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Psychanalyse - Max KOHN

 

     Psychanalyste et universitaire, Max Kohn a beaucoup écrit sur le mot d’esprit yiddish et son rapport à l’inconscient.

     Il a bien voulu nous envoyer ce court texte inédit sur la ville de Chelm, ville des esprits simples ou lents. L’humour y côtoie l’innommable.

     S’il est vrai qu’une ville est un texte, un palimpseste aux repentirs plus ou moins lisibles, alors on devrait se méfier davantage de ce qui travaille à effacer, araser ou oublier, même et surtout si le passé en question est simple ou « bête », même et surtout si l’histoire se perd dans le mythe. La rationalité, efficace et moderne, écrit et construit des villes très intelligentes et très propres – mais à quel prix ?

 

Une ville bête

 

Max Kohn

 

 

 

 

Une ville, est-ce que c’est bête ?

« Un écrivain avait une femme de Chelm. Un jour, devant partir à une réunion, il laisse des feuillets écrits sur son bureau. En revenant, il comprend tout de suite son malheur. Il trouve sur son bureau un désordre inhabituel et demande à sa femme :

« Ma chérie, quels sont les papiers que tu as mis au feu ?

- Quoi, tu me prends pour une simple d’esprit. Tu crois que j’ai jeté le papier blanc. J’ai brûlé tout ce qui était écrit. »

À partir de mon deuxième livre (1) sur la ville des simples d’esprit dans la culture yiddish, je souhaiterais interroger le statut des villes mythiques pour comprendre le mythe de la ville. Celui-ci est une construction psychique qui met en scène du lien social. Que se passe-t-il quand comme dans Chelm, la ville des simples d’esprit dans la culture yiddish, une ville est peuplée de gens très intelligents, à quelle bêtise s’expose-t-on entre tradition et modernité ? Une ville est-elle un texte ?

La ville est un effet de rencontre entre le langage et le social sur un plan politique. Comment cela se passe-t-il quand le passage entre la tradition et la modernité n’est plus assuré dans l’espace social ? L’œuvre de Walter Benjamin (2) sur les passages à Paris est un fil conducteur. La ville est-elle un lieu de passage ? Lequel au juste ? Un lieu de perdition, d’errance et de mort, où personne ne s’efface devant personne, comme s’il n’avait jamais existé, pour reprendre une formule d’Ariane Mnouchkine ?

D’après L’Encyclopedia Judaïca, Chelm se trouve au sud-est de Lublin en Pologne. On trouve une tombe juive datant de 1442 et la présence des Juifs remonte probablement au xiie siècle. R. Judah Aaron de Chelm a dirigé la communauté en 1522 et a été percepteur pour les fermiers. Son fils, le cabaliste Elijah Ba’al Shem de Chelm, mort en 1583, est associé à des histoires de Golem. En 1550, il y a trois cent soixante et onze Juifs vivants dans quarante maisons. Des émeutes antisémites eurent lieu en 1580 et en 1582. Samuel Eliezer Edels a été rabbin de Chelm de 1606 à 1615. Pendant les massacres de Chmielnicki de 1648, quatre cents Juifs moururent à Chelm. De 1726 à 1739, le représentant de Chelm était Heschel B. Meir. Au début du xixe siècle, R. Nata fonda une secte hassidique. En 1939, il y avait quinze mille Juifs. Le 14 septembre 1939, l’armée soviétique occupa Chelm, mais se replia deux semaines plus tard en raison des accords germano-soviétiques. L’armée allemande prit la ville le 7 octobre 1939. Le 1er décembre, mille huit cents Juifs furent conduits de force dans la ville soviétique de Sokal. Mille quatre cents furent exécutés en chemin. En mai 1941, deux mille Juifs de Tchécoslovaquie furent déportés à Chelm. Les 21-23 mai 1942, quatre mille trois cents Juifs furent envoyés au camp de la mort de Sobibor. L’extermination finale a lieu le 6 novembre. Quinze survivants de Chelm sont libérés le 22 juillet 1944.

Une ville bête a été détruite. Méfions nous d’une ville intelligente.

 

_________________

 

(1) Max Kohn (avec la participation de F Ducam), Freud et la bêtise de Chelm, in Salomon Simon, Chelm, les héros de la bêtise, traduit du yiddish par Danielle Cyferstein et Max Kohn, Paris, L'Harmattan, 1987.

(2) Walter Benjamin, Paris capitale du xixe siècle. Le Livre des passages, Paris, Éd. du Cerf, 1986. Écrit en 1939 à Paris et publié à Francfort en 1982.

 

 

 

Pour citer cet article

Max Kohn, « Une ville bête », www.lrdb.fr, mis en ligne en mars 2008.


Date de création : 07/03/2008 13:26
Dernière modification : 07/03/2008 14:39
Catégorie : Psychanalyse
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