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7. Les maux de la ville - Conférence

Les Rencontres de Bellepierre : la ville

 

Mercredi 21 mai 2008, 18h00

Amphithéâtre du lycée Bellepierre, Saint Denis

 

« Les maux de la ville »

 

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 Maëva Fontaine

Laurent Médéa 

Jean-François Reverzy 

 

Intervenants

 

Maëva Fontaine, étudiante en « prépa HEC » :

« De la dépolitisation »

De la ville à l’urbain : que reste-t-il de la polis et de la civitas ? n’assiste-t-on pas à une (maladive ?) dépolitisation de la société ? (Cf. texte complet plus bas).

 

Laurent Médéa, sociologue :

« La délinquance juvénile à La Réunion »

La question de la délinquance juvénile à La Réunion est un sujet qui a été peu étudié au niveau local ; les principales données de l’étude ici proposée émanent d’un important travail de terrain (18 mois). Un grand nombre de jeunes, que rien ne prédispose à la délinquance dans leur entourage proche, basculent à la préadolescence ou à l’adolescence dans l’incivilité généralement sous l’influence de leurs pairs. Comment les facteurs environnementaux d’une part et individuels d’autre part interviennent pour expliquer le passage à l’acte d’un individu plutôt qu’un autre ?

Cette étude montre comment les facteurs liés à l’environnement du jeune, qui inclut le milieu social, le quartier d’habitation, la cellule familiale, expliquent pour une grande part l’acte déviant.

 

Jean-François Reverzy, psychiatre, psychanalyste :

« Psy des villes, psy des champs »

La psychanalyse a, dès son origine, une pratique urbaine et migratrice. L'itinéraire de Freud est lié à Vienne et à Londres, celui de Jung à Zurich, celui de Lacan à Paris... Il n'existe que par exception une psychanalyse des champs. Le champ d'exploration du psychisme normal et pathologique serait-il lié à un biotope citadin ? et de ce fait concerne-t-il l'ensemble des citoyens de la planète ? Pratique institutionnelle plus officielle, la psychiatrie, et ses dispositifs dits de santé mentale, a étendu son hégémonie sur l'ensemble des territoires de santé. En France, les asiles d'aliénés se sont édifiés dans chaque département le plus souvent à la périphérie des grandes villes et quelquefois en zone rurale. La psychiatrie n'est qu'une ramification de l'hygiène sociale née au xixe siècle et de ses mesures de voirie humaine, de ses procédures d'éradication (exclusion-ségrégation) puis de prévention.

Les pionniers de la psychiatrie communautaire en France ont insisté sur une « psychiatrie des villes et une psychiatrie des champs » intégrant les économies et les cultures locales. A La Réunion une même distinction peut s'opérer. Praticien pendant plus de vingt ans dans le Sud de l'île, j'exerce depuis six mois à Saint Denis et y rencontre des réalités cliniques et des itinéraires thérapeutiques sensiblement différents. La situation dionysienne est d'ailleurs choquante et maintient sur la ville une emprise archaïque centrée sur l'internement et l'hôpital psychiatrique de Saint Paul. Comment la faire évoluer ?

 

 

**********

 

De la dépolitisation

 

[Texte qui a servi de support à la communication de Maëva Fontaine lors de la séance du mercredi 21 mai 2008, « les maux de la ville », dans le cadre des Rencontres de Bellepierre.]

 

Introduction

La politique souffre depuis quelques années d’un désintérêt croissant de la population. Les nombreux siècles qui se sont écoulé de la polis athénienne à la ville actuelle ont modifié progressivement des structures dont le caractère politique originel semble aujourd’hui remis en question. Dans un contexte où les maux qui y émergent se font de plus en plus nombreux, on peut ainsi s’interroger sur cette tendance,en un sens« maladive », à la dépolitisation que connaissent les sociétés modernes. Après avoir cerné dans un premier temps les facteurs de la dépolitisation (I), nous verrons dans un second temps quelle est son implication dans l’émergence ou l’aggravation de certains maux dont souffrent les villes (II), pour enfin tenter d’y apporter des solutions (III).

Les facteurs de la dépolitisation

– 1. La technocratisation du pouvoir s’est traduite par une complexification des instances politiques. Les individus, baignés dans une incompréhension grandissante, « démissionnent » de leur responsabilité politique. (cf. NON au referendum sur la constitution européenne en 2007).

– 2. Les scandales politiques ont quant à eux ébranlés la confiance dont témoignaient les individus à leurs représentants. Cette perte de confiance se traduit par une perte des vertus citoyennes, et le désintéressement généralisé.

– 3. Paradoxalement plus l’État étend son champ d’action, plus la démocratie s’ancre dans la société et moins les individus se sentent impliqués dans la gestion de cet État. En effet une relation de dépendance se développe entre État et individus. Un État qui est devenu paternaliste, (type État Providence) et qui finalement en répondant aux attentes des individus, les déresponsabilise aussi en oubliant bien trop souvent de leur rappeler leurs devoirs citoyens.

Les impacts négatifs de la dépolitisation sur la ville et la société en générale

– 1. Le désintérêt politique n’est autre qu’un refus du citoyen d’exercer sa propre responsabilité. Ainsi, la déresponsabilisation des individus a fait que les gens ne se rendent pas compte de leurs actes et accusent la société. A titre d’exemple, lors d’une agression, l’agresseur aura tendance à se positionner en tant que victime, rejetant la faute sur la société.

– 2. Le désintérêt politique est aussi dû au fait que l’homme ne pense plus en termes d’intérêt général mais plutôt d’intérêt personnel, et parallèlement à la remise en cause smithienne de la main invisible se développe un individualisme (de plus en plus pesant). Par conséquent, il devient difficile de faire concorder les intérêts des différents individus. Tocqueville rappelait ainsi que la démocratie tend vers l’étatisme, et que «  le peuple perd le sens des responsabilités et perd le sens de la patrie ». Où sont donc passées les vertus citoyennes ?!!

– 3. Aristote, « l’homme est par nature un animal politique », (La Politique). Cette citation d’Aristote montre bien qu’à Athènes, l’homme réalisait, à travers la cité, sa citoyenneté, et plus encore que la cité était le lieu où l’homme réalisait son essence. Aujourd’hui, l’homme ne réalise pas tout à fait sa citoyenneté. Les villes sont désormais faites d’hommes qui ne se réalisent pas totalement. Se posent donc des problèmes de réalisation de l’individu, des individus dont l’identité elle-même n’est pas tout à fait définie.

Mais il ne faut pas oublier comme le souligne Michel Foucault que le pouvoir « c’est ce que chacun laisse exercé sur lui-même en déléguant ses responsabilités dans un rapport de force ». Nous ne sommes donc pas tant étrangers à tout cela !!

Suggestions : quelques remèdes

Il semble donc aujourd’hui que nous sommes plus dans un contexte de cohabitation plutôt que de débats et d’échanges, c’est pourquoi il faut agir tant du coté des citoyens que des dirigeant pour réanimer la flamme politique.

– 1. Pour ce faire, il est nécessaire d’incorporer plus et mieux les citoyens à la vie politique, et d’instaurer plus de démocratie participative. Cela permettrait aux citoyens de retrouver le goût du débat et une certaine implication, même si, à l’échelle nationale, cela semble impossible, en raison de notre trop grand nombre, impossible. Mais la décentralisation déjà entamée du pouvoir témoigne d’une évolution favorable à cette idée.

– 2. Développer la vie associative permettrait aussi un développement et une amélioration du pouvoir politique et de la responsabilité citoyenne (d’ailleurs c’est la méthode que Tocqueville préconisait). Le but étant de renouer contact, et de trouver des causes communes à défendre.

– 3. Enfin, il faudrait instaurer une pédagogie juridico-politique (la politique demeurant trop souvent un sujet tabou), une certaine éducation à la citoyenneté (qui enseignerait droits et devoirs), et ce dès le plus jeune âge. Ainsi, une éducation citoyenne (et on parle d’ici d’une véritable éducation et non comme cela est actuellement le cas de la diffusion d’une morale citoyenne) permettrait à chacun de comprendre des mécanismes du système et de choisir (question du libre arbitre)

Conclusion

Les enjeux d’une « repolitisation » dans un contexte d’accroissement démographique et d’extrême urbanisation semblent importants d’autant plus qu’on la vu, si la dépolitisation n’est pas la cause des maux dont souffrent nos villes modernes elle participe à leur exacerbation. Dans un contexte ou même la politique tend à être dépolitisée et où l’économisme se développe, faire que les individus s’intéressent au socle de toute société est donc un passage obligé pour tenter de pallier les maux de nos villes.

 


Date de création : 07/05/2008 09:05
Dernière modification : 30/05/2008 16:42
Catégorie : 7. Les maux de la ville
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