ère, et que notre ego exacerbé obéissait à leur volonté. En notre enfance simple et schizophrène, on pouvait mener deux vies : la vie intérieure, celle de la poésie, et la vie extérieure, celle de l'action, et du dialecte. Et pourtant, les écrivains de ma génération ont été tout naturellement des assimilateurs. Nous connaissions la littérature des empires, grec, romain, britannique, par leurs principaux classiques ; et le patois des rues, comme la langue de l'école, brouillait l'ivresse de la découverte. Puisqu'il n y avait rien, c'est donc que tout était à faire : c'est de cette ambition prodigieuse que nous sommes partis. », Café Martinique

 

« Le génie antillais est condamné à se contredire. Célébrer Perse, pourrait-on nous faire remarquer, c'est célébrer le vieux système des plantations, le béké qui inspecte à cheval ses domaines, les vérandas, les serviteurs mulâtres, le français parlé par ces Blancs sous leur casque colonial immaculé ; c'est cultiver la rhétorique de la condescendance et de la hauteur. Et même si Perse a nié ses origines − les grands écrivains ont souvent cette idée folle d'essayer de brouiller leur piste −, nous ne pouvons le rejeter, pas davantage que nous ne pouvons nier l'Africain Aimé Césaire. Rien à voir avec l'adaptation, c'est la république paradoxale de la poésie : quand je vois des choux palmistes onduler au vent de l'aube, je m'imagine toujours qu'ils récitent du Perse.

Cette poésie embaumée, privilégiée, dont Perse commémore son passé d'enfant blanc, et la musique indienne que déversent les haut-parleurs derrière les jeunes archers bruns de Felicity, avec les mêmes choux palmistes sur fond de même ciel antillais, me poignent pareillement le cœur. Devant les poèmes, devant les visages, la même fierté m'étreint. Pourquoi serait-ce extraordinaire, au regard de l'histoire des Antilles ? L'histoire du monde, autrement dit, pour nous, celle de l'Europe, est un long récital de déchirements inter-tribaux, de purifications ethniques. Enfin, des îles qui écrivent, et non plus des îles qui se laissent décrire ! Les palmiers, les minarets des mosquées sont les points d'exclamation des Antilles. Enfin ! Les palmiers de la Guadeloupe connaissent Éloges par cœur. », Café Martinique

 

« Je ne suis qu’un nègre rouge qui aime la mer,

J’ai reçu une solide éducation coloniale,

J’ai du Hollandais en moi, du nègre, et de l’Anglais,

Et soit je ne suis personne, soit je suis une nation », « The Schooner Flight », Le Royaume du fruit-étoile

 

« Un matin la Caraïbe fut découpée par sept premiers ministres qui achètent la mer en coupons- un millier de milles aigue-marine garnis de dentelle, un million de mètres de soie citron vert un mille de violet, des lieues de satin céruléen - ils la vendirent avec bénéfice aux consortiums, les mêmes consortiums qui avaient loué les eaux pour quatre-vingt dix-neuf ans en échange de cinquante navires, lesquels la débitèrent à leur tour aux ministres au commun compte bancaire, lesquels la revendirent grâce aux pubs pour la Communauté économique des Caraïbes, et ainsi tout le monde posséda une parcelle de mer, certains en firent des saris, certains des madras ; le reste fut offert à de blancs paquebots de croisière plus hauts que la poste ; alors les bagarres commencèrent dans les Cabinets pour savoir qui avait vendu en premier l'archipel en vue de cette chaîne de magasins d'îles. À présent un arbre à grenades était son royaume du fruit-étoile, sur les prés en friche ses corbeaux patrouillaient, il sentit son poing se crisper malgré lui en une serre étranglant cinq colombes, les mornes sous la loi martiale avaient l'aspect de plomb, dans les jardins de banlieue la blanche paranoïa fleurissait près des bougainvillées d'un avril surprenant ; les rumeurs étaient une pluie en suspens : on disait que les espions ennemis avaient alerté les antennes subtiles des cafards, que les chauve-souris transmettaient des secrets entre les ambassades », Le Royaume du fruit-étoile

 

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Date de création : 27/04/2012 15:45
Dernière modification : 29/04/2012 14:48
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