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4. L'art dans la ville - Conférence

Les Rencontres de Bellepierre : la ville

 

Mercredi 5 mars 2008, 18h00

 

« L’art dans la ville »

 

 

Intervenants

 Benjamin.jpg Jace1.jpgEspanol.jpg 

 Benjamin CLEMENT

 JACE

 Laetitia ESPANOL

 

Benjamin Clément, étudiant en "prépa HEC"

« Art et société » (voir plus bas)

 

Jace, artiste, graffeur

Présentation de son travail.

 

Laetitia Espanol, historienne de l’art, médiatrice culturelle

Le 27 août 1967, la communauté noire du South side fête « l'un des plus grands événements artistiques des années soixante », selon les mots d'Edmund Barry Gaither, directeur du Musée d'art afro-américain de Boston. À l'angle de la 43e rue et de Langley St., au cœur de la « ceinture noire » du sud de Chicago, le Wall of respect se dresse à l'effigie de la culture noire-américaine pour la fierté de tout un peuple.

La pratique artistique du Chicago Mural Group s'inscrit dans la tradition des fresques murales et de l'art public, de la renaissance jusqu'à la révolution culturelle mexicaine. Elle renouvelle cette pratique au contact de la modernisation de la société dans laquelle elle s'exprime.

 

**********

 

L’art dans la société

 

[Texte qui a servi de support à la communication de Benjamin Clément lors de la séance du mercredi 5 mars 2008, « l’art dans la ville », dans le cadre des Rencontres de Bellepierre.]

 

 

On a souvent tendance à considérer les artistes dans notre société comme des marginaux, on a l'impression qu'ils ne participent pas réellement au système dès lors qu'ils ne participent aux échanges proprement productifs. C'est toute la différence entre le travail productif et celui de l'artiste, ce dernier n'a pas vraiment de règles dans son travail. Certains artistes même n'hésitent à enfreindre la loi en laissant des « marques de leur esprits » sur les places publiques, je pense ici aux grapheurs que l'on considère bien souvent comme des délinquants. Ce qui nous amène à nous demander si cette forme d'art illicite doit être pratiquée dans un cadre privé ou dans un cadre public.

La liberté artistique et la cohésion sociale sont-ils conciliables ? Doit-on oui ou non accepter cette forme d'art illicite sur les places publiques ? Ici l'enjeu serait de savoir quelle est l'utilité sociale de l'art pour l'Homme dans la société. Et donc si la société vise avant tout la cohésion sociale dans un cadre de règles, de valeurs et de normes bien précises, alors l'art ne peut pas y avoir sa place. Il me semble, au contraire, que l'art a une réelle utilité sociale pour l'Homme. Enfin, dire qu'il ne faut pas accepter cette forme d'art illicite sur les places publiques, n’est-ce pas finalement concourir à développer un usage inférieur de sa liberté ?

 

Tout d'abord, dans la société, les individus apprennent dès leur enfance des valeurs et les rapports entre les hommes, ce que l'on appelle le processus d'intégration sociale, ici les valeurs constituent ainsi de réels vecteurs de liens sociaux. Et face à cela, le maître d'art, lui réinvente sans cesse ses propres règles, on retrouve chez l'artiste cette conception de la transgression qui ici serait plutôt vecteur de désordre social.

Platon rejetait l'art hors de la cité, dès lors que celui-ci cherche avant tout l'éveil des sens. L’art cherche à s'approprier le rôle éducateur de la philosophie, avec l'idée que face à une œuvre d'art, notre sensibilité cherche à charmer notre raison, « l'art flatte la partie déraisonnable de l'esprit ». Ainsi par essence l'art est transgressif.

Parallèlement à cela, si l'art illicite était accepté par la société, il serait réduit à des formes acceptables par la société. Je pense notamment au phénomène rock qui à l'origine était purement transgressif, et on voit bien aujourd'hui comment le système capitaliste a pu l'englober.

Néanmoins, l'artiste qui tisse sans cesse des œuvres d'art ne tisse t-il pas en même temps du lien social ?

La politique ne nous propose t-elle pas finalement un art de vivre ensemble ?

 

L'art a ce pouvoir de créer une certaine harmonie interne qui concours elle-même à une sorte d'harmonie externe. C'est-à-dire qu'il a ce pouvoir de créer un sentiment de paix à l'intérieur de nous-même, ce sentiment provient du fait que face à une belle oeuvre d'art, il y a cessation de conflit entre la sensibilité et la raison, ces dernières ne cherchent plus à dominer l'autre, elle joue l'une avec l'autre en se renvoyant la balle.

D'ailleurs l'art réussit bien souvent là où la politique échoue, c'est-à-dire qu'il a ce pouvoir de réunir les individus. Et lorsque j'affirme qu'une oeuvre d'art est belle, je m'affirme moi-même, et j'en appelle aux jugements de chacun, donc finalement à l'humanité de chacun, et ce que je ressens, sera enrichi par ce que je crois que lui ressent. Ainsi à partir de ce sentiment de paix, l'art a ce pouvoir de concourir à une sorte d'harmonie externe.

Par ailleurs, on ne pense pas une œuvre d'art, mais on l'a vit. Il y a constamment un échange entre l'artiste et le public où le public devient lui-même créateur car il est sans cesse appelé à interpréter l'œuvre. Ainsi l'art est aussi un moyen de s'exprimer.

Donc il me semble que l'art a un réel intérêt dans cette société mondialisée, où le marché du travail devient de plus en plus ingrat, où nous devons travailler plus pour gagner plus.

Ainsi si le travail est un moyen de vivre, les œuvres d'art sont une raison de vivre. Sans les artistes, une société ne pourrait pas cueillir de purs moments de bonheur durable et de satisfaction désintéressée.

 

Finalement les œuvres d'art qui élaborent de nouveaux systèmes de représentation et de communication, nous proposent une autre manière de voir la réalité. Celle-ci n'est elle pas plus vraie que celle tissée par nos habitudes sociales, nos conventions sociales et tous nos préjugés ?

Ainsi, dire qu'il ne faut pas accepter les graffs sur les places publiques, c'est finalement concourir à un usage inférieur de sa liberté.

Tout se passe un peu comme si tous nos goûts nous renvoyaient à nos adhésions les plus immédiates, ainsi que toutes nos habitudes sociales.

Ici, le graff étant illicite, il nous étonne, et en nous étonnant nous secoue un peu de notre dogmatisme social, et donc veut nous arracher en quelques sorte à nos adhésions les plus immédiates. Ainsi étant illicites, ils nous invite à adopter un jugement plus réfléchi.

Et de plus nous invite à aspirer à plus que ce qui nous est présenté naturellement. Et je pense que nous avons tout à gagner à ne pas nous contenter de ce qui nous est présenté naturellement.

De plus, l'art étant illicite sert en quelque sorte le devenir de l'humanité, et la cohésion sociale n'est pas un principe figé, et a donc besoin d'un principe en devenir.

 

En conclusion, si l'art est avant tout transgressif, il n'en est pas moins qu'il a ce pouvoir de réunir les gens. Et nous libère en nous invitant à aspirer à autre chose. Ainsi l'espace public est un espace vide qui appelle à être rempli, et nous devons cultiver notre jardin social.

Cultiver l'art et l'illusion, c'est prolonger l'élan de la vie.

 

 

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Date de création : 13/02/2008 15:16
Dernière modification : 30/03/2008 11:06
Catégorie : 4. L'art dans la ville
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