« Le langage ne se refuse qu'à une seule chose, c'est à faire aussi peu de bruit que le silence »,   F. Ponge

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Rabearivelo.jpg 

  Jean-Joseph Rabearivelo sur www.lrdb.fr :


Conférence-lecture, jeudi 24 mars 2011, théâtre du grand Marché, présentation serge Meitinger

« L’adolescent fluet », Serge Meitinger, La_Revue, n° 5, supplément océan Indien, février 2011

« L’arbre du cœur et de la nuit » et « À l’épreuve de l’étranger », Serge Meitinger, La_Revue, n° 2, supplément océan Indien, mai 2007

 

 

 

 

Jean-Joseph Rabearivelo, (1903-1937), poète malgache

1. Biographie

a) Les premières années

« Prince des poètes malgaches » selon le mot de Léopold Sédar Senghor, Jean-Joseph Rabearivelo, de son vrai nom Joseph-Casimir Rabearivelo, est assurément l'un des grands écrivains du XXe siècle. Né le 4 mars 1903 (et non 1901), à Ambatofotsy, au nord d’Antananarivo. Il appartient par sa mère à la caste noble des Zanadralambo, mais il naît hors mariage et grandit dans un milieu peu aisé ; il aura lui-même à faire face à des difficultés matérielles et financières tout au long de sa vie. Il change de nom, comme la coutume malgache le permet, et se fait appeler Jean-Joseph Rabearivelo… pour avoir les mêmes initiales que Jean-Jacques Rousseau, écrit-il ! Il prendra aussi divers pseudonymes (Amance Valmond, Jean Osmé).

Après des études médiocres dans les écoles missionnaires d’Antananarivo, il quitte l’école à 13 ans ‑ il aurait été renvoyé du collège Saint-Michel d’Amparibe, tenu par des Jésuites, pour son indiscipline et ses mauvaises lectures, Les Fleurs du mal peut-être [1]. Il aurait publié ses premiers poèmes en malgache à l’âge de 14 ans sous le pseudonyme de K. Verbal, dans la revue Vakio Ity. Ce que l’on peut affirmer, c’est qu’il lit alors avec avidité et écrit de plus en plus. Autodidacte au talent précoce, il acquiert vite une solide culture littéraire et une maîtrise parfaite du français.

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[1] Anecdote difficilement vérifiable. Ce qui est incontestable, c’est que Baudelaire l’a ensuite accompagné toute sa vie durant, « il faisait du spleen de Paris sa prière de tous les jours et de tous les instants » (Siméon Rajanoa, Actes du colloque « Rabearivelo cet inconnu ? », p. 31). Il y fait encore référence dans les dernières lignes de son journal écrites quelques minutes avant sa mort, « 15h moins 9, ça sonne, ça sonne. Fermer les yeux pour voir Voahangy et commencer les adieux silencieux aux chers vivants. Parents. Amis. […] J’embrasse l’album familial. J’envoie un baiser aux livres de Baudelaire que j’ai dans l’autre chambre », O. C., I, p 1066.

b) Le poète colonisé

Il appartient à la première génération de colonisés (Madagascar a été déclarée colonie française en 1896). Fasciné par l’Europe, il sera proche des milieux coloniaux, lié à quelques hauts fonctionnaires, il tissera même de vraies amitiés avec Pierre Camo (magistrat en poste à Madagascar, écrivain et fondateur de la revue 18° Latitude Sud qui publiera des textes de lui) ou Robert Boudry (directeur du contrôle financier de la colonie, qui écrira le premier livre sur le poète Jean-Joseph Rabearivelo et la mort en 1958).

Il se passionne pour la littérature française et correspond avec des écrivains du monde entier Gide, Paul Valéry [2], Jean Amrouche (poète algérien qui animait à Tunis « Les Cahiers de Barbarie » où fut publié en 1935, Traduit de la nuit), il apprend l’anglais et l’espagnol, se met à l’hébreux.

« Ce n’est pas drôle : un latin parmi les Welches, et avec les traits d’un Welche – ceci soit dit sans moquerie aucune. Imaginez, en renversant les rôles, Jésus Européen (origines, traits, etc.). Et cela, c’est moi : impérieusement, violemment, naturellement latin chez les Mélanésiens. Et avec les traits de ceux-ci. Non ça ne peut pas continuer ainsi » [3].

Cette proximité spirituelle lui vaut, à cette époque où le nationalisme progresse, une réputation indue de collaborateur, on lui reproche de « singer les Européens ».

En exil dans son propre pays, rien ne saurait apaiser sa « soif brûlante d’Ailleurs », l’Europe et ses poètes le tourmentent et l’obsèdent (cf. infra l’anthologie, A10). Il ne sera pourtant jamais reconnu, de son vivant, que par une poignée d’amis ; il considérera même avoir été instrumentalisé par le pouvoir colonial qui en aurait fait une preuve de la réussite de la politique d’assimilation, une preuve du rôle positif de la colonisation !

Il lit beaucoup, écrit quotidiennement et apprend très vite. Mais il lui faut subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille – il se marie en 1926 et aura 5 enfants. Il vit d’abord d’expédients et de petits métiers : secrétaire-auxiliaire et interprète à Ambatolampy, greffe au tribunal, aide-bibliothécaire au Cercle de l’Union, dessinateur en dentelles chez Madame Anna, la femme du Gouverneur ; il sera finalement correcteur à l’imprimerie de l’Imerina de 1924 à sa mort.

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[2] Paul Valéry, de l’Académie Française, a écrit à Rabearivelo, dans une lettre datée du 23 octobre 1930 :

« Je vous remercie d'avoir traduit en langue malgache l'un de mes poèmes. Mais surtout je vous félicite de fonder à Madagascar un foyer de culture littéraire française et indigène. Il faut semer et cultiver la poésie dans toute terre où la vie artificielle n'est pas encore toute puissante et ne découpe le temps, la méditation, la rêverie des hommes. C'est peut-être dans ces îlots de poésie que se conserveront des choses très précieuses dont l'Europe semble se désintéresser aujourd'hui.

Je fais des voeux pour l'heureux succès de votre effort et vous prie de croire à mes sentiments d'estime et de grande sympathie.

Paul Valéry »

[3] Fragment souvent cité du journal Les Calepins bleus (daté du 22 juin 1937). Claire Riffard présente rapidement le texte (quatre volumes, 1800 pages) et en donne quelques extraits dans Culture Sud, 164, janvier–mars 2007. Cf. O. C., I, p 1062.

c) Le poète passeur de cultures

Il rencontre en 1921 Pierre Camo, magistrat et poète, qui le présente dans les milieux littéraires français. Il publie son premier recueil en français La Coupe de cendres, en 1924. Il est alors très présent et actif sur la scène intellectuelle et culturelle de son pays comme journaliste et comme écrivain, poète, romancier, dramaturge, essayiste, critique d’art, traducteur (Baudelaire, Verlaine [4], Valéry, Rilke, Whitman, Góngora… !). Les écrits s’enchaînent Sylves (1927), Chants pour Abéone (écrit en 1926 et 1927, publié en 1936), Volumes (1928), et deux romans historiques qui attendront, pour des raisons politiques, plus de cinquante ans pour être édités, L’Aube rouge (1924, éd. 1998), L’Interférence (1928, éd. 1988) [5].

Il commence la rédaction de son journal intime et littéraire, Les Calepins bleus, dont il brûlera les cinq premiers volumes, jusqu’à la date du 4 janvier 1933.

On parle souvent de rupture dans son écriture à partir de la fin des années 1920. Rabearivelo continue à écrire, en français et en malgache, mais d’une écriture plus libre et audacieuse, plus complexe aussi : Presque-Songes (1931, éd. 1934), Traduit de la nuit (1931, éd.1935). On y a vu une influence du surréalisme, qu’il connaissait [6], il semble plutôt que ce soit le fait de la présence retrouvée et assumée du souffle et des images de la poésie malgache, d’abord refoulés ou soumis à la langue et la culture coloniales.

Admirant passionnément la langue et la culture françaises il est aussi un fin connaisseur et un usager subtile de la langue malgache et dès les années 1930, il participe au renouveau de la culture malgachophone. En août 1931, il fonde le journal Ny Fandrosoam-baovao (le Nouveau Progrès), avec Charles Rajoelisolo et Ny Avana Ramanantoanina afin de faire entendre et promouvoir la poésie de son peuple. Il s’agit d’une véritable Défense et illustration de la langue malgache qui marquera la période 1931 à 1939, avec le mouvement littéraire Hitady ny Very, « à la recherche des valeurs perdues ».

Il va beaucoup traduire, du malgache au français cette fois, des « Vieux poèmes malgaches d’auteurs inconnus », des contes traditionnels, les kabary, discours de cérémonies rituels, et surtout les fameux hain-teny [7] si caractéristiques de la culture malgache et dont il se fait – mi-poète mi-ethnologue − le porte-parole fidèle et inspiré dans son recueil Vieilles chansons des pays d’Imerina (A5). Il traduit aussi ses contemporains et ses amis Esther Razanadrasoa, Ny Avana Ramanantoanina, Lys-Ber (pseudonyme de Joseph Honoré Rabekoto).

Cette relation complexe pour ses deux amours, le français « cette langue qui parle à l’âme » et le malgache qui « murmure au cœur » (« Lambe », Presque-Songes) est une figure supplémentaire de la difficulté qu’il a à se situer, à s’identifier et se définir. Le génial et généreux passeur est comme refoulé par les deux rives, l’« interférence » est moins un double éclairage qu'une alternance d'intuitions lumineuses et d'inquiétudes sombres. Entre la nostalgie d’un passé idéalisé et révolu et l’incompréhension d’une modernité à laquelle il aspire mais qui ne veut pas de lui, le « prince des poètes » est un prince sans trône :

Je ne sais à quelle nostalgie est à jamais vouée

Ta pauvre âme de roi déchu et de prince sans trône,

Elle dont une destinée atroce s’est jouée,

Au printemps de ta vie où bruissait déjà l’automne

« Tombeau de Radama II », Sylves

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[4] Par exemple :

Il pleure dans mon cœur

Comme il pleut sur la ville.

Quelle est cette langueur

Qui pénètre mon cœur ?

Ô bruit doux de la pluie

Par terre et sur les toits !

Pour un cœur qui s'ennuie,

Ô le chant de la pluie !

Misy ranomaso ao am-poko

Toy ny fisian'ny orana eny am-bohitra.

Inona ary izato alahelo

Maninteraka ao am-poko ?

O ry feo malemin'ny ranonorana

Ery an-tany ary ery an-tafo !

Ho an'ny fo valabalaka,

O ry hiran'ny ranonorana !

[5] De ce « premier » Rabearivelo, Jacques Rabemananjara dira, à raison sans doute, « Coupe de cendres, Sylves, Volumes portent la marque d'un authentique talent. Je les apprécie comme on apprécie la performance d'un virtuose ou comme on s'émerveille de la taille d'une gemme ciselée avec amour par un artisan délicat. [...] Mais je me surprends à y soupçonner plus d'art que de spontanéité, voire plus d'artifices que de ces jaillissements d'âme qui sont le signe de la vraie poésie ». (cf. infra, A2 et A3).

[6] Il est vrai que l’on peut comprendre cette hypothèse quand on lit, par exemple et entre autres, « les trois oiseaux – Vorona telo », dans Presque-Songes, 4 :

L’oiseau de fer, l’oiseau d’acier, / après avoir lacéré les nuages du matin

Et voulu picorer des étoiles / au-delà du jour,

Descend comme à regret / dans une grotte artificielle.

L’oiseau de chair, l’oiseau de plumes / qui creuse un tunnel dans le vent

Pour parvenir jusqu’à la lune qu’il a vue en rêve / dans les branches,

Tombe en même temps que le soir / dans un dédale de feuillage.

Celui qui est immatériel, lui, / charme le gardien du crâne

Avec son chant balbutiant / puis ouvre des ailes résonnantes

Et va pacifier l’espace / pour n’en revenir qu’une fois éternel.

[7] Hain-teny, « science du langage » ou « vie de paroles », difficile à traduire car typiquement malgache, c’est un genre littéraire à part entière mais aussi un phénomène social ; les hain teny sont comme des « performances » poétiques collectives, des joutes de parole organisées lors de grands événements (fêtes mais aussi différends) qui consistent en un dialogue, toujours métaphorique ou ironique, le plus souvent énigmatique voire hermétique, à la forme de l’échange amoureux entre un homme et une femme et qui comportent, peut-être, une « leçon » pour qui sait l’entendre. On y retrouve les objets emblématiques de l’univers malgache (merina), le lámba, la vahìla, et ses éléments omniprésents, le zébu, le cactus, la terre rouge…

« – Ne marchez pas sur mon lamba car le soir approche. / – Si je marche sur votre lamba, c’est par amour de vous, amie ; / – Ne soyez pas si précieux dans ce que vous dites : / votre amour ne fait que naître dans votre bouche ! / – Si l’amour parvient aux lèvres, / c’est qu’il jaillit du cœur. / Quoi ? un amour conçu par les yeux ! Mais on ferme ces yeux, et il est dissipé ! / – Le mien est un amour conçu par les yeux : j’en vivrai jusque dans mon sommeil », « Variations sur d’anciennes chansons du pays Hova » (Madagascar. La littérature d’expression française, 1992).

d) Les dernières années

C’est à la date probable du 4 janvier 1933 que commencent les Calepins bleus qui n’ont pas été brûlés, et par la seconde moitié du nom du poète des Fleurs du mal : « -laire ».

En 1933, sa fille Voahangy meurt [A13] ; il en sera profondément et durablement affecté, il appellera sa dernière fille, née en 1936, Velomboahangy (Voahangy ressuscitée). Le thème de la mort s’installe alors définitivement au cœur de sa poésie et sans doute sa propre mort le préoccupera-t-elle toujours davantage. Il finira dans une grande pauvreté matérielle ; l’année 1937, la dernière, sera particulièrement pénible. Il passera un jour ou deux en prison, faute d’avoir payé ses impôts et surtout, se verra annuler une mission en France, il devait y représenter Madagascar à l’Exposition universelle. Suprême déception, tant il rêvait de découvrir sa patrie spirituelle, la France de ses frères Rimbaud et Mallarmé.

À l’âge de 34 ans, il se suicide après avoir écrit un dernier poème [A12] et décrit minutieusement la préparation et la réalisation de son geste dans son journal. On s’interroge encore à ce jour sur les causes de ce suicide : sa situation matérielle précaire, une dépression nerveuse, l’insupportable entre-deux de sa situation de colonisé… « Pouvoir fiancer / l’esprit de mes aïeux à ma langue adoptive » (Volumes, 34), avait-il souhaité un temps, pour finalement se résoudre à l’évidence que seule la mort lui permettrait d’en finir avec l’inconciliable.

Prince sans trône et roi déchu, il sombrera dans un quasi anonymat. Il aura fallu attendre presque 70 ans pour enfin pouvoir le lire et réaliser, peut-être, son "vœu impossible" : Il y aura, un jour, un poète qui

"te relira

à la seule lueur de son cœur où rebattra le tien (...)

Il lèvera la tête

et sera sûr que c'est dans l'azur,

parmi les étoiles et les vents,

que ton tombeau aura été érigé"

Traduit de la nuit

2. Bibliographie

Œuvres complètes, tome I : Le diariste (Les Calepins bleus), L’épistolier, Le moraliste, édition critique et génétique coordonnée par Serge Meitinger, Liliane Ramarosoa et Claire Riffard, Paris, éditions du CNRS/Présence Africaine/Tsipika, Collection « Planète libre » n° 2, 2010, 1278 pages, 35 €

Œuvres complètes, tome II : Le poète, Le narrateur, Le dramaturge, L’historien, Le critique, Le passeur de langues, édition critique et génétique coordonnée par Serge Meitinger, Liliane Ramarosoa et Claire Riffard, Paris, éditions du CNRS/Tsipika, Collection « Planète libre » n° 3, à paraître, 1800 p. environ.

a) Poésie

Traduit de la Nuit. Nadika tamin’ ny Alina, (bilingue français-malgache, présentation de Claire Riffard), Éditions Sépia & Tsipika, Saint-Maur-des-Fossés & Antananarivo, 2007, 79 p.

Presque-Songes. Sari-Nofy, (bilingue français-malgache, présentation de Claire Riffard), Éditions Sépia & Tsipika, Saint-Maur-des-Fossés & Antananarivo, 2006, 128 p.

Poèmes, édition bilingue et intégrale (Presque-Songes, Traduit de la Nuit, Chants pour Abéone), présentation et édition de Jean-Louis Joubert, Hatier, 1990, 223 p.

Traduit de la Nuit (avec Vieilles chansons des pays d'Imerina et des extraits des autres recueils), Éditions de la Différence, 1990, 126 p.

b) Roman

L’Aube rouge, (1925), première édition in Océan Indien (Madagascar, La Réunion, Maurice), Escales dans les îles du Grand Océan, volume anthologique, Omnibus, p. 101-196, 1998.

L’Interférence, (1928) suivi de Un conte de la nuit, nouvelle, première édition, Hatier, 1988, 203 p.

c) Théâtre

Imaitsoanala, fille d’oiseau (1935),

Aux portes de la ville (1936),

d) Commentaires

« Jean-Joseph Rabearivelo, “Prince des Poètes malgaches” », suivi d’une présentation avec extraits du journal encore inédit Les Calepins bleus, de Claire Riffard, in Culture Sud 164, janvier-mars 2007.

Les Actes du Colloque organisé pour le Cinquantenaire de la mort du poète (Université de Tananarive, mai 1987) : « Jean-Joseph Rabearivelo cet inconnu ? » sont parus en 1989 aux éditions de la revue Sud à Marseille.

« Présence de Jean-Joseph Rabearivelo », de Jeanine Rambeloson-Rapiera, in Madagascar. 2. La littérature d’expression française, n°110 juillet-septembre 1992.

« Le chant de la fille oiseau ou Essai d’interprétation du suicide du poète Jean-Joseph Rabéarivélo dans son contexte culturel », Ulla Schild, sur « Inventaire/Invention ».

e). Présentations

[Quelques présentations en ligne]

Une intéressante présentation du poète par Claire Riffard sur le site « île en île », avec bibliographie et liens, (notamment vers le site du lycée français de Tananarive sur lequel on pourra lire plusieurs poèmes inédits). On lui doit l’édition bilingue de Traduit de la nuit et Presque-Songes, chez Sépia ; elle participe aussi à l’établissement des Œuvres Complètes aux éditions du CNRS

Une courte notice biographique sur le site madatours.

« Jean Joseph Rabearivelo », biographie, et quelques extraits en français et en malgache, sur le site de Olga Helisoa.

Le chapitre sur Rabearivelo extrait du livre de Jean-Louis Joubert Littératures de l’Océan indien, EDICEF, 1991, disponible en ligne.

Présentation en malgache de Samoela Andriani, 2001.

3. Petite anthologie

A1. « Mon second tombeau (ou nouvelle tombe) – Fasana Faharoa », poème très célèbre à Madagascar

A2. « Influences », Sylves.

A3. « Aux arbres » et « Aviavy », Volumes. (Littératures francophones de l’Océan Indien, Éditions de l’Océan Indien, 1993).

A4. « Regrets d’Iarive et d’Imanga » (in La littérature d’expression française, 1992).

A5. Hain teny extraits des Vieilles chansons des pays d'Imerina

A6. « Fièvre des îles – Tazon’ ny nosy », Presque-Songes, 6.

A7. « Zébu – Ombalahy », Presque-Songes, 19.

A8. « Naissance du jour », Presque-Songes, 10. (Magnifique poème déjà cité par Serge Meitinger).

A9. « Il y aura un jour », Traduit de la nuit, 19.

A10. « Préludes, II », Chants pour Abéone.

A11. « Postlude », Chants pour Abéone.

A12. « À l’âge de Guérin », poème d’adieu. (Littératures francophones de l’Océan Indien, Éditions de l’Océan Indien, 1993).

A13. Anniversaire – in memoriam Voahangy, écrit en 1937.

 

 

A1. « Nouvelle tombe – Fasana Faharoa ».

Ma tombe est toujours ma tombe, / mais mon coeur en est une autre

C'est ma tombe en dehors de la terre ; / c'est ma seconde tombe.

 

Ce ne sont pas des herbes qui la cachent, / ni non plus une pierre-mâle

C'est ma chair pleine de soucis / qui la dissimule.

 

Mes vibrants soupirs, mes larmes / et mes sanglots incontenus

y jouent les revenants / et me hantent sans cesse.

 

Là sont les rêves conçus, / mais qui s'étaient dissipés brusquement

et invisiblement. Là sont les épaves / du bateau de l'Espérance.

 

Là les stances du Passé, / et chants de ma Jeunesse

sont ensevelis et ne se réveillent plus / Pas même pour donner un écho!

 

Là sont tous les projets / perdus et oubliés.

Là gisent les os de mes jours lointains / et de mes heures sans pouvoirs.

 

Là se décompose lentement la chair. / Là elle flétrit

et tombe quoique jeune. / Là sont les morts - tous les morts.

 

Ilay fasako, fasako ihany, / fa ny foko dia fasana koa!

Io no fasako ivelan'ny tany, / Io no fasako iray, faharoa!

 

Tsy mba vero na mba rangolahy, / no manafina an'io fasana io

fa ny nofoko zary manahy / no mandrakotra omaly sy anio.

 

Sentosentoko mamelovelo, / ranomaso, toloko tsy tana

Izy ireny no sarin'avelo / mitampody ka sarotra ialana

 

Ao ny nofy novolavolaina, / izay nisinda nalaky, tsy hita!

Ao no rendrika ilay nantenaina, / ilay sambo nataoko ho tafita!

 

Ao ny tsantan'ny andro taloha / sy ny hiran'ny fahazazako

no milevina ka tsy mifoha, / na miverina mba hitondra ako!

 

Ao ny zava-drehetra voakasa, / saingy simba, ka very tadidy!

Ao ny taolan'ny androko lasa, / sy ny ora tsy masi-mandidy!

 

Ao ny nofo nikipaka mora, / ao ny maty daholo daholo!

Ao malazo na mbola tanora, / ka mianjera tsy mana-mpisolo!

 

Ilay fasako, fasana ihany, / fa ny foko dia fasana koa!

Io no fasako ivelan'ny tany, / Io no fasako iray faharoa !

 

 

A2. « Influences », Sylves.

Mon chant est imprégné de ta lumière vive

et son âme a subi, dès longtemps, l'influence

de la mobilité du son et des nuances

de ton horizon bleu, vaste ciel d'Iarive !

 

Mais que sa courbe épouse encore plus ta rive,

beau fleuve auquel l'azur éternel se fiance,

et sa souplesse aura la suprême élégance

de tes bords ténébreux que le soleil ravive,

afin d'honorer mieux cette langue étrangère

qui sait tant à mon âme intuitive plaire

et que j'adopte sans éprouver nul remords

quand j'apaise mon cœur sur les hautes terrasses

où, d'un regard ému, je dénombre les grâces

de ta beauté finie, ô terre de mes morts !

 

A Pierre Camo

Lorsque je graverai sur le tronc séculaire

de quelque ficus noir, orgueil de ta colline,

votre nom musical, de la plaine marine

un beau navire aura fendu l'écume claire,

vous ramenant au sein de l'Albère natale ;

et vos amis de France, attendant au rivage,

entendront de vos chants d'exil et de voyage

les accents saturés de la splendeur australe.

Mais au jardin des Rois et sur les esplanades

où nos soleils de feu dévorent les grenades

et hâlent jusqu'au cœur les filles de l'Amour,

parmi les parfums forts émanant des éteules,

sachant que le départ n'aura pas de retour,

comme les fleurs, Camo, souffriront d'être seules !

 

 

A3. « Aux arbres », Volumes.

Arbres sur la colline où reposent nos morts

dont l’histoire n’est plus, pour ma race oublieuse,

que fable, et toi, vent né des zones soleilleuses

qui ranimes leur sein d’ombre humide et le mords,

 

ce soir, je vous contemple et mon cœur vous écoute :

votre rumeur me dit l’âme de mes aïeux

tandis que l’horizon tragique et radieux

annonce d’un beau jour la gloire et la déroute.

 

L’insidieuse nuit qui vient anéantir

le navire paisible et bleu de vos ramures,

riche d’un chargement de quelles pulpes mûres

et de quels beaux palmiers qui pourraient reverdir,

 

ainsi que le silence, esclave des ténèbres,

qui prêtera son aide à son œuvre pervers :

ah ! tout m’incitera qu’à vos mystères verts

j’offre des chants ardents et tristes et funèbres !

 

Car déjà, vous attend la cognée ou le feu,

vous qui n’avez jamais connu la grise automne

et qui ceignez encor d’admirables couronnes

le front des mots royaux, frères de l’azur bleu !

 

« Aviavy », Volumes.

Et tu nous dis, bel arbre isolé, de rester

nous-mêmes et d’avoir la suprême fierté

d’épouser nos seuls paysages.

 

Ah ! qu’à te voir, ficus aux feuillages légers,

bien que naissant parmi des rythmes étrangers,

mon chant s’inspire de nos sages.

 

 

A4. « Regrets d’Iarive et d’Imanga »

Écouterai-je encore au fond de la nuit bleue

le beau songe illuné dont tu t’enivres, lys.

Ou bien ton sommeil blanc, rivière désolée

dans l’ombre du soleil que tu ne mires plus ?

Et toi, buisson qu’enchante un rêve de colombe,

qu’illumine un rayon attardé de couchant,

quel secret de ton cœur dont le contour s’estompe

m’offriras-tu parmi ton capiteux parfum ?

– Je te ressemble, ô lys, apparence de luxe,

frêle ombre prolongeant le son d’une clarté,

adonis que tourmente une obscure amertume

et, feignant de jouir, cède au jeu du destin !

À toi, commencement et promesse de fleuve

qui rejoins l’océan sans le soleil natal ;

à toi, buisson, jouet du mensonge de l’heure,

à vous tous, survivants de la gloire du soir !

Le sang des morts emplit notre force vivante,

et nous sommes les fleurs d’un bel arbre abattu

dédions à l’azur noter jeunesse éteinte

après avoir jailli de quel monde englouti !

 

 

A5. Hain teny extraits des Vieilles chansons des pays d'Imerina.

– Telle est, voyez-vous, ma belle prestance, et tel l'ovale de mon visage ! Je serais un morceau de glaise, qu'on me sculpterait ; et un lingot d'étain, qu'on me ferait fondre !

– Prenez garde, jeune homme, à ce que vous dites, même les paroles les plus inconscientes sont voulues !

Moi qui suis réputée être méprisée de vous, que pourrait-il m'arriver ? Toute la honte vous recouvrirait qui êtes repoussé !

 

Les moeurs de chez nous, jeune homme, sont bien rigides : l'on ne doit pas faire retentir trop haut le bruit des pas sur notre terre ; l'on ne doit pas y parler trop fort ;

Que soit d'un humble votre démarche, qu'elle soit traînante.

Que vos paroles, quoique d'un homme, ne soient pas rouges, ni même d'un noble, trop franches.

 

– Puis-je entrer ? Puis-je entrer, ô Belle-pretentieuse ?

– Entrez, entrez, jeune homme ! Vous venez trop [si] souvent que je doute fort que vous finissiez par devenir le maître ! Et puis est-ce vraiment vous qui m’aimez ou bien le mari d’une autre femme ? Si je suis aimée par le mari d’une autre femme, il vous faut voir en moi comme un peu de feu sur la tête ! N’écoutez plus alors ce qu’en pourrait dire le Roi, n’écoutez pas ce qu’en pourrait dire le peuple ! Et si bien vous m’aimez, jurez-le devant un tombeau de Vazimba : que le premier de nous deux qui trahira ait la moitie du corps impotente !

 

– Œuf de crécerelle au beau milieu du ravin : je t’ai invitée à revenir ; t’a invitée aussi à revenir Celui-qui saura-se consoler.

– Qu’ils sachent tous se consoler, les libertins, car le coeur compatissant est parti !

– Douze sont les collines : jouez-y de la flûte, jouez-y du violon ! Et toi, ô mon esprit, force-moi à rentrer de peur que ne me rende fou une femme qui ne me regrette pas !

 

– Un seul coup de tonnerre dans l’Ankaratra, et les orchidées d’Andafy fleurissent, et pleure et pleure la Fille-de-l’Oiseau Bleu, et ricane et ricane Celui-qui-ne-craint-pas-le-châtiment-du-mal !

– Châtiment de meurtre ? Qu’il y soit sursis ! Châtiment d’amour? Qu’il soit applique !

– Si c’est un voile de tête qui ne sache faire ressortir la beauté, si c’est une façon de se draper qu’on ne puisse porter publiquement, allez donc rentrer chez vous : la nuit tombera avant l’heure !

 

– Clair de lune dans le fossé, brillant jusque sur le village : quand j’ai marché sur un coin de son lambe, elle n’a pas répondu; quand je l’ai insultée, elle ne s’est pas retournée !

– Croyez-vous que c’est parce que mon amour pour vous était à demi-éteint, et non parce que je vous plaignais de vous coucher seul !

 

 

A6. « Fièvre des îles – Tazon’ny nosy », in Presque-Songes, 6.

Le soleil s’est-il brisé sur ta tête

pour que tu sentes ses éclats s’enfoncer

dans l’arbre qui soutient ton dos,

puis vriller à sec dans les branches de ton corps ?

Ton crâne est un énorme fruit vert que mûrit

la canicule de tous les Tropiques –

de tous les Tropiques, mais sans la fraîcheur

de leurs palmiers ni de leur brise marine !

 

Ta gorge est sèche, tes yeux s’enflamment ;

et voici que tu vois, au-delà de ce que voient les hommes,

tous les Tropiques :

voici des makis parés comme des mariés ;

leurs quatre mains sont chargées de régimes de bananes,

et chargées de fleurs jamais vues par ceux qui ne sont pas des gens de forêts ;

et, parmi leur voix heureuse de se baigner au soleil,

voici tout le tumulte des cascades.

 

Mais, simultanément,

est-ce la glace de la terre qui t’appelle

qui déjà t’enveloppe tout entier,

pour que tu sentes ce frisson à travers tout ton être,

et pour que tu sembles vouloir te cacher sous les nuages du ciel,

et sous toutes les feuilles des sylves insulaires,

et sous toutes leurs lourdes brumes,

et sous les dernières pluies au parfum de lait brûlé.

 

Scelle fortement tes lèvres afin que n’en sorte

aucune des choses que tu voies,

mais que ne voient pas les autres !

Que te berce cet écho qui s’amplifie

dans tes oreilles,

lesquelles sont devenues deux coquillages jumeaux

où palpite la mer qui t’entoure,

ô jeune enfant des îles !

 

 

A7. « Zébu – Ombalahy », in Presque-Songes, 19.

Voûté comme les cités d’Imerina

en évidence sur les collines

ou taillées à même les rochers ;

bossu comme les pignons

que la lune sculpte sur le sol,

voici le taureau puissant

pourpre comme la couleur de son sang.

 

Il a bu aux abords des fleuves,

il a brouté des cactus et des lilas ;

le voici accroupi devant du manioc

lourd encore du parfum de la terre,

et devant les pailles de riz

qui puent violemment le soleil et l’ombre.

 

Le soir a bêché partout,

et il n’y a plus d’horizon.

Le taureau voit un désert qui s’étend

jusqu’aux frontières de la nuit.

Ses cornes sont comme un croissant

qui monte.

 

Désert, désert,

désert devant le taureau puissant

qui s’est égaré avec le soir

dans le royaume du silence,

qu’évoques-tu dans son demi-sommeil ?

Est-ce les siens qui n’ont pas de bosse

et qui sont rouges comme la poussière

que soulève leur passage,

eux, les maîtres des terres inhabitées ?

Ou ses aïeux qu’engraissaient les paysans

et qu’ils amenaient en ville, parés d’oranges mûres,

pour être abattus en l’honneur du Roi ?

 

Il bondit, il mugit,

lui qui mourra sans gloire,

puis se rendort en attendant

et apparaît comme une bosse de la terre.

 

 

A8. « Naissance du jour », Presque-Songes, 10.

Avez-vous déjà vu l’aube aller en maraude

au verger de la nuit ?

La voici qui en revient

par les sentes de l’Est

envahies des glaïeuls en fleurs :

elle est tout entière maculée de lait

comme ces enfants élevés jadis par des génisses ;

ses mains qui portent une torche

sont noires et bleues comme des lèvres de fille

mâchant des mûres.

 

S’échappent un à un et la précèdent

les oiseaux qu’elle a pris au piège.

 

 

A9. « Il y aura un jour », Traduit de la nuit, 19.

Il y a aura un jour, un jeune poète

qui réalisera ton vœu impossible

pour avoir connu tes livres

rares comme les fleurs souterraines, /

tes livres écrits pour cent amis,

et non pour un, et non pour mille.

 

Sur le golfe d’ombre où il te relira

à la seule lueur de son cœur où rebattra le tien,

il ne te croira pas

dans les houles pacifiques

dont s’empliront toujours les abysses sans soleil,

ni dans le sable, ni dans la terre rouge,

ni sous les rochers dévorés de lichens

qui s’étendront derrière lui

jusqu’au pays des vivants

aveugles et sourds depuis la Genèse.

 

Il lèvera la tête

et sera sûr que c’est dans l’azur,

parmi les étoiles et les vents,

que ton tombeau aura été érigé.

 

 

A10. « Prélude II », Chants pour Abéone.

 

Goût d’étrange, saveur d’inconnu, soif brûlante

D’Ailleurs, ce ciel nouveau qui t’obsède et te tourmente

T’offrira-t-il, parmi la paix des palmeraies

Les délices des yeux et des sens ignorées

Que l’art habile et vain des villes te refuse ?

Quelle, parmi le flot de la clarté diffuse

Au cœur d’une nature encore inviolée,

Quelle tente de vent libre et calme gonflée,

– immobile steamer chargé de ta fortune,

conque de lys fragile où s’annonce la lune, –

berçant ton rêve au seul rythme du pur silence

qui se confronte avec le grand cri qui s’élance

de ton intérieur, apaisera ta peine,

ô cœur d’enfant qui veut défier la Sirène

afin de t’affranchir des liens de la terre

et d’étancher ta soif que rien ne désaltère ?

 

 

A11. « Postlude », Chants pour Abéone.

 

Le chant inconnu de Child Harold.

Pourtant le jour approche où je vous quitterai,

ô mon enfance, ô ma jeunesse, ô mon amour ;

je vivrai sous le signe aride du Regret

et je cueillerai chaque jour

quelque grappe chargée et lourde d’amertume,

de souvenirs, d’ennuis et de mélancolie ;

je ne respirerai qu’un parfum de bitume

et des mers toute la folie !

Exil ! et toi, son ombre inéluctable, Oubli,

vous me couvrirez sous vos débris obscurs

comme l’automne au front orgueilleux aboli

sous les dartres d’un sombre azur !

Je crierai de frayeur afin qu’on me délivre

ainsi qu’un taureau pris dans un buisson de ronce ;

en vain ! Je ne serai que de mes douleurs ivre :

ma perte sera vos réponses !

Tout parle de naufrage et tout parle de mort,

le signe rouge marque et couvre l’horizon…

Où me mènerez-vous, mains brutales du Sort,

et sur quel paisible gazon

ou sur quelle herbe amère à la fleur vénéneuse

m’étendrez-vous un jour à la fin des voyages ?

À quel but atteindra ma vie aventureuse :

le fond des mers ou le rivage ?

N’importe ! Embarquez-moi puisqu’il faut m’embarquer !

Jetons un seul regard sur les feux du matin

de qui la gloire vient peut-être me narguer

dans les rigueurs de mon destin !

Demain, c’est la ténèbre épaisse et le mystère ;

demain, c’est au départ le douloureux poème

que puisse dire une âme attachée à la terre ;

demain... c’est la vie elle-même !

(juin 1927)

 

 

A12. « À l’âge de Guérin… », poème d’adieu.

À l’âge de Guérin, à l’âge de Deubel,

Un peu plus vieux que toi, Rimbaud anté-néant,

Parce que cette vie est pour nous trop rebelle

Et parce que l’abeille a tari tout pollen,

Ne plus rien disputer et ne plus rien attendre,

Et, couché sur le sable ou la pierre, sous l’herbe,

Fixer un regard tendre

Sur tout ce qui deviendra quelques jours des gerbes.

Fixer un regard tendre ! Tendresse de l’absence,

Dans le Néant, Néant auquel je ne crois guère.

Mais est-il plus pure présence

Que d’être à toi rendu, ô Mère douce, ô Terre ?

On se retrouvera tous dans ta solitude,

Et peuplée, et déserte ainsi que l’océan.

Et chaque fois que ici-haut soufflera le vent du sud

En bas l’on causera des survivants.

Quelles racines de fleurs viendront alors nous boire

Pour calmer dans le soleil telle soif de fruits ?

Se pencheront sur nous les héliotropes du soir

Et viendra prendre de nos secrets le Bruit.

Le Bruit, le Bruit humain, – vaines rumeurs de coquillages

Pour les marins endormis du sommeil de la terre !

Le Bruit, le Bruit humain, toujours le même à travers les âges

Et qui ne se dépouille que chez les morts d’un peu de vos misères.

Mais déjà je sens l’odeur de la poussière

Et des herbes ; déjà j’entends l’appel de ma fille,

Ah ! pour peu que l’oubli n’ait pas cerné vos yeux de terre

Songez quelquefois à nous dans nos grottes tranquilles !

Et que ce ne soit pas pour verser des larmes

Près de nos portes closes par le silence !

Que ce soit pour penser qu’il y aura quelque charme,

Un jour, à être guidés par nous dans la fin immense.

 

 

A13. Anniversaire – in memoriam Voahangy, écrit en 1937.

Je songe à cette Enfant qui fête maintenant,

dans le silence des herbes et le chant inaudible des têtes sans lèvres,

sa quatrième primevère.

Je songe à Elle qui ne m'est plus que souvenir,

et dont il me reste tout au plus,

avec ces choses sans corps

mais qui vivent intensément,

et vivent d'une vie plus forte que la mienne

et que sa propre mort,

quelque ressemblance parfaite

de vitre entourée,

comme fleurs fragiles en serre.

Je songe à Celle qui m'enlace avec ses bras de vent

et qui pose sur mon front dévasté

la couronne effeuillée

de sa bouche innocente.

Je songe à Elle qui me regarde

de sur le mur

avec ses yeux rendus immenses

par les joies déjà acquises

et déjà délapidées,

et par la tristesse qui m'attend

jusqu'à la porte souterraine.

Je songe à Elle, Je songe à Elle.

Elle fête son quatrième printemps,

dans l'hiver de l'Eternité

et dans l'automne trop précoce

de sa mère et de son père.

Et pour sa fête,

rien, hélas! que ce thrène

balbutié devant un ciel

pluvieux et sans étoiles

qui puissent ressusciter

son regard à jamais clos !

Arnaud Sabatier, mai 2007, 2011.


Date de création : 10/05/2007 21:50
Dernière modification : 08/05/2011 15:45
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