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CELEBRES - BUFFON

7 septembre 2007

Tricentenaire de la naissance de Buffon (1707-1788)

C’est à lui que l’on doit le mot célèbre, le cheval est la plus noble conquête de l’homme, et plus exactement « la plus noble conquête que l’homme ait jamais faite est celle de ce fier et fougueux cheval, qui partage avec lui les fatigues de la guerre et la gloire des combats ».

Rééditions récentes

Œuvres, Préface par Michel Delon, textes choisis, présentés et annotés par Stéphane Schmitt, Gallimard, La Pléiade, 2007, 1677 p., 65 €. (Présentation sur le site Gallimard).

– Œuvres Complètes, Volume 1. Histoire naturelle, générale et particulière, avec la description du Cabinet du Roy. Tome premier (1749), édité par Stéphane Schmitt, avec la collaboration de Cédric Crémière, Honoré Champion, 2007, 1346 p., 150 €.

(36 volumes prévus, à raison de 2 vol/an, présentation sur le site des éditions Honoré Champion)

– Yves Laissus, Buffon. La nature en majesté, Gallimard, Découvertes, 2007, 127 p., 12,30 €.

Le lion, " roi des animaux ", le cheval, la plus noble conquête de l'homme "... Ces formules de Buffon ont contribué à réduire leur auteur à une sorte de La Fontaine en prose. Or ce styliste hors pair fut aussi l'une des figures majeures de la pensée scientifique au XVIIIe siècle. Académicien, intendant du Jardin du Roi - le futur Muséum d'Histoire naturelle - pendant un demi-siècle, grand propriétaire terrien en Bourgogne, maître de forges, sylviculteur, Buffon a mené de front ses activités multiples avec une énergie et un talent hors du commun. Dans son œuvre grandiose, l'Histoire naturelle - 36 volumes publiés entre 1749 et 1788 Buffon tente de décrypter l'ordre de la nature : cet esprit encyclopédique, expérimentateur passionné, incomparable agitateur d'idées, y pose des questions fondamentales sur l'âge de la Terre, la naissance du vivant, les espèces, la place de l'homme... Sans toujours apporter les bonnes réponses, le naturaliste ouvre des voies nouvelles qui, au siècle suivant, permettront notamment la naissance de la biologie. Yves Laissus donne un portrait vivant et attachant de ce visionnaire de la science.

Voir aussi le site remarquable créé par Pietro Corsi et Thierry Hocquet, www.buffon.cnrs.fr avec, entre autres, le texte de son Histoire naturelle.

Philippe Sollers présente, non sans malice, l’œuvre et l’homme, « L’arche de Buffon », Le Nouvel Observateur, 01/03/2007.

Amusez-vous, faites l’expérience en présence de quelques amis. Vous prenez un livre, vous ne révélez ni son titre ni le nom de l’auteur, vous proposez seulement une ou deux minutes de jouissance auditive, loin de l’actualité et du bavardage électoral. Vous précisez qu’il s’agit du monde animal dont, à votre avis, l’animal humain s’est trop détaché à ses dépens, sombrant ainsi dans la misère d’un monde d’images artificielles. Voici, vous lisez à haute voix, il s’agit des éléphants : « Lorsque les femelles entrent en chaleur, la troupe se sépare par couples que le désir avait formés d’avance ; ils se prennent par choix, se dérobent, et dans leur marche l’amour paraît les précéder et la pudeur les suivre ; car le mystère accompagne leurs plaisirs. On ne les a jamais vus s’accoupler, ils craignent surtout le regard de leurs semblables et connaissent peut-être mieux que nous cette volupté de jouir dans le silence, et de ne s’occuper que de l’objet aimé. Ils cherchent les bois les plus épais, ils gagnent les solitudes les plus profondes pour se livrer sans témoins, sans trouble et sans réserve à toutes les impulsions de la nature... ».

Vos amis sont perplexes, ils hésitent. De qui s’agit-il ? Pourquoi ces précisions sexuelles entre les lignes ? Que faut-il entendre exactement par « impulsions de la nature » ? Vous voyez vos auditeurs intrigués, troublés. Vous enchaînez vite avec le chat : « Il est très porté à l’amour, et, ce qui est rare chez les animaux, la femelle paraît être plus ardente que le mâle ; elle l’invite, elle le cherche, elle l’appelle, elle annonce par de hauts cris la fureur de ses désirs, ou plutôt l’excès de ses besoins, et lorsque le mâle la fuit ou la dédaigne, elle le poursuit, le mord, et le force pour ainsi dire à la satisfaire... »

Cette fois, un ange passe et la pression monte. Vous évitez le cheval, trop reconnaissable à cause de la fameuse formule « la plus noble conquête de l’homme », et vous poursuivez impassiblement votre avantage avec le coq : « Un bon coq est celui qui a du feu dans les yeux, de la fierté dans la démarche, de la liberté dans ses mouvements, et toutes les proportions qui annoncent la force. Un coq ainsi fait inspirera de l’amour à un grand nombre de poules ; si on veut le ménager, on ne lui en laissera que douze ou quinze... »

Bon, ça va comme ça. Mais pour détendre l’atmosphère, et montrer que votre auteur inconnu peut être aussi à l’aise dans la légèreté, vous envoyez l’oiseau-mouche : « L’émeraude, le rubis, la topaze brillent sur ses habits, il ne les souille jamais de la poussière de la terre, et dans sa vie tout aérienne on le voit à peine toucher le gazon par instants ; il est toujours en l’air, volant de fleur en fleur ; il a leur fraîcheur comme il a leur éclat : il vit de leur nectar et n’habite que les climats où sans cesse elles se renouvellent... »

C’est très bien écrit, n’est-ce pas ? Vous venez donc d’entendre comment l’énorme Buffon, dont on commémore aujourd’hui le tricentenaire de la naissance (1707-1788), se coule, dans son « Histoire naturelle », dans la matière animée et son mouvement musical. Il peut devenir, à son gré, renard, écureuil, souris, taupe, singe, castor, oiseau. Il n’a pas eu le temps de se faire insecte, et c’est bien dommage, mais il reste aussi étonnant dans le minéral ou dans sa description des sensations du premier homme au soleil. Il était donc une fois un pays, la France, où respiraient en même temps Montesquieu, Voltaire, Rousseau, Diderot, et plein d’autres. Buffon aura été le plus célèbre, et son « Histoire » en 36 volumes, un best-seller international. Oublié, Buffon ? Sans doute, mais comme tous les autres, et, finalement, comme la nature elle-même.

Incroyable Buffon : c’est un bourgeois devenu grand seigneur, il commence par les mathématiques, et se retrouve tour à tour haut fonctionnaire, académicien, naturaliste, grand propriétaire terrien, forestier, maître de forges, architecte, bâtisseur, intendant du Jardin du Roi, ami de savants, et surtout prodigieux écrivain. « Le style, c’est l’homme même » : voilà son blason. Il a été très critiqué par les naturalistes, qui le trouvent « hasardeux », et par les dévots (surtout jansénistes), qui dénoncent, à juste titre, son absence de Bible et son matérialisme évolutionniste (cette bagarre fait rage, aujourd’hui encore, autour de Darwin). Il s’en fout, ne répond jamais aux attaques, continue son travail à l’écart, dans sa propriété de Montbard, près de Dijon, et n’a jamais assez de temps pour lui : « Chacun a sa délicatesse d’amour-propre, le mien va jusqu’à croire que de certaines gens ne peuvent même pas m’offenser. » Il se fait réveiller tous les matins à 5 heures par son valet Joseph, au besoin avec un seau d’eau sur la tête : « Je dois à Joseph trois ou quatre volumes d’« Histoire naturelle ». » Buffon, c’est le vrai nouvel observateur : avant lui, du flou, du désordre, après lui, du concret et l’orchestration d’un opéra de formes. Il pense, avec raison, que la nature est infinie et précise : « Tout ce qui peut être est. » Il écrit sans arrêt, sans bruit.

La cour ? Mme de Pompadour le croise un jour à Marly et lui lance : « Vous êtes un joli garçon, Monsieur de Buffon, on ne vous voit jamais ! » Elle lui enverra, peu avant sa mort, son carlin, son perroquet et son sapajou. Des liaisons ? Il se marie tard, à 45 ans, mais « il n’y a de bon en amour que le physique ». Hérault de Séchelles, dans son fameux « Voyage à Montbard », prétend qu’après la mort de sa femme il ne voyait que des petites filles, « ne voulant pas de femmes qui lui dépensent son temps » (imaginez de nos jours le scandale). Des amitiés ? Oui, intenses, comme celle de Mme Necker, qu’il appelle « mon ange de lumière ». Elle n’est pas en reste : « Le plus grand miracle de la nature est un homme de génie, et M. de Buffon ne m’a jamais parlé des merveilles du monde sans me faire penser qu’il en était une. » De la religion ? Ce qu’il faut pour qu’on vous foute la paix (et ceux qui n’ont pas compris ça sont « des fous »). Date de création : 20/09/2007 16:50
Dernière modification : 17/10/2007 09:06
Catégorie : CELEBRES
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