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ILE MAURICE - Yusuf KADEL

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Né à l’île Maurice, Yusuf Kadel, dramaturge et poète, partage son temps entre l’écriture et la coordination de revues littéraires.

Il nous a aimablement envoyé ce texte paru dans la revue Le Moulin de poésie, en juin 2007.

C’est une poésie sourde, dense et brutale qu’il nous donne à entendre, comme une mystique de l’élémentaire, de la terre et de la chair. Sans illusion, sans concession, mais sans renoncement non plus.


Soluble dans l’œil

Yusuf Kadel



La rivière

ne se retourne pas la rivière

ignore d’où elle vient

« rivière » est le nom que porte l’eau

lorsque tenue en laisse


L’eau

nous bouscule de l’intérieur l’eau

est plus pointue qu’on ne pense

l’homme

est une idée de l’eau


La sueur

est payée d’avance la sueur

jamais ne rembourse…

la sueur tire des poches

aussi amples que les nôtres


Le sang

rougit dès qu’il s’expose le sang

n’est guère fait pour l’œil !

mais notre peau n’a

pas d’oreilles


Le vent

ne sait où logent ses reins le vent

a trop traîné pour être sobre

on le reçoit plus volontiers

sur le palier qu’au salon


Le ciel

nous dit non le ciel

dénie sa légende

le ciel est bleu comme

la glace


La mer

jamais ne ferme la mer

n’a du ciel que l’allure

la mer… se

souvient


Les montagnes

campent sur leur tâche

les montagnes

nous préservent de l’horizon

en mer nos yeux ne nous

reviennent pas


L’horizon

tranche dans la

lumière

et l’infini presse

de tout son poids


Le feu

par charité

jettera-t-il un

jour les dents ?


L’hiver

nous scrute jusqu’au souffle…

au printemps il y a plein

de fantômes à racheter


L’été

a un cou de girafe et des lèvres

mobiles qui se faufilent partout

l’été ronge les frusques et rallonge le sexe


La neige

retrousserait bien sa nature il n’est

guère de danses pour la neige ni de

prières

sous la neige nous plions mais ne

nous prosternons pas


Le soleil

va sous voile  le soleil

est pudique mais curieux  au soleil

rien n’échappe – ou presque

mais ce qu’il ne voit nous ne le

voyons pas non plus


La couleur

jamais n’a posé bagage la couleur

ne connaît que le pavé !

la couleur se retient seulement dans

nos rêves


Le verre

est frêle car tracé de regards  le verre

volontiers regagnerait l’sable

il fait moins sûr sous nos yeux

que sous nos pas


La page

sied à la parole comme la tombe sied

au souffle

on se relit comme d’autres retournent

leurs morts


Le désert

a cerné le soleil  le désert

affiche le front large des vainqueurs

le désert n’a d’épaule

pour personne !


La terre

nous salue bien bas  la terre

a trop tâté de nos charrues la terre

a oublié jusqu’à son nom

la pierre n’en veut plus

dans la famille


Le fer

nous bat quand il

est froid


Les arbres

se cachent dans la forêt comme

on se cache parmi la foule

l’arbre qui cache la forêt est un

héros


Les animaux

ne s’attachent guère à leur viande

les animaux

savent leur place !

les animaux ne sont bêtes que

par courtoisie


L’os

a la peau dure  l’os

n’a rien à envier à l’âme…

on ne trouve point de chimères

au muséum


La nuit

est pleine lorsque la lune est vide

la lune

s’ingère et la nuit s’en félicite

le noir… se gorge du

blanc


La lune

déteint sur le regard  la lune

nous parcourt sans façon

vingt mille ans il est vrai qu’on lui

dit « tu »


La lumière

écorche ce qu’elle touche

nous appelons « ombres » nos

enveloppes déposées


Les larmes

traversent le visage à gué  les larmes

ne se mouillent pas vraiment

les larmes n’avancent rien que

l’on ne sache


Le rire

se décline jaune et chrome le rire

s’entend jusqu’au fond de l’œil

le rire est kitsch mais le sanglot

l’est également


Le silence

car l’histoire sait dire pantoufles

sait rester au coin du feu un cigare

entre les dents

le silence… ou l’histoire laissant

couler


Le bonheur

n’a pas d’histoire  le bonheur

est transparent

dans le bonheur nul ne

se voit


Le givre

envie l’eau comme

l’angle envie la courbe

et quand il en a marre…

il craque


Les chemins depuis le goudron

ne sentent plus les pieds



Pour citer cet article

Yusuf Kadel, « Soluble dans l’œil », La_Revue, www.lrdb.fr, supplément Océan indien, mis en ligne en août 2007.


Date de création : 24/08/2007 12:41
Dernière modification : 15/12/2011 14:16
Catégorie : ILE MAURICE
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