« Et que tout le monde à la fin se retrouve sur la tête »,   F. Ponge

--- PRESENTATION ---

ECRIVAINS

2010-11 NORMAL

2009-10 DON ECHANGE

2008-09 LE GENRE

2007-08 LA VILLE

2006-07 LE POLITIQUE
+ 0. PRESENTATION
+ 1. Philosophie et politique
+ 2. Architecture & politique
+ 3. Sociologie & politique
+ 4. Théâtre & politique
+ 5. Entreprise et politique
+ 6. Psychanalyse (intro.)
+ 7. Psychanalyse politique
+ 8. Histoire et politique
+ 9. Economie et politique
+ I0. Art et politique

Brèves (archives)

Recherche





Art - Catherine GROUT

Télécharger au format pdf

 

     Docteur en histoire de l’art, Catherine Grout enseigne à l’École nationale supérieure d’architecture et de paysage de Lille.

     Elle nous a aimablement envoyé cet article (a) ; elle y interroge la responsabilité de l’artiste dans la constitution de l’espace public, c'est-à-dire d’un monde partagé.

     L’art dans la ville : il s’agit de comprendre que la difficulté réside précisément dans « l’être-dans » de l’œuvre ; car on sait poser un objet au milieu d’une place, sonoriser une rue ou illuminer un pont… L’artiste urbain doit, quant à lui, se tenir à bonne distance et d’une instrumentalisation qui le chargerait de responsabilités sociales ou politiques qui ne sont pas les siennes, et de l’indifférence qui le conduirait à créer hors contexte, sans souci des lieux et de leurs usagers. Il doit penser son œuvre comme un moment de monde, un moment de ville, à la nature complexe, aux contours indécis, fait aussi « de vent et de lumière, de saisons et d’odeurs ».

 

 

__________________

 

(a) Ce texte est extrait de « Destination publique » publié dans Abus mutuel. Négocier la survivance, actes du colloque, (dir. François Dion et Marie-Josée Lafortune, Optica, Montréal, 2005.

 

 

 

 

À propos de l’art dans la ville

 

Catherine Grout

 

 

 

 

 

 

La notion d’espace public passe peut-être aujourd’hui d’abord par le fait de permettre ou de susciter des moments publics, des moments partagés dans le désintéressement qui, pour cela même, peuvent susciter pour ceux qui les auraient ressentis une attitude attentive pour le monde commun. Ce projet commun dévolu à l’espace public au sein de la polis pose l’importance de la responsabilité du maître d’ouvrage et du maître d’œuvre dans la conception de celui-ci. Ces espaces s’ils ne sont pas réfléchis peuvent très bien ne pas nous accueillir, ni individuellement ni à plusieurs, et nous mettre mal à l’aise. Il importe ainsi de tenir compte des habitants et des riverains car le public n’est pas une donnée abstraite. De plus, chaque contexte exige une reconsidération des approches, d’autant que l’espace public n’a pas le même sens suivant les pays, les régions, les us et les coutumes.

Quelques difficultés

Les œuvres des manifestations en milieu urbain que j’ai pu concevoir en France, au Japon ou à Taiwan ont été relativement peu dégradées, détruites ou volées, sans doute parce qu’elles apparaissaient la plupart du temps avec humour et ouverture. La mésaventure la plus courante tient au fait qu’à un moment donné, une œuvre n’est plus visible parce que l’endroit où elle se trouve n’est plus accessible. Il suffit d’un changement d’attribution du lieu (par exemple un kiosque public abritant une œuvre sonore devenu le local de travail d’un employé), ou que la personne en charge du lieu ne voie plus l’intérêt d’entretenir l’œuvre, passé l’inauguration et la publicité qui l’entoure. Cela voudrait-il signifier que l’art n’est pas pris au sérieux ? Qu’il pose plus d’inconvénients pratiques qu’il ne procure de satisfactions ? Que l’on préfère ne pas avoir dans son quotidien quelque chose qui échappe aux définitions ? Que l’on ne sait pas trop à quoi « ça sert » ? La présence non conventionnelle de l’art en milieu urbain ne va pas de soi et n’est jamais acquise une fois pour toutes.

Au-delà de l'objet

Au-delà de la présence de l’œuvre de manière temporaire ou permanente, mon ambition est que l’artiste puisse avoir un rôle au sein d’une pensée urbaine, qu’il soit consulté dans le cas d’un aménagement urbain et ne soit pas seulement appelé pour mettre (poser quelque part) une œuvre comme un objet. Il serait regrettable qu’un clivage persiste entre l’art et les affaires urbaines, plaçant l’œuvre du côté du superflu, du divertissement ou de ce qui empêche de tourner en rond. Inversement, des maîtres d’ouvrage (ville ou institution publique) font parfois appel à des artistes pour apporter des « solutions » à une situation urbaine ou sociale problématique. Cela se traduit soit par la présence demandée de l’artiste, par le biais d’ateliers ou de résidences en milieu défavorisé — or rares sont ceux qui, comme le musicien Nicolas Frize, pensent leur œuvre en lien étroit avec un engagement politique et social —, soit par des appels à idées ou par des commandes publiques chargés de faire du lien social. L’instrumentalisation n’a rien de nouveau et nous devons toujours nous en méfier. Nous le savons bien, l’art n’est pas là pour résoudre une situation en crise ! L’art n’a pas à remplacer une défaillance politique. Dans le cas d’une instrumentalisation acceptée des deux côtés, comme personne ne sera dupe (ni l’artiste, ni le commanditaire), le résultat risque soit d’être médiocre (il n’y aura pas œuvre d’art), soit dénonciateur et non tourné vers le monde et les autres. Heureusement, la situation n’est pas réduite à la logique de l’alternative : l’indifférence ou l’instrumentalisation. Depuis quelques temps, des chercheurs en sciences sociales, des agences pluridisciplinaires présentent des projets artistiques en milieu urbain comme étant aussi des sortes d’études ou de laboratoires pouvant aider à reconsidérer l’urbain et l’urbanité et qui aurait l’avantage d’apporter des idées plus audacieuses car moins consensuelles. Ceci s’accompagne souvent d’un atelier qui se réalise avec des étudiants ou de jeunes professionnels (parmi d’autres, le travail de Xavier Juillot et de ses étudiants en scénographie urbaine dans le port de Chalon-sur-Saône ou de l’atelier d'architecture autogérée qui a été à l'initiative d'ECObox dans le quartier de la Chapelle à Paris).

Présence de l'œuvre et son contexte

Les artistes nous ont montré, depuis parfois plusieurs décennies, l’importance d’une intervention in situ [site-specific] et ce qu’une telle pratique implique au niveau des modalités de conception et de réalisation. L’artiste peut vouloir intervenir dans la société, agir au milieu de nous, des systèmes, des codes et des interdits. Il est parfois motivé par le désir de perturber un ordre qui pourrait bloquer les situations et les mouvements, un ordre qui pourrait avoir oublié l’être humain. Le contexte comprend le milieu et ses usages, l’histoire du site et les histoires humaines, les désirs et les craintes qui entourent la commande (s’il y en a une), ce que l’artiste aura ressenti lors de son approche du site, les paroles diverses qu’il aura entendues. À chaque ville et quartier, pays et continent, correspondent des modes de vie et de déplacement dans l’espace commun dont l’artiste tiendra compte. Tous ces éléments conditionneront la rencontre avec son œuvre. Il importe donc que l'attitude initiale (celle du concepteur et de la maîtrise d'ouvrage) soit ouverte au monde et aux autres.

L’œuvre (objet ou processus) fera alors partie à son tour de ce milieu constitué à la fois d’éléments urbains et architecturaux construits et d’invisible, d’us et de coutumes, de corps en mouvements, de vent et de lumière, de saisons et d’odeurs.

 

 

 

 

 

Pour citer cet article

Catherine Grout, « À propos de l’art dans la ville », (2005), www.lrdb.fr, mis en ligne en janvier 2008.


Date de création : 03/01/2008 14:45
Dernière modification : 03/01/2008 14:55
Catégorie : Art
Page lue 3255 fois


Prévisualiser la page Prévisualiser la page     Imprimer la page Imprimer la page


En bref / En marge

Depuis décembre 2006

   visiteurs

   visiteurs en ligne


La_Revue, n°6

La_Revue, n°5

La_Revue, n°4

La_Revue, n°3

La_Revue, n°2

La_Revue, n°1

Océan Indien - voire +

^ Haut ^

Responsable et coupable : Arnaud Sabatier

Rigoureuse mise en œuvre : Patrick Boissière

Amicale assistance technique : Richard Muller

Affectueuse hotline polyvalente : Timothée Sabatier

Avec le concours généreusement efficace d’Icare de chez GuppY

GuppY, un créateur de site très recommandable


  Site créé avec GuppY v4.5.19 © 2004-2005 - Licence Libre CeCILL

Document généré en 0.8 seconde