« La terre, les poches pleines de cailloux, à la barre des flots proteste de par les cieux qu'elle désavoue l'homme »,   F. Ponge

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5. Entreprise et politique - La conférence

Entreprise et Politique

« Les entreprises peuvent-elles être citoyennes, le veulent-elles ? le doivent-elles ? »

 

 

« La vie collective n'est possible dans la durée

que si chacun s'en considère responsable », Platon

 

 

Les entreprises comme unité de production, de création derichesses, font partie de la communauté, de la vie de la cité; elles prennent une place dans la vie des citoyens puisqu'elles les emploient (pas toujours !), distribuent les richesses créées (inégalement) et impactent le cadre de leur vie (urbanisation), l'environnement (pollutions). En ce sens elles sont « politiques » mais aussi influencent et subissent la politique. Au sens large, la politique concerne les actions, l'équilibre, le développement de la société, ses rapports internes et ses rapports à d'autres ensembles. C'est pourquoi les membres de la cité, les citoyens, exercent leur citoyenneté telle qu'elle est établie par les lois et intégrée dans l'ensemble des mœurs de la société. Être citoyen implique que l'on fait partie d'une communauté et que l'on a dans ce corps, des droits et des devoirs comme payer ses impôts, respecter les lois, respecter les droits de l'homme

Ainsi donner le titre de citoyen à l'entreprise serait l'assimiler à un individu pourvu de droits et d'obligations. Si nous pouvons estimer que l'entreprise, partie de la vie de la cité, a des devoirs qu'en est-il de ses droits; elle n'a pas le droit de vote elle ne participe pas aux élections comme électeur ! Mais son influence sur les politiques semblent indéniables, par groupes de pression interposés et son pouvoir politique au sens où elle influence les lois de la collectivité est incontournable; ainsi, il semble cohérent que les autres membres de la cité imposent des obligations aux entreprises même si elles ne rentrent pas directement dans le jeu de l'élection politique.

Et plus encore, l'entreprise devenue institution, intervient dans l'organisation de la société mais aussi dans l'élaboration d'un système de valeurs.

Jouant sur la baisse du sentiment d'adhésion à une foi commune et la perte de confiance dans les institutions, les entreprises investissent dans ce besoin de projet collectif agrémenté de points de repère éthiques. L'idéologie de l'entreprise monte en puissance, orchestrée par la présence de plus en plus fréquente de patrons de grands groupes dans les médias autant pour commenter les faits économiques que pour disserter sur des sujets dits de société, jusqu'à faire de la politique (Berlusconi, Francis Mer, T. Breton etc.)

Ainsi les mécanismes de fonctionnement de l'entreprise pourraient s'appliquer à l'organisation de la société dans son ensemble.

L'entreprise devenue le pivot de l'effort collectif tend de plus en plus à devenir le pivot de la pensée collective. C'est le primat de l'économique sur le politique (Aveu d'impuissance de Jospin à Michelin). Le manager remplace le philosophe, l'intellectuel en saltimbanque (Minc, BHL, Finkelkraut etc.), les politiciens en technocrates (chiffrage d'un programme, d'un projet, omniprésence de l'aspect comptable comme dans l'entreprise)

N'y a-t-il pas danger à calquer les modes d'organisation de la société sur ceux de l'entreprise ? Si l'entreprise est une composante de la société, elle n'est pas la seule. A l'inverse la société peut-elle imposer son modèle démocratique aux entreprises ?

 

Une candidate à l'élection présidentielle déclarait récemment « il faut réconcilier les Français avec l'entreprise ». Les citoyens français seraient-ils fâchés ? Quels sont les reproches faits aux entreprises ? Les considèrent-ils comme responsables des atteintes sociales et/ou environnementales. Il faut dire qu'il y a quelques raisons d'inquiétudes : le réchauffement de la planète, les multiplications des pollutions en tous genres, dégradations des conditions sociales de vie, montée de la précarité, pouvoir d'achat en diminution etc. Pourquoi les entreprises se retrouvent-elles en première ligne, en position d'accusé ? De nombreux exemples de comportements d'entreprises au nom célèbre donnent prises aux accusations : Total qui ne reconnaît pas sa responsabilité dans le naufrage de l’Ericka, Nike dont les sous-traitant en Asie font travailler des enfants et ne respectent pas les droits de l'homme, Enron qui ruine l'épargne retraite de milliers de salariés; certes cela peut apparaître abstrait, lointain mais le comportement d'entreprises, sans renommée planétaire et, connu de tous puisque chacun y travaille, n'est pas moins délinquant : le non paiement des heures supplémentaires, ce qui est un délit, est une pratique courante en France comme la fraude fiscale 29,1 à 40,2 milliards d'€ soit de 1,7% à 2,3% du PIB (rapport annuel de la cour des comptes) ; les deux tiers sont imputables aux impôts (4,3€ pour l'irpp, 4,6 € pour l'impôt sur les sociétés, entre 7,3 et 12,4 milliards pour la TVA) et le tiers restant concerne les cotisations sociales : l'origine de la fraude se situe pour la quasi-totalité chez les entreprises ! Dans le même temps, la communauté a versé 65 milliards d'€ de subvention aux entreprises, alors que 7 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté (744€ mensuels). Il y a vraiment matière à être fâché !

Mais qu'est-ce précisément l'entreprise ? Ce mot recouvre une grande disparité de situations : quoi de commun entre l'épicier, le grand distributeur, une compagnie aérienne, le marchand de chaussures, le constructeur automobile, l'assureur ? Peu de choses mais, toutes sont des sociétés commerciales avec une finalité précise : le profit. Mais ce n'est pas la seule caractéristique de « l'entreprise »; longtemps considérée, par les économistes, comme un agent au comportement homogène, l'entreprise est aussi une organisation interne hiérarchisée composée de membres aux objectifs, aux intérêts différents. Pour François Bloch-Lainé l'entreprise : «  est une unité qui affecte un patrimoine à la réalisation d'un projet, en conjuguant, sous la conduite d'un pouvoir, un avoir financier, un savoir technique et un labeur humain » (pour une réforme de l'entreprise 1963. Cette approche présente un cocktail (parfois explosif), qui laisse entrevoir une communauté d'intérêts (projet) mais avec une hiérarchie (conduite d'un pouvoir) sans préciser qui détient le pouvoir et comment sont établies les relations hiérarchiques Or c'est bien le problème, l'organisation interne, la répartition du pouvoir, est rarement démocratique. L'entreprise est ainsi une source de conflits internesqui nuisent à la performance de l'entreprise. Cependant, la pression de plus en plus forte exercée par des individus, syndicats, associations diverses pour uncomportement responsable en terme social et environnemental n'est-elle pas utilisée par les entreprises pour obtenir la mobilisation de l'ensemble ses membres ?

 

 

1/ Existe-t-il, de la part des entreprises, une volonté à devenir citoyenne ?

 

1.1/L'approche néo-classique : l'exercice de la responsabilité sociétale au profit des actionnaires

« Peu d'évolutions pourraient miner aussi profondément les fondations mêmes de notre société libre que l'acceptation par les dirigeants d'entreprise d'une responsabilité sociale autre que celle de faire le plus d'argent possible pour leurs actionnaires. C'est une doctrine fondamentalement subversive. Si les hommes d'affaires ont une responsabilité autre que celle du profit maximum pour les actionnaires, comment peuvent-ils savoir ce qu'elle est ? Des individus privés auto-désignés peuvent-ils décider de ce qui est l'intérêt de la société ? »

M. Friedman, Capitalism and Freedom, University Chicago Press, Chicago, 1962, trad. française : Capitalisme et Liberté, Robert Laffont, 1971.

Pour Milton Friedman, la responsabilité sociétale de l'entreprise, au-delà de ses responsabilités pénales, ne s'exerce que par les seules décisions destinées à améliorer la rentabilité pour les actionnaires. C'est le marché qui assure la meilleure allocation des ressources et c'est seulement quand il s'avère inefficace qu'il revient à l'État d'en corriger les conséquences par des incitations directes ou indirectes (par exemple en cas d'externalités négatives générées par l'activité des entreprises).

Cette vision très répandue dans les économies anglo-saxonnes, repose sur deux hypothèses : – les questions de société sont éloignées du champ de leurs préoccupations ; – il incombe aux autorités de légiférer et aux entreprises de respecter la loi.

Des lors les questions éthiques sont étrangères à l'entreprise et sa légitimité ne se pose pas

Cette position théorique subordonne les logiques économiques et sociales à une logique exclusivement financière dominée par la relation entre actionnaires et dirigeants : toute décision dans un domaine sociétal devrait donc être justifiée au regard d'une création attendue de valeur financière.

 

1.2/Les multinationales défendant le concept de la RSE

Néanmoins, dans les années 1990, de nombreuses multinationales ont été confrontées à des campagnes de citoyens et d'ONG : Nike a vu son chiffre d'affaires sérieusement décliné quand ont été révélées les conditions de travail inhumaines sévissant chez ses sous-traitants du sud-est asiatique, IKEA a subi des campagnes dénonçant le traitement chimique du bois aux conséquences néfastes pour la santé, dans l'agroalimentaire, le débat récurrent sur l'obésité débouche sur des demandes d'une réglementation plus sévère.

Ainsi, d'autres acteurs que l'État ont-t-ils demandé des comptes aux entreprises dont l'activité avait des répercussions sur la sphère collective, telle que la santé, les conditions de travail ou l'environnement.

Dans les deux cas précités, des chartes de comportement qui s'imposent aux sous-traitants, ont été élaborées afin de montrer aux clients l'engagement de l'entreprise dans les domaines environnementaux et sociaux. Dans ces deux cas le CA a effectivement été redressé.

Ainsi l'émergence d'une éthique des affaires s'est-t-elle développée dans les années 90 sous la pression des « parties prenantes ». Beaucoup d'entreprises ont été converties alors à la Responsabilité Sociale de l'entreprise (RSE), elles la considèrent comme un bon moyen de ne pas se heurter aux ONG ni à l'opinion publique, de protéger leur image. Mais cette posture est défensive et souvent ponctuelle déconnectée de la stratégie du groupe, c'est pourquoi des engagements ont été pris, connus sous le concept de soft law.

« La loi douce », née aux États-unis, se traduit par l'élaboration de codes de conduite, de chartes éthiques aux contenus non contraignant pour les entreprises. Ces initiatives privées ont été confortées par l'adoption en 1991 des Federal Guidelines for Sentencing Organisations qui lient l'allègement des peines encourues en cas de non-respect des lois et règlements en matière comptables, fiscales et sociales à l'existence de code de conduite interne. C'est une assurance tous risques ! Aujourd’hui la quasi-totalité des multinationales ayant une activité aux USA et/ou cotée à Wall Street a adopté un code de conduite ou une charte éthique. Avec la mondialisation du commerce la diffusion s'est étendue à d'autres régions du monde. Le contenu est souvent constitué d'engagement sur des valeurs (comme l'intégrité dans les affaires) qui permettent de justifier leurs actions. Ces engagements nécessitent la mobilisation de tous les salariés de l'entreprise. Or ils n'ont généralement pas été consultés pour l'élaboration de ces codes ou chartes, issus du cercle restreint des dirigeants. Il y a ici un risque de confusion entre le code du travail et de nouvelles règles comportementales qui induisent de s'impliquer dans le travail, de répondre aux attentes clients, de travailler en « équipe » souvent au-delà des horaires au détriment de la santé (stress).

 

1.3/ La théorie des parties prenantes

Les approches de la rsese rattachent à la théorie des parties prenantes qui suppose que l'on peut, par des contrats justes, obtenir une convergence entre les finalités de l'entreprise et les attentes des diverses parties prenantes. Or ces finalités sont difficilement conciliables et les attentes des différents acteurs sont souvent conflictuelles.

La théorie des parties prenantes inscrit l'entreprise au cœur d'un ensemble de relations avec des partenaires qui ne sont plus uniquement les actionnaires mais des acteurs intéressés par les actions et décisions de l'entreprise (salariés, fournisseurs, clients, banquiers, actionnaires, associations, collectivités etc.)

Dans l'exemple d'IKEA : « aucune peine devra être épargnée afin de maintenir ces tarifs au niveau le plus bas » et comme le constate un sous-traitant, « les discussions sur les prix sont toujours difficiles car ils connaissent les prix du monde entier », Ainsi IKEA réclame des prix écrasés à ses sous-traitants tout en leur imposant un code de conduite sociale et environnementale contraignant. Comment faire ?

Comment les dirigeants pourraient-ils prendre en compte toutes ces parties ? Ils privilégieront celles qui ont le plus de pouvoir ; par exemple la nécessaire remise en l’état de la carrière faute de quoi l’entreprise n’obtiendrait pas l’autorisation d’exercer son activité (ex : cimenterie LAFARGE)

Il est donc illusoire d'envisager une prise en compte exhaustive de l'ensemble des parties prenantes potentielles. La rationalité des dirigeants est forcément limitée par l'urgence des problèmes, par les pressions et par les systèmes d'informations dont ils disposent. L'influence des parties prenantes dépend donc de la perception des dirigeants et de la hiérarchie qu'ils établissent entre les différentes attentes, notamment lorsque celles-ci sont contradictoires. Ils vont choisir et « mettre en scène »les acteurs qui compteront pour la définition de leur stratégie. (Coût minimum et image maximale).

Comme nous le voyons, si des évolutions sont perceptibles par rapport à la vision néo-classique de la position de l'entreprise dans la société, la réalisation d'un profit demeure comme point d'ancrage de toutes les entreprises. La prise en compte d'éléments environnementaux et sociaux apparaît comme une réponse a des pressions, à un environnement commercial évolutif, une adaptation et non comme une volonté concrète, pas seulement affichée, de modifier le fonctionnement interne de l'entreprise. Tout se passe comme si l'entreprise souhaitait un accord avec la société pour éviter la contrainte d'une législation. L'idée que le marché dirige le monde fait l'objet d'une « promotion », mais a besoin pour s'imposer de l'approbation du plus grand nombre. Les entreprises font valoir qu'elles sauraient prendre en charge le bien commun en édictant des règles visant l'encadrement des gains, en tenant compte de l'environnement, en négociant avec de nouveaux acteurs, en répondant à une demande de biens et services. Cette recherche d'adhésion peut expliquerla volonté des grandes entreprises d'amener la société vers les valeurs de l'entreprise.

 

 

2/ L'entreprise institution

A défaut de vouloir être vraiment citoyenne, ne cherchent-elles pas à devenir une nouvelle institution ?

 

2.1/ Par la diffusion de valeurs

« L'entreprise est au cœur de la société française. Les chefs d'entreprise peuvent être à notre époque ce que les instituteurs furent à la IIIème République » Laurence Parisot Présidente du MEDEF (13 octobre 2006)

L'entreprise et ses dirigeants sont adulés par les médias. Les discours sur l'entreprise ont changé de sens : il ne s'agit plus d'y voir un simple appareil de production mais bien une institution. Avec plus de 24 millions d'actifs en France, presque autant de familles touchées par le chômage, l'exclusion, la précarité d'au moins un de leurs proches, il apparaît à tous que le destin de la société passe par celui de l'entreprise. Ses performances, ses conséquences environnementales, sociales, économiques sont tombées dans le domaine public. L'information télévisuelle, radiophonique, journalistique donnent une place de choix aux OPA/OPE, fusion (GDF/SUEZ), aux résultats bénéficiaires des grands groupes (profit record de 12 milliards d'€ de TOTAL) dans leurs informations au détriment des conflits sociaux.

L'État, lui-même, se retourne vers l'entreprise privée pour lui demander de faire mieux en productivité ( privatisation) et en qualité, pour créerde l'emploi (sic!) avec l'aide des pouvoirs publics (subvention).

Les dirigeants, eux, valorisés dans l'opinion publique se retournent vers le personnel pour solliciter plus d'engagements individuels et collectifs dans la qualité et la performance au travail.

Mais une telle idéologie participative et communautaire se heurte aux plans sociaux, aux licenciements massifs, rémunérations extravagantes, aux parachutes dorés pour ceux des dirigeants qui n'ont pas réussi. Comment faire participer, mobiliser, si dans le même temps il faut exclure? Pour faire admettre la mutation de l'entreprise dans la conscience commune, il faut reconnaître à celle-ci son rang de nouvelle institution

La réhabilitation de l'entreprise dans les années 1980 a préparé le terrain à une présence de l'entreprise et de ses valeurs et, notamment le profit. Sans vouloir être exhaustif, le profit n'est pas une évidence, il est ou a été déconsidéré dans plusieurs religions et, dans une société laïque, démocratiqueson niveau pourrait être contrôlé. Vouloir réaliser, et surtout maximiser le profit, va faire passer les autres objectifs au second plan; certains prétendrent d'ailleurs qu'ilest nécessaire pour atteindre les autres objectifs. Si cette notion est valorisée, les résultats des grands groupes sont annoncés triomphalement sur tous les médias, (100 milliards de bénéfices pour les entreprises du CAC 40 en 2006), elle deviendra souhaitée par l'ensemble de la société. Le profit et sa maximisation deviendront nécessaires, incontournables. Par sa phrase célèbre l'ex chancelier allemand Helmut Smidt, « les profits d'aujourd'hui seront les investissements de demain et les emplois d'après demain » a voulu montrerl'absolu nécessité du profit, son rôle vertueux dans les mécanismes économiques et sociaux. C'est une façon de rendre incontestable la mise en place de conditions favorables à son émergence et, ceci, sans limites alors que les chiffres démentent: évolution des profits des entreprises du CAC 40 entre 2000 et 2005 +54%, évolution des dividendes qu'elles ont versés durant cette période +71,7%, évolution des investissements de ces mêmes entreprises au cours de la période: +41,4%. L’effet vertueux, de causes à effets qui permet de justifier la recherche d'un profit toujours plus grand, n'est pas vraiment démontré !

La concurrence, la compétition devient une règle qui s'applique à l'ensemble de la société. Ne parle-t-on pas de « guerre économique » de « gagnant », de « perdant », de «  bataille boursière. Le sport est un vecteur le plus fréquemment utilisé, non dans le registre du plaisir, mais pour valoriser l'effort (quand on veut on peut...), de la hiérarchie valeurs que l'entreprise veut intégrer à la communauté. Les liens entre le sport et l'entreprise se développent, témoin ce récent contrat entre Laure Manodou et legroupe Pinault Printemps la Redoute d’1 million par an sur 5 ans sans obligation pour la championne (alors que dans le même temps son équipementier « Arena » ferme son usine de maillot de bains licenciant 127 personnes).

L'entreprise à l'évidence cherche àmontrer que l'effort, la volonté, le travail, l'abnégation permettent l'obtention d'excellents résultats et, qu'ainsi ces valeurs doivent être celles de tous (sans préciser que les autres nageuses font les mêmes efforts, ont la même volonté mais n'obtiennent pas les mêmes résultats).Mais aussi c'est vouloir montrer à la société que la concurrence entre les individus est source de plus grande efficience. La mise en concurrence, sous prétexte d'émulation, entre salariés va individualiser les comportements et interdire les mouvements collectifs. D'ailleurs le patronat développe l'idée que ce sont les compétences (notion individuelle) qui doivent prendre la place des qualifications (notion collective)

 

L'entreprise s'exonère des diplômes et recrute selon des critères basés sur la personnalité même si elle doit assurer par la suite la formation (ce qu'elle fait rarement); En agissant ainsi elle privilégie des profils « souples » adaptables qu'elle formera suivant ses stricts intérêts sans se préoccuper du citoyen présent chez chaque salarié. L'entreprise va également communiquer pour faire passer l'idée que l'école ne forme pas correctement les individus, qu'elle en fait des esprits critiques alors qu'il faudrait en faire des individus employables.

Elle impose ses normes d'efficacité, de performance à tous les domaines même les plus éloignés: l'hôpital doit dispenser des soins en fonction d'un budget préétabli, les lycées seront dotés en fonction de l'atteinte d'objectifs préétablis, les maisons d'édition ne publieront que des ouvrages susceptibles d'être vendus indépendamment de leur valeur littéraire, les universités deviennent concurrentielles...

L'entreprise développe une conception de la connaissance pragmatique et finalisée: le poids de la recherche fondamentale diminue au profit de la recherche appliquée devant favoriser l'innovation dans le court terme

 

2.2/L'entreprise vise des manières d'être, veut modeler les comportements:

« L'objectif d'IKEA est d'améliorer le quotidien du plus grand nombre. Pour y parvenir, les magasins doivent sans cesse vendre plus à davantage de clients. » « Read me » revue interne. Ainsi pour ce grand distributeur de meubles l'augmentation de ses ventes serait synonyme d'amélioration de la vie pour tous! L'équation est donc consommation égale bonheur... mais pour qui ?

L’entreprise, les salariés, les clients? La perversion est delier qualité de la vie au niveau de vie.

Les magasins de ce distributeur sont conçus pour venir en famille le week-end. Une salle attend les enfants à l'entrée afin de libérer les parents, de les laisser libres de réaliser leurs achats (impulsifs?). La consommation devient un objectif pour toutes familles!

Le pole océan prévu à St Denis reprend le thème des grandes surfaces qui prétendent créer des lieux de vie (avec piscine), des lieux de socialisation, d'urbanisation et non de simple endroit de consommation

Et cette consommation tend à l'uniformisation: les meubles IKEA sont les mêmes partout dans le monde, le Big Burger est identique de Pékin à New-York, le Coca-cola comme le lait concentré Nestlé, le Yaourt Danone ont la même saveur aux quatre coins de la planète. Ces multinationales transforment les habitudes alimentaires de régions entières (Mc Do à la réunion)

L'entreprise cherche, à son profit, à construire un monde qui lui ressemble. Pour ce faire elle utilise la communication interne et externe. La communication interne est essentielle, car en créant un système culturel, elle cherche l'adhésion des salariés aux objectifs comme au mode fonctionnement alors que l'entreprise est par excellence un lieu où naissent les conflits. La communication externe offre la possibilité à l'entreprise de devenir une institution. La dernière publicité du crédit agricole ne prétend-elle pas: « nos valeurs sont les vôtres », le parcours de Maud Fontenoy ne transmet-il pas les valeurs de courage, de ténacité, d'effort, chères à l'Oréal ! Est-il utile d'insister sur le mécénat, le parrainage, les émissions de télévisions, de radio pour démonter l'emprise toujours plus grande de l'entreprise sur la pensée: les journalistes n'interrogent-ils pas, pour éclairer des situations économiques, des patrons d'entreprises plutôt que des universitaires ?

L'entreprise est ainsi un lieuoù se jouent des mécanismes de régulation de la société. La lutte des classes s'est apaisée, les syndicats sont sur la défensive et ne savent quels types de valeurs opposer aux valeurs entrepreunariales.

 

2.3/Organisation hiérarchisée modèle pour la société?

La hiérarchie est le mode d'organisation des entreprises (lien de subordination du contrat de travail). Ainsi, la vie en entreprise ne laisse que peu de place à la concertation, la discussion puis la décision collective. Qui détient le pouvoir, qui décide? Les actionnaires via les dirigeants, c a d qu'un groupe en fonction de ses intérêts va dicter ses décisions à tous les autres. Le mécanisme est autoritaire, éloigné d'un mode démocratique.

Paradoxalement, les pratiques managériales actuelles mettent l'accent sur la responsabilisation, le travail d'équipe, organise le travail par projet, mais imposent l'individualisation des rémunérations. Comment concilier les deux ? Bien sûr l'objet principal est de limiter la masse salariale mais l'effet connexe est de créer une relation concurrentielle entre les individus et ainsi de compromettre toute velléité de coopérer, d'action collective.

Ce mode organisationnel est éloigné de la conception démocratique présente dans la société. Il y a ici uneapparemment unecontradictionentre la volonté des entreprises de diffuser des valeurs communes et à s’émanciper de la règlecollectivement admise d’organisation de la vie communautaire. La culture d’entreprise très en vogue il y a quelques années dans les entreprises illustre la volonté des entrepreneurs de mobiliser les salariés. Mais un salarié lorsqu’il franchit les portes de l’entreprises ne va pas laisser au vestiaire sa propre culture ; l’entreprise va contourner ce problème en valorisant l’efficacité de son organisation dans l’accroissement des richesses produites et en faire un modèle à suivre pour l’ensemble de la société.

 

 

3/ Les contradictions de l'entreprise citoyenne

 

3.1/ la demande des actionnaires.

« La première responsabilité d'une entreprise est de créer de la valeur pour l'actionnaire », PDG de Nestlé, 2002.

Il faut ici revenir sur la définition de l'entreprise; deux éléments sont à retenir: l'objectif du profit et un lieu de conflits. Ce n'est pas la recherche du profit, encore que son obtention nécessite souvent des conditions de travail pénibles pour les salariés, qui engendre les conflits mais sa répartition. Ce n'est pas d'aujourd'hui que le conflit entre propriétaires et employés existe, le pouvoir, dans la propriété privée, est toujours entre les mains des actionnaires. Les propriétaires placent leurs capitaux non par souci de philanthropie mais pour en retirer des revenus et évidemment cela entre en opposition avec la volonté des salariés d'obtenir de plus grandes rémunérations.

Le fait nouveau, c'est l'arrivée massive de la finance actionnariale depuis la déréglementation financière de 1986. La libre circulation, à l'échelle planétaire, des capitaux va influencer les cours boursiers des titres des entreprises, exerçant ainsi une pression sur les dirigeants d'entreprise. Nous sommes habitués aujourd'hui à voir les dirigeants des entreprises cotées être « démissionnés » par les actionnaires lorsque l'évolution des cours ne les satisfait pas. Les dirigeants qui ont le pouvoir de décider, vont tout mettre en place, faire pression sur les subalternes, les employés, pour diminuer tous les coûts. La structure hiérarchique de la firme va être mobilisée pour répercuter la volonté des actionnaires d'augmenter la rentabilité de leurs capitaux. L'effet se fait sentir également chez le sous-traitant à qui les donneurs d'ordre demandent des efforts toujours plus grand pour comprimer les prix. Les lois et règlements ne limitant plus la puissance financière, celle-ci va au maximum des possibilités.En 1990, une banque comme la BNP présentait un taux de rentabilité de 2% à 3% qui ne l'a pas empêché de développer son activité. En 2000, la norme actionnariale exige 15%, la BNP se plie et propose même 18%. Aujourd'hui, les taux de rentabilité exigés par les fonds de pension évoluent entre 20% à 25%.

Le pourcentage du capital des multinationales françaises possédé par des fonds de pension est passé de 0,1% en 1990 à 50% aujourd'hui; or ces fonds, pour attirer les épargnants doit proposer à ses clients des taux de rémunérations élevés, ont besoin de placements boursiers à hauts rendements. Les limites sont toujours repoussées sans rencontrer d'obstacles. La recherche de tels taux impose la fermeture d'unités de productionbénéficiaires. Nestlé n'a pas hésité à fermer son usine de Saint-Menet alors que son taux de rentabilité était de 9%. Michelin il y a quelques années, annonçait simultanément des bénéfices record (plusieurs milliards d'€) et 1700licenciements justifiés par la recherche d'une plus grande rentabilité. Seule une nouvelle loi contraignante peut arrêter ce mouvement, le volontariat laisse les actionnaires libres de leurs choix. Pour quelques exemples d'entreprises aux statuts particuliers et dont l'objectif n'est pas la maximisation du profit, la « règle » demeurera la recherche d'une rentabilité toujours plus grande y compris chez les entreprises mécènes et les dirigeants financeurs de fondations ou associations de bienfaisance. Et pourtant, cela serait possible à Bill Gates d'imposer à Microsoft un comportement citoyen. Mais cela engendrerait pour l'entreprise une modification non seulement de son objectif mais aussi de son organisation. Toutes les expériences de changement de l'organisation du travail qui, certes, le rendent plus humain, plus respectueux des individus n'ont d'intérêt, aux yeux des dirigeants, que pour le résultat économique escompté. Jean Boisonnat, rapporteur de la commission « le travail dans 20 ans » (1995) décrit l'entreprise de demain (nous sommes à mi-parcours!) comme le lieu de la « personnalisation du travail » où sont démultipliés « les niveaux d'initiatives et de responsabilités », mais il précise, « elle ne le fait pas seulement, ni même d'abord, pour améliorer les conditions de travail mais, avant tout, pour être plus près du client et soigner aussi sa rentabilité ». Ainsi toutes modifications dans l'entreprise semblent être vouées à la recherche de performance. L'homme, même lorsque les modifications concernent ses propres conditions de travail n'est pas au centre des préoccupations des dirigeants.

L'arrivée de la démocratie dans l'entreprise n'est pas vraiment à l'ordre du jour et surtout est-elle possible, compatible, avec l'organisation interne des entreprises privées? Dans toutes les nouveautés managériales l'on retrouve toujours le schéma classique de la division du travail : certains décident les autres exécutent. Cela signifie que pour devenir citoyennes les entreprises doivent changer totalement dans leur finalité, dans la répartition des rôles, du pouvoir. Nous allons voir l'exemple d'une entreprise de menuiserie précisément particulière 

 

3.2/L'exception : Patagonia ou la prise en compte des effets de l’activité sur l’environnement

C'est aussi ce que montre le cas de l'entreprise « Patagonia », même si l'orientation est spécifiquement le respect de l'environnement, c'est la volonté des fondateurs que de décider d'un comportement citoyen au sens de préservation de la planète. Cette entreprise états-unienne de vente de vêtement d'activité de plein air a décidé en 1985 de prélevé 10% de son profit ou 1% de son CA au meilleur des deux chiffres et, surtout d'acheter de produire et vendre propre. Depuis 1996 Patagonia utilise 100% de coton biologique. La culture du coton emploie 50% de la consommation de pesticide mondiale. Evidemment, le prix d'achat du coton biologique cultivé sans adjuvant chimique double, ce qui représente une « entaille » sur les profits conséquente. Benetton, Levi's, Gap, Nike se disent intéressésmais seule Patagonia le fait. Depuis 1993 la fourrure synthétique des laines polaires produites par Patagonia est fabriquée à partir de 60 millions de bouteilles de plastique usagées; la réalisation d'un seul vêtement en laine polaire nécessite en moyenne le recyclage de 3700 bouteilles ce qui permet d'économiser 2300 barils de pétrole. Ce choix écologique a un coût: les prix des produits sont 20% à 30% plus chers que ceux de la concurrence.

Au travers de cet exemple nous voyons que des décisions importantes ont été prises par les fondateurs pour des raisons militantes qui relèguent le profit au second rang. Même si l'exemple de Patagonia ne remet pas en question la répartition du pouvoir dans l'organisation, il demeure un engagement véritable, une prise de conscience de l'impact de son activité sur l'environnement, c'est-à-dire une responsabilisation de l'entreprise du point de vue environnemental. Il ne s'agit pas d'une remise en cause de l'entreprise. Cela montre qu'il existe des marges de manœuvre pour une entreprise privée traditionnelle à condition de ne pas avoir pour finalité le profit maximum et aussi de ne pas rentrer dans la compétition avec ses concurrents mais de défendre une position militante.

 

3.3/La remise en cause de la finalité et de l’organisation interne de l’entreprise : le cas d’Ambiance bois

« Face au modèle d'une entreprise pour laquelle l'objectif est l'argent et l'homme un outil, nous avons cherché à utiliser l'argent comme un outil au service de l'homme. Notre entreprise ne se justifie pas par la recherche du profit pour le profit, mais par sa vocation de production réalisée dans le cadre humain d'une oeuvre collective. Pour nous, la façon de travailler est aussi importante que le produit qui est fabriqué. Le processus de prise en charge de la nécessaire production prime sur son résultat. ».

Ces propos des fondateurs de l'entreprise « Ambiance Bois » traduisent bien la rupture entre un modèle qui met au centre l'individu et celui qui place le profit comme principale préoccupation. C'est l'inversion des places du profit et de l'homme dans l'entreprise qui peut permettre l'avènement d'une entreprise citoyenne ; Le renversement des priorités est un préalable à l'instauration de la démocratie dans l'entreprise. C'est une entreprise qui emploie une vingtaine de personnes et qui assure les première et deuxième transformations du bois. C'est une SAPO (société anonyme à participation ouvrière), statut peu courant en France (une quinzaine) bien qu'ancien (1917) ce qui signifie à « Ambiance Bois » que 50% des voix à l'assemblée générale et que la moitié des postes au conseil d'administration appartiennent aux salariés de l'entreprise. Chaque vendredi matin, les salariés se retrouvent, s'informent, débattent, décident, et valident le planning proposé pour la semaine suivante par l'un d'eux. Sur le catalogue qui présente la société, il est écrit: »gestion collective de l'entreprise, partage des responsabilités, salaires égaux, temps partiel choisi et polyvalence sur les tâches de production sont les principales caractéristiques de notre fonctionnement ». Cette expérience remet en question les habitudes de fonctionnement couramment observées dans les entreprises notamment en défaisant le couple conception/exécution

Cette expérience, et c'est la volonté de ses fondateurs, ne constitue pas un modèle à imiter ni un moded'emploi à suivre, mais une aventure collective qui incite à réfléchir sur ce que peut être l'organisation d'un travail de production dont la vocation n'est pas le profit. Cela montre un possible pas une règle.

 

 

Conclusion

 

La responsabilité tant vantée par les médias, les brochures en papier glacé, les figures emblématiques du patronat, ne peuvent faire oublier les faits. Même si les faits sociaux économiques ne sont plus relayés par les médias (nombre d'accidents du travail, plans de licenciement, la dégradation des conditions de travail: les suicidés du technopole RENAULT...), remplacés par des faits divers (accidents de la route,...), les citoyens les vivent intimementou indirectement (famille) et témoignent de la distance séparant le discours, la communication et, de la réalisation de la RSE.

Les contradictions sont inhérentes à la conception même de l'entreprise privée. Comment pourrait-il y avoir collusion d'intérêt entre des propriétaires et des employés? Cela nous ramène àla définition de l'entreprise: ensemble de moyens financiers, matériels, humains mais pour quel projet ?

Il existe des exemples d'organisation comme les Coopératives, les SAPO dont la finalité peut -être partagée par les membres et, aussi des entrepreneurs qui par idéologie imposent des comportements citoyens au détriment de leurs marges (Patagonia), mais ces cas demeurent très rares et montrent que ce comportement nécessite de ne plus faire du profit l'unique motivation de l'entreprise. Nous voyons l'intérêt ici pour les entreprises privées d'imposer leurs propres les valeurs comme étant celles de la société. Imposer le profit, la compétition, comme valeurs c'est leur permettre d'engranger des bénéfices toujours plus grands dans un nouveau contrat social. C'est pourquoi la RES peut-être contournée, s’il est admis que la croissance réclamée, espérée, est le corollaire d'un progrès social. De manière implicite la croissance impose la consommation qui devient l'objet central dans les préoccupations des citoyens et ainsidéplace les conflits sur le terrain des prix et non sur la légitimité de création du profit. Néanmoins, la multiplicationdes mouvements de consommateurs, des associations de citoyens, des ONG (41 en 1945 contre plus de 2000 aujourd'hui associées à l'ONU) constituent des acteurs nouveaux formant un contre pouvoir face à l'hégémonie des multinationales. Même si ces acteurs ne sont pas homogènes, ils jouent souvent le rôle d'informateur sur le comportement des entreprises. Pour autant peuvent-ils les contrôler ? C'est au nom de finalités plus justes et plus solidaires que ces nouveaux acteurs sociaux cherchent à peser sur les règles du jeu de la vie sociale en combinant différentes actions: boycott, normes, commerce équitable... Mais ces pressions demeurent extérieures à l'entreprise, le patronat préfère coopérer avec des ONG aux objectifs vastes, plutôt qu'avec les syndicats de salariés aux visées plus précises et auxquels il est plus difficile de mentir sur les conditions de travail. Une véritable responsabilité sociale devrait tendre vers des droits d'interventionétendus pour les salariés; la participation à la gestion, l'exercice de la démocratie est possible des lors que les salariés ont un droit de refus, que ce soit pour des raisons déontologiques ou de sécurité ( droit de retrait pour les fonctionnaires).Nous le comprenons bien c'est d'un rapport de force que va émerger le nouveau contrat social : d'une part les multinationales au pouvoir sans égal, dans l'histoire récente de l'industrialisation, dans un contexte de mondialisation et, d'autre part les citoyens dont les attentes, les exigences, sont de plus en plus centrées dans les domaines sociaux et environnementaux. Le jeu semble très inégal! Pour exemple: le conseil européen de Lisbonne, en mars 2000, afait appel au sens de la responsabilité des entreprises dans  «  le domaine social pour de bonnes pratiques en matière d'éducation et à la formation tout au long de la vie, à l'organisation du travail, à l'égalité des chances, à l'insertion sociale et au développement durable ». Cette initiative résulte en partie du besoin de faire contrepoids aux contestations sociales renouvelées à l'occasion des sommets européens. Dès l'origine, le patronat européen a cherché à contrer toute obligation ; opposés au « volontariat » les syndicats et organisations de la société civile ont souhaité la définition d'un cadre réglementaire et de méthodes d'évaluation. En définitive la commission européenne a entendu le patronat et le livre vert issu de ces consultations préconise le caractère volontaire de la RSE.

Il résulte que les luttes devraient être menées vers les institutions internationales et les puissances publiques plutôt que vers les entreprises. Les marchés publics représentent environ 14% du PIB de l'union européenne. Les pouvoirs publics ont ainsi le pouvoir de peser sur le comportement des entreprises en imposant des critères sociaux et environnementaux lors des appels d'offre. Dans la même veine l'attribution de subvention pourrait être conditionnée au respect de ces critères. Et pour finir pourquoi ne pas donner à l'OIT les mêmes pouvoirs que ceux dévolus à l'OMC ? La contrainte législative, assortie de sanctions financières, semble être la seule voie, aujourd'hui, pour que les entreprises se comportent, du double point de vue social et environnemental, demanière « responsable ».


Date de création : 29/11/2006 13:43
Dernière modification : 10/04/2007 13:42
Catégorie : 5. Entreprise et politique
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