« Comment vivre sans inconnu devant soi ? »,    R. Char

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Communication - Bernard LAMIZET

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     Docteur ès lettres, Bernard Lamizet est professeur en sciences de l’information et de la communication à l’Institut d’Études politiques de Lyon.

     Il nous a très aimablement envoyé cet article inédit dans lequel il s’interroge sur l’origine et le sens de l’identité dans l’espace urbain.

     Après avoir rappelé que la ville est à la fois un espace, réel et matériel, et un ensemble d’habitants, qui tissent des relations symboliques complexes, Bernard Lamizet montre comment, dans l’espace urbain, les identités s’exposent et se confrontent, pour se construire selon des processus historique, artificiel, politique et culturel. Il distingue cinq confrontations identitaires, les identités singulières, collectives, politiques, fictionnelles et temporelles ; et c’est dans l’espace urbain que ces confrontations ont lieu – ont un lieu – favorisant ainsi l’expression des identités.

     Voilà donc une invite à considérer la ville avec modestie et prudence, et à s’efforcer, quand on prétend la lire, de l’appréhender dans sa riche complexité, son irréductible polysémie et son insaisissable devenir, se souvenant que s’y jouent des expériences individuelles et des aventures collectives, des histoires vraies et des fictions, des faits réels, des représentations symboliques et des élaborations imaginaires.

 

La ville, un espace de confrontation des identités

 

Bernard Lamizet

 

 

 

 

La ville est un espace dans lequel les identités se confrontent les unes aux autres, et, où elles acquièrent, ainsi, une existence pleine. Dans l’espace urbain, les identités, en présence les unes des autres, sont sans cesse dans une situation de confrontation entre elles. Les habitants y prennent conscience de l’identité dont ils sont porteurs et du sens qu’elle peut revêtir au cours de leur confrontation aux autres habitants, qui partagent avec eux l’espace urbain des habitations et des pratiques sociales et culturelles.

C’est cette situation de confrontation des identités, en grande partie aléatoire, qui constitue la caractéristique anthropologique de l’espace urbain, et c’est la raison pour laquelle c’est dans la polis que s’invente le politique. En effet, on sait que le terme politique, comme tous les termes qui lui sont associés dans la langue est issu du terme grec polis, qui, dans cette langue, a à la fois le sens d’un site géographique, d’une organisation spatiale particulière de l’habitat, et celui d’un système institutionnel d’organisation de la société. À cet égard, il convient de rappeler comment la confrontation des identités s’exprime dans les appellations primitives de l’urbanité. Pour cela, on comparera le grec et le latin.

La polis grecque et la civitas latine

En grec, donc, le terme de base est polis, et c’est politès, le citoyen, qui en est dérivé. Cela signifie, au plan anthropologique, que l’espace est donné, comme imposé, au citoyen. C’est le fait d’habiter quelque part qui fonde l’existence sociale. Dans la culture grecque et dans le fait institutionnel tel que le définit cette culture, l’expérience de l’espace est le fait primitif, le fait fondateur. La spatialité – et, en l’occurrence, l’expérience urbaine de la spatialité – fonde l’identité. Au commencement, il y a bien polis, et c’est seulement ensuite, à partir de polis que peut se concevoir le polit-ès, celui qui vit dans la cité. Le terme polis avait, d’ailleurs, en grec, une signification très matérielle, physique, géographique, puisque c’est à partir de là que s’est formé le terme connu, acropole. Or, l’acropole, c’est simplement l’acro-polis, le haut de la ville, la partie élevée de la ville. Selon Benveniste (1), le terme polis est apparenté au védique pur, citadelle. On peut le rapprocher de l’ancien allemand burg, la citadelle, le fort, qui donnera le français bourg. Dans la formation du fait institutionnel, la culture grecque considère, ainsi, l’expérience de l’espace comme première, comme fondatrice. On pourrait dire que c’est la spatialité qui définit le réel de la sociabilité, qui constitue la contrainte inaugurale qui fait prendre au sujet conscience de son existence sociale.

En latin, c’est l’inverse. Civis, le citoyen, est le terme de base, et c’est le terme civitas, la cité, qui est formé à partir de ce terme premier. Il convient donc d’interroger la signification première de ce civis. Pour cela, ce qui est instructif est de regarder quels sont les usages de civis dans la langue latine. Civis y a, en réalité, deux significations, et se traduit tantôt par le citoyen, tantôt par le concitoyen. Cela signifie que ce qui fonde la signification du terme civis, c’est l’existence d’un rapport à l’autre. Puisque je désigne par le même terme le citoyen et le concitoyen, cela signifie qu’en latin, ce qui fonde la citoyenneté, c’est le rapport d’identification à l’autre et de reconnaissance de l’autre. Je ne suis pas citoyen parce que j’habite la cité, comme en grec, mais parce que j’ai été reconnu comme son concitoyen par l’autre, que je reconnais moi-même comme le mien. Ce n’est plus le fait d’habiter qui fonde l’existence sociale, mais la relation spéculaire à l’autre, que l’on reconnaît comme semblable à soi. La culture latine fonde le lien social sur l’expérience spéculaire de la découverte de l’autre comme symboliquement – et politiquement, institutionnellement – semblable au sujet.

Confrontation et identité

C’est donc la confrontation du sujet à l’autre – à l’autre soi, comme nous le disent les latins et les psychanalystes, ou à l’espace comme autre, comme réel du sujet, qui constitue l’expérience inaugurale du fait politique pour le sujet, qui, par elle, fait l’expérience fondatrice de ses propres limites, et, ainsi, l’expérience originaire, fondatrice, du manque. C’est que le concept même de confrontation est lui-même inscrit dans la spatialité. La confrontation (l’expérience du rapport au frons de l’autre, de la part de lui qui manifeste à la fois son identité et le visage qu’il offre à mon regard) institue l’identité en la fondant sur une relation première à l’espace. Il nous faut à présent, dans ces conditions, penser ce concept de confrontation, en élaborant la logique selon laquelle l’expérience de la confrontation fonde l’identité. Après tout, qu’est-ce qu’une identité, sinon un étant-ça (id-ens), c’est-à-dire une réalité qui se trouve devant nous, dans le même espace que nous, dans cet espace structuré, balisé, par le démonstratif, id. C’est que le terme id, en latin, comme en français, est le terme par lequel je montre, par lequel, dans ces conditions, je prends conscience de l’existence d’un fait dans l’espace, mais, dans le même temps, d’un autre, dans cet espace, à qui je montre ça.

La ville se trouve, dans ces conditions, interrogée, dans notre propos, dans deux dimensions, qui seront sans cesse articulées l’une à l’autre, pensées l’une par l’autre, l’une avec l’autre, l’une en l’autre : la ville comme espace et la ville comme ensemble d’habitants.

La ville comme espace

La ville est un lieu, quelque part, dans l’espace, un lieu où l’on trouve des maisons, des rues, des places, bref : elle est une réalité géographique, elle est un site. Il y a un réel de l’urbanité, une dimension réelle du fait urbain, qui est l’espace dans lequel elle se situe, le site qu’elle représente, le paysage qu’elle met en scène, l’ensemble de contraintes liées à la situation de la ville dans un espace particulier. La spatialité de la ville et le caractère irréductible, premier, qui impose un certain nombre de nécessités à la vie urbaine.

On citera, en particulier, ici, trois de ces contraintes.

La première contrainte est la disposition physique de la ville. L’installation de la ville dans un site consiste, d’abord, dans une forme de négociation, de dialectique, entre les impératifs de la vie sociale et les désirs des habitants et les nécessités imposées par la configuration géographique de la ville. C’est ainsi que Paris se construit à partir d’une île, que Lyon s’établit sur la base du confluent du Rhône et de la Saône, que Marseille s’établit sur la mer. Toute la vie urbaine sera fondée, dans la suite, sur l’articulation dialectique entre les contraintes liées à ce site et les logiques de la vie sociale et de la culture urbaine.

La seconde contrainte de la ville est le fait de se construire autour d’un espace public, d’un espace de rencontre et d’échanges. Pas de ville sans qu’existe, en son centre, un lieu dans lequel les habitants ne soient chez personne, et où, par conséquent, ils puissent rencontrer les autres habitants, procéder à des échanges avec eux, communiquer avec eux, leur parler. Cet espace qui est l’espace du dehors s’appelle, pour cette raison, l’agora chez les Grecs, et le forum chez les Latins (2).

Enfin, la ville connaît une troisième contrainte importante : la nécessité d’un système de régulation des rapports sociaux : c’est ce que l’on nomme un système politique. La ville est un espace dans lequel se confondent la dimension politique des relations sociales et la dimension spatiale de l’aménagement de l’espace et de ses usages sociaux. La ville est un espace dans lequel la régulation des rapports sociaux est une contrainte qui s’impose à la pratique de l’espace et aux usages qui en sont faits par ceux qui l’habitent.

La ville comme ensemble d’habitants

Mais cela ne suffit pas : il n’y a pas que le nom qui la désigne. La ville est aussi un ensemble d’habitants qui vivent au même endroit, qui ont ensemble des relations d’échanges, qui se sont donné des lois et des institutions pour structurer, pour réguler, cette vie commune. La ville n’est pas seulement un lieu pourvu d’une dénomination, c’est-à-dire d’une dimension symbolique, qui lui donne une signification : la ville est un fait social et culturel. Une ville, c’est aussi – certains diront même surtout – un ensemble d’hommes et de femmes qui la peuplent, qui investissent ce lieu de leurs désirs, de leur inconscient, de leurs représentations. La ville est, ainsi, un ensemble de médiations, un ensemble de logiques articulant la dimension singulière et la dimension collective de ce fait public qu’elle instaure dans l’espace.

Ce n’est pas un hasard si le terme – revenons aux mots, c’est toujours là que se trouve le sens – qui désigne l’espace public, agora en grec ou forum en latin – désigne, dans le même temps, le marché. L’espace public, dans la culture urbaine, est aussi, depuis toujours et sans doute dans toutes les cultures, l’espace dans lequel ont lieu les échanges qui structurent l’économie sociale d’un peuple. En exprimant leur identité dans les relations avec les autres, les habitants de la ville mettent en œuvre des échanges. Cela implique que l’économie urbaine est à la fois un ensemble d’échanges matériels de monnaie, de biens et de services et un ensemble de relations d’échange symbolique, de communication, d’informations, de paroles et de discours.

Le propre de la culture urbaine est, ainsi, que les échanges qui s’y déroulent et qui définissent ce que l’on peut appeler le réel de l’urbanité, sont à la fois dans le réel et dans le symbolique. L’économie urbaine est une économie à la fois réelle et symbolique. C’est, d’ailleurs, la raison pour laquelle le fait urbain est, dans le même temps, un fait politique, puisque c’est le sens du politique de donner un sens à l’activité économique. La ville est, pour cette raison, un espace dans lequel les médiations symboliques de la sociabilité ont, depuis toujours accompagné son développement et son activité économique. À chaque moment de l’histoire économique de la ville a lieu une étape de l’histoire de ses médiations symboliques.

On citera trois exemples de ces articulations urbaines entre le symbolique et l’économique. Le premier exemple que l’on peut citer est la double fonction de l’espace public, à la fois espace de marché et d’échange et espace de délibération publique. L’agora et le forum sont à la fois des lieux de commerce et des lieux de débat politique, à la fois des lieux d’activité économique et des lieux de discussion politique.

Le second exemple que l’on peut donner est celui, justement qui est donné par Habermas, dans son ouvrage important, L’espace public. Il s’agit d’un fait qui a lieu pendant la période qui précède la révolution française : à Paris, pendant tout le dix-huitième siècle, vont se multiplier les cafés et les salons littéraires dans lesquels les bourgeois, les commerçants, les financiers, vont à la fois se retrouver et avoir des relations sociales liées au café et avoir des échanges politiques intenses, des discussions de projets et de critiques de la monarchie. Ces discussions, qui donnent corps à l’espace public et sont le point de départ de la révolution, montrent bien le lien entre activité économique et activité politique.

Le dernier exemple que l’on donnera ici (mais, bien sûr, il y en aurait une foule d’autres) est le lien qui s’établit, au dix-neuvième siècle, entre la naissance des journaux et celle de la Bourse et des échanges de valeur. Les journaux vont être le lieu dans lequel seront données les informations politiques, mais aussi celui dans lequel seront données les informations liées à l’activité financière (3). Et c’est dans les mêmes quartiers de villes (à Paris autour, justement de la Bourse), que s’installeront à la fois les grandes banques, les sièges des journaux, les bourses des valeurs et les grandes entreprises commerciales et financières. La ville articule donc, depuis toujours, une activité financière et économique et l’activité symbolique de communication, de représentation et d’information.

Les institutions urbaines

Une langue

Parmi ces institutions, la ville s’en est donné trois majeures, fondatrices, qui, chacune à sa manière, contribuent à éclairer la signification du fait urbain et celle du fait politique.

D’abord, la ville s’est donné une langue, un système d’expression dans lequel les habitants peuvent échanger des paroles, bref : dans lequel ils peuvent, pleinement, accéder au symbolique.

La langue est peut-être la première institution avec laquelle nous soyons en contact, c’est la première institution que nous connaissions, puisque nous la découvrons, pour la première fois, avant même de naître. Dès que l’embryon, encore à naître, dispose d’un appareil auditif, il entend la voix de sa mère qui parle dans sa langue, et, de cette manière, il fait la première expérience de la langue comme système symbolique. C’est pourquoi, au moment de la naissance, nous ne découvrons pas la langue : nous la redécouvrons, nous la retrouvons, nous retrouvons, en entendant parler autour de nous, ce système signifiant dont nous avions fait l’expérience avant de naître.

Mais, dans le même temps, la langue, système symbolique d’expression et de communication, est aussi une institution politique, ne serait-ce que parce que l’usage de la langue dans un pays n’est pas un fait lié à la nature, mais bien plutôt un fait institué par le pouvoir qui s’exerce dans ce pays. Il n’y a pas de « langues naturelles » : ce terme est une fiction, qui désigne seulement les langues qui se parlent dans un pays particulier. Il n’y pas de langues naturelles, car la langue est, déjà, du symbolique, et comme le dit Saussure, elle se fonde sur l’arbitraire du signe, sur le fait que la relation du signe à ce qu’il exprime ou à ce qu’il désigne n’est pas de l’ordre de la causalité, mais bien de l’ordre d’un fait institutionnel, d’un fait politique. Parler d’arbitraire, c’est bien parler d’un fait de pouvoir. La langue qui se parle dans un pays – et, donc, dans une ville, en particulier – s’y parle parce qu’elle y a été imposée par le pouvoir qui s’exerce dans ce pays et dans cette ville. On n’a pas toujours parlé français à Paris ou à Lyon, on n’y parle français que parce que les Francs se sont installés dans ces villes. On parle français à la Réunion, parce que cette île a été colonisée par la France.

Par rapport à la spécificité du fait urbain, on peut faire, ici, trois remarques sur la langue, son usage et son caractère institutionnel. D’abord, la langue qui se parle dans une ville est en relation avec les pratiques sociales et culturelles mises en œuvre dans cette ville : c’est bien la culture urbaine qui détermine la langue qui se parle dans une ville ; ce sont les activités culturelles pratiquées dans cette ville (conversations, spectacles, échanges commerciaux) qui déterminent la langue qui s’y parle. Ensuite, il faut se rappeler que, dans une ville, la langue ne revêt pas une forme unique, homogène : il existe plusieurs langues dans la langue qui se parle dans la ville, car la langue y est structurée, stratifiée, en fonction des appartenances sociales. On citera, ici, l’exemple des argots urbains qui ont toujours été la caractéristique de l’appartenance à des milieux sociaux fermés, en marge par rapport à la norme institutionnelle et culturelle, mais grands créateurs de normes qui leur sont propres. On citera, enfin, le cas de la multiplication des langues différentes qui se parlent dans une ville et qui y sont, justement, le témoignage de la diversité des identités qui se rencontrent dans l’espace public et dans le fait urbain. Cette diversité urbaine des langues qui se parlent dans l’espace de la ville est une marque de la spécificité politique, sociale et culturelle de la ville, qui se fonde sur le fait qu’elle est un espace de rencontres, d’échanges et de sociabilité.

Une culture

La deuxième institution que s’est donné la ville est une culture, un système de représentations. Bien sûr, la culture est étroitement liée à la langue, à ses formes et à ses usages. Ce que l’on appelle la culture urbaine, c’est l’ensemble des pratiques sociales qui s’y déroulent et expriment l’identité de ceux qui les mettent en œuvre. On peut définir la culture comme l’ensemble des médiations symboliques de l’identité. Si la ville constitue, depuis toujours, un espace culturel, c’est que les identités qui s’y rencontrent expriment leurs spécificités dans la confrontation qu’elles mettent en œuvre les unes avec les autres. Il faut bien que les identités qui se déploient dans l’espace urbain s’expriment dans des pratiques culturelles pour pourvoir être pleinement reconnues par les habitants de la ville. C’est qu’habiter la ville ne signifie pas seulement y passer sa vie : cela signifie, surtout, y mettre en œuvre une activité symbolique par laquelle on exprime notre identité pour les autres habitants.

Une culture est un ensemble de pratiques sociales par lesquelles on se donne à voir aux autres, par lesquelles on est reconnu par les autres. Or, il convient, ici, d’articuler cette notion de culture et de représentation au sens premier d’habiter. Habiter est un terme qui vient du latin habitare, lui-même fréquentatif du verbe habere, qui signifie « avoir », bien sûr, mais, surtout, pour ce qui nous intéresse ici, « reconnaître », « considérer comme ». Habiter une ville, c’est donc y exprimer de façon usuelle, courante (c’est le sens de ce que l’on appelle un « fréquentatif ») l’identité dont on est porteur, dont on est reconnu par les autres. Il ne faudrait donc pas réduire le fait d’habiter quelque part à une dimension instrumentale, fonctionnelle active, à la description d’un ensemble de faits. Habiter, c’est bien plus que cela, car cela implique l’élaboration d’une identité dont on est porteur aux yeux des autres.

C’est en ce point qu’il convient de rappeler ce qu’est l’identité, et, en particulier, l’identité dans l’espace de la ville. L’identité du sujet est élaborée au cours de l’expérience du miroir, par laquelle le sujet construit son identité à partir de ce qu’il reconnaît de l’identité de l’autre à laquelle il s’identifie symboliquement. Le stade du miroir dont parle Lacan désigne le moment inaugural au cours duquel le sujet fonde son identité sur la conscience qu’il a d’être symboliquement semblable à l’autre.

Mais, bien sûr, s’agissant, cette fois, de la ville et de l’espace social et non de l’identité singulière, la spécularité qui fonde l’identité urbaine est instituée, car c’est précisément le rôle de la culture de fonder et d’exprimer cette identité dont on est porteur en habitant la ville. Mettre en œuvre une activité culturelle, c’est mettre en œuvre des activités symboliques et esthétiques par lesquelles on donne à voir son identité aux autres. Cela prendra, d’abord, la forme des spectacles, qui, justement, ont été inventés dans la ville, au cours desquels on montre au public l’identité de personnages auxquels il va pouvoir s’identifier. Cela prendra, ensuite, la forme des autres activités symboliques de l’espace urbain, comme l’aménagement des quartiers selon des formes esthétiques ou comme la construction de monuments par lesquels s’exprimeront des identités dans l’espace de la ville. Cela prendra, enfin, la forme des échanges culturels entre les villes de pays étrangers. C’est ainsi que, longtemps, à Paris, se sont produits des acteurs de théâtre italiens, qui s’étaient donné un véritable théâtre qui leur était propre. C’est ainsi que, dans toutes les villes, les carnavals et les fêtes populaires ont toujours eu pour rôle de faire apparaître des représentations distanciées des identités sociales, de mettre en scène, dans l'espace public, des expressions identitaires distanciées par le déguisement et par le masque ou par le caractère comique des situations mises en scène.

Un système politique

La troisième institution que s’est donnée la ville est un système politique, un système de pouvoirs. La ville est un espace dans lequel se confrontent les uns aux autres des pouvoirs différents, en général opposés les uns aux autres, dont la confrontation définit, justement, la vie politique de la ville et de l’espace public. Une ville est un espace dans lequel s’articulent, en se confrontant les uns aux autres, différents pouvoirs, mis en œuvre par différents acteurs politiques.

On peut, sur ce plan, définir quatre logiques politiques distinctes, qui se retrouvent, dans l’histoire du fait urbain, comme les différentes formes du système politique de la ville.

La première est l’articulation des pouvoirs et des institutions politiques dans l’espace de la ville. L’espace urbain est un espace dans lequel les différents pouvoirs se confrontent les uns aux autres. Les pouvoirs municipaux se confrontent aux pouvoirs régionaux ou aux pouvoirs départementaux dans les chefs-lieux, les pouvoirs économiques des entreprises se confrontent, dans la ville, aux contre-pouvoirs des syndicats, les pouvoirs des entrepreneurs se confrontent aux contre-pouvoirs des écologistes et de leurs associations. C’est ainsi que la ville peut, d’abord, sur le plan politique, se définir comme l’espace de confrontation et, donc de définition, d’institution, des pouvoirs des acteurs sociaux de la vie politique.

La deuxième logique qui exprime les logiques politiques de la ville est celle des logiques religieuses. Le fait religieux est la forme que prend l’imaginaire politique quand il est articulé à des représentations de croyances et à des pratiques de rituels. C’est ainsi que, dans l’espace urbain, ont toujours existé des lieux de culte, des mises en scène de rituels et d’activités religieuses, voire, dans certains cas, des activités de prédiction et d’oracle. La ville a toujours été un espace dans lequel l’imaginaire politique exprimé par le fait religieux s’est inscrit dans les formes architecturales et dans les parcours de la spatialité.

La troisième logique qui définit la ville comme espace politique est la citoyenneté même, qui donne une dimension politique au fait d’habiter la ville. C’est que, comme on l’a vu plus haut, habiter la ville ne signifie pas seulement y vivre ; habiter la ville, c’est y mettre en œuvre une activité institutionnelle par laquelle on exprime, pour les autres, la dimension politique de son identité sociale et politique. Habiter la ville, c’est respecter les lois qui y sont en vigueur, et qui, de cette façon, qualifient les pratiques sociales que l’on met en œuvre, mais c’est aussi prendre part à l’élaboration et à l’institution des normes qui structurent les pratiques sociales. Habiter la ville, c’est, ainsi, y exprimer la citoyenneté dont on est porteur, et qui constitue la part politique de son identité.

Enfin, dans l’espace de la ville s’articulent les deux dimensions du fait politique : la dimension réelle des pouvoirs et des obligations, et la dimension imaginaire des utopies et des projets politiques dont la ville est le siège et l’expression. La vie politique ne saurait se limiter à l’exercice des pouvoirs et à la mise en œuvre de l’activité institutionnelle. Il n’y pas de vie politique sans l’élaboration et la mise en œuvre d’un imaginaire, d’une dimension proprement imaginaire de la vie politique et institutionnelle. L’imaginaire du politique s’articule autour de deux logiques, l’utopie, qui en est la dimension positive, et la peur, qui en est la dimension négative. Or, précisément, dans l’espace de la ville, on trouvera des expressions et des manifestations de la peur et de l’utopie. La peur prendra la forme des lieux interdits, des quartiers dans lesquels on n’ira pas, des lieux situés à la périphérie des villes. L’utopie prendra la forme de monuments et d’expressions artistique et politique de l’imaginaire positif des villes et des projets que l’on cherche à y mettre en œuvre.

L’espace urbain comme lieu d’expression des identités

Espace politique, la ville est un espace social dans lequel les identités des acteurs et des institutions s’expriment dans la confrontation de leurs enjeux, de leurs identités et de leurs représentations. Dans un espace politique, la reconnaissance mutuelle des identités est fondamentalement contradictoire : c’est dans l’antagonisme que les identités politiques s’expriment et s’élaborent au cours des stratégies et des pratiques des acteurs qui en sont porteurs. En ce sens, l’espace urbain est bien un espace qui donne toute sa consistance au concept d’identité en en articulant la représentation à des stratégies et à des pratiques de confrontation.

L’espace urbain se définit comme un espace dans lequel c’est dans la confrontation des uns aux autres que se définissent les identités des acteurs sociaux. Dans l’espace urbain, c’est en confrontant leurs identités à celles des autres que les acteurs sociaux acquièrent leur consistance, deviennent pleinement lisibles, mettent en œuvre les pratiques sociales par lesquelles ils peuvent être reconnus par les autres et par lesquels ils expriment, dans l’espace public, les logiques dont ils sont porteurs.

Dans ces conditions, l’espace de la ville est bien, fondamentalement, l’espace dans lequel les acteurs sociaux mettent en évidence l’expression des identités dont ils sont porteurs. L’espace urbain est un espace dans lequel les acteurs sociaux donnent leur identité à voir aux autres acteurs, aux autres habitants, aux autres citoyens. C’est même dans la confrontation des identités dont ils sont porteurs que les habitants des villes définissent et expriment l’identité politique dont ils se soutiennent.

Habiter la ville

Habiter la ville a donc, dans ces conditions, une double signification. D’une part, il s’agit de l’ensemble des pratiques singulières par lesquelles on manifeste le fait d’être installé dans une ville et d’y mettre en œuvre une activité quotidienne. Habiter la ville désigne, ainsi, une forme singulière d’appropriation d’un espace social urbain par les sujets singuliers de la sociabilité. D’autre part, il s’agit de l’ensemble des pratiques de médiation entre singulier et collectif, par lesquelles le sujet, en mettant en œuvre les activités par lesquelles il manifeste le fait d’habiter la ville, manifeste, dans le même temps, son appartenance à un espace social dont il représente l’identité en mettant en œuvre les pratiques culturelles qui l’expriment.

Habiter la ville consiste donc, à la fois, dans trois dimensions. Il s’agit, d’abord, d’une dimension réelle, puisqu’il s’agit de se livrer à un certain nombre de contraintes constitutives de la sociabilité urbaine à laquelle on appartient par le fait d’habiter une ville. Il s’agit, ensuite, d’une dimension symbolique, qui est celle des pratiques de communication et de représentation auxquelles on se livre en manifestant le fait d’habiter la ville. Il s’agit, enfin, d’une dimension imaginaire, puisque habiter la ville consiste aussi à investir les lieux de la ville des expressions de l’imaginaire dont on est porteur, qu’il s’agisse de la peur, imaginaire négatif, ou de l’espoir, imaginaire positif.

Identité et spatialité

Les identités

Un espace social est, ainsi, un espace dans lequel la spatialité s’articule à l’identité, un espace dans lequel les identités s’expriment par leur façon d’occuper l’espace. C’est ainsi qu’habiter la ville consiste, pour le sujet, à investir l’espace urbain des pratiques symboliques par lesquelles on exprime son identité. Il peut, d’abord, s’agir des identités ethniques : on investit l’espace urbain des pratiques sociales et festives par lesquelles on exprime l’identité ethnique dont on est issu. Il peut, ensuite, s’agir des identités professionnelles ; on investira l’espace urbain des expressions de l’identité professionnelle que l’on met en œuvre (aménagement de lieux professionnels, mise en évidence de costumes professionnels). Il peut aussi s’agir d’identités politiques : l’espace urbain sera alors investi par des défilés et des manifestations, par des distributions de tracts, voire par des fêtes propres à telle ou telle organisation. On pourrait, ainsi, continuer à énumérer l’ensemble des identités qui s’expriment dans l’espace de la ville, articulant, ainsi, la spatialité urbaine à l’identité dont sont porteurs les habitants.

Dans le champ de la culture urbaine, ce qui fonde spécifiquement l’urbanité, ce qui l’instaure, dans l’histoire et dans la culture, c’est, ainsi, l’articulation entre la spatialité et la confrontation des identités dans leur dimension politique. Sans doute peut-on, ici, établir une différence entre les formes classiques de l’identité urbaine et les formes classiques de l’identité rurale.

En effet, le propre des identités rurales, dans leur dimension traditionnelle, c’est qu’elles se fondent sur la filiation. L’économie et la culture rurales se fondent sur des logiques de transmission des biens par héritage et sur la présence d’identités fondées sur les liens familiaux qui donnent une dimension institutionnelle à la filiation, à ses logiques et à ses contraintes.

En revanche, comme l’espace urbain repose, lui, sur l’indistinction, c’est l’appartenance et les formes symboliques de la sociabilité qui y fondent l’identité dont sont porteurs les habitants. Dans l’espace urbain, ce sont les pratiques politiques et symboliques mises en œuvre par les habitants qui définissent les identités dont la ville est jalonnée. Habiter la ville ne consiste pas seulement à y mettre en œuvre des activités familiales et vivrières : il s’agit d’y mettre en œuvre des activités symboliques de communication et de représentation par lesquelles on exprime les identités dont on peut être porteur.

La confrontation des identités et de la spatialité

La confrontation des identités et de la spatialité va, ainsi, exprimer trois significations dans l’espace urbain.

D’une part, il s’agit d’exprimer l’appropriation symbolique des lieux de la ville par les identités politiques dont sont porteurs les habitants. Habiter une ville ne consiste pas seulement à y passer de l’existence, mais à imprimer dans l’espace urbain les formes et les traces lisibles de la sociabilité et de l’identité dont on est porteur. Habiter la ville consiste à y imprimer des formes lisibles et intelligibles de son identité. Mais, dans le même temps, cela vient nous rappeler qu’une existence peine est, pour le sujet, une existence dont la signification est lisible et intelligible par les autres.

D’autre part, la confrontation urbaine de la spatialité et des identités signifie que les lieux de la ville ont à la fois une dimension réelle et pratique et une dimension symbolique d’expression et de représentation. C’est, d’ailleurs, la raison pour laquelle la ville a toujours été un espace d’élaboration et de diffusion de médias et de représentations. Dans la ville, les identités sont fondées à la fois sur la dimension réelle de leur mise en œuvre et sur la dimension symbolique de leur représentation et de leur signification dans l’espace public.

Enfin, c’est la temporalité de la ville qui porte la trace visible et lisible des identités dont la ville est le siège. Il ne s’agit pas seulement de lire les identités dans le présent de la vie urbaine, mais d’en interpréter la présence dans le temps long du passé de la ville et de sa mémoire. Les identités urbaines ne s’expriment pas seulement dans le présent des pratiques sociales effectives, mais aussi dans le passé et le temps long de l’histoire de la ville tels qu’en sont porteurs les monuments, les aménagements de l’espace, voire les traces dont sont porteurs les voies de circulation et les moyens de transport et de déplacement – en particulier collectifs, puisque, dans la ville, les transports collectifs constituent une des formes de la sociabilité.

Les processus d’élaboration des idées urbaines

Dans ces conditions, pour bien comprendre ce que sont les logiques sociales et culturelles d’élaboration des identités urbaines, il convient de bien comprendre de quoi seront faits les processus suivant lesquels les identités se construisent dans l’espace de la ville. Il s’agit d’un processus historique, qui s’inscrit dans l’histoire de la ville, d’un processus politique, qui s’inscrit dans les stratégies des acteurs et des institutions, et d’un processus culturel qui s’inscrit dans les logiques de signification et de représentation des identités culturelles présentes dans l’espace public.

Il s’agit donc, d’abord, d’un processus historique. Cela a deux significations.

D’abord, cela signifie que la construction des logiques sociales se fait dans le temps, se déroule dans une temporalité que l’on peut scander par des faits et par des stratégies d’acteurs. Il n’y a pas d’immédiateté de la construction des logiques culturelles et sociales d’élaboration des identités urbaines. Cela ne se passe pas en un jour. Au contraire, il s’agit d’un processus qui définit ce que l’on peut appeler, dans la ville, une dynamique historique d’articulation d’un temps court – celui des acteurs, qui se déroule à l’échelle des personnages singuliers – et d’un temps long – celui des institutions et des dynamiques historiques, qui se déroule à une autre échelle, celle de l’histoire.

Ensuite, cela implique qu’il s’agit d’un processus social, et non d’une dynamique naturelle. Il n’y pas de naturalité des logiques sociales dans l’espace urbain. Dès lors que l’on se trouve dans l’espace de la ville, dans le champ des logiques urbaines, les dynamiques des acteurs sont des dynamiques sociales qui ont une signification dans une perspective politique. Il n’y a ni innéité ni naturalité des faits urbains, en ce qu’ils s’inscrivent dans les dynamiques politiques et institutionnelles d’une économie et d’une culture de la ville.

Par ailleurs, les identités urbaines s’élaborent selon un processus politique, qui s’inscrit dans les stratégies des acteurs et des institutions. Il ne s’agit pas d’imaginer une signification des identités urbaines indépendamment des acteurs et de leurs stratégies, ou indépendamment des institutions et des normes qu’elles établissent dans l’espace de la ville. C’est dans la confrontation aux dynamiques et aux identités des acteurs de la ville (acteurs de pouvoir et acteurs de contre-pouvoir, acteurs économiques et acteurs politiques) que l’on peut comprendre pleinement la signification des dynamiques sur lesquelles reposent les identités urbaines, elles-mêmes en confrontation les unes avec les autres dans l’histoire de la ville.

Il s’agit, enfin, d’un processus culturel qui s’inscrit dans les logiques de signification et de représentation des identités culturelles présentes dans l’espace public. La construction des identités urbaines est un fait culturel qui permet de comprendre toute l’importance des pratiques esthétiques et culturelles dans l’espace de la ville. La culture ne saurait se réduire à une activité de plaisir et de loisir : c’est dans les faits culturels et dans la mise en œuvre des dynamiques de l’esthétique et de la représentation que les identités urbaines peuvent se construire et se donner à voir, à lire, à entendre et à comprendre dans l’espace de la ville. Le processus culturel de construction des identités culturelles construit dans la ville une histoire des faits et des dynamiques de la médiation des identités.

Les confrontations identitaires

On fera apparaître ici les cinq confrontations identitaires majeures dont la ville est l’espace d’expression.

Les identités singulières

L’identité singulière du psychisme et de la subjectivité fait, dans l’espace urbain l’expérience de la confrontation aux identités collectives d’appartenance et de sociabilité. Sans doute les formes et les logiques de l’élaboration et de l’expression des identités psychiques et de la subjectivité, n’ont-elles pas été inventées dans l’espace de la ville. Sans doute la formation du psychisme est-elle un fait qui concerne tous les sujets, qu’ils habitent dans la ville ou dans d’autres espaces. Mais sans doute aussi y a-t-il aussi certaines spécificités de l’élaboration des identités singulières et personnelles dans l’espace de la ville.

On relèvera ici quatre de ces spécificités. 

D’une part, dans la ville, les identités singulières dont sont porteurs les sujets de la ville dans leur activité psychique se trouvent-elles en confrontation permanente avec d’autres identités psychiques. L’espace urbain est un espace dans lequel les identités psychiques sont aux prises les unes avec les autres, dans une dynamique sociale et institutionnelle d’expression de psychismes différents et dans une logique culturelle qui articule les identités psychiques à des pratiques sociales et à la mise en œuvre, par le sujet de conduites et de pratiques imposées par la loi de la ville.

D’autre part, la ville est un espace dans lequel il existe deux plans de l’activité psychique du sujet : le plan réel, effectif, des pratiques qu’il met en œuvre dans ses relations avec les autres, et le plan symbolique, esthétique, de la représentation de ces dynamiques psychiques. C’est dans la ville qu’est inventé le théâtre, comme forme institutionnelle de représentation esthétique des dynamiques psychiques de construction et de confrontation des identités singulières, et c’est, par conséquent, dans la ville que l ‘on peut imaginer une signification et une dimension esthétique de ces expressions de l’identité. Le théâtre ou les arts plastiques ont imaginé dans l’espace urbain des représentations et des expressions de l’activité psychique du sujet.

Par ailleurs, dans l’espace urbain, les identités singulières qui expriment le psychisme font l’objet de régulations sociales, institutionnelles, mises en œuvre par les institutions politiques et par les acteurs du pouvoir. La ville a toujours été un espace de régulation des expressions du psychisme des habitants – qu’il s’agisse de l’imposition de normes de ces représentations dans l’espace public, ou de l’institution d’espaces de régulation, ouverts ou fermés. C’est dans la ville que s’inventent la psychiatrie, puis la psychanalyse, formes majeures de représentation du psychisme dans sa dimension de souffrance et de ruptures de la norme.

Enfin, la ville est un espace dans lequel la distanciation par rapport à la norme s’exprime pleinement dans l’espace public de la sociabilité. L’espace urbain impose le statut de distanciation à l’expression des distanciations des sujets par rapport aux normes imposées par la société au psychisme des habitants. Dans ces conditions, c’est dans la ville que s’invente la distanciation institutionnelle de la représentation de ces identités singulières. C’est le sens de l’invention urbaine du fait divers. La représentation des faits divers dans les médias urbains, mais aussi celle du roman policier, manifeste, ainsi, dans l’espace public, l’expression de ce qui devient, dès lors, une forme de pathologie sociale.

Les identités collectives

Mais, bien sûr, il n’y a pas que la dimension singulière des identités ; il n’y a pas que les identités psychiques dans l’espace de la ville. On y rencontre aussi l’expression et la manifestation des identités collectives ; celles-ci structurent les habitants en vastes logiques d’appartenance, inscrites dans les lieux de l’espace de la ville et de l’urbanité. L’espace de la ville est un espace qui rend lisible, en les donnant à voir et à comprendre, les identités sociales, culturelles, politiques, dont sont porteurs les habitants. On peut même dire que c’est ce qui caractérise l’espace urbain. L’usage de l’espace de la ville consiste, d’abord, à y lire et à y reconnaître les identités des acteurs sociaux exprimées dans les pratiques institutionnelles et politiques de la confrontation et de l’intelligibilité.

Il y a, ainsi, deux modes d’usage de la ville et de l’espace urbain, on pourrait dire deux « régimes » de l’usage de la ville. Le premier est l’usage du voyageur, du touriste, de celui qui passe dans la ville et qui y découvre des identités qu’il ne connaît pas et dont il n’aura pas l’usage. Il se trouve en situation d’étranger, d’extériorité par rapport à la ville et à l’espace urbain, où il est confronté à une culture et à un langage dont il n’a pas l’expérience, dont il n’a pas la culture et la connaissance.

Et puis il y a le fait d’habiter la ville. Habiter la ville consiste à y reconnaître les identités qui s’y déploient dans la permanence de l’espace urbain. Habiter la ville, ce n’est, ainsi, pas seulement y imprimer la quotidienneté de ses pratiques sociales, ce n’est pas seulement y reconnaître les expressions de son psychisme et de la part singulière de son identité ; c’est aussi y reconnaître les identités des acteurs sociaux et des acteurs politiques dont on a l’expérience. Habiter la ville, c’est, ainsi, y reconnaître les identités sociales dont sont porteurs les acteurs sociaux, culturels, économiques, politiques, avec lesquels on a des rapports suivis, habituels. Habiter la ville, c’est mettre en œuvre dans ses pratiques sociales ordinaires la culture dont on est porteur, et fonder sur cette culture partagée les relations sociales que l’on élabore avec les autres habitants. Habiter la ville, c’est y reconnaître et y comprendre les identités collectives qui la structurent et qui y fondent la culture des autres habitants.

Les identités collectives dont le sujet est porteur se confrontent les unes aux autres dans l’espace urbain. C’est de cette façon, par cette confrontation, que les identités collectives, dans la ville, font apparaître leur spécificité. Ainsi, pour le sujet, l’identité nationale se confronte à l’identité régionale, qui se confronte à l’identité urbaine qui se confronte à l’identité professionnelle, etc. On songe à Montaigne : « Le maire et Montaigne ont toujours été deux, d’une séparation bien claire » (4). L’identité politique liée à la ville et à nos pratiques sociales de l’urbanité vient s’articuler, dans sa spécificité, aux dimensions singulières, qui nous sont propres, de notre identité. L’espace de la ville, « l’espace public » dont parle Habermas, est cet espace urbain qui se définit, justement, par la confrontation les unes aux autres des différences sociales et culturelles dont sont porteurs les habitants de la ville, et qu’ils expriment dans leur usage de l’espace urbain.

C’est ainsi, pour donner un exemple, que la ville est un espace de circulation et de rencontre d’identités culturelles multiples, dans leur diversité même. On peut, dès lors, distinguer deux types d’espace urbain. Les espaces urbains forclos sont les espaces urbains fondés sur la logique du ghetto. Au lieu de permettre la circulation, et, par conséquent, les échanges et la sociabilité, ces espaces urbains mettent en œuvre une véritable forclusion de ceux qui les occupent, et qui, de ce fait, n’ont pas la possibilité d’établir des relations sociaux les avec les autres. Dans ce cas, on n’habite pas la ville, car, faute de relations avec les autres, on n’est pas dans la possibilité d’articuler la vie urbaine à de la signification et à de la représentation. Habiter pleinement la ville, c’est, au contraire, y engager avec les autres habitants des relations symboliques et des relations de sociabilité.

Les identités politiques

Par ailleurs, dans l’espace de la ville, les identités politiques s’expriment dans la confrontation des unes aux autres dans l’espace public. C’est le sens de l’agora, du forum, de l’espace public, de donner la possibilité aux habitants, dans le réel de l’espace, du débat public et de l’expression, éventuellement contradictoire, des opinions et des jugements sur la vie sociale dans l’espace urbain. C’est pourquoi la ville a été le siège de l’élaboration des formes politiques, institutionnelles ou non, d’expression des engagements et des identités politiques et institutionnelles.

La ville est le siège des pouvoirs. C’est, d’abord, ce qui fonde le fait urbain dans l’histoire. La ville naît autour des lieux de pouvoir, autour des espaces institutionnels. La ville naît, se construit, se développe, à partir des sièges des pouvoirs et autour d’eux. L’histoire de la naissance des villes et du fait urbain se confond, dans tous les pays, avec l’histoire de l’institution des pouvoirs et des lieux de pouvoir, et avec l’histoire de l’implantation dans les centres des villes des pratiques de pouvoir et des acteurs qui les mettent en œuvre. Paris se construit à partir du Louvre. C’est la raison pour laquelle la ville est l’espace d’une intense activité politique, elle est le lieu dans lequel s’élaborent et se confrontent les identités des acteurs politiques et où elles se confrontent les unes aux autres dans une activité incessante de communication et d’antagonisme réel et symbolique.

La ville est le siège des institutions de délibération et de débat public. Mais la ville est aussi l’espace dans lequel ont lieu les délibérations, l’espace dans lequel s’instaure le débat public autour des choix du politique et autour de la confrontation des représentations. C’est dans l’espace urbain que, dans l’histoire, s’engagent les orateurs et les discussions qui donnent véritablement leur consistance aux idées politiques, aux choix et aux engagements des projets et des imaginaires politiques.

La ville est le siège des médias et de l’information dans sa dimension politique. Mais il convient de rendre publics le débat politique et les choix auxquels conduisent les antagonismes entre les identités politiques. Ce sera le rôle des médias et des activités de communication et d’information qui vont, par ailleurs, véritablement scander le temps de la ville, de leur présence et de leur intervention dans le débat public. Siège des médias, la ville va être, par ce fait même, le monde dans lequel les faits politiques, événements ou idées, engagements ou actions, font l’objet d’un récit et de commentaires leur donnant une signification.

La ville est le lieu où se déroulent les manifestations et où s’expriment les revendications. Comme la ville est le lieu où siègent les pouvoirs, elle est aussi, depuis toujours, le lieu des conflits et de l’expression des antagonismes politiques. C’est dans la rue et dans l’espace urbain qu’ont lieu les manifestations et que s’expriment les revendications. C’est dans la ville que, toujours, commencent et se déroulent les révolutions et les activités révolutionnaires. En ce sens, la ville est bien, dans l’histoire comme dans le présent, l’espace dans lequel la confrontation politique prend véritablement sa consistance et sa signification.

Lieu des marchés, la ville est l’espace de la négociation, du commerce, de l’échange dans sa dimension économique et sociale. La ville est, ainsi, le lieu du marché et le lieu des échanges, non seulement symboliques, mais aussi bien réels et économiques. C’est dans la ville que les habitants viennent « faire leur marché ». Mais c’est aussi dans la ville que vont naître les banques et les bourses de valeur qui seront les institutions de la vie économique, qui donneront aux échanges et aux marchés, la consistance d’une véritable économie politique.

Les identités fictionnelles

D’autre part, la ville est aussi un espace social dans lequel se mettent en œuvre les représentations et les expressions de la fiction. D’abord, l’espace public va, dans la ville, se trouver peuplé de représentations et de mises en scène fictionnelles, dans l’espace public, les acteurs de la fiction vont mettre en scène, pour les publics urbains, les représentations de la fiction. La ville va être un espace offert aux acteurs de la fiction, et cela depuis toujours, puisque, dès l’Antiquité, il y a, dans l’espace urbain, des théâtres et des espaces aménagés pour les représentations de la fiction. Par ailleurs, la ville va faire l’objet de représentations dans le travail de la fiction, qu’il s’agisse de la littérature ou du cinéma, et ce travail de la fiction va contribuer à penser la ville, à en construire la forme, voire à en imaginer le futur. La ville n’est, ainsi, pas seulement, un espace dans lequel la fiction se montre : elle est aussi un objet de la fiction, le temps urbain et l’espace de la ville vont, ainsi, devenir des temps et des espaces imaginaires pour la mise en scène de la fiction qui se déroule, ainsi, dans les lieux et dans les temps de la ville.

L’espace urbain est un espace dans lequel les lieux du spectacle dessinent une véritable géographie de la représentation. Dans l’Antiquité grecque, le théâtre est, avec l’agora, le lieu majeur de la sociabilité urbaine. En Europe, à l’époque de la commedia dell’arte, puis à l’époque de Molière et au dix-huitième siècle, la représentation théâtrale institue un des lieux majeurs des institutions urbaines, le théâtre, qui, ainsi, deviendra un des monuments du paysage urbain. Le théâtre aura, ainsi, tous les sens du terme « monument », c’est-à-dire à la fois une réalisation architecturale qui se remarque, qui se regarde, qui s’admire, et aussi un des traits qui marquent l’espace urbain, qui le jalonnent, qui y produisent du sens. On peut, ainsi, citer le théâtre municipal d’Avignon, juste à côté de la mairie, ou, à Lyon, l’opéra, juste en face.

Mais il faut aussi concevoir que l’espace urbain va devenir un espace imaginaire de la fiction. C’est aussi dans la dimension imaginaire qu’il peut présenter que l’espace urbain va avoir une signification et un statut dans le travail de la fiction.

C’est dans l’espace urbain, d’abord, que naît le roman comme forme littéraire de fiction. La ville va devenir, au dix-septième siècle, mais, plus encore au dix-neuvième, ce que l’on peut appeler le décor de la fiction, le paysage dans lequel elle s’installe. On songe à tous les romans de Balzac, puis, plus tard, à tous ceux de Zola, dont les récits vont raconter des actions qui se déroulent dans l’espace de la ville, et dont les personnages sont des habitants de la ville. Mais on songe surtout, peut-être, à l’esthétique du roman policier, à la fin du dix-neuvième siècle, puis au vingtième siècle, qui va représenter des faits, des événements et des personnages situés dans les villes.

Par ailleurs, dans la ville, les identités fictionnelles se confrontent aux identités réelles, dans l’expérience du théâtre, du jeu ou du déguisement (c’est le sens du carnaval), ce qui fonde la réalité de l’identité du sujet en l’opposant à son identité fictionnelle. L’espace urbain va être peuplé de carnavals, de fêtes, de circonstances de toutes sortes dans lesquels les déguisements et les costumes vont à la fois donner de nouvelles identités à ceux qui les portent et donner une sorte de transfiguration aux espaces dans lesquels ils se déroulent et se donnent à voir. La ville montre, ainsi, une autre image d’elle-même, quand elle se voit, ainsi, donner un autre visage par le travail des acteurs et des costumes.

Enfin, depuis qu’existe le cinéma, l’audiovisuel sous toutes ses formes, des films aux émissions de télévision et au travail de l’Internet, va aussi contribuer à élaborer de nouvelles formes et de nouvelles représentations de l’espace de la ville. Les images et les sons de l’audiovisuel vont aider le vingtième siècle à inventer de nouvelles conceptions de l’espace urbain, de son aménagement et de ses usages. Des films comme Metropolis, de Fritz Lang, ou comme Playtime, de Jacques Tati vont donner de nouvelles figures, de nouvelles formes, de nouveaux paysages, à l’espace urbain, ainsi réinventé.

On comprend, par tous ces exemples, que la fiction contribue, depuis toujours, à l’élaboration de nouvelles identités et à une nouvelle esthétique de l’identité dans l’espace urbain. Sans doute la ville contribue-t-elle, de cette manière, à concevoir une nouvelle logique des relations entre le réel et l’imaginaire dans le travail symbolique de la représentation, de l’interprétation et de la signification.

Les identités temporelles

De plus, c’est dans l’espace de la ville que les identités s’expriment dans la temporalité, dans la confrontation du temps long et du temps court et dans la confrontation du passé et du présent. En d’autres termes, la ville propose une logique particulière des relations entre l’espace et le temps. Autrement dit toujours, on peut, dans la ville, établir une façon particulière dont l’espace s’inscrit dans le temps, une relation spécifique des lieux à leur temporalité.

On évoquera, ici, d’une part, la place du patrimoine, qui marque, dans l’espace urbain, la permanence du temps long de l’histoire dans le temps court de l’activité. Il n’y a pas de ville qui ne propose, dans son espace, la pluralité des paysages, la diversité des formes et des conceptions de l’espace, selon les temps dans lesquels ils ont été conçus dans l’espace urbain. Les paysages des villes offrent toujours, dans les figures, dans les aménagements et dans les constructions, des discontinuités entre les temps, qui permettent de mieux comprendre la spécificité des temporalités traverses par la conception de la ville. On comprend mieux, à Lyon, la spécificité de la ville du seizième siècle, sur la rive droite de la Saône, quand on peut l’opposer aux figures du dix-neuvième siècle que l’on peut trouver sur la rive gauche du Rhône.

D’autre part, on évoquera la place que peuvent occuper, dans l’espace de la ville, les aménagements et les projets qui peuvent y inscrire la place de l’imaginaire du futur. La ville est un espace politique aussi parce c’est un espace de projets variés et de conceptions diverses de son avenir. L’espace urbain est un espace en constante mutation, en constantes transformations, et, dans ces conditions, dans l’histoire des villes, sans doute ne peut-on pas trouver de périodes dans lesquelles on n’ait pas offert de visions du futur – utopiques ou menaçantes, c’est une autre histoire. C’est ainsi, par exemple, qu’à Lyon, en ce moment, le site du confluent de la Saône et du Rhône fait l’objet de tout un débat public, de tout un ensemble de discussions et de représentations, qui mettent aux prises des conceptions différentes du futur qui s’offre à cette partie de la ville. Le site du Confluent, qui a, ainsi, déjà, son nom, constitue, dans la ville, un enjeu majeur de confrontations sur le futur. Mais on pourrait rappeler ce que fut, pour une autre ville, comme Paris, il y a, maintenant une quarantaine d’années, le débat public autour des conceptions différentes du site historique des Halles, au centre de la ville, qui faisait, ainsi, l’objet d’un débat public autour de la confrontation entre le réel du présent et l’imaginaire du futur. Ce sont bien les identités de la ville qui étaient en débat, autour de ces conceptions qui s’affrontaient sur le devenir du site, de ses usages et de ses formes.

L’identité dans l’espace urbain

Pour conclure, on peut proposer ici une réflexion concernant la signification du concept d’identité dans l’espace urbain. On peut proposer, en particulier, quatre dimensions de ce concept d’identité, à partir des usages qui en sont faits dans l’espace de la ville et de la métropole.

La ville est un espace qui se fonde sur la confrontation des identités.

La ville naît de la juxtaposition d’identités différentes – habitation, métier et loisir, aménagements privés et aménagements publics, cultures et peuplements d’identités différentes, etc. – et ce sont ces différences entre les identités qui donnent son sens à chacune d’entre elles et qui donnent à l’espace urbain, justement, pour signification première, le fait de rendre possibles l’intelligibilité de la signification de ces identités et l’intelligence entre elles.

Les identités font l’objet de représentations qui articulent le réel, le symbolique et l’imaginaire.

Ces trois concepts, le réel, le symbolique et l’imaginaire, ont été élaborés par Lacan à propos du psychisme, dans le champ de la psychanalyse, mais on aura compris, en lisant ces lignes, l’intérêt que l’on peut trouver à les appliquer, à mettre en œuvre la rationalité qu’ils structurent, à propos de la ville et de l’espace urbain. On peut lire l’espace de la ville, justement, comme un espace dans lequel se confrontent, sans cesse, l’une à l’autre, ces trois figures qui permettent de fonder une rationalité.

La signification des identités se fonde sur l’articulation du psychisme et du politique.

C’est bien la raison pour laquelle on peut mettre en œuvre, pour penser la ville, des concepts issus de la psychanalyse et de sa culture. Cette confrontation du psychisme et du politique tient au fait que l’espace urbain se fonde, depuis toujours, sur le fait qu’il articule, l’une à l’autre, deux expériences, qu’il met en relation deux modes de rationalité. D’un côté, la singularité de l’expérience et de la rationalité des habitants, qui est une rationalité du psychisme et de l’expérience personnelle. De l’autre, la dimension collective de l’expérience et de la rationalité des institutions, qui est une rationalité politique du même espace.

La confrontation des identités, qui fonde leur signification, se fonde elle-même sur la formulation du concept de médiation et sur son usage.

On mesure, devant la multiplicité des identités qui y sont mises en œuvre, devant la relation entre les trois instances du réel, du symbolique et de l’imaginaire, que la signification de l’espace de la ville se fonde sur la logique d’une double médiation, sur la logique d’une dialectique entre le singulier et le collectif et d’une autre dialectique entre le réel, le symbolique et l’imaginaire. C’est cette logique de la médiation, mais aussi sur l’esthétique qu’elle fonde et sur l’histoire qu’elle propose, que l’on peut lire la ville, dans toutes ses dimensions et dans toutes les conceptions qu’elle offre, du désir et de la sociabilité.

 

_________

 

(1) « Deux modèles linguistique de la cité », in Émile Benveniste, Problèmes de linguistique générale, 2, (1974), Gallimard, p. 272.

(2) Agora et forum sont, l’un et l’autre, issus de la même racine indoeuropéenne *ghe/or, dont est aussi issu le français hors, qui signifie « extérieur ».

(3) Voir, dans Le Comte de Monte-Cristo, d’Alexandre Dumas, roman qui se passe essentiellement dans l’espace urbain, la scène de la ruine de Danglars, liée à une fausse nouvelle politique transmise par le télégraphe.

(4) Essais, III, 10, Pléiade, p. 989.

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Pour citer cet article

Bernard Lamizet, « La ville, un espace de confrontation des identités », www.lrdb.fr, mis en ligne en février 2008.


Date de création : 22/02/2008 13:40
Dernière modification : 22/02/2008 13:58
Catégorie : Communication
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