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Géographie - François MADORE

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   Professeur de géographie à l’Université de Nantes, François Madoré travaille depuis plusieurs années sur la question des gated communities. Il nous a très aimablement envoyé cet article inédit sur ce phénomène qu’il préfère appeler « l’autoenfermement résidentiel ».

   Une fois constaté l’indéniable essor de ce nouveau mode d’habiter, il reste à en comprendre les ressorts. Dénonçant la vision simpliste et réductrice du « ghetto doré », François Madoré envisage et discute trois explications souvent retenues pour rendre compte de cette « ségrégation volontaire » : le désir de répondre à la montée en puissance de l’insécurité urbaine ; le souci de l’« entre soi » et du regroupement identitaire ; la volonté de « sécession sociale », c'est-à-dire d’organisation sociopolitique propre ou privée.

   Il est intéressant de noter qu’une géographie participative, qui ne se contente pas de décrire et calculer mais tâche aussi de comprendre en s’intéressant aux aspirations et représentations des résidants eux-mêmes, rencontre l’obstacle de… la clôture (gate). C’est cette voie néanmoins que François Madoré emprunte (notamment au sein du réseau de recherche internationale gated communities).

 

La fermeture résidentielle des espaces urbains

François Madoré

 

 

 

 

La fermeture résidentielle des espaces urbains semble bien être l’une des modalités d’évolution des modes d’habiter dans de nombreuses régions du monde (Billard, Chevalier, Madoré, 2005 ; Glasze, Webster, Frantz, 2006). Certes, ces ensembles fermés ne sont pas nouveaux, dans la mesure où ils s’inscrivent dans une longue filiation historique, avec l’émergence dès le xviiiesiècle d’espaces privés et fermés réservés à l’aristocratie en Angleterre et la diffusion de ce modèle aux États-Unis et en Amérique latine sous la forme du country club (Capron, 2006). Toutefois, ce phénomène de fermeture résidentielle a pris une toute autre ampleur depuis la fin du xxesiècle, avec l’élargissement à la large classe moyenne de ce mode d’habiter. Aujourd’hui, la seule figure du ghetto doré est donc bien dépassée pour décrire ces enclosures résidentielles, d’où une série d’interrogations portant sur les déterminants du phénomène et ses significations tant socio-spatiale que politique.

Notre réflexion se situe dans le prolongement des travaux qui ont interrogé la privatisation, la sécurisation et l’enclosure des espaces résidentiels dans différents contextes urbains. Ces recherches ont trouvé leur expression collective à travers la mise en place, à la fin de la décennie quatre-vingt-dix, d’un réseau de recherche internationale sur les gated communities par Georg Glasze, de l’Institut de géographie de Mayence (Allemagne). Cinq manifestations scientifiques majeures, – un workshop et quatre conférences (1) – ont été organisées par ce réseau à ce jour. Elles ont permis de faire un état des lieux du développement géographique du phénomène, en constatant un essor général mais inégal de l’autoenfermement résidentiel à l’échelle planétaire, tout en autorisant aussi une meilleure appréhension des logiques à l’œuvre dans le développement de ce processus.

Le foisonnement bibliographique

Quelques indicateurs bibliométriques permettent d’avoir un aperçu du foisonnement, depuis une décennie tout au plus, de la littérature scientifique visant à mieux cerner l’extension géographique de la fermeture résidentielle des espaces urbains et les ressorts qui commandent cette dynamique.

Lors des cinq manifestations majeures du réseau de recherche internationale sur les gated communities, 120 communications ayant une assise géographique bien définie, c’est-à-dire en étant consacrées soit à une ou des entités nationales, soit à une ville ou plusieurs d’entre elles, ont été présentées. Les cinq continents sont représentés ainsi que 39 pays, avec une couverture géographique assez aléatoire, qui reflète la diversité des terrains de recherche investis :

  • 41 communications portent sur les Amériques (23 pour l’Amérique latine et 18 pour l’Amérique du Nord), avec 8 pays étudiés.
  • 29 communications portent sur l’Europe, avec 14 pays étudiés.
  • 25 communications portent sur l’Afrique, avec 6 pays étudiés.
  • 22 communications portent sur l’Asie, avec 9 pays étudiés.
  • 3 communications portent sur l’Océanie, avec 2 pays étudiés.

En parallèle, 47 publications en langue française, abordant la question de la fermeture résidentielle, peuvent être recensées depuis le début des années deux mille, soit quatre ouvrages (Billard, Chevalier, Madoré, 2005 ; Capron, 2006 ; Charmes, 2005 ; Degoutin, 2006) et 43 articles. Si cinq d’entre elles s’intéressent au phénomène à petite échelle (depuis un continent jusqu’à la planète dans sa globalité), les autres sont focalisées sur l’un des quatorze pays étudiés. À l’image des 120 communications présentées dans les manifestations organisées par le réseau de recherche internationale sur les gated communities, l’inclinaison des chercheurs pour les Amériques et l’Europe est manifeste, avec respectivement vingt et quatorze publications.

Ce foisonnement atteste, à l’évidence, de l’engouement des chercheurs pour cette question. Cette multiplicité des regards semble montrer que les ensembles résidentiels fermés se déploient selon une logique ubiquiste à l’échelle de la planète, mais selon une intensité très variable d’un continent ou d’un pays à l’autre, voire à l’échelle d’une nation ou d’une agglomération.

Par ailleurs, les appellations pour désigner le phénomène sont également variables. La référence principale est la gated community étatsunienne, bien connu depuis les travaux de Edward J. Blakely et Mary Gail Snyder (1997). Cette figure est érigée en modèle, non au sens d’un idéal à reproduire, mais plutôt comme un stéréotype ou un référentiel de la fermeture résidentielle. Toutefois, cette transposition sémantique pour décrire l’autoenfermement résidentiel n’est pas adaptée, loin s’en faut, à tous les contextes géographiques. En France, par exemple, non seulement ce concept n’est pas utilisé dans le langage courant ou scientifique, mais de surcroît il n’est pas certain qu’il renvoie aux mêmes réalités que celles décrites outre Atlantique. De fait, dans l’hexagone, aucune appellation n’existe pour décrire les complexes résidentiels fermés, ce qui autorise chaque observateur à proposer sa propre dénomination et définition. Pour ce qui nous concerne, nous considérons trois critères pour identifier un ensemble d’habitat fermé : – l’existence d’un dispositif physique de clôture (mur, grille, etc.) sur le pourtour de la propriété ; – un contrôle des accès effectif ou suggéré (portail automatique, gardien ; – un principe d’auto-administration reposant sur une identification du complexe à une entité juridique régie par différents statuts (copropriété, association syndicale de propriétaires).

Enfin, si la diffusion sur un mode à la fois ubiquiste et discriminé spatialement des ensembles résidentiels fermés ne fait aucun doute à l’échelle planétaire, il est clair que les facteurs de différenciation de cette dynamique sont nombreux, tant au niveau des formes développées que du point de vue des forces qui sous-tendent cet essor. Celles-ci oscillent, selon les contextes géographiques, entre recherche de sécurité, de tranquillité, d’entre soi, de distinction, de nature, de préservation de la valeur du capital immobilier. Autant de motivations variées qui, au demeurant, ne sont guère spécifiques aux résidants d’ensembles résidentiels fermés, ce qui nous amène à discuter trois hypothèses pour tenter de rendre compte du phénomène : les multiples formes prises par l’insécurité urbaine, la gestion du risque et la recherche de l’entre soi, enfin l’hypothèse de la sécession sociale.

Les multiples formes prises par l’insécurité urbaine

La plupart des chercheurs travaillant sur les ensembles résidentiels fermés évoquent de façon très explicite l’existence d’une articulation entre d’une part la montée de l’insécurité (réelle ou perçue) et des discours sur l’insécurité et, d’autre part, la mise en œuvre de stratégies résidentielles d’autoenfermement. Toutefois, gardons à l’esprit le fait que ce lien n’explique que partiellement le développement de ces stratégies et n’épuise pas la diversité des processus à l’œuvre dans le développement des complexes résidentiels fermés. Par ailleurs, la logique sécuritaire s’exprime selon des intensités très variables géographiquement et cette référence commune n’est pas systématiquement porteuse de la même signification selon les pays ou les villes. Cela peut aussi bien comprendre une peur de la criminalité sous différentes formes qu’une peur de l’Autre, c’est-à-dire de celui que l’on perçoit comme différent. Fréquemment, ces deux peurs sont peu ou prou confondues, tellement l’Autre est associé à l’acte criminel.

 

Deux exemples, parmi d’autres, témoignent de cette grande difficulté à cerner avec précision le rôle de l’insécurité dans les logiques d’autoenferment résidentiel à l’œuvre :

·Si les gated communities prolifèrent en Afrique du Sud, c’est qu’elles constituent « la réponse des classes moyennes et supérieures, encore essentiellement blanches, à la violence qui frappe les grandes villes sud-africaines » (Capron, 2006, 34). Néanmoins, la réalisation de 23 entretiens auprès de promoteurs et agents immobiliers dans la ville du Cap, montre que la question sécuritaire n’apparaît qu’au troisième ou quatrième rang dans les discours promotionnels des promoteurs, sans doute parce que, par principe, les gated communities sont sécurisées. Ce sont en effet les références à la qualité de vie, à la préservation de la valeur du patrimoine, à un mode de vie idéalisé (celui du village au contact avec la nature et protecteur face aux méfaits de la ville), ou encore à la possibilité de mutualiser des coûts (entretien, sécurité, etc.) qui sont mises en évidence (Capron, 2006).

·En France, les travaux d’Éric Charmes (2005, 85) montrent que si « la sécurité est une préoccupation importante des habitants des tissus périurbains étudiés, elle ne détermine que très partiellement leurs attitudes et leurs attentes vis-à-vis de leur environnement proche. En la matière, leur première préoccupation est plutôt la tranquillité… Plus qu’à la peur des vols et des agressions, elle renvoie à ce qu’il est à présent convenu de qualifier d’incivilités… Les deux sources de troubles les plus fréquemment mentionnées sont d’une part les automobiles, d’autre part les adolescents et les jeunes adultes. Les quelques barrières ou dispositifs de restriction d’accès que nous avons pu trouver lors de notre enquête trouvent quasiment tous leur origine dans l’un ou l’autre de ces problèmes ». Autrement dit, si le développement des ensembles résidentiels fermés peut être lu comme une manifestation de la montée en puissance des mécanismes de régulation informelle de l’insécurité d’appropriation ou de dégradation, ce processus est étroitement lié, en France, à une recherche de tranquillité.

La gestion du risque et la recherche de l’entre soi

Le développement de l’autoenfermement résidentiel peut être lu également comme une volonté de privilégier des formes variées d’entre soi (Chevalier, Carballo, 2004). Cette hypothèse a souvent été mise en relation avec les peurs et les incertitudes que génère la société contemporaine. Les regroupements affinitaires, sélectifs, seraient alors une forme de gestion du risque (Ascher, Godard, 1999 ; Beck, 2001 ; Madoré, 2004). Ces processus à l’œuvre ont notamment été confirmés par une étude de Setha Low (2003), basée sur la réalisation de cinquante entretiens au sein des communautés fermées nord-américaines. Les murs seraient donc susceptibles de favoriser la mise à distance d’autrui, par l’imposition d’une barrière physique entre le groupe auquel on cherche à s’identifier et les autres, ceux avec qui l’on ressent une plus grande distance sociale ou culturelle.

Toutefois, certains travaux soulignent, comme pour la mise en accusation des multiples formes d’insécurité, la nécessité d’adopter une posture critique face à cette hypothèse de l’entre soi. Une question mérite débat en particulier : l’entre soi répond-il à une volonté consciente et délibérée des ménages ou n’est-il qu’un artéfact, autrement dit une reconstruction intellectuelle effectuée a posteriori par les chercheurs ? Les entretiens réalisés auprès de ménages résidant dans des complexes résidentiels fermés, au sein de contextes géographiques variés, montrent combien il est difficile de hiérarchiser les motivations des ménages, donc de dégager la part que pourrait prendre la quête d’entre soi. Si les critères de choix ne paraissent guère évidents, c’est fréquemment faute d’une offre en logements alternative, car un peu partout dans le monde l’essor des complexes résidentiels fermés rencontre d’abord et avant tout les logiques de constitution de l’offre immobilière. Autrement dit, il s’agit d’un produit immobilier qui s’adresse à différents types de clientèle, dans un marché segmenté certes, mais qui vise généralement, à quelques exceptions près, les classes moyennes ou supérieures. Deux exemples peuvent en témoigner :

  • La réalisation de dix entretiens longs ayant pour objectif de susciter la parole de l’habitant au sein d’un complexe résidentiel fermé situé dans la banlieue nord de Nantes en France (le Newton du groupe Monné Decroix à Carquefou) infirme complètement l’hypothèse d’une volonté de réactiver des liens communautaires de proximité et de favoriser des formes d’appariement électif et sélectif, autrement dit des formes dites d’entre soi (Vuaillat, Madoré, 2007). Les personnes entretenues n’ont à aucun moment montré le désir de faire communauté avec l’ensemble des autres résidants en venant s’installer au sein de ce complexe fermé. Par ailleurs, la description des rapports sociaux dans la résidence dévoile l’absence de tout sentiment de communauté. Enfin, si le manque de sociabilité est regretté, il exprime plus un désir de bons rapports de voisinage qu’une réelle volonté de faire communauté.
  • L’ouvrage coordonné par Guénola Capron et réunissant un collectif d’une dizaine d’auteurs travaillant pour l’essentiel mais pas exclusivement sur l’Amérique latine apporte la conclusion suivante au rôle de l’entre soi dans les stratégies résidentielles des ménages qui viennent habiter des ensembles fermés : « les ménages qui résident dans des petits lotissements de classe moyenne ne sont pas nécessairement obsédés par l’entre soi : ce sont plutôt les enfants, la tranquillité, la protection des valeurs immobilières, qui sont alors évoqués » (2006, 251).

L’hypothèse de la sécession sociale

L’hypothèse de l’entre soi, même si elle mérite d’être discutée et confrontée aux discours des résidants, amène à s’interroger sur la quête de sécession sociale que pourrait contenir le développement des ensembles résidentiels fermés, en formulant l’hypothèse que c’est sans doute plus au niveau des associations de propriétaires que se joue cet entre soi : « plus que les murs eux-mêmes, ce sont les minutieux règlements de copropriété intérieurs qui sont de bons indices de la volonté de… produire un entre soi qui limite toutes les formes de débordement » (Capron, 2006, 251).

C’est sur cette base que les gated communities nord-américaines sont régies par diverses règles contractuelles privées de gouvernance, qui organisent un certain vivre ensemble relativement sélectif et restrictif (Le Goix, 2001 ; Billard, Chevalier, Madoré, 2005). Ce phénomène relèverait ainsi d’un « sentiment de pouvoir vivre entre personnes de même qualité, disposant des mêmes droits, soumis aux mêmes devoirs et partageant un ensemble de goûts communs » (Chevalier, Carballo, 2004, 325). C’est donc sur le principe des clubs privés que se conçoivent ces gated communities, les conditions d’adhésion ou le règlement intérieur présentant une fermeture symbolique tout aussi forte que la fermeture physique de l’espace résidentiel.

Les conséquences peuvent en être politiques et fiscales. En effet, « les espaces résidentiels fermées apparaissent non seulement comme une manifestation d’une ségrégation volontaire mais aussi comme éléments d’une fragmentation de l’organisation économique et politique des territoires » (Glasze, 2004). Toutefois, cette affirmation mérite également d’être examinée en détail, car il est clair que les implications sociopolitiques de l’autoenfermement résidentiel sont très variables selon les contextes géographiques et le degré d’autonomisation que peuvent prendre les complexes résidentiels. Deux exemples, de part et d’autre de l’Atlantique, peuvent là aussi en témoigner :

  • Les gated communities étatsuniennes possèdent des organismes de gestion privée qui peuvent se substituer, au moins partiellement, à l’autorité publique. Certains auteurs s’inquiètent d’ailleurs de la transgression des principes démocratiques de base que représentent les modes d’organisation privée de ces complexes. Evan McKenzie (1994) s’interroge, par exemple, sur la violation du principe d’égalité, car l’adage « un homme, une voix » est remplacé par « un dollar, une voix ». Les locataires sont, de fait, exclus des processus de décisions de leur propre lieu de vie. En 1991, Robert Reich (1997) formulait l’hypothèse de la sécession, en montrant comment la multiplication des « gouvernements privés », fondée sur un désir d’entre soi et de regroupement affinitaire, était le signe d’une rupture du contrat collectif. En fait, cette hypothèse n’est viable que pour les plus grands ensembles résidentiels qui peuvent s’autonomiser et se payer leurs propres services et équipements, ce qui n’est pas le cas le plus fréquent.
  • En France, les ensembles résidentiels fermés n’ont pas vocation, pour l’essentiel, à constituer une économie de club permettant un partage exclusif des équipements. La fermeture est d’abord destinée à offrir un habitat à l’accès protégé, dans une société où l’espace public demeure encore le lieu principal de la mise en scène du lien social. Ce n’est donc pas à cette échelle du complexe résidentiel que s’expriment les tentatives de désolidarisation sociopolitique. Ce qui signifie très clairement qu’en France, les logiques de clubs n’ont pas nécessairement besoin de murs, tant elles peuvent trouver d’autres moyens de s’exprimer, à travers notamment la finesse du maillage communale (Jaillet, 1999 ; Charmes, 2005). Comme le rappelle à juste titre Éric Charmes précisément, « ce qui doit retenir l’attention des observateurs des périphéries des villes françaises est moins l’éventuelle prolifération de “communautés résidentielles privées” que le développement des exclusivismes communaux. Certes, il est fort probable que les portails et les barrières se multiplient à l’entrée des rues pavillonnaires périurbaines. Simplement, c’est à l’échelle des communes que se poseront les questions les plus importantes » (2006, 19).

Conclusion

L’approfondissement des connaissances portant sur les ensembles résidentiels fermés passe par l’appréhension de la demande sociale. Il est symptomatique de constater que les résidants des complexes fermés n’ont pas été souvent questionnés, que ce soit en France ou dans d’autres contextes géographiques, et pour cause. La présence d’un contrôle des accès rend la tâche du chercheur particulièrement délicate, mettant celui-ci comme les autres citadins à distance. Or, c’est sans doute l’une des pistes les plus prometteuses, ne serait-ce pas sa capacité à questionner les raisons invoquées par les résidants pour rendre compte du phénomène et répondre aux questions suivantes : quelles sont les raisons de leur installation dans de tels complexes ? Quelle représentation s’en font-ils ? Ces modes d’habitat sont-ils susceptibles d’influer sur leur pratique de l’espace ? Certes, des avancées notables ont été enregistrées ces dernières années dans cette voie, comme l’atteste à la fois les travaux dirigés par Guénola Capron (2006) ou un certain nombre de communications présentées à la quatrième conférence du réseau gated communities à Paris en juin 2007, mais il reste encore bien du chemin à parcourir.

 

__________________

(1) Workshop d’Hambourg en 1999 « Gated Communities as a Global Phenomenon » ; conférence de Mayence en 2002 « Private Urban Governance » ; conférence de Glasgow en 2003 « Gated communities : building social division or safer communities » ; conférence de Pretoria en 2005 « Territory, control and enclosure : the ecology of urban fragmentation » ; conférence de Paris en 2007 « Production of urban space, Interactions of public and private actors, Sustainability of cities ».

 

Bibliographie

Ascher F., Godard F., 1999, « Vers une troisième solidarité », Esprit, n° 11, p. 168-189.

Beck U., 2001, La société du risque. Sur la voie d’une autre modernité, Paris, Alto-Aubier, (traduit de l’allemand par Laure Bernardi ; édition originale, 1986), 521 pages.

Billard G., Chevalier J., Madoré F., 2005, Ville fermée, ville surveillée. La sécurisation des espaces résidentiels en France et en Amérique du Nord, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 230 pages.

Blakely E.J., Snyder M.G., 1997, Fortress America : Gated Communities in the United States, Cambridge, Washington (DC), Brooking Institution Press, Lincoln Institute of Land Policy, 208pages.

Capron G. (dir.), 2006, Quand la ville se ferme. Quartiers résidentiels sécurisés, Paris, Bréal, 288 pages.

Charmes É., 2005, La vie périurbaine face à la menace des gated communities, Paris, L’Harmattan, 219 pages.

CharmesÉ., 2006, « Communautés privées ou communautés exclusives ? », Études foncières, n° 124, p. 16-19.

Chevalier J., Carballo C., 2004, « Enfermement résidentiel et construction de l’entre-soi : entre Nord et Sud des Amériques », L’Espace géographique, n° 4, p. 325-335.

Degoutin S., 2006, Prisonniers volontaires du rêve américain, Paris, Éditions de la Villette, 398 pages.

Glasze G., 2004, « Quand la ségrégation devient fragmentation : espaces résidentiels sécurisés et gouvernance urbaine privée. », in Préteceille É. (dir.), Les mécanismes fonciers de la ségrégation, Paris, ADEF, p. 139-160.

Glasze G., WebsterC., FrantzK. (dir.), 2006, Private Cities : Global and Local Perspectives, Londres et New York, Routledge, 312pages.

Jaillet M.-C., 1999, « Peut-on parler de sécession urbaine à propos des villes européennes ? », Esprit, n° 11, p. 145-167.

Le Goix R., 2001, « Les « communautés fermées » dans les villes des États-Unis. Aspects géographiques d’une sécession urbaine », L’Espace géographique, n° 1, p. 81-93.

Low S., 2003, Behind the gates. Life, Security and the Pursuit of happiness in Fortress America, Londres et New York, Routledge, 288 pages.

Madoré F., 2004, « Les ensembles résidentiels fermés en France. La forme d’habitat d’une société d’incertitude », Les Annales de la Recherche Urbaine, n° 95, p. 99-106.

McKenzie E., 1994, Privatopia, Homeowner Association and the Rise of Residential Private Government, New Haven, Yale University Press, 237 pages.

Reich R., 1997, L’économie mondialisée, Paris, Dunod (traduit de l’américain par D. Teman ; édition originale, 1991), 336 pages.

Vuaillat F., Madoré, F., 2007, « Dwellers’ discourses within Newton complex in Nantes. Fenced and protected residence », ConférencePrivate urban governance: Production of urban space, Interactions of public and private actors, Sustainability of cities, Paris, 5-8 juin 2007,www.gated-communities.de.

 

 

 

Pour citer cet article

François Madoré, « La fermeture résidentielle des espaces urbains », www.lrdb.fr, mis en ligne en novembre 2007.


Date de création : 24/11/2007 10:00
Dernière modification : 24/11/2007 10:00
Catégorie : Géographie
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