« Contre une tendance à l'idéologie patheuse »,   F. Ponge

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MADAGASCAR - J. Paulhan, S. MEITINGER

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Académicien, éditeur, directeur de revues, Jean Paulhan est resté comme « l’éminence grise de la littérature française ». C’est du jeune Paulhan « malgache », moins connu [1], que nous parle ici Serge Meitinger, professeur de littérature à l’Université de la Réunion.

Il nous a envoyé deux textes : une belle étude [2], d’inspiration phénoménologique, qui accompagne ou prolonge les interrogations de Paulhan concernant le verbe et son efficace ; une présentation inédite d’un court récit Aytré qui perd l’habitude [3].

Écrivain, éditeur audacieux, essayiste profond, critique d’art avisé, infatigable épistolier, Paulhan a toujours placé le langage et la littérature au cœur de sa pratique et de sa réflexion ; sa rencontre avec la langue et la culture de Madagascar n’y est probablement pas pour rien. Il s’intéressera notamment, en philosophe du langage beaucoup plus qu’en linguiste, aux hain-teny, ces petits proverbes poétiques [4], peut-être parce que ce qui s’y joue relève moins de la rhétorique et de la grammaire que de l’exercice partagé d’une habitation du monde.



[1] Un très récent travail d’édition devrait changer les choses. Signalons la réédition des Hain-teny merinas, en 2007 chez Paul Geuthner, la publication des Lettres de Madagascar, Éditions Claire Paulhan, 2007 et le premier tome de l’édition complète initiée par Gallimard, Œuvres complètes. I. Récits, 2006. Plus de détails sur lrdb.fr, notice Jean Paulhan.

[2] Étude déjà parue en 1990 dans la Revue luxembourgeoise de Littérature Générale et Comparée, pp. 72-83, Centre Universitaire de Luxembourg.

[3] Ce court récit de Jean Paulhan, sans doute écrit à Madagascar, vers 1910, a d’abord été publié en 1921 dans la Nouvelle Revue Française. Il a été repris dans l’anthologie réalisée par Serge Meitinger et Jean-Claude Carpanin Marimoutou, Océan indien : Madagascar, La Réunion, Maurice, Omnibus, 1998. Il vient d’être réédité dans le premier volume des Œuvres complètes chez Gallimard en 2006. La présentation de Serge Meitinger était, à ce jour, inédite.

[4] À propos de ces hain-teny, on lira avec profit, sur le site lrdb.fr, la notice concernant Jean-Joseph Rabearivelo et l’article de Serge Meitinger sur le poète malgache.

 

  

 

Jean Paulhan et la voie du proverbe

suivi de

Aytré qui perd l’habitude, présentation

Serge Meitinger

 

 

 

 

‑‑1‑‑

 

pour Pierre Oster

 

 

Certaines configurations de mots — orales ou écrites — arrachent soudain le langage à son ordinaire neutralité de truchement pour se produire en tant qu’événements à part entière et elles sont d'autant plus troublantes, d'autant plus fascinantes que le verbe ne s'y peut en rien séparer de la chose qu'il présente non plus que de l'idée ou du flux de pensée qui 1'accompagne. Tel serait 1'évident mystère dont peuvent rayonner dans et par leur présence plénière le proverbe, la figure de rhétorique, le poème. Et c'est proprement par "1'expérience du proverbe", vécue à Madagascar entre 1908 et 1910, que Jean Paulhan a commencé à se frayer et à nous frayer un accès à l'énigme même du langage humain. Nous souhaiterions ici reparcourir à notre manière la voie du proverbe pour nous avancer, avec 1'auteur des Fleurs de Tarbes certes mais en de tout autres termes que lui, vers une sorte d'anthropologie fondamentale du poétique qui devrait nous permettre de mieux circonscrire un jour le lieu où se fondent et notre parole la plus commune comme la plus particulière et notre capacité à dire poétiquement le monde. Ne seront toutefois proposés, en ces quelques pages, que les linéaments d'une problématique plus vaste qui reste en grande partie à construire.

1. Le Pouvoir des mots (mais s'agit-il de mots ?)

Botzarro s'étant tu vingt ans, on le sait, son langage prit une telle vertu qu'il lui suffisait d'un mot désormais pour éteindre un incendie, de dix mots pour faire croître un cèdre.[1]

Jean Paulhan, à 1'orée de son essai L'expérience du proverbe[2] comme, plus tard, dans sa conférence D'un langage sacré, nous fait part de sa gêne devant certain exercice de parole propre aux Malgaches parmi lesquels il vit. Pour donner du poids et de 1'efficace à leur propos ces derniers semblent user par moments d'une langue seconde, obscure et solennelle qui doue leur discours d'une évidente influence. Quelque configuration de mots, souvent mise en valeur par l’intonation, le débit et la qualité même de l'élocution, fait irruption dans le discours ordinaire et dénoue le débat en tranchant ce qui est en cause. Dépité de sentir à quel point, en regard, sa propre parole restait défaillante, Paulhan fut durablement impressionné par la puissance conférée au langage par le seul maniement du proverbe : nous devons à cet étonnement et à la patiente obstination du "parleur" en quête d'efficacité verbale d'étranges lumières sur le Pouvoir des mots.

 

En effet, il y a toute une pragmatique de l’adage (ad agendum : pour agir) dont Paulhan nous livre une analyse quasi phénoménologique. Entourant, ménageant, suscitant la profération même du proverbe, le groupe qui environne 1'orateur (ou les orateurs) est pris en un mouvement à la fois collectif et un de préparation et d'attente. Les capacités d'entente, d'accueil et de stimulation du groupe témoin s'ajustent à la teneur et à la qualité du propos et le proverbe se trouve proprement être en situation le produit même de la situation. Cependant le sérieux voire la solennité de l'élocution comme l’apparente incongruité parfois de l’expression sont aussi une manière de faire allégeance à une antériorité obscure mais prégnante qui affirme son droit sur le langage, sur les valeurs et sur la vie de la tribu. Comme si la raison qui doit l’emporter était fondée sur le retour à un préréfléchi ethnique ouvrant un lieu privilégié où la parole proverbiale saurait seule revêtir force de loi en manifestant une vérité immémoriale à laquelle l'on ne peut qu’acquiescer. Le locuteur et les destinataires-mandataires du propos sont comme happés et tissés ensemble par un toujours déjà là qui les frustre certes de toute originalité au profit d'une origine absolue mais leur offre la garantie insigne du déjà dit, du toujours déjà pensé — ou d'un impensé radical ? —.

 

Toutefois l’événement proverbial n'est pas réductible à la formule qui, apparemment, en ramasse 1'efficace et la formule elle-même n'est réductible ni aux mots qui la compose ni à leur sens. Il s'agirait là plutôt, à la limite, d’une expression indécomposable fonctionnant comme un vocable unique qui ne serait pas un mot mais le sésame d'une vérité qui, par son à-propos tranchant sur l'étrangeté du verbe, emporte la conviction et fait 1'unanimité. Le Pouvoir du proverbe n'est pas le Pouvoir des mots ni du sens qu'il manie : sa force lui vient du seul fait qu'il convoque dans et par sa profération la source obscure de toute véridicité et qu'il se manifeste ainsi dans son aura. Et, prolongeant la leçon de la sorte apportée par 1'examen de la puissance propre à 1'adage, l’on peut subodorer que le prétendu Pouvoir des "grands mots" : "liberté", "démocratie", "patrie" etc. ne tient pas plus aux vocables que celui du proverbe ne tient à la structure formelle de son énonciation : ces grandes notions ne doivent leur influence qu'à la pensée et à 1'action potentielle qu'elles portent au jour, elles s'éclairent et éclairent sur le fond d'un rejet à la fois viscéral et idéal de toute aliénation, de toute tyrannie, d’un désir intensément vécu d'identité et d'unanimité. De même les grandes figures de rhétorique n'ont-elles de beauté et d'efficace qu'à la condition d'être traversées par le dynamisme d'une pensée et d'un désir qui les vivifient et les font accéder au statut d'événement rhétorique. Enfin que dire d’un poème qui ne serait qu'une addition formelle de rimes et de rythmes conventionnels, de mots et d’images, qu'une machine métrique et métaphorique soigneusement montée et combinée ? Si une telle "somme" n'était pas transcendée par un élan, un allant qui venant d'ailleurs, d'un fonds peut-être inconnu, conduit plus loin que les mots, l'on ne pourrait jamais parler d’événement poétique. Jean Paulhan nous a fait reconnaître ainsi, à travers l’exemple du proverbe en acte, que, pour être forts et actifs, les mots doivent être plus et autre chose que des mots, mais que sont-ils donc alors exactement ? Patience ! son expérience et la nôtre ne font que commencer...

2. Un exercice difficile (où l'échec risque de renvoyer au seul bruit des vocables)

J'ai accoutumé de me demander si les mots ne sont pas la chose du monde la moins faite pour parler. Le P. Botzarro, Op. XIII B, 225[3]

C'était le sentiment de l’insuffisance propre à sa parole personnelle qui avait porté Jean Paulhan à s’interroger sur les pouvoirs de l’adage : privé de l’aura mystérieuse et pourtant patente des proverbes, son langage manquait de force de conviction et, en plus d'une occasion, il n'avait réussi ni à se faire entendre de ses interlocuteurs ni à les convaincre faute du sésame requis. La portée et la nature de cette force une fois reconnues, il souhaita user de la langue malgache dans sa plénitude et donc "utiliser" à son tour des proverbes. Mais encore lui fallait-il repérer avec exactitude le lieu et le temps de 1'adage, s'assurer de son sens canonique. Jean Paulhan se trouva alors comme le héros traditionnel des contes devant une tâche difficile et sans guère d’adjuvants autres que son bon sens et son intuition.

 

La première méprise qui guette le néophyte en la matière est celle qui consiste à manquer l'événement proverbial en tant que tel, c'est-à-dire à prendre 1'adage pour une phrase tout ordinaire, composée de mots à comprendre en leur sens propre ou métaphorique. Cela arrive dans le cadre de la conversation courante quand les formes solennelles de l'élocution — évoquées plus haut — sont estompées voire réduites à néant par l’apparente banalité du propos. Les interlocuteurs dont Paulhan s'efforce alors de gloser la pensée ne le comprennent en rien et s'offusquent de 1'incongruité des rapprochements qu'il opère :

Rabe : — Comment veux-tu que je me défende contre ces gens-là ?

Le bœuf mort ne se protège pas des mouches.

Je réponds : — Mais vous êtes un bœuf encore bien vivant, et solide.

À quoi Rahaja, qui s'adresse à moi avec bienveillance, comme relevant une faute de goût :

— Comment peux-tu appeler Rabe : bœuf ? [4]

Mais c'est en fait une faute de logique, et non de goût, que d'avoir cru que Rabe se comparait lui-même à un bœuf. Le proverbe n'est pas une métaphore ni l’exemple imagé d'une situation-type : il est un bloc indivis de pensée qui s'insère comme un argument plénier dans une démonstration. Il serait, tout aussi vain, à propos de l’allégorie qui fournit son titre aux Fleurs de Tarbes[5] de s'en référer aux fleurs vivantes d'un réel jardin alors qu'il ne s'agit là que d'un argument d'allure paradoxale et grotesque contre la "terreur" dans les Lettres. Faute de logique encore que de vouloir lire dans tel ou tel poème de Mallarmé la description d'une console, d'une cheminée ou d'un buffet alors que tout le poème est une machine de guerre contre la description et dénie même au langage toute capacité de décrire. Comment toutefois se prémunir contre de telles erreurs ? Sans doute en établissant avec précision le "sens" de chacun de ces événements de langage qui sont susceptibles d'intervenir comme arguments ou prises de position dans une polémique, une discussion ou un récit.

 

Toutefois un second type de méprise se profile alors car ce "sens" s'opacifie dès qu'on essaie de l’extraire du lieu et du moment où se manifeste le verbe en acte. Quand Jean Paulhan demande à des Malgaches de lui expliquer tel ou tel proverbe "isolé du reste de la phrase ou du discours qui le contenait"[6] ces derniers sont embarrassés et tournent longuement la question. Ils ne parviennent à répondre — quand ils n'éludent pas toute réponse — que par un détour qui vise à replacer le proverbe en situation. Le "sens" ainsi offert n'apparaît donc jamais avec la pureté ou la rigueur abstraites du concept : il s'agit à chaque fois d'un argument déjà engagé, pris dans la chair d'une expérience complexe et collective dont 1'intuition propre au groupe ethnique pénètre d'emblée la teneur et les ramifications sans pouvoir en donner un équivalent notionnel. D'où pour le néophyte une interprétation toujours précaire, partielle et partiale qui ne lui garantit nul à-propos. D'où, dans le maniement du proverbe où il se risque quand même, la constante menace d'un échec qui se traduit par la chute immédiate de ses propos dans le vain bruit des vocables : il n'est pas écouté car il a parlé à côté du sujet effectivement en cause et son dire surprend par sa vanité ou sa vacuité. Le proverbe ainsi proféré ne devient pas un événement proverbial : il est un ensemble de mots vides réduits à leur clinquant. "Words, words, words…", s'écriait Hamlet en jetant son livre. "Paroles que tout cela…", s'indigne 1'interlocuteur. De la même manière il nous apparaît que les principes de "liberté" et de "démocratie", que la notion de "patrie", invoqués par quelque adversaire idéologique, ne sont pour ce dernier que des "mots" : il les situe en effet dans un contexte qui nous est si étranger que nous n'y reconnaissons pas de place pour ces valeurs que nous révérons mais dans une tout autre dimension. Pour nous l’orateur parle à côté de la vérité du sujet, en démagogue. Une figure de rhétorique semble, elle aussi, rater son effet quand au lieu de révéler quelque qualité propre aux thèmes ou aux faits dont traite le discours, elle est si inappropriée qu'elle se montre comme un pur et simple assemblage de mots. Un poème enfin qui ne sait pas faire s'arracher le monde du texte sur le fond d'un contexte dense, tout en préservant entre les deux univers le jeu d'une adéquation complexe, risque de sombrer dans le verbalisme. Et, dans tous ces cas, l'on peut légitimement se demander " si les mots ne sont pas la chose du monde la moins faite pour parler". Réduits au pur souffle de la voix, ils ne disent rien de plus que leur bruissement. L’effort de celui qui parle semble devoir être de les recharger, de les lester de pensée et de réalité vive pour leur éviter de glisser sans cesse hors du sens et de la vérité.

3. Sens, formule et raisonnement (où la réussite se passe toutefois assez bien du calcul)

Par wir, Par haou ;

En tout-vérité, En tout-mensonge.

(Proverbe bas-breton)[7]

Mais le diseur de proverbes, soucieux de l’efficacité de sa sentence, est-il vraiment venu à bout de sa tâche difficile quand il s'est assuré du sens de ses paroles ? Employant désormais selon leur plus stricte teneur adages et dictons, il constate une étrange revanche des mots ; il s’aperçoit alors que la justesse de pensée ne suffit pas et que, bien qu’apparemment en situation, tel ou tel proverbe cité dans son esprit et non dans sa forme n’a pas plus de valeur qu’une phrase ordinaire. Le prestige de la formule s'impose et contrecarre soudain les spéculations portant sur la seule exactitude du sens : l’exactitude de la lettre va de pair avec celle de l’idée. Et la découverte de cet impératif va conduire Jean Paulhan à une passionnante étude des rapports entre la pensée et sa formulation.

À partir de nombreux adages, choisis puis classés, le chercheur peut établir "certaines règles de composition, certaines lois de sens"[8]. (Jean Paulhan songera longtemps à faire de ces travaux la matière d'une thèse de doctorat[9]). Il examine avec minutie la liaison qui se crée entre la formule et la pensée : par exemple un certain type de parallélisme syntaxique et formel sert l'idée et permet de produire toute une série de proverbes sur le même modèle :

Âme d'esclave : détruire.

Âme d'Iketaka : faire la coquette.

Âme d'enfant : ne penser à rien.[10]

Le penseur s’intéresse plus spécialement aux multiples expressions de ce qu'il appelle "contre-attente" ou attente déçue. Nombre de proverbes en effet se présentent sous la forme d'un paradoxe (une fois encore souligné par la construction syntaxique) : ils nous montrent un personnage (homme, animal, chose) dont le caractère ou une action particulière nous sont dévoilés. Or il se trouve que ce personnage fait ou vit tout aussitôt le contraire de ce que l'on commençait à attendre de lui :

Jars mangeant des plants de riz : lui qui vole le bien d'autrui pousse les cris les plus forts.

Vieil homme qui prend deux femmes : c'est lorsqu'il mange dans les deux maisons qu'il maigrit.[11]

Jean Paulhan se plaît à analyser les nuances de pensée et de raisonnement qui peuvent naître d'une telle tournure d'esprit. Il en conçoit une admiration amusée pour la subtilité du peuple qui a élaboré une telle gamme proverbiale et il se fait fort d'en démontrer toute la valeur argumentative ainsi que les qualités "diplomatiques" car un emploi judicieux du procédé de "la suite inattendue" permet de prouver son bon droit comme d'esquiver une demande pressante par un apparent hommage au solliciteur[12]. Mais ce faisant, le chercheur passionné par son objet choisit parmi la multitude des proverbes qui s'offrent à lui ceux qui intéressent ses analyses et il se fait comme un répertoire à son usage propre. Pourtant, nouveau paradoxe, il s'aperçoit que, lorsqu'il parle lui-même en proverbes, ce qu'il réussit assez naturellement désormais, ce ne sont pas les proverbes intellectuellement les plus captivants qui lui viennent aux lèvres :

Tout se passait […] pour moi comme s'il y avait eu antinomie entre le sens du proverbe et l'usage qui en est fait.[13]

Il en va sans doute de même pour qui a étudié les figures de rhétorique dans toute leur complexité et les manières de bien parler, pour qui est initié aux difficultés de la métrique et des règles ainsi qu'à la variété des thèmes poétiques possibles : au moment de dire ou d’écrire, ce que l’orateur ou le poète ont à charge de "transmettre" s'impose en dépit des convenances les plus raffinées de la pensée et de la forme. Et le rapport de qui parle ou écrit à son prétendu objet bascule soudain : l'événement change de face et d'allure. Quand Jean Paulhan, dans le feu de la conversation, use d'un proverbe, son goût habituel pour les formes les plus subtiles de l’adage est éclipsé par 1'urgence du propos. Quelque chose qui doit être pris comme une totalité en acte exige d'être dit sans délai et traverse toute possibilité de réflexion : une force de conviction — qui est bien par-delà le vrai et le faux raisonnablement établis (En tout-vérité, En tout-mensonge) — occupe toute la place ordinairement dévolue à 1'intériorité. Le sujet parlant est pris dans l'événement proverbial qui momentanément le porte et, en lui-même, il devient la question intime du proverbe. De même 1'orateur devient la question propre à l'événement rhétorique, le poète celle qui est le propre de l'événement poétique. Mais qu'en est-il alors de la vérité et de la liberté du sujet ?

4. De la vérité (qui n'apparaît qu'au prix d'un véritable "renversement des clartés")

II est trop facile de dire ce que paraît être un lieu commun. Mais ce qu'il est, en réalité, qui pourra le dire ? Léon Bloy[14]

En devenant le problème même du langage qu'il est censé "utiliser", le sujet parlant ne résout pas le dilemme ouvert par l’acte de langage dont il participe mais l’évident mystère se trouve incarné et la contradiction partage l’être-même de celui qui parle. Ce dernier se trouve renvoyé à une sorte de préréfléchi individuel qui le contraint à déterminer hors calcul, hors préméditation, l’inflexion particulière de son propos. En cas de réussite, l’usage du proverbe devient quasiment invisible, insaisissable : en effet Jean Paulhan n'a en rien 1'impression d'avoir employé un adage, il est intimement persuadé que la vérité et la force de conviction de sa pensée ont naturellement triomphé et il lui déplairait profondément d'avoir dû son succès au pouvoir d'une phrase toute faite. Le proverbe se trouve comme réduit à rien. Ce sont les cas intermédiaires qui manifestent le dilemme et la double nature de 1'adage. Un proverbe en situation et correctement énoncé peut ne pas emporter d'emblée la conviction des auditeurs : il faut alors que celui qui vient de parler justifie et défende par un surcroît de pensée la pertinence de 1'adage évoqué. Quelques phrases supplémentaires expliquent la sentence proverbiale : le proverbe est d'abord "phrase" puis devient "fait" et "idée". Inversement, dans un débat, plusieurs idées ont pu être avancées sans persuader et la juste formule, placée à bon escient, peut entraîner 1'adhésion de tous : les idées étaient des "faits" mais elles ont eu besoin de la "phrase" pour acquérir puissance et aura. Jean Paulhan découvre de la sorte une loi de complémentarité qui est le propre du langage proverbial mais aussi de tout "langage efficace", destiné à agir en même temps qu'à dire :

Tenu pour langage, il était ce qui évoquait avec force de la pensée ; tenu pour pensée, du langage. Il était tel en tout cas que l'on ne pût y penser sans le compléter, langage par autant de pensée, pensée par autant de langage.[15]

Quand il se rapporte à l’événement rhétorique ou poétique, le secret s'énonce ainsi : "il n'existe pas de signe du signe". Il n'y a pas en effet de signe diacritique, écrit ou oral, qui signale si le sujet parlant use de telle ou telle figure pour traduire un événement hors langage ou s'il fait de cette figure l’événement même :

Que si la figure elle-même n'est caractérisée, en dernière analyse, que par un certain passage, et le jeu d'une réflexion qui nous la fait considérer aussi bien comme 1'expression d'un événement que comme l’événement que l’on exprime — comme le mot d'une chose que comme la chose d'un (ou de plusieurs) mots, sans doute faut-il voir là le secret même que nous cherchions.[16]

La figure, le poème comme le proverbe sont des événements doubles et ambivalents : mots d'une chose, ils se font le truchement d’une idée et/ou d’un fait, ils manifestent un événement du monde selon un mode de référence direct ou indirect ; choses d'un (ou de plusieurs) mots, ils sont un événement de langage et/ou le monde propre d'un avènement spécifique. Il n'est pas question de choisir mais de doser, de compléter l'idée par le fait et le mot, le mot par l'idée et le fait, le fait par l'idée et le mot et ce, de façon préréflexive, dans le mouvement même de l’expression vive qui doit travailler, traverser et transcender le lieu et le moment de la formulation.

 

Le type de vérité qui peut résulter d'un tel maniement du langage — définitivement arraché à sa fonction de simple intermédiaire — ne saura résulter en rien, on le conçoit, de l'adéquation de l'esprit à la chose puisque le partage entre 1'esprit, le mot et la chose n'est pas ici fixé une fois pour toutes. Un véritable "renversement des clartés" est nécessaire pour faire accéder le sujet parlant à une vérité d'éclosion qui sera en lui et pour lui vérité de parole plus que parole de vérité. Il n'est pas possible, pour expliquer le proverbe, la figure ou le poème, de ramener l’inconnu au connu, le plus obscur au plus clair : il y a une opacité foncière du signifiant qui ne se laisse pas réduire par simplification ou partage formel des niveaux d'énonciation et d'élocution. La seule manière d'éclaircir, d'éclairer le mystère est de laisser évoluer presque librement — sans orientation préconçue — l’événement langagier opaque sur un fond plus opaque encore qui lui sert d'arrière-plan : par contraste il s'en trouvera éclairé mais moins d'une manière notionnelle qu'émotionnelle :

Cette entente et cette clarté [...] ce n'est pas l’extrême attention qui l’obtient, mais la distraction extrême. En bref, il s'agit de porter le regard un peu plus loin qu'un proverbe que l'on abandonne à sa métamorphose, à sa contradiction, à son obscurité. Il s'agit d’éclairer l’objet particulier qui nous occupe, par le contraste de cette obscurité.

L'on admet, à l’ordinaire, que l’on a expliqué un fait obscur ou inconnu quand on l’a réduit à des éléments connus. Mais il semble que la clarté des proverbes et sans doute de tout langage sacré — procède d'une opération inverse, que l'on pourrait appeler le Renversement des clartés.

II ne s'agit plus de réduire le fait à des éléments plus clairs — mais de le faire apparaître sur un fond plus sombre. De lui donner cette sorte de lumière que rayonnent, au sortir d'un grand danger, les actes les plus simples : manger, les objets les plus simples : une tasse.[17]

L'expérience du proverbe en tant qu'événement de langage à part entière — comme tout événement analogue — est susceptible de permettre au sujet parlant une telle épreuve de vérité : à 1'orée du non-sens, une formulation ambiguë et opaque s'éclaire, par contraste de prégnance, en un sens (non rationnel, non discursif, non thétique) qui ébranle (et met en branle) la perception comme la pensée de qui l’éprouve. Un ensemble signifiant porté à la limite même de son insignifiance prend forme et sens sur le fond d'un manque plus radical de forme et de sens. Mais quel fond ou quel fonds produisent ici leur effet ? Un innommé sans doute innommable, un impensé qui reste impensable, un indicible non-dit, une absence paradoxalement présente, une présence absente, un insensé qui permet le sens ? L'on peut penser à l’abîme divin des mystiques, au Tao que Jean Paulhan évoque en d'autres essais[18]. L'on peut aussi penser à l’émotion idéale et viscérale qui leste et transfigure les "grands mots" par sa seule puissance, à l’irréductibilité de notions comme celles de l’espace et du temps qui fondent pourtant notre pensée conceptuelle du monde, à l’inconnu qui, par un perpétuel jeu de chiasme entre mots, idées et choses, ouvre, aspire et porte la figure comme le poème voire notre seul désir de parler… Il faut seulement noter la toute nouvelle orientation imposée à l’ensemble de l’événement par le renversement des clartés car ce sont bien le fond (comme arrière-plan absolu et comme base) et le fonds (comme réserve et ressources propres) qui disposent : c'est dans leur aura panique, à partir de leur lumière noire, que s'éclaire pour le sujet parlant et désirant parler la possibilité même de parler et de désirer le faire. De la sorte, ce n'est pas 1'homme qui découvre et manie le proverbe, la figure ou le poème, ce sont eux qui, à partir du fond(s) dont émane leur sens, découvrent et manient l’homme toujours déjà pris dans son langage.

Et le renversement des clartés tel que Paulhan le conçoit n'est pas, alors, sans faire penser à l'un des plus importants principes lacaniens :

Ce serait simplement satisfaire à ce principe par nous promu : que dans le langage notre message nous vient de l’Autre, et pour l’énoncer jusqu'au bout : sous une forme inversée.[19]

Pour Lacan, "cet Autre (à pourvoir d'un grand A) dont tout un chacun s'adressant à l'autre (à petit a) invoque la foi, fût-ce pour lui mentir"[20] reste l’inconnu, l’indicible, le lieu hors lieu par où transitent nos questions les plus propres qui nous reviennent, comme dictées par Autrui et d'un au-delà, dans le lieu et le jeu du signifiant où l’Autre s'affronte directement au sujet. Le proverbe, la figure et le poème qui, ici, selon les analyses de Paulhan, ne sont en rien des artifices de langage venant donner expression à des significations déjà existantes mais des événements énigmatiques toujours aptes à produire un sens nouveau, répondent bien à la conception lacanienne du signifiant. Portant le langage à la lisière du non-sens logique — le proverbe par l’usure extrême de son sens et son incongruité, la figure par la dénotation d'abord impertinente qu'elle induit, le poème par 1'irréductibilité de son monde spécifique — ces événements sont capables par leur polysémie virtuelle de donner carrière au sujet parlant s'ouvrant aussi à la dimension plénière de son désir :

Le proverbe [mais aussi la figure, le poème…], on l'a vu, c'est une des formes de la prise de l’Autre du langage sur le sujet et c'est aussi, par là même, le chemin par où chacun peut se poser sa propre question. Seuls s'en étonneront ceux qui oublient un moment que c'est à travers la question du désir de l’Autre (que me veut-il ?) que le sujet peut atteindre à la question de son désir.[21]

Mais ici se noue à nos yeux une nouvelle et prenante énigme qui touche à la liberté propre du sujet, tant en ce qui concerne son désir qu'en ce qui concerne sa parole. Le cas limite ci-dessus évoqué à travers le proverbe, la figure et le poème semble nous permettre de dessiner le lieu poïétique où se fondent notre parole la plus commune comme la plus particulière et notre capacité à dire poétiquement le monde. Cependant ce lieu ne peut que demeurer un lieu commun : nous y avons vu opérer un préréfléchi ethnique aussi bien qu'un préréfléchi individuel, nous y avons vu à l’œuvre une entreprise collective — celle des Malgaches codifiant et ritualisant la vie de la tribu, celle des lettrés rédacteurs de Rhétoriques, celle des théoriciens des règles poétiques — aussi bien qu'une entreprise individuelle, celle d'un chercheur, d'un locuteur et d'un auteur. Il faut donc sans doute dire que naissent au même creuset et l’"institution symbolique"[22] du langage humain — avec tout ce qu'elle comporte en fait d’interdits, de sens préétablis et de normes — et la capacité à user d'un langage particulier — propre à chaque locuteur qui fait de sa parole le site vivant et risqué de son imaginaire, de sa liberté et de son désir. Sans doute y a-t-il constante interférence entre le symbolique et l’imaginaire ainsi mis en œuvre, mais ici, une fois encore, "il n'existe pas de signe du signe" qui permettrait de discriminer à coup sûr l’élément déjà codé de l’élément original ou originaire, le tour normatif du trait inventif, 1'esprit collectif du tempérament subjectif… et la loi de complémentarité établie plus haut devra s'appliquer — jusqu'au vertige ou à quelqu'autre renversement des clartés, inspiré par une visée plus radicalement phénoménologique du langage[23].

  


[1] D'un langage sacré, in Cahiers Jean Paulhan, n°2, "Jean Paulhan et Madagascar", Gallimard, Paris, 1982, p. 312 (cité désormais : Cahiers, II).

[2] Œuvres de Jean Paulhan, Cercle du livre précieux, Tchou éditeur, Paris, 5 tomes, 1966-1970, Citées : Œuvres, I, II, III… Ici : Œuvres, II, p. 97-124.

[3] Œuvres, II, p, 127 : exergue de "Si les mots sont des signes".

[4] Œuvres, II, p. 106.

[5] Œuvres, III, p. 20 : « Il est défendu d'entrer dans le jardin avec des fleurs à la main ».

[6] Œuvres, II, p. 107.

[7] Proverbes et dictons de Basse Bretagne, Ed. Rivages : Marseille ; 1985 ; p. 24.

[8] Œuvres, II, p. 112.

[9] Cahiers, II, cf, p. 251-356.

[10] Œuvres, II, p. 112 et Cahiers, II, p. 327.

[11] Cahiers, II, p. 274.

[12] Cahiers, II, p. 287 sq., surtout p. 290-291.

[13] Œuvres, II, p. 114.

[14] Léon Bloy : Exégèse des lieux communs, Ed. U.G.E., 10/18 ; Paris ; 1983 ; p. 11.

[15] Cahiers, II, p. 333.

[16] Œuvres, II, p. 235.

[17] Cahiers, II, p. 335-336.

[18] Voir Œuvres, III : la fin des Fleurs de Tarbes, p. 139-140 ; Les douleurs imaginaires, p. 325 sq. ; Le clair et l'obscur, p. 362 sq. ; Le don des langues, p. 418 sq.

[19] Jacques Lacan : Écrits, I, Éd. du Seuil, coll. Points : Paris ; 1970 ; p. 15.

[20] Lacan cité par Roland Chemama : "L'expérience du proverbe et le discours psychanalytique", Ornicar ?, n° 17/18, p. 55.

[21] Ibidem, p. 56.

[22] Nous empruntons 1'expression à Marc Richir : Phénoménologie et Institution symbolique, Éd. Jérôme Million, collection Krisis, Grenoble ; 1988.

[23] Dans la lignée de l'ouvrage cité dans la note précédente, il serait possible de considérer le fonds (ou le fond sur lequel apparaît le sens) moins comme le "Grand Autre" que comme la puissance même de la phénoménalité telle qu'elle peut transparaître dans "la prodigalité phénoménologique du langage ou du logos" (op. cit, p. 10). L'exemple, pris par Paulhan lui-même, de l’effet causé par la peur et de son rejaillissement sur notre sens premier de l’être et du monde orienterait vers une appréhension plus difficile du même s'arrachant sur fond de Même grâce à l’excès permanent du langage qui nous déborde.

 


 

‑‑2‑‑

 

 

Daté de “Tananarive, 1910”, le court récit Aytré qui perd l’habitude paraît pour la première fois en 1921 dans La Nouvelle Revue Française, n° 89. L’anecdote est à la fois exotique et triviale. Exotique, ce convoi de trois-cents femmes sénégalaises “encadrées” par trois sous-officiers français et qui traversent le pays betsileo pour rejoindre “leurs hommes”, tirailleurs sénégalais basés à Mahabo dans le Menabe ; scène typique de la période coloniale où les Africains furent utilisés comme force de répression à Madagascar. La route se fait à pied puis en pirogue et les militaires français sont pris entre deux sources d’étrangeté : africaine (les femmes sont Yoloffs, Bambaras et Toucouleurs) et malgache. Triviale, cette histoire de meurtre : une Française, Mme Chalinargues qui fait travailler des dentellières malgaches à Ambositra est assassinée au moment où le convoi s’arrête dans cette ville. Le suspect “officiel” est son jeune boto malgache (“bouto” = “boy” dans le contexte africain) qui aurait été son amant et qui s’est enfui. Mais c’est plutôt une affaire de jalousie raciste : les Français admettent difficilement une liaison entre une femme blanche et un Malgache et de fait les principaux suspects sont nos trois sous-officiers convoyeurs de femmes.

 

La subtilité à la fois psychologique et littéraire de ce récit est que l’énigme “policière” sera résolue par le détour d’une double écriture, celle de l’adjudant et celle d’Aytré qui tient le journal de route du convoi. Cette affaire criminelle devient une affaire de langage et son déchiffrement passe par la lecture fine et intuitive d’un texte : c’est une inflexion singulière dans l’écriture du journal de route qui révèle à l’adjudant le vrai coupable. Le texte de ce journal qui nous est donné à lire au centre comme document livré à notre sagacité de lecteur est encadré par deux interventions de l’adjudant, morceaux de psychologie introspective, portés à l’analyse indirecte du “fait” colonial et à celle plus directe de la nature humaine dans le style des moralistes du XVIIe siècle français.

L’adjudant se débat avec sa conscience : il a pris, dans le tiroir discret où elle l’avait caché, l’argent que Mme Chalinargues (qui avait de très claires visées sur lui sans qu’il eût envie de répondre à ses avances) voulait lui confier pour qu’il l’expédie par mandat de Tananarive à sa famille en France et il sait qu’il ne l’enverra pas ; de fait, il a déjà commencé à le dépenser en régalant chaque soir ses compagnons de champagne et de filles. Il sait donc aussi que le vol n’est pas le mobile de l’assassinat et en conclut, puisqu’il se sait innocent du meurtre (bien qu’il lui arrive presque d’en douter tant son sentiment de culpabilité est vif !), qu’il s’agit forcément de l’un de ses deux compagnons : Guetteloup ou Aytré. L’indice qui révèle aux yeux de l’adjudant la culpabilité d’Aytré est que, dans le journal de route, dans les jours qui suivent la notification, volontairement sèche et dépouillée, du crime, se multiplient les remarques sur les us et coutumes des contrées traversées, sur les paysages, des considérations sur la colonisation et l’efficacité relative de ses méthodes, des appréciations de caractère psychologique, des notations ethnologiques… comme si Aytré perdait l’habitude. C’est-à-dire comme si le monde en son entièreté, bouleversé et comme renversé par l’éclair noir de son acte, était devenu étrange, opaque, neuf, inassimilable et qu’il lui fallait tenter quand même de le ressaisir pour ne pas se perdre tout à fait, pour ne pas perdre la tête. Comme si la littérature naissait aussi de ce déphasage, de cette désaffection… L’adjudant, qui lit ainsi le crime entre les lignes, intuitionne d’autant mieux la nature et la complexité de cet état, et sa cause, qu’il le vit lui-même pour sa part, lui qui doit enfin “[s’]avouer qu’[il] vole depuis cinq jours”.

 

  

*

 

Nous prenons l’expédition en cours de route : les femmes sénégalaises sont sans doute arrivées par le port de Tamatave. Au moment de notre récit, le convoi traverse le pays betsileo dans le secteur d’Ambositra (sur les plateaux, entre Tananarive et Fianarantsoa) avant de rejoindre le Menabe et Mahabo tout à fait à l’ouest de l’île, pays sakalava (en effet les Français éprouvèrent les plus vives résistances du côté de cette ethnie du nord-ouest de l’île et qui avait constitué aux XVIIIème et XIXème siècles le seul royaume qui pût rivaliser en étendue et en puissance avec celui des Merina). D’où le stationnement permanent de tirailleurs sénégalais du côté de Morondava, lesquels ont laissé dans la région une réputation de “cannibales”. Il semble toutefois que, si l’on suit à la lettre les indications topographiques du journal du route, la durée du trajet (à pied et en pirogue) entre Ambositra et Mahabo soit nettement sous-évaluée, mais il s’agit bien d’une fiction, vraisemblable et non véritable.

 

  

Pour citer cet article

Serge Meitinger, « Jean Paulhan et la voie du proverbe » (1990) et « Aytré qui perd l’habitude, présentation », lrdb.fr, mis en ligne en août 2007


Date de création : 15/07/2007 09:24
Dernière modification : 15/07/2007 10:34
Catégorie : MADAGASCAR
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