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2. Art urbain - Conférence

Les Rencontres de Bellepierre : la ville

 

Mercredi 5 décembre 2007, 18h00

 

« Art (?) contemporain ; art (?!) urbain »

 

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Elisa Camesety 

Patricia de Bollivier 

Yohan Quëland  de Saint Pern

 

 

Intervenants

 

Élisa Camesety, étudiante en « prépa HEC » 1è année : « le graff, approche sociologique ». [VOIR LA VIDEO]

 

Patricia de Bollivier, historienne de l’art : « Art contemporain ; art urbain ».

La ville est utilisée par de nombreux artistes non pas comme source d’inspiration, mais comme support, comme scène, terrain ou médiums de leurs créations.

– l’art public, qui se définit par son rapport à sa source financière (le financement public), et non par le fait qu’il est placé en public ; – l’art dans l’espace public (interventions, performances, happenings, évents….).

 

Johann Quëland de Saint-Pern, artiste, vidéaste, « Présentation de son travail : l’art dans l’espace public ».

 

 

 

**********

 

« Approche sociologique et politique sur le graff »

 

Texte qui a servi de support à la communication d’Élisa Camesety lors de la séance du mercredi 5 décembre 2007, « l’art urbain », dans le cadre des Rencontres de Bellepierre.

[VOIR LA VIDEO]

 

 

Dans la ville, l’expression ne s’arrête pas aux discussions des citadins ou aux klaxons pour la communication des automobilistes, elle prend aussi la forme de l’art urbain, l’art de la rue, les dessins des murs : les graffs. Mais le graff « ce n’est pas de l’art », « c’est réservé à une certaine classe sociale », « c’est vandale », « c’est tout sauf de l’art », « c’est une pollution visuelle », voilà ce que nous entendons généralement de la part de nombreux citadins. Pourtant le graff est l’ART qui consiste à réaliser, à la bombe de peinture, des lettrages complexes ou des représentations de personnages par exemple. (Ne pas confondre tag et graff, le tag n’étant qu’une simple signature, un « blaze », une sorte de calligraphie, un pseudonyme stylisé, ou une simple phrase). Originaire des États-Unis, le graff servait à marquer les territoires des gangs américains à la fin des années 60, il découle du mouvement hip hop devenant ainsi un phénomène omniprésent dans le paysage urbain. Il nécessite une certaine adresse et une véritable technique artistique en faisant intervenir de nombreuses notions plastiques (stylisation, géométrisation, mais aussi équilibre). C’est un mode d’expression artistique porteur de message.

Et si ce n’est pas de l’art, cela signifie qu’il y aurait une définition unique, universelle de l’art, imposant des normes que ne respecterait pas le graff ; il n’en est rien. Qui saurait dire ce qu’est l’art réellement ? Le graff est juste un nouvel art, ou plutôt une nouvelle forme de l’art dans cette nouvelle génération, un nouveau mouvement que la société a du mal à accepter pleinement....L’artiste réalise ses œuvres selon ses pulsions, par ce besoin de s’exprimer, avec des techniques plus ou moins complexes.

Je reprendrai rapidement quelques questions. Le graffiteur peut il être considéré comme un artiste ? Se considère t-il comme un artiste ? Qu’est-ce qui leur pousse à braver l’interdit et à s’acharner sur les murs ? Il s’agira d’analyser les motivations du graffeur pour une telle pratique bien présente dans la ville aujourd’hui, dans un lieu public qu’est la ville et en venir à la dimension morale. Enfin le graff est il devenu un mythe, ou plutôt est il toujours ce qu’il était ?

 

 

1. Pourquoi les graffeurs graffent-ils ?

 

Les motivations du graffiteur sont nombreuses. La vocation première des graffitis est d’investir la ville avec des fresques à la bombe aérosol et de personnaliser le monde extérieur. Les graffs sont vecteurs d’un message social, ils permettent un dialogue avec le monde, ils sont un mode d’expression à part entière dans tous les domaines.

Ces motivations pour réussir à réaliser les graffs sont tout d’abord esthétiques. En effet dans le graff-tag, c’est la beauté de la lettre qui est importante. Elle peut être simple avec un léger arrondi qu’on appelle « flop » ou plus compliqué, « Wild-style » (lettres déformées, puis imbriquées les unes aux autres et ne sont lisibles que par des yeux avisés). Le graff représentant des personnages doit s’approcher au maximum du réel avec des techniques et des jeux de couleurs particuliers. C’est une véritable exposition à ciel ouvert où les couleurs vives et les lettrages hors du commun offrent une nouvelle façon de voir la ville.

Les motivations sont aussi psychologiques. Le plaisir de graffer se résume en trois mots : tagguer un espace accessible, dangereux et exposé à un maximum de regards. En effet, l’une des motivations du graffeur est de se faire connaître par un maximum de ses pairs. Ils se trouvent confrontés à une espèce de compétition pour « sortir du lot » et donc le graffeur va se mettre à graffer le plus possible, à être le plus original possible, le meilleur est celui qui prend le plus de risques et qui réalise la plus jolie fresque. Il veut se dépasser et faire mieux chaque fois. Le graff ne doit pas être considéré comme du vandalisme, car la plupart font passer un message de non violence. Ils racontent la vie de la rue, les sentiments de certains membres de la société à un moment donné.

Ce phénomène est le résultat de clivages sociaux : classes sociales et différences culturelles. On peut donc dire que les motivations peuvent être de nature politique. En effet les fondateurs du graff n’ont jamais reçu d’éducation artistique et se sentent à part dans la société dans laquelle ils vivent, ils se sentent incompris. Il y a alors un défi aux autorités qui se trouvent narguées sur leur propre territoire et les graffeurs trouvent plaisir à transgresser les lois et à vivre pleinement leurs passions. Ils s’inventent des codes qu’eux seuls la plupart du temps comprennent, justement parce qu’ils ne comprennent pas ceux de la société qui leur procure un sentiment d’exclusion. Il y a une forme de langage secret au-delà des ambitions esthétiques Ils sont en quête de leur reconnaissance mais anonymement puisqu’il est difficile de sortir de l’anonymat dans cette société déjà fragile car on peut encourir la répression. Cependant, le graffiti reste pour les graffeurs une quête de leur identité, une affirmation de soi, un moyen pour exister et pour oublier la morosité et la tristesse de leur vie.

 

Mais qu’en est-il de la dimension artistique du graff ?

 

 

2. Le graff est-ce alors de l’art ?

 

Le graff investit la ville et est présent à chaque coin de rue. Peut-il être considéré comme un art ? Non, aurait-on tendance à dire. Absence de supports classiques, refus des lieux traditionnels reconnus (musées, galerie), le fait que ce ne soit pas réservé à une certaine élite nous poussent vers cette réponse négative, trompeuse en fait.

En effet, il y a une volonté de changer l’art en modifiant son lieu et son support. Une aspiration de certains artistes à faire sortir l’art des galeries émerge. L’art qui se trouvait dans les musées et dans les lieux fermés sort pour s’épanouir dans la rue, s’adresse à un public mixte qui va regarder ces graffs sur les murs de la ville. Le graff cherche à faire appel à l’émotion du citadin, du passant, même si quelquefois il peut prendre une forme agressive. Les graffitis peuvent être considérés comme la manifestation concrète d’une valeur artistique élevée et de la compétence individuelle, stimulant les intérêts des admirateurs et des artistes. Le graffiti est une passion, une agitation et une rébellion qui s’expriment sur le mur qui reste le support privilégié. L’art a besoin de passion et les graffiteurs comme certains artistes, grandissent sous l’influence de la culture de rue. Dans le graffiti, des émotions individuelles sont montrées, qui expriment justement des problèmes sociaux que ce soit dans les classes aisées, moyenne ou populaire. De plus, le graffiti représente l’expression directe des sentiments des artistes qui font preuve de créativité. L’art qui représente une manière de vivre une émotion entre autre est un style de vie, et le graffiti en est un. Le graff est considéré comme art par sa spontanéité, son usage décoratif et ses jeux de couleurs personnels...Le graff change de forme.

Alors, doit-on voir dans le graffiti d’aujourd’hui, la mort du graffiti originel, une espèce d’évolution ? Que reste t il du graff après 40 ou 50 ans d’existence ?

 

 

3. Le graff aujourd’hui

 

Nous assistons à une autre période du graff qu’on peut qualifier de post graffiti. Tout ce qui fait son sens originaire a disparu. Le graff est aujourd’hui réduit à une esthétique très en vogue. En effet, il se commercialise. Du mur, il s’imprime sur les tee-shirts, sert de produits dérivés qui se vendent à un prix assez élevé ! Les graffeurs finissent par vendre leur travail. Le graffiti a engendré un véritable phénomène éditorial qui n’est pas négligeable ! Il s’est libéré de la doxa qui y voyait un signe de révolte et d’agressivité.

La politique a rendu le tag et le graff inoffensifs en autorisant leurs auteurs à graffer comme bon leur semble sur des murs mis à leur disposition. A la Réunion, les murs du Conseil Général constituent un bel exemple d’action des municipalités pour promouvoir ce nouveau mouvement. Les gouvernements veulent valoriser toutes les pratiques artistiques et culturelles en favorisant l’expression et l’épanouissement des personnes. Cette nouvelle pratique est donc de plus en plus reconnue et identifiée. De plus, ces actions permettent aux jeunes de s’impliquer dans leur construction personnelle. Ils pourront ainsi partager et reconnaître leur art. Certains graffeurs travaillent en association avec des créateurs de mode et vivent pleinement leur passion.

 

 

Cet art qui s’est nourri de révolte au départ devient une nouvelle forme de reconnaissance. Le graff est devenu traditionnel, les graffeurs conjuguent vie de famille, vie professionnelle et vie de graffeur. Le graff s’uniformise et est accepté par la société s’il est propre. Il s’est même embourgeoisé. Même si certains graffeurs préfèrent rester dans l’ombre et affirment que le graffiti reste un acte antiéconomique ou antipolitique, le graff est avant tout un art, un moyen pour s’exprimer à un niveau social, politique ou personnel.

Aujourd’hui, peut-on parler de victoire politique sur le graff ?


Date de création : 16/11/2007 13:12
Dernière modification : 29/05/2008 16:16
Catégorie : 2. Art urbain
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